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	<title>lecture-naturelle &amp;laquo; WordPress.com Tag Feed</title>
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	<description>Feed of posts on WordPress.com tagged "lecture-naturelle"</description>
	<pubDate>Mon, 07 Dec 2009 11:54:32 +0000</pubDate>

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<title><![CDATA[Lire comme on bêche]]></title>
<link>http://toutpetits.wordpress.com/2008/02/26/lire-comme-on-beche/</link>
<pubDate>Tue, 26 Feb 2008 02:08:35 +0000</pubDate>
<dc:creator>toutpetits</dc:creator>
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<description><![CDATA[Je vous propose ici une page d&#8217;un essai (inédit) dont le héros est Petit-Bout, pas forcément «]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p style="margin-left:36pt;"><i>Je vous propose ici une page d&#8217;un essai (inédit) dont le héros est Petit-Bout, pas forcément « Toutpetit », ni toujours malheureux, puisqu&#8217;il va de souffrance en résilience.<br />
</i></p>
<p><b>Ecoles Freinet : l&#8217;activité mais aussi la pensée de l&#8217;enfant au centre de la pédagogie.<br />
Alain a écrit : <i>« L&#8217;enfant lit comme on bêche, et tout l&#8217;esprit est au tranchant de la bêche. »</i></b> Toute l&#8217;énergie intellectuelle de l&#8217;enfant est mobilisée par cet effort maniaque de déchiffrement conforme, syllabe après syllabe.<br />
Et cela se voit aux mouvement oculaires de l&#8217;enfant, à son empan, à cette bouchée de mots qu&#8217;il happe d&#8217;un coup d&#8217;œil avant de la mastiquer pour lui trouver un sens, une saveur.<br />
Ainsi l&#8217;œil de l&#8217;apprenti lecteur de ces classes balaye le texte à déchiffrer, largement  d&#8217;abord comme un provincial chercherait sur le plan de Paris les boucles familières de la Seine belles et douces comme les m et n de maman puis de là repèrerait le I majuscule de la tour Eiffel fort et sécurisant comme papa et le n carré de l&#8217;arc de triomphe solide comme M. Maître.<br />
Si la « goulée » est insuffisante, insipide, si son hypothèse de sens se révèle incohérente, l&#8217;œil du lecteur élargit sa recherche pour retrouver le fil du sens, puis peu à peu revient à un rythme paisible, sautant d&#8217;un groupe de sens au suivant.<br />
Et ce qui est remarquable c&#8217;est que la bouche ne lit à voix haute que quand l&#8217;esprit a lu c&#8217;est à dire compris une suite de mots qui peut se dire d&#8217;un trait comme quand on raconte.<br />
Et la bouche sait patienter, respecter ce temps nécessaire à l&#8217;exploration oculaire. Et il le faut bien, car l&#8217;auditoire du groupe classe est là, vigilant, qui tient à ce que ce qu&#8217;il entend signifie quelque chose et soit agréable à entendre, bien lié, bien coulant.</p>
<p><b>« Le bébé est une personne. » Pour Freinet l&#8217;écolier est toujours, plus que jamais, une personne.</b><br />
Ainsi la pensée de l&#8217;enfant qui s&#8217;exprime spontanément dans ses textes libres est à la base de l&#8217;essentiel de la pédagogie de l&#8217;école moderne :<br />
Des textes libres vraiment librement crées – à l&#8217;école ou ailleurs, dans le temps scolaire ou non -, sans la moindre sanction des fautes (orthographe, présentation, support…)<br />
Le texte choisi, élu – préféré des camarades de classe – va servir de base au moins à la lecture du jour. Écrit au tableau, il est alors l&#8217;objet d&#8217;une active recherche collective de sens  par le repérage d&#8217;indices graphiques («  là ça commence comme maman », « là ça monte  et ça descend, c&#8217;est sûrement le « fusil » de papa. »…) Ainsi par recoupements, par découvertes successives la connaissance du texte s&#8217;enrichit peu à peu et la belle histoire de Jeannot finit par être <i>lue</i> par tous, grâce à tous.<br />
Mais cette lecture est alors une lecture vivante, celle d&#8217;une histoire vraie, vécue par un des camarades, et cette histoire est lue comme elle serait racontée, nullement saccadée, syllabée comme le sont forcément les montages phonétiques des méthodes les plus traditionnelles qui concentrent les difficultés de même type et qui se soucient aussi peu du sens que les études musicales de déliement digital se préoccupent d&#8217;harmonie.</p>
<p><b>On critique souvent cette méthode de lecture</b>, dite naturelle, en disant que les élèves savent leurs textes par cœur. Mais en fait, de lecture en lecture, chaque élève finit par avoir tout un livre de lecture. Et ce livre unique, chaque année grossi peu à peu des textes quotidiens imprimés, est rempli d&#8217;histoires vécues, personnalisées, qui reflètent les préoccupations et les intérêts réels des enfants de cet âge, de ce lieu.<br />
<i>Car le complément du texte libre est l&#8217;imprimerie scolaire.<br />
</i>Chaque classe a son petit atelier d&#8217;imprimerie (son ordinateur et son imprimante maintenant), où une équipe renouvelée d&#8217;élèves est chargée de composer, d&#8217;illustrer puis de &#8220;tirer&#8221; le texte que l&#8217;on vient de déchiffrer – d&#8217;élucider – ensemble.<br />
Chaque élève aura le beau texte encore tout frais et le joindra à son recueil personnel et sans doute au prochain colis destiné à la classe des correspondants. Les meilleurs – aux yeux des élèves – pourront être repris dans le journal de la classe ou de l&#8217;école que liront les parents.<br />
Parfois c&#8217;est tout un roman que le groupe classe compose peu à peu et enverra à ses correspondants et exposera pour la fête de l&#8217;école.</p>
<p><b><i>Ainsi, on le voit, c&#8217;est la pensée même de l&#8217;enfant qui est jugée suffisamment respectable et riche pour servir de base à cet enseignement moderne</i></b>. On comprend aisément que les lecteurs débutants soient plus motivés par « Xavier a ramené un hérisson dans son bonnet » que par « le xylophone de Xavier a été taxé…»<br />
En pratique les petits Sherlock Holmes des classes Freinet se livrent à leurs enquêtes passionnantes pendant les deux premiers trimestres de l&#8217;année scolaire. Pendant tout ce temps, ils apprennent peu à peu et de mieux en mieux à repérer les indices signifiants, qui confortent leurs hypothèses, qui élucident peu à peu l&#8217;énigme graphique qu&#8217;est chaque petite histoire écrite.</p>
<p><b>Le bébé qui ne parle pas encore</b> est noyé dans un flot de sons, de phonèmes. Et peu à peu il va apprendre à donner du sens à tel bruit, à tel chaîne de mots. Quand maman dit <i>« Hum ! qui c&#8217;est qui va manger le bon petit yaourt aux fraises, hein ? »,</i> elle fait de la « compréhension globale »; comme plus tard le maître fera de la lecture globale; comme les petits enfants Bach baignaient dès le berceau dans un océan de décibels harmonieux copieusement distribués du matin au soir par les savants musiciens de l&#8217;abondante tribu. La règle est générale, que ce soit en lecture, en musique, en comportement relationnel : il faut apprendre à repérer dans de vastes ensembles les indices signifiants, savoir les &#8220;lire&#8221; pour ensuite oser les &#8220;écrire&#8221;, c&#8217;est-à-dire communiquer.<br />
En fait tout est lecture, puis écriture possible: les textes, les illustrations, les attitudes, le jeu des expressions, la gestuelle, les comportements&#8230; : le texte lu apporte à la vue de l&#8217;interprète (le destinataire présent), de ses réactions, de celles de l&#8217;auditoire (les témoins),  d&#8217;autres richesses que sa seule lecture à voix basse, qui elle permet par contre des arrêts volontaires, plus d&#8217;échos intérieurs et personnels.<br />
Même les petits Bach n&#8217;étaient pas dispensés de dures séances de déliement digital et devaient se livrer à des gammes musicales aussi pénibles et insipides que les gammes de graphèmes et de phonèmes du genre « la tata de Toto a tâté le tutu de Titi »<br />
De même les petits « Freinet », durant tout le troisième trimestre consolident leurs acquis un peu aléatoires des deux premiers trimestres, jamais dans le même ordre d&#8217;un CP à l&#8217;autre, d&#8217;un enfant à l&#8217;autre d&#8217;une même fratrie.<br />
Ils vont alors refaire et très vite les cascades de ba be bi bo bu, cra cre cri… Très vite ils vont comprendre qu&#8217;un rien modifie totalement le sens d&#8217;un mot, que c&#8217;est l&#8217;agencement des lettres qui donne du sens au mot et la combinaison des mots aux idées, qu&#8217;il y a un monde entre le « pêcheur de poules » et le « lécheur de moules » et que l&#8217;imprimeur peut pour seulement deux lettres déplacées aggraver sa première contrepèterie. Ils sauront que le signe n&#8217;est rien, que ce qui compte c&#8217;est le sens, mais aussi que le sens échappe tant que l&#8217;on ne sait pas interpréter les signes ou leurs combinaisons. Que les signes, comme les gênes dans la longue chaîne du génome interagissent les uns sur les autres, que le c par exemple se met à siffler tout seul, d&#8217;admiration sans doute, quand il côtoie un e ou un i, mais qu&#8217;il lui faut entonner le sifflet de la cédille pour dire son admiration au u ou au o placé à sa droite, et qu&#8217;un h après lui le fait chuinter comme une vipère édentée (« Pour qui chont chés cherpents qui chuintent chur nos têtes ? »)…  Cette prise de liberté par rapport aux signes est une invite à l&#8217;humour, cette précieuse porte dérobée qui s&#8217;entre baille dès que le réel devient trop pesant et qu&#8217;une bouffée d&#8217;oxygène est indispensable pour ne pas étouffer ou suffoquer, ou simplement respirer plus librement.<br />
Déjà, bien longtemps avant l&#8217;âge de l&#8217;apprentissage de la lecture et de l&#8217;écriture, Petit-Bout à qui on a su faire aimer le « doux ramage humain » joue avec les sons, avec le bruit que font les mots et il s&#8217;amuse à les déformer, à les tordre sans plus de respect que pour ses jouets, et se tord lui-même, &#8211; de rire &#8211; quand ce qu&#8217;il entend alors révèle un sens tout à fait nouveau ou même un non sens délicieux.</p>
<p><b>Mais ces héritiers de Freinet ont acquis pour toujours le précieux sens de la lecture</b> : Ils savent qu&#8217;apprendre à lire c&#8217;est être capable de déchiffrer des écrits, que les écrits ne sont pas là pour faire souffrir les petits du CP, que ce sont des messages que l&#8217;on laisse comme une trace de soi, que d&#8217;autres vont pouvoir recevoir, reprendre en l&#8217;absence de l&#8217;expéditeur. Et très vite ils comprennent que les bibliothèques sont pleines de ces messages que d&#8217;autres personnes, innombrables, souvent disparues, ont jugé utile de laisser derrière eux.<br />
Oui les innombrables enfants de Freinet et de ses disciples ont acquis le plaisir de lire et d&#8217;écrire, et bien plus : de communiquer. La technique utilisée leur donne en même temps le pouvoir lire et le vouloir lire, le savoir écrire pour être lu.<br />
La lecture n&#8217;est plus une discipline mais un besoin vite comblé : car dans ces classes la lecture est le versant mental, « représenté », de l&#8217;action, l&#8217;autre moitié de leur vie.<br />
Chaque lettre d&#8217;un texte est un des petits cailloux du Petit Poucet. Mais il ne suffit pas de les suivre à la trace en une ligne toute simple : il faut saisir leur agencement relatif, leur manière de se combiner en ces constellations que sont les mots puis que seront les phrases.</p>
<p><b>Célestin Freinet a eu le génie de demander à ses petits Ho[l]mes encore apprentis de proposer eux-mêmes leurs petites énigmes, ainsi forcément à leur portée</b>, de faire choisir la plus intéressante à entendre – chaque auteur lit sa petite histoire, la plus intéressante sera élue et ses petites constellations mystérieuses de lettres seront soumises à la sagacité de tous : comment, par quel itinéraire de déductions retrouver le sens caché derrière les indices que sont les lettres, les mots déjà connus, les idées devinées, et pouvoir, quand on a acquis le solfège de l&#8217;écriture, retrouver à loisir l&#8217;intégralité du petit roman, ne plus se préoccuper que de la beauté ou de l&#8217;intérêt du contenu, s&#8217;en donner à soi-même une belle interprétation mentale  ou offrir aux autres, à voix haute, un beau solo de lecture intelligente ?</p>
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