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	<title>marchandisation &amp;laquo; WordPress.com Tag Feed</title>
	<link>http://en.wordpress.com/tag/marchandisation/</link>
	<description>Feed of posts on WordPress.com tagged "marchandisation"</description>
	<pubDate>Fri, 25 Dec 2009 23:48:36 +0000</pubDate>

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<title><![CDATA[Qui a dit que l’eau n’avait pas de coût?]]></title>
<link>http://philomontreal.wordpress.com/2009/11/17/qui-a-dit-que-l%e2%80%99eau-n%e2%80%99avait-pas-de-cout/</link>
<pubDate>Tue, 17 Nov 2009 02:15:42 +0000</pubDate>
<dc:creator>namontreal</dc:creator>
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<description><![CDATA[Le 5 juin 2008 : dépôt du projet de loi 92, Loi affirmant le caractère collectif des ressources en e]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p>Le 5 juin 2008 : dépôt du projet de loi 92, Loi affirmant le caractère collectif des ressources en eau et visant à renforcer leur protection. Mais rien qui condamne clairement la marchandisation de l’eau.</p>
<p>En 2007, une enquête du Globe and Mail évoquait des tractations secrètes entre le Canada et les USA relativement à l’exportation massive de l’eau.</p>
<p>Une autre source citée par le Globe prétend que le premier ministre du Québec de l&#8217;époque aurait lui aussi exprimé un intérêt pour l’exportation massive d’eau il y a quelques années.</p>
<p>En août 2008, l’Institut Économique de Montréal, constitué des grands bonzes du monde marchand, suggérait que le Québec pourrait générer des revenu de plus de 65 milliards $ par an en exportant 10% de ses ressources annuelle d’eau. En prélevant 10% de ces revenus, le gouvernement québécois empocherait 5 fois les dividendes qui lui sont versé par Hydro-Québec… Un véritable Or Bleu.</p>
<p>Selon la Fondation David Suzuki au Québec (Karel Mayrand), ces propos montrent clairement que les auteurs ne comprennent pas comment fonctionnent les systèmes hydriques et les écosystèmes de l’eau.<br />
Il ajoute qu’une fois de plus, on propose l’augmentation de l’offre plutôt que sur la rationalisation de la demande qui est le vrai enjeu mondial (augmenter l&#8217;offre, c’est plus payant&#8230;).</p>
<p>Le Québec et L’Ontario partagent avec 8 États américains la gestion du bassin hydrographique des grands lacs et du fleuve St-Laurent. (23% des réserves d’eau douce de la planète).</p>
<p>À en juger par l’attitude de nos voisins du Sud lorsqu’il s’agit d’assurer leur approvisionnement en or noir et considérant que les Grands Lacs sont en amont du fleuve… Devons-nous craindre leur croissante soif pour l’Or Bleu?</p>
<p>Des questions qui en soulèvent de plus profondes : La Nature est-elle une marchandise? L’humanité est elle simplement un marché?</p>
<p>-Youri Pinard</p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
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<title><![CDATA["Troque le factice qui semble t’appartenir pour le réel que tu es."]]></title>
<link>http://anarchieevangelique.wordpress.com/2009/10/06/troque-le-factice-qui-semble-t%e2%80%99appartenir-pour-le-reel-que-tu-es/</link>
<pubDate>Tue, 06 Oct 2009 13:19:41 +0000</pubDate>
<dc:creator>Laurent l&#39;un</dc:creator>
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<description><![CDATA[a a Le superflu provient du nécessaire et l’épuise. a Prix élevé pour l’acquisition incertaine de la]]></description>
<content:encoded><![CDATA[a a Le superflu provient du nécessaire et l’épuise. a Prix élevé pour l’acquisition incertaine de la]]></content:encoded>
</item>
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<title><![CDATA[(billet d'âme) Passez-moi le désert]]></title>
<link>http://anarchieevangelique.wordpress.com/2009/09/04/billet-dame-passez-moi-le-desert/</link>
<pubDate>Fri, 04 Sep 2009 13:35:24 +0000</pubDate>
<dc:creator>Laurent l&#39;un</dc:creator>
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<description><![CDATA[Sentinelle, à quoi en est la nuit ? Ésaïe 21:11, 12 a Sentinelle, à quoi en est la nuit ? - Isaïe, 2]]></description>
<content:encoded><![CDATA[Sentinelle, à quoi en est la nuit ? Ésaïe 21:11, 12 a Sentinelle, à quoi en est la nuit ? - Isaïe, 2]]></content:encoded>
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<title><![CDATA[La Nouvelle droite française et son rapport avec Mai 68]]></title>
<link>http://tempspresents.wordpress.com/2009/08/31/jean-yves-camus-la-nouvelle-droite-francaise-et-son-rapport-avec-mai-68/</link>
<pubDate>Mon, 31 Aug 2009 21:19:14 +0000</pubDate>
<dc:creator>jeanyvescamus</dc:creator>
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<description><![CDATA[Par Jean-Yves Camus Le Groupement de Recherches et d’Etudes pour la Civilisation Européenne (GRECE) ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/files/2009/08/affiche-de-mai-68.gif"><img class="alignleft size-full wp-image-1182" title="Affiche de Mai 68" src="http://tempspresents.wordpress.com/files/2009/08/affiche-de-mai-68.gif" alt="Affiche de Mai 68" width="95" height="140" /></a>Par Jean-Yves Camus</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">Le Groupement de Recherches et d’Etudes pour la Civilisation Européenne (GRECE) et les associations qui lui sont (ou furent) liées forment ce que les historiens des idées nomment désormais par convention la « Nouvelle droite » (ND). C’est cette mouvance dont nous allons tenter de reconstituer le rapport avec ce qu’on appelle « le mouvement de mai 68 » et, de manière plus large, avec les idéologies qui, à l’extrême-gauche, en formaient l’ossature. Pour ce faire, il importe dès le départ de ne pas se laisser égarer par les apparences : si le GRECE est bien né officiellement en 1968, un peu avant le déclenchement des événements qui allaient ébranler la France, sa création n’est en rien la conséquence desdits événements et le développement, les choix idéologiques comme l’évolution ultérieure de la ND, lui sont très peu redevables.<!--more--> Clairement, la ND est une tentative de modification radicale du paysage intellectuel des droites françaises, dont la création et pour un temps, le relatif succès, ont pour origine d’une part, l’échec de la stratégie activiste et groupusculaire de l’extrême-droite des années 1950 et 1960 et d’autre part, l’incapacité de l’intelligentsia libérale de droite à contrer efficacement l’hégémonie marxiste qui était alors manifeste dans les milieux intellectuels français, universitaires en particulier.</p>
<p style="text-align:justify;">Aussi, dans un premier temps, nous nous efforcerons de définir les circonstances exactes de la naissance du GRECE et d’en établir la généalogie par rapport à la droite nationaliste. Puis nous retracerons l’itinéraire organisationnel de la ND dans la première décennie de son activité, en tentant prioritairement d’établir en quoi il s’agit ou non d’une contre-mouvance de mai 68. Nous exposerons dans un second temps les spécificités idéologiques de la ND durant sa première période, qui va de sa fondation à la campagne de presse hostile qui, pendant l’été 1979, assura sa notoriété tout en l’obligeant à changer sa tactique et son contenu. Dans ce cadre, nous verrons jusqu’à quel point « 68 » est, dans le discours et la pratique de la ND, une sorte d’anti-chiffre idéologique. Il s’agira notamment de déterminer si c’est l’opposition aux idées de « 68 » qui a servi à la Nouvelle droite de base idéologique et si la ND a perpétué une certaine image des événements de Mai pour légitimer son existence et son propre agenda intellectuel. Enfin, nous devrons regarder si ce sont bien les stratégies du mouvement de Mai 1968 qui ont servi de modèle pour la Nouvelle droite, en particulier pour ce qui concerne le primat de l’action culturelle sur l’engagement politique et le retournement du gramscisme. En filigrane de cette étude on peut lire une question centrale, à laquelle les réponses divergent largement selon les auteurs qui se sont penchés sur la ND : celle-ci est-elle une tentative intellectuelle d’élaborer une pensée nouvelle et autonome par rapport aux droites radicales, comme le gauchisme pût être un dépassement de l’engagement communiste ou bien la Nouvelle droite ne fut-elle qu’une opération cosmétique de ravalement, par une intellectualisation de façade, de l’extrême-droite française de toujours ? </p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">La naissance du GRECE et sa généalogie par rapport aux droites radicales</span></strong> </p>
<p style="text-align:justify;">Diverses explications ont été données de la fondation du GRECE par les protagonistes eux-mêmes. Dans un recueil indispensable à lire pour comprendre la genèse de la ND et dont le titre situe d’emblée celle-ci comme contemporaine des événements de mai 68<a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftn1">[1]</a>, Alain de Benoist affirme : «  la ND n’a pas fait suite à Mai 68. Le premier numéro de Nouvelle Ecole, daté de février-mars 1968, est en effet antérieur de quelques semaines aux événements ». Puis il ajoute: « Toutefois, que la ND (qui ne se verra décerner cette étiquette qu’en 1979) soit née en France à peu près en même temps que la « nouvelle gauche » n’est peut-être pas hasardeux. » Il attribue cette concomitance à « un effet de génération »<a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftn2">[2]</a>. Celui qui fut, et demeure, le principal théoricien de la ND française en même temps que le principal penseur du GRECE, dont il n’assuma cependant jamais la présidence, décrit ensuite assez précisément les circonstances qui le poussèrent, ainsi qu’un petit groupe d’amis, à fonder cette organisation. De 1961 à 1966, le jeune journaliste (il est né en 1943), avait été un des contributeurs les plus réguliers de la revue les Cahiers universitaires, liés à la Fédération des Etudiants Nationalistes (FEN).</p>
<p style="text-align:justify;">Celle-ci était une tentative menée par de jeunes militants provenant de la mouvance de Jeune Nation, pour dépasser le cadre étroit du nationalisme hexagonal et son culte du passé, en les remplaçant par un nationalisme européen teinté d’un suprématisme de la « race blanche » basé sur un darwinisme assez primaire ; par un nietzschéisme tout aussi sommaire et déjà argumenté par un recours omniprésent aux sciences « dures », en particulier aux sciences du vivant  et par un anti-judéochristianisme virulent qui masquait assez mal certains résidus d’antisémitisme. La revue <em>Europe-Action</em> avait, la première, donné une certaine visibilité à ces thèses. Très largement impliqué dans la vie des divers groupuscules qui s’essayèrent à cette époque à l’action politique nationaliste, Alain de Benoist vécut aussi leur échec : le Rassemblement Européen de la Liberté (REL) et le Mouvement Nationaliste de Progrès (MNP), en 1966-67, furent des tentatives avortées d’aggiornamento idéologique, au sein d’une extrême-droite française encore repliée sur le culte des reliques (Maurras ; Pétain et la Révolution nationale) et  les haines recuites ( contre « la Gueuse » et le général de Gaulle) et qui, de plus, ne s’était pas encore remise de la faillite de l’activisme que représentait l’OAS.</p>
<p style="text-align:justify;">Doté depuis le début des années 60 de deux textes-phares, le « Manifeste de la classe 60 » publié par les <em>Cahiers universitaires</em> et le livre de Dominique Venner, <em>Pour une critique positive</em> (1962), un groupe de militants avait donc entrepris, à partir de 1962-63, de dresser le constat de décès de l’extrême-droite activiste et de penser ce qui était alors une stratégie de légitimation de l’idéologie nationaliste révolutionnaire européiste, en élaborant un discours qui serait acceptable hors du « ghetto idéologique » nationaliste. Le projet était alors, pour reprendre Pierre-André Taguieff, « l’effacement progressif des références au national-socialisme, à l’évitement systématique des affirmations d’allégeance aux auteurs trop marqués comme racistes, antisémites ou fascistes, à l’euphémisation généralisée du propos »<a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftn3">[3]</a>. Restait à définir le cadre d’une telle stratégie de travestissement. Alain de Benoist affirme qu’il commença par « décider de tirer définitivement un trait sur l’action politique » et de lancer une revue, à l’automne 1967. Il affirme ensuite avoir réuni, pendant l’hiver 1967-68, une douzaine d’amis issus de la mouvance FEN/ Europe-Action, qui étaient dans les mêmes dispositions que lui. Si on s’en tient à cette version de l’histoire, la suite serait le résultat de la convergence de cette initiative avec une autre, menée depuis Nice par Jacques Bruyas, ancien militant de la FEN, qui avait installé un secrétariat provisoire du GRECE le 15 janvier 1968 et publié un embryon de revue devenu peu après <em>Nouvelle Ecole</em>, dont le tirage initial ne dépassait pas 500 exemplaires. Pierre-André Taguieff affirme qu’ensuite, la première réunion centrale du groupe fondateur se déroula à Lyon les 4 et 5 mai 1968. Ce qui est établi avec certitude, est que l’acte juridique fondateur du GRECE est postérieur de presque un an aux événements de 1968, puisque le GRECE a déposé ses statuts le 17 janvier 1969 à la préfecture des Alpes-Maritimes. Il existe d’autres témoignages de protagonistes de l’époque qui donnent une version différente des faits. Par exemple, celle de Maurice Rollet, futur chancelier du GRECE et ancien activiste emprisonné en raison de son appui à l’OAS qui, après avoir daté précisément la décision de plusieurs anciens de la FEN de « changer de cap, radicalement », à novembre 1967, fait remonter à une soirée organisée à l’occasion de son anniversaire le 29 janvier 1968 à Marseille, la fondation réelle du GRECE par douze personnes qu’il ne désigne que par leurs initiales mais dont l’immense majorité est identifiable : Alain de Benoist, qui signe alors Fabrice Laroche ; Théo Balalas ; Pierre Marcenet ; Jean-Claude Valla ; Jean-Marcel Zagamé ; Dominique Gajas ; Jacques Bruyas et lui-même<a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftn4">[4]</a>. Cette liste n’est d’ailleurs pas établie de manière indiscutable puisque tant l’universitaire Anne-Marie Duranton-Crabol que l’archiviste d’extrême-droite Henry Coston en donnent une autre version<a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftn5">[5]</a>. Ce qui ne change rien à trois certitudes. D’une part, la création de la Nouvelle droite intervient après et à cause de, la rupture occasionnée au sein de l’extrême-droite par la défaite de l’OAS, celle de Tixier-Vignancour à l’élection présidentielle de 1967 et de l’absence totale de perspectives du courant nationaliste. D’autre part, la Nouvelle droite n’est à l’époque de sa fondation, pas dégagée de l’extrême-droite dont elle reste un courant, certes turbulent et atypique, mais qui assume sa filiation. Enfin, la fondation du GRECE n’est pas, pour de simples raisons de chronologie, une réaction aux événements de mai 1968 et au gauchisme. Il faut d’ailleurs rappeler, à ce sujet, que la révolte étudiante et la grève générale qui suivirent, prirent à l’époque totalement par surprise tant la classe politique que les commentateurs.</p>
<p style="text-align:justify;">Si la Nouvelle Droite n’est pas née de Mai 68, ni contre lui, qu’incarne-t-elle ? Elle est avant tout un phénomène de réaction générationnelle, comme le gauchisme le fut par rapport au marxisme orthodoxe alors incarné par le Parti Communiste. La génération des militants nationalistes qui s’engage en politique au début des années 60 est la première dont les membres n’ont pas connu la seconde guerre mondiale. Michel Marmin et Pierre Vial sont nés en 1944 ; Jean-Claude Valla en 1945 ; Alain Lefebvre en 1947. Maurice Rollet (1933) et Dominique Venner (1935) font figure d’anciens mais n’étaient pas en âge de militer sous l’occupation nazie et seul Jean Mabire (1927-2006), semble avoir adhéré à la fin de la guerre aux « Jeunes de l’Europe nouvelle » qui, autour de Marc Augier, défendaient un « socialisme européen » fort proche du national-socialisme<a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftn6">[6]</a>. Certains sont issus de familles engagées dans la Collaboration, d’autres pas. Mais tous sentent le besoin d’une sorte de « table-rase » par rapport aux fondamentaux d’une droite nationaliste trop étroitement réactionnaire, perdue dans les divisions de personnes et de groupuscules et qui de surcroît, a vu une partie de son potentiel électoral capté par la droite ralliée au gaullisme. Cette génération de militants ne peut plus se reconnaître dans le maurrassisme doctrinaire et étroit de ce qui reste de l’Action française. Elle n’est pas partie prenante du mouvement catholique intégriste et contre-révolutionnaire auquel appartiennent nombre d’intellectuels de droite éminents qui s’expriment dans des revues comme <em>Itinéraires</em>, <em>Permanences</em> ou <em>La Pensée catholique</em>. Les membres de la FEN et d’Europe-Action, qui grandissent dans une société française où la pratique religieuse baisse alors de façon continue, s’opposent avec virulence parfois au catholicisme qu’ils accusent d’avoir réprimé le vieux fonds identitaire et païen de l’Europe, au profit d’un judéo-christianisme universaliste, égalitariste et contraire à l’esprit de la « race européenne ».</p>
<p style="text-align:justify;">Ils ne se reconnaissent au fond de parenté proche qu’avec la revue <em>Défense de l’Occident</em>, dirigée par Maurice Bardèche, et qui était, depuis 1952, à la fois un carrefour et un laboratoire d’idées pour une extrême-droite nationaliste davantage attachée à l’Europe qu’au cadre hexagonal, résolument paganisante ou du moins indifférente à la religion, assez franchement néo-fasciste et « antisioniste ». Pour bien comprendre la filiation d’extrême-droite de la « nouvelle droite » naissante, il faut également prendre en compte que, comme l’explique Grégory Pons, « la dissidence et le non-alignement sont consubstantiels à cette droite »<a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftn7">[7]</a>. Dans le climat de l’époque, cela signifie que la ND et le GRECE se démarquent totalement de cette extrême- droite représentée d’abord par le parti de Jean-Louis Tixier-Vignancour (l’Alliance Républicaine pour les Libertés et le Progrès, ARLP), puis par le mouvement Occident et son successeur Ordre Nouveau. La raison est simple : ces mouvements sont avant tout anticommunistes et favorables à un ordre économique et social conservateur, de sorte qu’effrayés par la teneur et l’ampleur du mouvement de mai 68, ils se rallieront au pouvoir par peur de la prise de pouvoir par la gauche et détestation de la « subversion » gauchiste.</p>
<p style="text-align:justify;">Lorsque le pouvoir gaulliste mobilise le 30 mai 1968 ses fidèles sur les Champs-Élysées, on voit nombre de ces militants pourtant radicaux par leurs actes et leurs publications, voler au secours de l’UDR (le parti au pouvoir) alors même que la manifestation du 30 est conduite par Michel Debré, le père de la Constitution de la V<sup>è</sup> République honnie et par André Malraux, l’ancien combattant de la guerre d’Espagne et de la Résistance. Ce phénomène de ralliement au pouvoir s’accélèrera dès l’année suivante, en 1969, après le départ du Général de Gaulle : une fois disparu de la scène politique celui dont l’action en 1940-44 et pendant le conflit algérien, rendait la personne insupportable aux extrémistes de droite, ceux-ci entamèrent naturellement un processus qui conduisit nombre d’entre eux à intégrer les partis de la droite parlementaire et à y faire carrière. Dans les universités, ils apportèrent les troupes nécessaires à la mise sur pied du Groupe Union Défense (GUD) créé avec l’appui du gouvernement pour contrer les mouvements gauchistes et en 1974, prirent une part importante à la campagne présidentielle de Valéry Giscard d’Estaing<a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftn8">[8]</a>. La ND est tout à fait à l’opposée de ce parti des tenants de l’Ordre : nombre de ses animateurs avouent, aujourd’hui en tout cas (et il faudrait déterminer la part, dans leurs récits, de la reconstruction mémorielle) une certaine empathie avec les situationnistes, les libertaires et les maoïstes, ainsi qu’avec l’entreprise de subversion qu’ils menaient alors. Les souvenirs de Pierre Bérard ou Jean Jouven notamment, dans le recueil <em>Le mai 68 de la Nouvelle Droite</em>, montrent bien qu’outre une forme de fascination pour l’adversaire idéologique (à l’exception notable des trotskystes, toujours honnis, à cause de « leur vision policière du monde », selon Alain de Benoist), les futurs animateurs du GRECE, de Benoist en tête, détestaient bien davantage la bourgeoisie et ses valeurs que le gauchisme, et qu’ils souhaitaient au sein de leur propre famille politique, arriver à rompre avec les certitudes bourgeoises d’une droite qui, en cette période de forte croissance économique, s’affirmait uniquement par son libéralisme, son productivisme et son étroite imbrication avec les milieux d’affaires.</p>
<p style="text-align:justify;">En somme, la ND n’a sans doute pas détesté mai 68 en tant que révolte contre l’esprit bourgeois et le primat de l’économie, parce qu’elle s’identifie avant tout au courant idéologique de la Révolution Conservatrice, dont on connaît l’ennemi principal. L’appréciation suivante d’Alain de Benoist sur la Révolution Conservatrice convient parfaitement pour décrire la raison d’être de la Nouvelle Droite dès sa fondation : « combattre la modernité avec ses propres armes et affirmer qu’une véritable <em>révolution</em> est devenue nécessaire pour <em>conserver</em> ce qui en vaut encore la peine »<a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftn9">[9]</a>. </p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Le GRECE dans les années 1968-1978 : idéologie et combat métapolitique</span></strong><strong> </strong></p>
<p style="text-align:justify;">Dès le départ, le projet du GRECE repose sur des bases théoriques solides qui se sont déclinées depuis 1968 avec des variantes et des évolutions considérables (en particulier l’abandon du racisme hiérarchisant, de l’obsession biologique et des scories antisémites), mais ordonnées autour de constantes : le refus de l’égalitarisme niveleur et réducteur de la diversité des peuples et des cultures ; la répudiation du modèle économique basé sur la croissance et la primauté du productivisme ; l’opposition à la morale judéo-chrétienne en tant qu’elle aliénerait la liberté individuelle ; la commune opposition au marxisme, au socialisme et au libéralisme ainsi qu’à toute représentation du champ politique en termes binaires.</p>
<p style="text-align:justify;">Il est d’ailleurs indispensable de rappeler qu’en 1968, la Nouvelle Droite ne s’intitule pas ainsi et que longtemps, ses animateurs préféreront s’auto-designer par le terme de « nouvelle culture » : nouvelle droite est un terme inventé par la presse française lors de la grande controverse autour des idées du GRECE qui débute avec la parution d’un article de Thierry Pfister dans <em>Le Monde</em> du 22 juin 1979 et que le GRECE a ensuite repris par convenance, ainsi que par défi, avec la conscience que cela constituait un identifiant fort, mais sans s’y reconnaître totalement. Le terme n’est donc pas l’opposé ou le double de celui de « nouvelle gauche » (ou « deuxième gauche ») qui désigne cette partie de la gauche française ayant prit une part importante au mouvement de Mai, soit en politique (Pierre Mendès-France ; le PSU) soit dans le combat syndical (la CFDT) soit dans le milieu intellectuel (Alain Touraine) et qui fit émerger la social-démocratie française, sur fonds de recyclage des hommes et des idéaux de 1968.</p>
<p style="text-align:justify;">La Nouvelle Droite en particulier, inscrit son projet dans une optique métapolitique, c’est à dire qu’elle pense, avec Gramsci, que la conquête du pouvoir politique passe forcément par celle de l’hégémonie intellectuelle, ce qui impose à la fois de battre les idées de la gauche comme de l’extrême-gauche, mais aussi de changer le logiciel idéologique de la droite. Au départ, il semble bien que la fondation du GRECE ait été une des étapes d’un projet par étapes, qui avait bien pour finalité la participation de ceux des grécistes qui le voulaient, à l’action proprement politique. C’est tout le sens de la fondation en 1974 du Club de l’Horloge, qui avait à l’origine nombre de membres en commun avec le GRECE et se proposait d’en faire avancer les idées dans le milieu des technocrates de la haute fonction publique, des universitaires et des permanents politiques des partis de droite. Tout en poursuivant aussi, entre le début des années 70 à 1983 environ, une stratégie réussie de conquête de positions à responsabilités dans le monde des media conservateurs (<em>Le Figaro Magazine à</em> partir de 1977 ; <em>Valeurs Actuelles</em>) ou en fondant des titres (<em>Magazine Hebdo</em> ; le groupe de publications dirigé par Alain Lefebvre), la Nouvelle Droite fit avancer ses idées, et notamment celle d’anti-égalitarisme, au sein des deux partis dominants de la droite parlementaire, le Rassemblement pour la République, fondé en 1976 par Jacques Chirac et les Républicains Indépendants (devenus en 1978 l’Union pour la Démocratie Française) ainsi que, dans une moindre mesure, au sein du Centre National des Indépendants et Paysans (CNIP). Diverses personnalités de ces formations, dont Michel Poniatowski, Jacques Médecin et Philippe Malaud, qui furent tous trois ministres, poussèrent plus loin que les autres le rapprochement idéologique avec le GRECE.</p>
<p style="text-align:justify;">Toutefois, et il s’agit là d’une différence considérable avec ce qu’il advint des hommes et des idées de mai 1968 du côté de la gauche, cette stratégie métapolitique s’est soldée par un échec. Les raisons sont nombreuses. La principale nous semble que le Parti Socialiste est arrivé au pouvoir en 1981 au moment où l’évolution personnelle de beaucoup d’anciens gauchistes vers le social-libéralisme a permis leur intégration sans heurts à la sociale-démocratie d’abord, à l’écologie politique ensuite, alors que les militants de la Nouvelle droite gardaient des idées qui ont fini par faire peur à la droite parlementaire, laquelle a rapidement perdu, aux alentours de 1983-84, l’influence qu’elle détenait dans le champ politique. Cette perte de confiance a touché également plus tard le Club de l’Horloge, dont l’idéologie social-darwiniste finit par sembler contre-productive à une droite qui avait pour perspective de gouverner la France au centre.</p>
<p style="text-align:justify;">La seconde raison, qui cette fois inscrit davantage la Nouvelle droite comme un « double » du gauchisme, est que nombre de ses animateurs n’avaient au fond pas du tout la fibre politique et souhaitaient rester des intellectuels détachés des partis. C’est en particulier le cas d’Alain de Benoist, qui se définit avant tout comme un historien des idées, qui a élaboré une œuvre abondante et qui semble ne continuer à donner textes et interviews à des publications classables dans la droite radicale<a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftn10">[10]</a>, qu’en fonction de l’interdit dont il est frappé ailleurs et qui le confinent à l’espace médiatique réduit des droites non-parlementaires. Mais Jean-Claude Valla, avant tout journaliste et historien ou Michel Marmin, cinéaste, sont également restés à l’écart de la politique active par choix, de sorte que le noyau fondateur de la Nouvelle Droite partage sans doute avec la génération gauchiste de mai 68 ce point commun, que ceux qui laissent une œuvre durable sont ceux qui ont choisi le domaine des idées, comme Christian Jeambet, Guy Lardreau et Benny Lévy de l’autre côté. Ceux des néo-droitiers qui ont préféré l’engagement politique dans un parti ont disparu avec celui-ci : le déclin du Front national a fait retourner à la marginalité un Pierre Vial et son association Terre et Peuple ou un Yvan Blot retourné à l’UMP et à son administration d’origine, ou bien un Guillaume Faye, devenu l’idéologue fétiche des ultra-radicaux qui misent sur l’émergence en Europe d’une guerre raciale et vitupèrent contre l’islamisation du continent. </p>
<p style="text-align:justify;">Privée de débouchés politiques, contenue dans le domaine de la métapolitique sans jamais réussir à établir un rapport de forces en sa faveur, la Nouvelle Droite a vécu une première décennie d’activité qui a semblé, au début, la ranger dans le camp des adversaires les plus déterminés des changements incarnés par Mai 68. Le GRECE d’alors est ; si on peut dire, « tombé à droite », dans le camp des conservateurs : c’est tout le sens de la participation de ses animateurs à l’Institut d’Etudes Occidentales fondé par Thierry Meaulnier (1970) et du rôle clé que jouèrent les grécistes dans la tenue des Colloques des Intellectuels pour la Liberté, dont l’objectif premier était de « démarxiser l’Université », selon le titre d’un livre de Jules Monnerot (1970). On peut évidemment y voir une contradiction avec la manière quelquefois ambivalente dont certains avaient accueilli le mouvement de Mai. Mais ce positionnement n’allait pas durer : la Nouvelle Droite, sans doute du fait de sa marginalisation par la droite d’ailleurs, en est ensuite arrivée à penser que Mai 68 avait peut être été une »révolution réactionnaire »<a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftn11">[11]</a> dont elle pouvait porter quelques unes des idées, puisque les gauchistes les avaient trahies.</p>
<p style="text-align:justify;">Pour comprendre cette évolution, il faut se reporter à un texte récent d’Alain de Benoist, qui quarante ans après, porte un regard désabusé mais pas totalement négatif sur Mai 68. Alain de Benoist juge que « à l’origine mouvement de révolte contre l’autoritarisme politique, Mai 68 fut d’abord, indéniablement, une protestation contre la politique-spectacle et le règne de la marchandise, un retour à l’esprit de la Commune, une mise en accusation radicale des valeurs bourgeoises. Cet aspect n’était pas antipathique, même s’il s’y mêlait beaucoup de références obsolètes et de naïveté juvénile »<a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftn12">[12]</a>. La Nouvelle Droite, qui a lu et apprécié Guy Debord et avec laquelle Guy Hocquenghem fit un bout de chemin, celle aussi qui continue à s’intéresser à Proudhon et Blanqui comme à Louis Rossel et son « patriotisme communard », pense cependant que les valeurs de Mai ont été dévoyées. Par quoi ? Avant tout par la transformation de l’anti-autoritarisme en hédonisme et en individualisme qui ont conduit les meneurs gauchistes de 1968 non seulement à se glisser dans le système pour s’y fondre, mais encore à en devenir des acteurs et des propagandistes clés. </p>
<p style="text-align:justify;">Alain de Benoist poursuit donc son raisonnement : « La grande erreur a été de croire que c’est en s’attaquant aux valeurs traditionnelles qu’on pourrait le mieux lutter contre la logique du capital. C’était ne pas voir que ces valeurs, de même que ce qu’il restait encore de structures sociales organiques, constituaient le dernier obstacle à l’épanouissement planétaire de cette logique. Le sociologue Jacques Julliard a fait à ce propos une observation très juste lorsqu’il a écrit que les militants de Mai 68, quand ils dénonçaient les valeurs traditionnelles, ne se sont pas avisés que ces valeurs (honneur, solidarité, héroïsme) étaient, aux étiquettes près, les mêmes que celles du socialisme, et qu’en les supprimant, ils ouvraient la voie au triomphe des valeurs bourgeoises : individualisme, calcul rationnel, efficacité ». Il critique ensuite durement ceux qu’il estime responsables de ce que la Nouvelle Droite déteste par- dessus tout : la mondialisation libérale ; la marchandisation du monde et des individus- consommateurs dans le cadre d’un univers qui massifie les identités : « Installés aujourd’hui dans les états-majors politiques, les grandes entreprises, les grands groupes éditoriaux et médiatiques, ils ont pratiquement tout renié, ne gardant de leur engagement de jeunesse qu’un sectarisme inaltéré. Ceux qui voulaient entamer une « longue marche » « à travers les institutions » ont fini par s’y installer confortablement. Ralliés à l’idéologie des droits de l’homme et à la société de marché, ce sont ces renégats qui se déclarent aujourd’hui « antiracistes » pour mieux faire oublier qu’ils n’ont plus rien à dire contre le capitalisme. C’est aussi grâce à eux que l’esprit « bo-bo » (« bourgeois-bohème », c’est-à-dire libéral-libertaire) triomphe désormais partout, tandis que la pensée critique est plus que jamais marginalisée. En ce sens, il n’est pas exagéré de dire que c’est finalement la droite libérale qui a banalisé l’esprit « hédoniste » et « anti-autoritaire » de Mai 68. Par son style de vie, Nicolas Sarkozy apparaît d’ailleurs, le tout premier, comme un parfait soixante-huitard ». </p>
<p style="text-align:justify;">Le jugement d’Alain de Benoist n’est pas dénué de pertinence. Et ce que la Nouvelle Droite a retenu de Mai 68 se mesure aussi à ce qu’elle a réussi, elle, à incorporer à son logiciel idéologique certains des thèmes du Mai français. Quels sont-ils ? D’abord la critique de l’impérialisme américain, qui débouche dans la ND actuelle, sur l’idée selon laquelle toutes les luttes nationales visant à l’établissement d’un monde multipolaire et au desserrement de la domination de Washington méritent sinon soutien, du moins intérêt. En ce sens, la ND a une vision de l’ordre international qui est diamétralement opposée à celle des anciens soixante-huitards devenus chantres du « choc des civilisations » et de la « guerre juste ». Ensuite, la promotion de la notion de communauté (ethnique ; culturelle ; religieuse) contre le modèle français de l’Etat jacobin : le régionalisme par exemple, qui était une revendication des gauchistes occitans ou bretons de la période de Mai, a également été diffusé par le GRECE. Cette même valorisation de la communauté a conduit les néo-droitiers à adopter, face à l’affirmation croissante de l’islam dans la sphère publique française, une position totalement opposée au laïcisme anti-islamiste d’une partie de la gauche marquée par l’héritage de Mai, et dont <em>Charlie Hebdo</em> est le symbole. On retiendra aussi que la critique du productivisme et de la société de consommation a conduit Alain de Benoist à soutenir la notion de décroissance et à s’intéresser à l’écologie en général, comme le montre un de ses derniers livres parus<a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftn13">[13]</a>. Et si une notion devait résumer tout cet itinéraire, il faudrait avant tout retenir celle d’aversion envers l’esprit bourgeois et sa conséquence, le conformisme, qui caractérisent parfaitement la pensée néo-droitière actuelle.</p>
<p style="text-align:justify;">Comment expliquer une telle évolution ? Sans doute faut-il prendre en compte le fait que, contrairement à l’extrême-gauche, la Nouvelle Droite n’a pas été encombrée, dans son cheminement, par l’hypothèque de la violence et de la lutte armée. C’est le refus de la tentation terroriste qui, dès 1973-75, a marqué le début du retournement intellectuel de nombre de protagonistes du gauchisme français, jusqu’à les voir se rallier au libéralisme. L’extrême-droite elle, n’a pas eu à gérer cela. Une dernière remarque qui a son importance : au sein de la Nouvelle Droite française, il n’y a ni renégat ni transfuge de l’extrême-gauche. Parmi les fondateurs du GRECE, certains se sont éloignés, par exemple du fait de leur retour à la foi catholique (Patrice de Plunkett) mais aucun n’a véritablement renié. Contrairement à la Nouvelle droite allemande d’autre part, le milieu néo-droitier n’a attiré aucun gauchiste revenant de son engagement : il n’existe pas de Günter Maschke français, sans doute parce que les questions de l’Etat et de la Nation, centrales dans le conservatisme-national de revues comme <em>Sezession</em>, <em>Etappe</em> et <em>Junge Freiheit</em>, qui sont spécifiquement liées au contexte de l’Allemagne d’après 1945 et qui sont donc capables de mobiliser la pensée de révolutionnaires dotés d’un intérêt pour la question nationale, ne se posent guères dans le contexte néo-droitier français. </p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Mai 68 pour la Nouvelle Droite : un contre-chiffre ?</span></strong><strong> </strong></p>
<p style="text-align:justify;">La Nouvelle droite n’est pas comme cette majorité de la droite radicale qui continue à faire de Mai 68 le symbole de tout ce qu’elle déteste. Dans son bulletin Résistance ! (mai 2008), Christian Bouchet, l’animateur du courant nationaliste-révolutionnaire Réseau Radical, affirme : « Chez nous on ne célèbre pas mai 68 ». Il écrivait auparavant : « Mai 68 n&#8217;aura été à mes yeux qu&#8217;une de ces périodes où les égouts débordent et où le monde moderne progresse »<a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftn14">[14]</a>. Symbole de ce qui peut réunir la plus grande radicalité politique et le plus étroit sentiment réactionnaire sitôt qu’il est question des événements de 1968, ce texte de Bouchet était suivi d’une citation de Jacques Rougeot<a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftn15">[15]</a>, co-fondateur du syndicat Union Nationale Inter-Universitaire (UNI), fondé au début du « contre- Mai » par la droite gaulliste pour lutter contre l’extrême-gauche. La mouvance néo-droitière est beaucoup plus nuancée, semblant même regretter que la défaite du mouvement de Mai ait ouvert un ère encore en cours, de renoncement à toute utopie politique, à tout changement du monde, à toute pensée critique. C’est pourquoi Mai 68 n’est pas pour elle un contre-chiffre : pour la Nouvelle Droite, les événements qui font césure sont avant tout la défaite de la Révolution conservatrice, puis la fin de la guerre d’Algérie (1962). Sa naissance est bien davantage la conséquence des lacunes et des impasses de la matrice dont elle est issue (les droites radicales) que réaction face à l’adversaire.</p>
<p style="text-align:justify;">La date de 1968 est celle de la fondation du GRECE pour des raisons qui ont peu à voir avec le mai étudiant, mais qui nous renvoient quand même à d’autres dates ne devant rien au hasard : l’arrivée à l’âge adulte des enfants de l’après- Libération, ceux nés en 1948 ayant 20 ans en 1968 ; 1958 qui est l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle et donc le début de la perte de l’Empire colonial, laquelle allait permettre aux nationalistes d’effectuer la révolution mentale du nationalisme français vers le nationalisme européen. Et passé 1968, le découpage en décennies garde en partie sa pertinence. 1978- 79 marque à la fois l’émergence médiatique de la Nouvelle droite, l’apogée peut être de son influence et le lent début de sa marginalisation ; 1988 par contre, avec la fondation par Alain de Benoist de la revue <em>Krisis</em>, constitue une étape supplémentaire dans le positionnement obsidional de la ND face au débat politique, la revue publiant nombre de contributions écrites par des universitaires ou journalistes très éloignés des milieux néo-droitiers et servant de symbole à la recherche de transversalité intellectuelle qu’avait déjà amorcée la parution en 1986 du numéro de <em>Eléments</em> consacré aux « 18 printemps de la Nouvelle droite », qui comportait des contributions de Claude Imbert ; Claude Julien ; Pierre-André Taguieff et Jean-François Kahn, notamment. 1998 enfin, est l’année de la scission du Front national, qui voit partir avec Bruno Mégret la plupart des néo-droitiers entrés au FN mais qui est surtout le moment où faillit inexorablement la tentative des anciens grécistes devenus frontistes, de porter un projet politique défini à la fois par sa souplesse tactique face à la droite parlementaire et par sa rigidité radicale sur les questions doctrinales liées en particulier à l’identité nationale et ethnique. </p>
<p style="text-align:justify;">Cette date de 1968 n’est en outre signifiante que pour la France, or la Nouvelle droite est une nébuleuse active dans bien d’autres pays européens, où des groupes liés au GRECE ou lui empruntant l’essentiel de leurs références se sont constitués. La Nouvelle droite italienne, par exemple, doit fort peu à 1968 : elle est bien davantage une tentative de jeunes militants du MSI pour sortir de la double impasse de la lutte armée et de la nostalgie néo-fasciste. Les Portugais de Futuro présente ont pour date- repère la Révolution des œillets de 1974, qui marque la fin du salazarisme qu’ils ont toujours considéré positivement. Il n’y a guère qu’en Allemagne que la Nouvelle Droite est liée à 1968, par le biais des anciens du SDS Maschke (que Habermas décrit à tort comme « le seul renégat du mouvement de mai 68 »), Reinhold Oberlecher (qui s’intitule désormais « national-marxiste ») et Bernd Rabehl. Le rapprochement des deux derniers cités avec le NPD, et l’évolution parallèle de Horst Mahler, suggèrent toutefois que leur évolution n’a guère à voir avec la période 1968 et qu’elle tient en fait essentiellement dans la question de la culpabilité allemande et du nazisme. Même dans un pays aussi proche culturellement de la France que la Belgique dans sa partie francophone : la délégation du GRECE à Bruxelles n’est créée qu’en 1971 et son animateur, Georges Hupin, reste une personnalité marginale venue de la droite belgicaine et maurrassienne, de sorte que le GRECE belge ne fut jamais en mesure de capter le (faible) mouvement de mobilisation anti-soixante-huitard.</p>
<p style="text-align:justify;">En conclusion, il faut voir la Nouvelle Droite comme un mouvement qui est avant tout né du sentiment d’une génération de militants radicaux, que leur famille politique n’avait pas compris les changements du monde, un reproche que les militants d’extrême-gauche adressaient également aux partis traditionnels, en particulier au Parti Communiste. Cette commune appartenance générationnelle a pu donner corps à une certaine forme de complicité intellectuelle entre militants des deux camps opposés pendant les événements de Mai, complicité qui peut se résumer au sentiment commun d’identification à la figure du Rebelle, dont on sait qu’elle n’est pas cantonnée à la sphère gauchiste, mais qu’elle est centrale chez Jünger, un des maîtres de la Nouvelle droite. Comme le gauchisme également, la Nouvelle droite, en France en tout cas, fut une réaction à la très faible idéologisation de la vie politique française : l’extrême-gauche  tentait de dépasser un Parti Communiste devenu simple gestionnaire de son (important) capital électoral tout comme le GRECE tentait de donner une colonne vertébrale à une pensée de droite décapitée par l’Epuration puis stérilisée par l’hégémonie du gaullisme, portée par une conjoncture économique (les Trente Glorieuses) peu propice aux questionnements fondamentaux. C’est d’ailleurs ce qui continue de faire de la Nouvelle droite une école de pensée qui peut se comparer à la gauche alternative née de 1968 : elle reste en effet, dans le paysage intellectuel de la droite française contemporaine, la seule mouvance à vouloir incarner une « pensée critique » qui cherche le dialogue avec son « double » de gauche lequel d’ailleurs, contrairement à ce qui se passe en Italie, continue à refuser d’admettre que certains des concepts nés de la « pensée 68 » aient pu migrer aussi vers les rivages néo-droitiers.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong> <span style="color:#ff0000;">Première parution dans <em>Itinera</em>, Fasc. 27-2008, pp.67-80 (revue de la Société Suisse d’Histoire, Schwabe Verlag, Basel).</span> <span style="color:#ff0000;">Numéro sur  1968, <em>Révolution et Contre-Révolution</em>, sous la direction de Damir Skanderovic et Christina Späti</span></strong></p>
<hr size="1" />
<p style="text-align:justify;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftnref1">[1]</a> Collectif : <em>Le Mai 68 de la Nouvelle Droite</em>. Editions du Labyrinthe, Paris, 1998</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftnref2">[2]</a> Alain de Benoist, in <em>Le Mai 68</em>…, p.13</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftnref3">[3]</a> Taguieff : « La stratégie culturelle de la « Nouvelle Droite » en France ( 1968-1983) » in Collectif : <em>Vous avez dit fascismes ? </em>Editions Arthaud/Montalba 1984, pp.13-152.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftnref4">[4]</a> Maurice Rollet : Nous étions douze, in : <em>Le Mai 68</em>…, pp. 135- 139</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftnref5">[5]</a> Duranton-Crabol : <em>Visages de la Nouvelle Droite, le GRECE et son histoire</em>. Presses de la Fondation nationale des sciences politiques 1988 ; Coston : <em>Dictionnaire de la politique française</em> ; La Librairie française 1979, p.333</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftnref6">[6]</a> Membre du noyau initial du GRECE sous le pseudonyme de Didier Brument, «  en 1973, Jean Mabire et le Dr. Maurice Rollet fondèrent le mouvement de scoutisme Europe-Jeunesse. Il souhaitait importer les principes des hautes-écoles populaires danoises inaugurées par Nicolas Grundtvig », selon Georges Feltin-Tracol: « Mait’Jean, le précurseur », in : <em>Les Amis de Jean Mabire</em>, mars 2007, n°14.  Europe-Jeunesse ressemble en fait davantage à un équivalent contemporain du <em>Wandervogel</em> allemand.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftnref7">[7]</a> G. Pons : <em>Le Mai 68</em>…, p.131</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftnref8">[8]</a> Sur ces points voir Frédéric Charpier : <em>Génération Occident. De l’extrême- droite à la droite Madelin</em>. Editions du Seuil, 2005</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftnref9">[9]</a> A de Benoist : « la Révolution conservatrice » in <em>Eléments</em> printemps 1991, pp.24-37. Republié dans : de Benoist, <em>C’est à dire</em> Volume 2, p.276, Editions L’Age d’Homme, 2006</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftnref10">[10]</a> On citera notamment : une interview au journal des proches de Marine Le Pen , <em>L’Aviso</em>, fin 2004 ; aux revues nationalistes- révolutionnaires <em>Jeune Résistance</em> (décembre 2001) ; <em>Terre et Peuple</em> (automne 2001) et <em>Résistance</em> (juin 2003).</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftnref11">[11]</a> Le terme figure en exergue d’une publicité parue dans <em>Eléments</em> n°128 ( printemps 2008), pour le livre de Michel Marmin, <em>La Pêche au brochet en Mai 68</em> (éditions Alexipharmaque).</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftnref12">[12]</a> In : <em>Résistance</em> ( le mensuel des résistants au nouvel ordre mondial), n°49, vol.7, mai 2008, pp.11-12.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftnref13">[13]</a> A. de Benoist : <em>Demain la décroissance ! Penser l’écologie jusqu’ au bout</em>. Editions e/edite, 2007.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftnref14">[14]</a> <em>Résistance</em>, n°4, 1<sup>ère</sup> série, 1998.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=3241-1141#_ftnref15">[15]</a> « Sur le fond des idées et de l’action des soixante-huitards, mon jugement est aussi intégralement négatif qu’il l’était sur le moment. Non, mai 68 ne fut pas une aspiration à la liberté de la part de gens qui en étaient gavés. Ce ne fut évidemment pas une révolte de la misère. Le mouvement de mai ne fut pas inspiré par un idéal, mais par une utopie, ce qui est précisément le contraire ».</p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Appel des peuples indigènes face à la crise de civilisation : Déclaration sur la crise du capitalisme et de la civilisation occidentale]]></title>
<link>http://mneaquitaine.wordpress.com/2009/07/16/appel-des-peuples-indigenes-face-a-la-crise-de-civilisation-declaration-sur-la-crise-du-capitalisme-et-de-la-civilisation-occidentale/</link>
<pubDate>Thu, 16 Jul 2009 14:30:23 +0000</pubDate>
<dc:creator>pascalbourgois2</dc:creator>
<guid>http://mneaquitaine.wordpress.com/2009/07/16/appel-des-peuples-indigenes-face-a-la-crise-de-civilisation-declaration-sur-la-crise-du-capitalisme-et-de-la-civilisation-occidentale/</guid>
<description><![CDATA[openfsm.net, communiqué, mars 2009 Appel des peuples indigènes face à la crise de civilisation : Déc]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p><a href="http://">openfsm.net</a>, communiqué, mars 2009</p>
<p>Appel des peuples indigènes face à la crise de civilisation : Déclaration sur la crise du capitalisme et de la civilisation occidentale</p>
<p>Vers un Forum thématique en 2010 qui articule les paradigmes alternatifs : La décolonisation, la démarchandisation de la vie, le bien-vivre et les droits collectifs<br />
<strong>Le capitalisme colonial moderne a commencé il y a plusieurs siècles et a imposé au continent américain l&#8217;invasion du 12 Octobre 1492. Cela a commencé par le pillage et l&#8217;invention des théories globales de la &#8220;race&#8221; pour justifier l&#8217;ethnocide américain, l&#8217;invasion de l&#8217;Afrique pour la traite des esclaves et le pillage des autres continents. Ces génocides se sont poursuivis et ont été maintenus par le capital transnational et ses appuis militaires. Cette exploitation et oppression capitaliste globale produisent le réchauffement de la planète qui entraîne le suicide planétaire.</strong></p>
<p><strong>La crise du modèle de développement capitaliste, eurocentrique, sexiste et raciste, est totale et conduit à la plus grande crise socio-environnementale de l&#8217;histoire humaine. La crise financière, économique, de l&#8217;énergie, augmente la production d&#8217;un chômage structurel, l&#8217;exclusion sociale, la violence, les propos racistes, sexistes et le fanatisme religieux, tout à la fois. La crise est si profonde qu&#8217;elle constitue une véritable crise de civilisation capitaliste, la crise du développement capitaliste et de la &#8220;modernité » qui menacent toutes les formes de vie.</strong></p>
<p><strong>Mais certains continuent à rêver d&#8217;amender ce modèle et ne veulent pas assumer que ce qui est en crise, c’est le capitalisme, l&#8217;eurocentrisme, avec son modèle d&#8217;État uni-national, d’homogénéité culturelle, de droit positif occidental, le développementisme et la marchandisation de la vie.</strong></p>
<p>La crise de la civilisation capitaliste, nous oblige à reconstruire et à réinventer de nouvelles options pour la coexistence entre la nature et de la société, la démocratie, l&#8217;état de consommation. Il est urgent de trouver des nouveaux paradigmes de la civilisation et, dans ce contexte, &#8220;d&#8217;autres mondes sont possibles&#8221; mais urgents, et, d&#8217;ailleurs, ils sont déjà en cours de construction par les premières victimes des formes les plus barbares de la violence capitaliste / coloniale / moderne : les peuples et les communautés indigènes, paysannes, côtières, Quilombolas, Afro-descendantes, Garifunas, Caboclos, Dalits, entre autres, et leurs enfants qui ont émigré dans les bidonvilles et favelas, et tous les autres exclus et invisibles &#8221; intouchables » dans le monde, qui continuent de résister, d&#8217;actualiser et de renforcer d&#8217;autres formes de civilisation et d&#8217;organisation sociale, technique, éthique, politique, économique, culturelle et spirituelle de l&#8217;existence humaine.</p>
<p>Les peuples autochtones pratiquent et proposent l&#8217;unité de la Terre Mère, de la société et de la culture.</p>
<p>Nourrir la Terre-Mère et se laisser nourrir par elle. Protéger l&#8217;eau comme un droit humain fondamental et s&#8217;opposer à sa marchandisation. Décoloniser le pouvoir par le principe de « commander en obéissant », développer l&#8217;autogestion communautaire, l&#8217;auto-détermination, l&#8217;unité dans la diversité comme autres formes de l&#8217;autorité collective ; Promouvoir l&#8217;unité, la dualité, la complémentarité et l&#8217;égalité entre les sexes, la spiritualité de la vie quotidienne et la diversité ; Se libérer de toute domination ou discrimination raciste, ethnique ou sexiste ;</p>
<p>Développer les décisions collectives sur la production, les marchés et l&#8217;économie ;</p>
<p>Décoloniser la science et la technologie ; <!--more-->Développer la réciprocité dans la distribution du travail, des produits et des services : voilà des directions pour produire une nouvelle alternative à l&#8217;éthique sociale de marché et du profit colonial / capitaliste.</p>
<p>Nous appartenons à la Terre Mère, nous n&#8217;en sommes ni propriétaires, ni pillards, in vendeurs, et aujourd&#8217;hui nous avons atteint un tournant : le capitalisme impérialiste s&#8217;est révélé être non seulement dangereux en raison de la domination, l&#8217;exploitation, la violence structurelle, mais aussi parce qu&#8217;il nous tue nous et la Terre-Mère et conduit la planète à un suicide qui n&#8217;est ni «utile» ni «nécessaires».</p>
<p>Le Mouvement Indigène des Abya Yala / Amériques appelle à la plus grande unité dans la diversité :</p>
<p>• <strong>Pour une mobilisation permanente en défense de la Terre Mère et des Peuples, contre la marchandisation de la vie, la pollution, les consommations toxiques, la criminalisation des mouvements sociaux et dans ce cadre effectuer une manifestation intercontinentale le 12 Octobre 2009.</strong></p>
<p><strong>• Pour se mobiliser pour défendre les droits des peuples et de notre Mère la Terre contre l&#8217;agression des méga-projets, les industries extractives, l&#8217;IIRSA, le Plan Puebla Panama, les agrocarburants et les invasions coloniales des peuples d&#8217;Haïti et de la Palestine.</strong></p>
<p>• <strong>Promouvoir l&#8217;échange pour reconstruire, réinventer et articuler de nouvelles valeurs, des structures et des paradigmes de la civilisation dans cette orientation et de co-organiser un Forum social 2010 sur le thème de la crise de la civilisation occidentale capitaliste, la décolonisation, la démarchandisation de la vie, le bien-vivre et les droits collectifs.</strong></p>
<p>• Participer au quatrième Sommet des peuples autochtones de l&#8217;Abya Yala à Puno (Pérou) du 27 au 31 Mai 2009, ce qui permettra de renforcer et de promouvoir le processus décrit ci-dessus.</p>
<p>Ainsi, les mouvements sociaux et autochtones dans le monde, organisés dans le Forum social mondial à Belem demandent de :</p>
<p>• Soutenir la mobilisation pour la défense de la Terre-Mère et le peuple contre la marchandisation de la vie le 12 Octobre 2009.</p>
<p>• Promouvoir l&#8217;échange pour reconstruire, réinventer et articuler de nouvelles valeurs, des structures et des paradigmes de la civilisation dans cette orientation et de co-organiser un Forum social 2010 sur le thème de la crise de la civilisation occidentale capitaliste, la décolonisation, la démarchandisation de la vie, le bien-vivre  et les droits collectifs<br />
Les mouvements</p>
<p>• CTOI Coordinadora Andina de Organizaciones Indígenas</p>
<p>• ECUARUNARI, la Confédération des peuples de nationalité Kichwa de l&#8217;Équateur</p>
<p>• ONIC, Organisation nationale indigène de Colombie</p>
<p>• CONACAMI, Confédération nationale des communautés péruviennes touchées par l&#8217;exploitation minière</p>
<p>• CONAMAQ national de Ayllus et des Markas Qollasuyu (Bolivie)</p>
<p>• ONPIA, Organisation nationale des peuples autochtones de l&#8217;Argentine</p>
<p>• Le Parlement mapuche (Chili)</p>
<p>• Convergencia Nacional Maya Wakib Kej</p>
<p>• ANAMEBI, Association nationale des enseignants dans l&#8217;enseignement bilingue au Pérou</p>
<p>• Nordic Saami Council</p>
<p>• Indian Law Centre de ressources</p>
<p>CONAIE • Confédération des nationalités indigènes de l&#8217;Équateur</p>
<p>• CONIC, et la Coordinadora Nacional Indígena Campesina</p>
<p>• CONAVIGUA, Coordinadora Nacional de viudas de Guatemala</p>
<p>• CUC, Comité d&#8217;unité paysanne du Guatemala</p>
<p>• Conseil des peuples de la Communauté de San Marcos</p>
<p>• ARPI, Association régionale des peuples indigènes de la Selva Central (Pérou)</p>
<p>• CCM Mouvement populaire Sommet</p>
<p>• CAH, Aguaruna Conseil et Huambisa</p>
<p>• Comité régional Indígena del Cauca</p>
<p>• AICO, les autorités de la Colombie OPIAC • Organisation des peuples autochtones de</p>
<p>&#8216;Amazonie colombienne</p>
<p>• Organisation autochtone Kankuamo</p>
<p>• CRIDEC, Conseil autochtone régional de Caldas</p>
<p>• Bureau, Organisation indigène d&#8217;Antioquia</p>
<p>• ORIVAC régional de l&#8217;Organisation Indígena del Valle del Cauca</p>
<p>• CNA, la Confédération nationale agraire</p>
<p>• CBTE, du Ministère de la Fédération paysanne Cusco</p>
<p>• Anti-indienne</p>
<p>• Agence de presse indienne (Mexique)</p>
<p>• FNMBS, Fédération nationale des femmes paysannes originaires Bartolina Sisa (Bolivie)</p>
<p>• Réseau de la jeunesse Tinkuy</p>
<p>• Front de la lutte paysanne et de la Défense et les Mapuche de Patagonie (Argentine)</p>
<p>• Mesa Nacional Indígena de Costa Rica</p>
<p>• Coordonnateur de la Population Chorotega (Nicaragua)</p>
<p>Mouvements sociaux</p>
<p>• CIEMENS, de nations sans État</p>
<p>• Université populaire des mouvements sociaux</p>
<p>• FAOR Forum est de l&#8217;Amazonie (Brésil)</p>
<p>• Mouvement Decrecita</p>
<p>• Nord Amazonie Brésil Forum</p>
<p>• ATTAC Brésil</p>
<p>• ATTAC France</p>
<p>• Les Amis de la Terre</p>
<p>• CEADESC, Centre de recherche sur les droits économiques, sociaux et culturels (Bolivie)</p>
<p>• PHASE, de la Solidarité et de l&#8217;éducation</p>
<p>• Mouvement ARCI (Italie)</p>
<p>• TCOE &#8211; Trust for Community Outreach and Education (Afrique du Sud)</p>
<p>• Analyse de l&#8217;Institut brésilien pour le développement social (IBASE)</p>
<p>• Mouvement ASUD (Italie)</p>
<p>• Maison de droits collectifs (Kurdes, le basque, le catalan, l&#8217;amazigh, la Palestine, Gallego et</p>
<p>autres)</p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[WELCOME HOME]]></title>
<link>http://glutinumundi.wordpress.com/2009/06/16/welcome-home/</link>
<pubDate>Tue, 16 Jun 2009 20:25:46 +0000</pubDate>
<dc:creator>Jonathan Thunin</dc:creator>
<guid>http://glutinumundi.wordpress.com/2009/06/16/welcome-home/</guid>
<description><![CDATA[De retour d&#8217;Amérique, j&#8217;ai les yeux encore emplis des vastes étendues de l&#8217;océan. ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p>De retour d&#8217;Amérique, j&#8217;ai les yeux encore emplis des vastes étendues de l&#8217;océan. Pourtant, c&#8217;est ici que nos vies se passent, sur les terres que nous habitons, dans les villes que nous partageons. Que dire des affaires du monde à présent, si ce n&#8217;est :</p>
<p>- la teneur garantie en purée de marrons à la fois du concours de l&#8217;Eurobidon et du décourageant spectacle des élections européennes en préparation ?</p>
<p>- Il y a bien ces sujets qui prêtent à sourire quand même : en gros titres sur les journaux, &#8220;Obama, trop français ?&#8221; Qu&#8217;est-ce qui autorise cette habitude des Français de prendre à leur crédit ce qui marche si bien ailleurs ? C&#8217;est l&#8217;avantage d&#8217;être universel, sûrement. Et Nicolas Sarkozy, fiévreux d&#8217;envie d&#8217;être aimé comme son interlocuteur américain.</p>
<p>- Ou encore la question israëlo-palestinienne ? Mais dit-on assez que la création d&#8217;un Etat palestinien dans ces conditions est au désavantage des Palestiniens, dont les territoires sont comme leur prison tenue par les Israëliens ? Le refus buté du Premier ministre israëlien Netanyahu d&#8217;entendre parler d&#8217;un Etat palestinien pourrait n&#8217;être que tactique : il fera croire qu&#8217;il cède à la volonté des Américains, qui lui font en réalité un cadeau, et négociera ses avantages&#8230;</p>
<p>- La création d&#8217;un nouveau terme, AfPak (Afghanistan + Pakistan), pour désigner la nouvelle priorité de la politique étrangère américaine. Bel objet présenté à nos pensées que cet AfPak, une abstraction qui laisse présager du peu d&#8217;empathie à escompter pour la réalité des vies et pour la destinée des gens habitant dans ces pays. Finie, l&#8217;Amérique unilatéraliste ? Le multilatéralisme a un prix : chacun devra mettre la main à la pâte.</p>
<p>Alors, après ces remarques, vous trouvez le monde mou, conforme et terne ? Vous croyez que plus ça change, plus c&#8217;est la même chose ? Rassurez-vous, il existe depuis le 1er avril 2009 la Vague normande (1). C&#8217;est une ironie étrange que de retrouver les aspirations du grand océan en cette terre normande. Profession de foi de la Vague (2).</p>
<p>&#8220;Aujourd’hui, alors que le crépuscule s’obscurcit de plus en plus, nous choisissons de vivre. Nous préférons la veille et ses tourments au confort trompeur de la léthargie. L’étau des mondialisations marchande et islamique nous opprime. C’est pourquoi face au déracinement général et à la destruction de toutes les communautés naturelles, nous nous dressons pour défendre et redécouvrir notre Identité. (&#8230;) Européens parce que Normands, première vague d’un océan qui s’étend de la Normandie au Niémen, nous n’avons pas oublié l’esprit de conquête et d’aventure de nos lointains aînés. Notre conquête c’est notre terre. Notre aventure c’est nos vies. Parce que nous ne serons pas des victimes consentantes et que nous refusons de disparaître en esclaves anonymes au sein du village global, nous sommes animés de l’espoir de la victoire, le même qui faisait dire à Guillaume le 14 octobre 1066 à Hastings : « Courage, courage ! Mes compagnons ; nous remporterons la victoire, donnons, donnons, elle est nostre. »&#8221;</p>
<p>On défend le territoire : &#8220;Ici, c&#8217;est normand !&#8221; &#8211; et on envahit tout en même temps l&#8217;Angleterre, comme c&#8217;est logique. Après, on défend la différence à tout crin, et puis on trouve que les musulmans de France devraient se convertir au catholicisme. Voilà qui fait chaud au cœur, quel plaisir de se retrouver chez soi. La &#8220;vague&#8221;, tout enracinée qu&#8217;elle est, s&#8217;intègre dans un grand mouvement de jeunes qui couvre tout le pays : c&#8217;est le Bloc identitaire, fédérateur de moult organisations (3) toutes portées par le même idéal de la tradition, du sol, du sang, tendues vers la vision d&#8217;un Ordre nouveau. Ensembles elles disent : 30 000 expulsions par an &#8211; c&#8217;est la honte ! Il en faut 300 000 !</p>
<p>Ah mais au fait, la Vague (die Welle), n&#8217;est-ce pas un film particulièrement éloquent aussi ?</p>
<p>Jonathan, <em>pour le 18 mai 2009</em></p>
<p>(1) http://www.vague-normande.com/</p>
<p>(2) http://www.bloc-identitaire.com/actualite/822/vague-normande</p>
<p>(3) Opstaan &#8211; les Jeunes enracinés de Flandres, et Vlaams Huis ; Jeune Bretagne &#8211; Génération identitaire, Jeune Alsace et Alsace d&#8217;abord ; Projet Apache &#8211; les Jeunes identitaires parisiens et franciliens ; Rebeyne &#8211; les Jeunes identitaires de Lyon ; Resistencia, et Nostra Revolta &#8211; les Jeunes identitaires du Languedoc ; Reconquista &#8211; les Jeunes identitaires de Provence&#8230; ; le magazine ID Magazine, le label de production Alternative-s, et Novopress.info, créations de Fabrice Robert, président du mouvement des identitaires, le &#8220;Bloc identitaire&#8221;.</p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[La décroissance : un modèle économique d’avenir ?]]></title>
<link>http://mneaquitaine.wordpress.com/2009/05/28/la-decroissance-un-modele-economique-d%e2%80%99avenir/</link>
<pubDate>Thu, 28 May 2009 16:44:30 +0000</pubDate>
<dc:creator>pascalbourgois2</dc:creator>
<guid>http://mneaquitaine.wordpress.com/2009/05/28/la-decroissance-un-modele-economique-d%e2%80%99avenir/</guid>
<description><![CDATA[altermonde-sans-frontière.com, Guillaume Duval, Christine Mounier, le 21 avril 2009 La décroissance ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p><a href="http://">altermonde-sans-frontière.com</a>, Guillaume Duval, Christine Mounier, le 21 avril 2009</p>
<p>La décroissance : un modèle économique d’avenir ?</p>
<p><strong>À en croire les principaux média, le bien-être de tous passe par une croissance soutenue. Pourtant, pour un nombre croissant de personnes, un modèle économique d´avenir et responsable ne passe plus forcément par la croissance économique, mais au contraire par la décroissance.<br />
Décroissance ou développement durable ? : Deux camps s’opposent sur les réponses à apporter aux problèmes environnementaux et aux besoins de la population.</strong></p>
<p><strong>Les événements climatiques extrêmes se multiplient, les déchets s’amoncellent, les nappes phréatiques s’épuisent ou sont polluées, le pétrole va devenir rare et son contrôle fait l’objet de conflits de plus en plus violents, que ce soit en Irak ou en Tchétchénie. Dans le même temps, la capacité du système économique à répondre aux besoins sociaux est de plus en plus contestée. Les inégalités mondiales se creusent et si une partie de l’Asie est en train de sortir du sous-développement, c’est en adoptant un mode de vie dévoreur de ressources non renouvelables. Bref, et chacun (ou presque) en convient désormais : on va dans le mur et il faut changer de mode de développement. Et pas dans un siècle, dès les prochaines années. Mais comment faire ? Un débat de plus en plus vif oppose les partisans d’une « décroissance soutenable », organisant le recul de l’économie monétaire, aux tenants d’un « développement durable » permettant de concilier croissance et écologie.</strong></p>
<p><strong>Sur la gravité de la situation, il n´y a pas de désaccord majeur entre les tenants du développement durable et les partisans de la décroissance</strong>. Ernst Ulrich von Weizsäcker, Amory et Hunter Lovins, tenants du développement durable, reprennent à leur compte, dans leur rapport « Facteur 4 », les très sombres prévisions établies par les Meadows dans leur célèbre rapport de 1972 au Club de Rome sur « les limites de la croissance ». <strong>Ils envisagent notamment le risque d´un effondrement brutal des productions agricole et industrielle et de la population mondiale dans les prochaines décennies. Quant à Lester Brown, autre tenant du développement durable, il consacre, dans Éco-économie, des pages aux « signes de la tension » qui ne rassurent pas davantage sur l’avenir. Il n’y a pas non plus de divergence sur la nécessité d’une décroissance très rapide de la consommation de matières premières et d’énergie, en particulier, bien sûr, des énergies fossiles.</strong></p>
<p>L’éco-efficience au secours de la croissance</p>
<p><strong>En revanche, les avis s’opposent sur le moyen d’y parvenir. Les tenants de l’éco-économie mettent en évidence les nombreux moyens techniques déjà connus pour consommer beaucoup moins de matières premières et d’énergie tout en produisant autant de biens et de services</strong> (à travers le recyclage et une autre conception des produits). <strong>C´est le fameux « facteur 4</strong> » d’Ernst Ulrich von Weizsäcker :<strong> on peut produire autant avec quatre fois moins d’énergie et de matières premières.</strong> D’autres, plus ambitieux encore, parlent de facteur 10. Sans être des ennemis du marché, les tenants de l´éco-économie ne croient pas que les mécanismes marchands sont susceptibles de rétablir seuls les équilibres écologiques. Ils misent sur des politiques publiques très actives et sur une refonte des systèmes fiscaux en fonction de priorités écologiques. De plus, ils soulignent qu´il va falloir changer en un temps record l´essentiel de nos infrastructures : remodeler l’urbanisme, changer d´habitat, reconfigurer les moyens de production dans la plupart des industries, etc. Cet énorme effort d’investissement est générateur de croissance et, à la fois, nécessite de la croissance pour être mis en oeuvre : la croissance faible des vingt dernières années en Europe a plus freiné la transformation écologique des modes de production et de consommation qu´elle ne l’a accélérée.</p>
<p>Attention à l´effet rebond</p>
<p>Les tenants de la décroissance ne croient pas du tout à un tel scénario. <!--more-->Ils mettent en particulier en avant ce qu’on appelle l’effet rebond : à chaque fois qu´on a réussi à économiser telle ou telle matière première pour produire un bien ou un service, l´effet de ce gain d’éco-efficience a été plus que compensé par un accroissement encore plus important des quantités produites. Exemple avec le développement des technologies de l´information et de la communication : elles devaient permettre de limiter la consommation de papier. Or, c´est l´inverse qui est constaté : du fait de ces technologies, jamais autant de choses n´ont été imprimées. Les tenants de cette analyse soulignent également l´impossibilité d’un recyclage intégral des matières premières : pour eux, le développement durable ne fait que retarder les échéances.</p>
<p>Le coeur de leur critique ne se fonde cependant pas sur ces difficultés bien réelles. Plus fondamentalement, ils reprennent le discours de ceux qui, avec Ivan Illich ou Jacques Ellul, critiquaient radicalement la société de consommation dans les années 60 et 70. « Ce n´est pas d´abord pour éviter les effets secondaires d´une chose qui serait bonne en soi qu´il nous faut renoncer à notre mode de vie &#8211; comme si nous avions à arbitrer entre le plaisir d´un mets exquis et les risques afférents. Non, c´est que le mets est intrinsèquement mauvais, et que nous serions bien plus heureux à nous détourner de lui. Vivre autrement pour vivre mieux », disait Ivan Illich.</p>
<p>Que l’argent ne fasse pas le bonheur et que le produit intérieur brut (PIB) par habitant mesure très mal le bien-être, cela fait aujourd´hui l´objet d´un large consensus parmi ceux qui critiquent la société actuelle. Y compris chez ceux qui sont favorables au développement durable, comme Ernst Ulrich von Weizsäcker, Amory et Hunter Lovins, qui consacrent tout un chapitre de leur livre à cette importante question. Mais, entre relativiser le PIB comme seule mesure du bien-être et prôner sa diminution, il y a un pas qu´il vaut sans doute mieux ne pas franchir.</p>
<p>Des arguments qui ne sont pas tous bons</p>
<p>Les partisans de la décroissance assimilent la croissance de l´économie au seul développement des relations marchandes, agitant le spectre d´une marchandisation du monde. Si c’était le cas, ils auraient raison de vouloir faire reculer le PIB, mais ce n’est pas ce qui est observé : dans tous les pays développés, et cela malgré les discours et les efforts incessants des libéraux, la part de l’économie qui échappe à une logique purement marchande, via les prélèvements obligatoires, ne cesse d´augmenter. La croissance de l’économie monétaire n´est pas synonyme d’extension des rapports marchands : elle se traduit également par la mise en œuvre de mécanismes de solidarité non marchands et par la mutualisation de nombreux services.</p>
<p>Les habitants des bidonvilles du Sud connaissent actuellement la marchandisation du monde : tout s’y achète et tout s’y vend (y compris souvent la justice et la police). Ce qui leur manque, et ce que la croissance peut et surtout doit leur apporter, ce sont des services non marchands comme des systèmes de santé, d’éducation, d´assainissement&#8230; Si on s’engageait sur la voie de la décroissance au Nord, il y a de fortes chances en revanche que ce soit cette partie mutualisée et non marchande de l’économie monétaire qui en fasse les frais la première. Les vingt dernières années de croissance faible en France et en Europe plaident plutôt en ce sens.</p>
<p>De plus, pour résoudre les problèmes environnementaux, il n´y a guère d´autre solution que d´accroître le coût de nombreuses consommations (l´air, l´eau, le pétrole, les minerais, etc.), dont les prix actuels ne reflètent pas les dégâts causés sur l´environnement. Pour mettre fin à cette sous-tarification, cause de nombreux gaspillages, il ne s´agit pas de marchandiser encore plus le monde, mais d´imposer des taxes supplémentaires qui reflètent les coûts supportés par la collectivité. Cette indispensable extension de la sphère de l´économie monétaire est elle aussi porteuse d’une croissance de son volume.</p>
<p>Les tenants de la décroissance dénoncent enfin les gaspillages qui caractérisent nos modes de vie par rapport à ce qui serait indispensable pour assurer nos besoins de base, se nourrir, se vêtir, se chauffer&#8230; Ils pointent notamment la mode des marques et les dépenses publicitaires qui la nourrissent. Mesurés à l’aune de nos stricts besoins physiques, le gaspillage ne fait aucun doute. Comme les profits qu’en tirent quelques multinationales.</p>
<p>Ceci dit, le capitalisme n’a pas inventé cette forte propension des hommes et des femmes à dépenser beaucoup de temps et d´argent pour des consommations « irrationnelles ». Les plus beaux monuments que nos ancêtres ont laissés sont le plus souvent des palais, des temples ou des cathédrales, alors même que la satisfaction de leurs besoins primaires était à l’époque bien moins évidente encore qu’aujourd’hui. Il n´empêche, ils réservaient à ces constructions de prestige la meilleure part des richesses qu’ils produisaient. Les formes de consommation irrationnelles d’aujourd’hui ont perdu tout substrat religieux. Mais leur fonction psychologique de réassurance individuelle et d’affirmation de soi vis- à-vis des autres est-elle si différente d´hier ? En disant cela, il ne s’agit pas de minimiser l’impact négatif, notamment écologique, des achats compulsifs et des multiples produits jetés sans être véritablement usés. Ni de dédouaner les pouvoirs publics de leur responsabilité dans la lutte contre ces comportements, et surtout contre les offres qui les suscitent, avec notamment les effets que l’on connaît en termes de santé publique. Mais il faut souligner la difficulté d’infléchir ces habitudes dans un cadre qui respecte les libertés individuelles. De tels comportements ne tiennent en effet pas simplement à la capacité d´intoxication de la publicité.</p>
<p>La question centrale de la démocratie</p>
<p>Que peut-on faire dans un cadre démocratique ? Cette question est centrale dans le débat qui oppose les tenants du développement durable aux partisans de la décroissance. Un des risques que nous courons au XXIème siècle, c’est qu’on nous refasse, au nom de l’urgence écologique, le coup qu’on nous a fait au XXème siècle au nom de l’injustice sociale : une avant-garde auto proclamée s´arrogeant, au prétexte d´une prescience infaillible de l’avenir, la mission de faire le bonheur du peuple malgré lui et d’accoucher aux forceps d´un « homme nouveau ».</p>
<p>C’est notamment parce qu´ils ne croient pas possible de « vendre » démocratiquement aux habitants du Nord une baisse de leurs biens et de leurs services que les tenants du développement durable cherchent les moyens de dissocier croissance et consommation de matières premières. Ils considèrent que, pour limiter les inégalités mondiales dans un cadre pacifique et démocratique, on ne peut se contenter de prendre aux habitants du Nord pour donner à ceux du Sud. Les tenants de la décroissance, quant à eux, sont généralement conscients de la difficulté de faire adopter démocratiquement leur projet politique. Ils refusent cependant l´idée d´imposer la décroissance par la force et ont confiance dans leur capacité à convaincre leurs concitoyens de la choisir volontairement. Le monde idéal qu´ils décrivent dans le quiz « Êtes-vous développement durable ou décroissance soutenable ? », qui clôt l’ouvrage Objectif décroissance publié par la revue Silence, n’incite toutefois guère à l’optimisme quant à leurs chances de succès : monsieur ou madame « décroissance soutenable » n’a pas de téléviseur et ne regarde donc pas « certains soirs, les émissions intelligentes », il n’a pas non plus d’ordinateur personnel et de voiture, ne prend jamais l’avion et ne pratique pas le tourisme éthique, il n’achète pas de café, de thé ou de chocolat, même issus du commerce équitable et labellisés Max Havelaar, et ne veut pas entendre parler de taxe Tobin ; il ne place pas son argent dans des fonds éthiques&#8230; Dur, dur ! Quoi qu’il en soit, et quel que soit le parti finalement choisi entre développement durable et décroissance soutenable, le temps presse : il faudra trouver les moyens de transformer profondément les modes de production et de consommation dans les années qui viennent. La décroissance économique, ou la nécessaire prise de conscience de l’avenir de la planète</p>
<p>Parler de « décroissance économique », c’est implicitement renvoyer à deux autres notions économiques, celle d’économie libérale, et celle de développement durable, et s’opposer à elles. Chacune de ces théories s’articule autour de quelques notions-clés.</p>
<p>L’économie libérale repose essentiellement sur l´idée de croissance où les performances économiques sont valorisées et recherchées pour elles-mêmes, indépendamment des critères humains ou écologiques, et se mesurent à l´augmentation du produit national. Ainsi réduite à sa plus simple définition, l’économie libérale est un concept avant tout quantitatif et unidimensionnel.</p>
<p>Le terme de « développement durable » est apparu pour la première fois dans le rapport Brundtland (ONU, 1987), et est défini comme un « mode de développement qui satisfait les besoins du présent tout en permettant aux générations futures de satisfaire les leurs ». Or, cette définition prête à confusion, et permet à chacun de l’interpréter dans le sens qui l’arrange : ainsi, les industriels en retiennent surtout le mot « développement » et se voient autoriser en toute bonne conscience à produire toujours plus, de l’énergie, renouvelable ou non, des biens de consommation&#8230;, tout en s’assurant dans le même temps que cela ne se fait pas au détriment de l’environnement. Il s’agit alors pour eux de concilier leur exigence de croissance avec une forme de protection de l’environnement, où leur objectif de production n’est pas remis en cause, ni même limité, mais seulement assorti du souci de ne pas être trop agressif pour l’environnement. Mais les écologistes en particulier ne l’entendent pas ainsi, et récusent cette interprétation au profit d´une autre, plus contraignante pour les industriels : le développement durable permet effectivement de répondre aux besoins des générations actuelles, mais sans pour autant compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins.</p>
<p>À la différence de la manière dont le comprenaient les industriels, le second aspect de la définition l’emporte sur le premier, et la protection des diverses ressources, humaines et écologiques, devient dès lors une priorité sur la nécessité de production ou de croissance. Mais pour les tenants du développement durable, celui-ci est trop souvent réduit à sa seule dimension écologique, alors qu’il devrait mettre en oeuvre une approche globale où le développement durable, c’est-à-dire à long terme, n’est viable qu’en conciliant trois aspects indissociables : le respect de l’environnement, la justice sociale, la rentabilité économique. Car si le développement s’évalue de manière privilégiée dans le domaine économique, il s’apprécie aussi à la qualité des ressources humaines, à l’équité sociale, au bien-être des individus, mais aussi en termes d’environnement et de protection du milieu et des ressources naturelles. Mais lorsque la croissance conduit à une augmentation du produit national, mais aussi à un manque de repères identitaires, à de l’exclusion sociale ainsi qu’à une importante dégradation du milieu naturel, on peut sans doute parler de développement, mais assurément pas de développement durable. Est-il dès lors possible de concevoir une croissance qui s´assortirait en même temps d´un développement durable et général, c’est-à-dire pas uniquement économique, qui permettrait d’assurer le mieux-être des hommes ? C´est pour cette raison que certains préfèrent parler de développement soutenable, entendant par-là ce que le milieu naturel pourrait supporter sur le long terme &#8211; ce qui revient à mettre l’accent sur la notion de durabilité (où il y a cohérence entre les besoins et les ressources naturelles globales sur le long terme) plutôt que sur la limite jusqu’à laquelle l’environnement supportera un développement économique sans dommage.</p>
<p>D’autres, qui s’inspirent des travaux de Nicholas Georgescu-Roegen, récusent la notion-même de développement durable et préfèrent parler de décroissance durable ou soutenable. Cette théorie est apparue à la suite d´une controverse sur la croissance du PIB. Ses tenants pensent que la croissance économique s´oppose aux valeurs qui devraient fonder la société occidentale en accentuant les déséquilibres Nord/Sud, l’inégalité sociale, la précarité et la pollution. Comme la planète ne peut soutenir le niveau de consommation actuel en particulier des pays riches, il est indispensable que les habitants de ces pays riches prennent conscience du déséquilibre économique et écologique planétaire et fassent une démarche volontaire pour voir baisser leur consommation de biens et d´énergie, ce qui doit passer, entre autres, par une politique accrue du recyclage.</p>
<p><a href="http://www.dossiersdunet.com/rubrique14.html">dossiersdunet.com</a></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Critique de Corcuff (NPA) sur l’ouvrage de Kempf]]></title>
<link>http://mneaquitaine.wordpress.com/2009/05/05/critique-de-corcuff-npa-sur-l%e2%80%99ouvrage-de-kempf/</link>
<pubDate>Tue, 05 May 2009 11:51:18 +0000</pubDate>
<dc:creator>pascalbourgois2</dc:creator>
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<description><![CDATA[reporterre.net, Philippe Corcuff et Hervé Kempf , le 1er mai 2009 Ecologie, productivisme, et post-c]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p><a href="http://www.reporterre.net/spip.php?article339">reporterre.net</a>, Philippe Corcuff et Hervé Kempf , le 1er mai 2009</p>
<p>Ecologie, productivisme, et post-capitalisme</p>
<p>L’économie de marché est-elle le capitalisme ? Quand l’individualisme n’est-il plus émancipateur ? Comment réintroduire la démocratie dans le travail lui-même ? Des questions au cœur de la nouvelle écologie radicale. Un débat.</p>
<p>En mars, Philippe Corcuff a eu l’amabilité de m’envoyer le texte qu’il comptait présenter lors du Contre Grenelle, à Lyon, le 2 mai (info : <a href="http://www.contre-grenelle.org/%20Grenelle,%20à%20Lyon,%20le%202%20mai%202009">http://www.contre-grenelle.org/ Gre&#8230;</a>). Il posait des questions intéressantes, qui m’ont conduit à lui adresser les précisions nécessaires. Voici les deux textes.</p>
<p>Anticapitalisme et antiproductivisme à l’aube du XXIe siècle – Autour des analyses d’Hervé Kempf</p>
<p>Par Philippe Corcuff (sociologue, membre des Verts en 1994-1997, militant du Nouveau Parti Anticapitaliste)</p>
<p><strong>Le mythe d’un « capitalisme vert » semble faire des ravages rhétoriques, dans la droite sarkozyste ainsi que dans un PS et chez des Verts social-libéralisés, comme réponse magique à la double crise financière et climatique qui affecte aujourd’hui le capitalisme. C’est l’occasion de réfléchir aux liens entre la critique écologiste du productivisme et la critique du capitalisme par la gauche radicale. Car la période appelle une nouvelle convergence entre les courants radicaux de l’écologie et les anticapitalistes. Le dernier livre d’Hervé Kempf, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, constitue un support intéressant pour amorcer cette démarche.</strong></p>
<p>Le livre d’Hervé Kempf nous propose une série de pistes intéressantes, qui ont le grand avantage, dès le titre de l’ouvrage, de <strong>réarrimer prise de conscience écologiste et critique du capitalisme</strong>.</p>
<p><strong>Or c’est quelque chose qui a été perdue de vue par certains écologistes, dans la double logique de l’institutionnalisation-professionnalisation des élites politiques vertes et de l’hégémonie de « la pensée unique » néolibérale. Les aspirations anticapitalistes de Mai 68 ont alors progressivement été oubliées par des militants éminents des Verts européens, comme Daniel Cohn-Bendit, passé du Dany le Rouge d’hier au Dany le Vert pâle d’aujourd’hui.</strong> Ce dernier proclame même dans un livre de 1998 : « Je suis pour le capitalisme et l’économie de marché ». Un exemple significatif, pour les centaines de milliers de personnes qui se sont opposés et s’opposent aux réformes néomanagériales de Sarkozy-Darcos-Pécresse, appliquant, de la maternelle à l’université, les recettes des entreprises privées : « Naturellement, l’industrie participerait aussi à la définition des contenus de l’enseignement, contrairement à ce que nous disions en 1968 » …</p>
<p>Or, justement, le troisième chapitre du livre de Kempf est consacré au « mirage de la croissance verte ». Pour lui, <strong>le capitalisme aborde de manière inadéquate la question du changement climatique, en tentant de faire croire « que l’on pourra pérenniser le système économique actuel sans en changer les déterminants</strong> » (p.84). Un exemple ? « L’effet pervers de la hausse des prix de l’énergie dans le système capitaliste est qu’elle <!--more-->stimule l’exploitation de réserves jusque-là marginales de pétrole, et va donc accroître les émissions de gaz à effet de serre. » (p.98)</p>
<p>Le capitalisme prend appui sur une dynamique illimitée d’accumulation du capital, associée à la propriété privée des grands moyens de production et d’échange, alimentée par le profit marchand à court terme. Or, il se révèle incapable de prendre en compte le temps long de la biosphère ou des générations à venir. André Gorz , demeuré anticapitaliste jusqu’à la fin de sa vie, avait bien saisi que la marchandisation de l’humanité et de la nature portée par la logique capitaliste se heurtait tout à la fois à la justice sociale, à la qualité existentielle de la vie des individus et à la préservation des univers naturels.</p>
<p>Il rejoint, ce faisant, les courants écolo-marxistes qui ont mis l’accent sur la contradiction capital/nature propre au capitalisme , et pas seulement sur la contradiction capital/travail privilégiée traditionnellement par les marxistes. Qu’est-ce à dire ? La nature serait elle aussi exploitée dans la dynamique d’accumulation du capital. Or, dans l’épuisement des ressources naturelles comme dans les risques techno-scientifiques associés à la logique contemporaine du profit, le capitalisme mettrait en danger ses propres bases naturelles et humaines d’existence.</p>
<p>Marx lui-même avait amorcé une connexion entre contradiction capital/travail et contradiction capital/nature dans le livre 1 du Capital : « Chaque progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol ; chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un temps, un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité. (…) La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du processus de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : La terre et le travailleur. »</p>
<p>Kempf est également conscient que cela suppose une lutte de classes. Car, à l’échelle mondiale, les « classes les plus riches », appelées aussi « oligarchie », ont intérêt à la poursuite de l’impasse capitaliste et s’opposent à tout changement radical.</p>
<p>S’ouvre ainsi la possibilité de nouvelles convergences entre l’écologie politique radicale, dont des secteurs de la décroissance, et un nouvel « écosocialisme », très présent au sein du NPA.</p>
<p>Mais les analyses de Kempf présentent aussi des ambiguïtés et des faiblesses qui nous invitent à clarifier les liens entre anticapitalisme et antiproductivisme.</p>
<p>Ambiguïtés d’Hervé Kempf</p>
<p>Tout d’abord Kempf recourt à une distinction entre le mauvais « capitalisme » et la bonne « économie de marché » fort confuse (pp.69-70). On sait que « l’économie de marché », au sens de « la concurrence pure et parfaite », n’existe guère dans le monde capitaliste réellement existant, à la structure oligopolistique. Cette idéologie a toutefois eu des effets bien réels dans la réorganisation du capitalisme à partir des années 1980, contre les régulations publiques et sociales qui avaient été antérieurement arrachées au capitalisme par les luttes sociales.</p>
<p>« L’économie de marché », de Cohn-Bendit au Parti socialiste , c’est aussi souvent le nom euphémisé de l’adhésion des sociaux-libéraux au cadre capitaliste. Les anticapitalistes ne sont pas nécessairement pour la suppression de tout marché. Je suis personnellement favorable à ce que des mécanismes marchands continuent à jouer un rôle local et dépendant d’une logique démocratique, dans le cadre d’une propriété sociale des grands moyens de production et d’échange. Mais parler d’« économie de marché », c’est aller au-delà de formes localisées de marché. C’est se référer à la régulation principale de l’économie par le marché.</p>
<p>C’est ainsi en naturalisant et en fatalisant « l’économie de marché » que Michel Rocard, fraîchement débarqué du PSU au PS, a quitté les rives de l’anticapitalisme dès octobre 1976, lors d’un colloque du magazine L’Expansion face à des patrons : « Le système de régulation restera le marché (…) on ne biaise pas avec le marché, sa logique est globale ».</p>
<p>Autre problème : par son titre et les clarifications manquantes de son propos, Kempf tend, implicitement, à assimiler capitalisme et productivisme (logique illimitée de la production pour la production), et donc anticapitalisme et antiproductivisme. Or l’histoire de la gauche montre qu’on peut être anticapitaliste et productiviste. Les sociétés staliniennes en ont été un exemple historique marquant. Mais déjà chez Marx, les choses apparaissent ambivalentes. On trouve chez lui tout à la fois une fascination pour l’essor industriel propre au XIXe siècle, et ses illusions technologistes, et des prémisses écosocialistes. Comme l’a mis en évidence le Britannique Ted Benton , sans réélaboration significative, le cadre marxiste a du mal à intégrer la question des « limites naturelles » de la croissance. Vincent Gay, un des principaux animateurs de la commission écologie du NPA, a aussi souligné que les analyses « décroissantes » peuvent « constituer une porte d’entrée pour réinterroger certains concepts marxistes qui, souvent laissés dans le flou par Marx, ont donné lieu à des interprétations productivistes » ; comme par exemple « celui des forces productives et de leur développement » .</p>
<p>Plus largement, on doit noter que nombre de courants de la galaxie socialiste née au XIXe siècle, comme de la gauche républicaine qui l’a précédée, ont souvent été profondément marqués par la vision non critique d’un « Progrès » scientifique et technique supposé intrinsèquement positif. Il ne s’agit certes pas d’abandonner des pans importants des valeurs des Lumières du XVIIIe siècle : la Raison, la Science et le Progrès, mais de leur ôter leurs Majuscules, leur position surplombante et absolue, pour en faire seulement des paris confrontés à l’inquiétude écologiste. Ce que j’ai appelé ailleurs des Lumières tamisées .</p>
<p>Enfin, Kempf, peu informé des travaux sociologiques sur la question, ne comprend pas les complications de l’individualisme contemporain. Il en fait une logique uniformément négative assimilée au capitalisme (pp. 39-52). Il confond l’individualisme marchand et concurrentiel avec d’autres formes, plus émancipatrices, d’émergence de l’individualité moderne : la consolidation d’une intimité personnelle, la logique individualisante de la citoyenneté démocratique, la mise en cause de la famille patriarcale (émancipation des femmes, droits des enfants, reconnaissance timide des modes de vie homosexuels). Il ne voit pas alors que là se situe une autre contradiction forte du capitalisme, à côté de la contradiction capital/travail et de la contradiction capital/nature : la contradiction capital/individualité. Ainsi le capitalisme stimulerait les désirs d’épanouissement personnel, mais ne pourrait y répondre que de manière tronquée, à la fois marchande et inégalitaire. Il produirait donc, au final, des individualités frustrées et blessées, appelant une émancipation personnelle dans un autre cadre de sociabilité, non-capitaliste .</p>
<p>Au bout de ce parcours synthétique on voit mieux combien les antiproductivistes ont à faire une révolution culturelle anticapitaliste et combien les anticapitalistes ont à faire une révolution culturelle antiproductiviste. Tout cela est bien plus exaltant que la grisaille du « capitalisme vert ».</p>
<p>Quelques remarques ou précisions à propos de votre section intitulée &#8220;Ambiguïtés d’Hervé Kempf&#8221;.</p>
<p>Par Hervé Kempf</p>
<p>1 &#8211; En ce ce qui concerne la distinction entre &#8220;capitalisme&#8221; et &#8220;économie de marché&#8221;.</p>
<p>Je ne prends pas l’économie de marche au sens de concurrence pure et parfaite, bien sûr, et je suis d’accord avec vous que l’évolution naturelle du capitalisme conduit à la constitution d’oligopoles. Mais l’important, à mon sens, est ailleurs : le capitalisme est une économie de marché étendue à l’ensemble du champ social, telle que, comme l’a montré Polanyi, l’économie tend à absorber toute la société.</p>
<p>Mais on peut concevoir une économie de marché sous sa figure pratique, opérationnelle, à condition qu’elle soit enchâssée dans la société, qu’elle soit clairement bornée. C’est ce que je précise pp. 122-124 de Pour sauver la planète… : permettez-moi de me citer : &#8220;Sortir de cette situation suppose une économie qui ne soit plus axée sur le principe de l’accumulation privative des ressources. Ce sera une économie de marché, mais dont le domaine s’arrêtera à la lisière des biens communs essentiels.&#8221;</p>
<p>Je souligne ensuite qu’elle sera corrigée par un système de prix prenant en compte l’impact écologique des activités, et par de nouveaux indicateurs économiques. Puis : &#8220;Cela conduira logiquement à la prise en charge collective des domaines qui sont des biens communs et ne peuvent être gérés durablement par la seule initiative privée visant le seul profit.&#8221;</p>
<p>La longueur limitée que je voulais donner à ce livre, afin de le rendre accessible au plus grand nombre, m’a conduit à rester elliptique sur un certain nombre de points.</p>
<p>Les débats qu’il suscite m’ont notamment conduit à préciser un aspect essentiel : celui de ce que sont ces &#8220;biens communs&#8221; qui appellent une prise en charge collective hors économie de marché. Il s’agit, outre des biens environnementaux, de la santé, l’éducation, la culture, l’agriculture, l’énergie, la sécurité publique. De surcroit, il est utile de rappeler que, dans son domaine de compétence, l’économie de marché doit aussi être bornée par des règles posées collectivement : notamment celles qui concernent la qualité des produits, et celles qui concernent les droits des travailleurs.</p>
<p>Une autre question se pose, que vous évoquez bien, celle de &#8220;la propriété sociale des grands moyens de production et d’échange&#8221;. Les domaines que j’ai évoqués en recouvrent une partie, et la nécessaire &#8220;socialisation&#8221; (pour reprendre le mot de Thomas Coutrot (1)) du système bancaire s’impose à l’évidence, depuis qu’il n’est sauvé de la faillite que par l’injection de fonds publics. De même, l’injection de fonds publics dans de grandes entreprises &#8211; telles que celles de l’industrie automobile &#8211; appelle au minimum un droit de contrôle de l’Etat.</p>
<p>Faut-il aller au-delà ? Il me semble que le débat doit rester ouvert : nous devons garder à l’esprit l’exemple désastreux &#8211; et notamment pour ce qui concerne les libertés publiques &#8211; des économies planifiées. En revanche, il est urgent de réintroduire dans la réflexion la nécessité d’une participation forte des travailleurs aux décisions des entreprises, et à leur capital. Nous pouvons ainsi envisager une économie où, pour la partie relevant du marché, plusieurs types d’entreprises cohabiteraient : entreprises privées, entreprises à contrôle collectif, entreprises à direction coopérative ou autogérée.</p>
<p>2 &#8211; En ce qui concerne l’assimilation entre antiproductivisme et anticapitalisme.</p>
<p>J’ai levé cette possible confusion dans mon ouvrage précédent, Comment les riches détruisent la planète, dans lequel je stigmatise précisément le productivisme et le mépris de l’écologie qui a caractérisé &#8211; et continue, hélas trop souvent &#8211; la culture de la gauche.</p>
<p>3 &#8211; En ce qui concerne l’individualisme.</p>
<p>J’ai insisté dans le passage central du livre (p. 39 sq.) sur l’exacerbation de l’individualisme dans la phase la plus récente du capitalisme. Insisté, parce que je voulais faire sentir que la psychologie collective, l’atmosphère culturelle, l’aliénation des perceptions individuelles sont des élements aussi importants que les analyses économique pour comprendre les ressorts actuels de la société.</p>
<p>Je vous accorde sans réserve qu’il est essentiel de rappeler que l’individualisme moderne &#8211; ou plutôt occidental &#8211; a eu une valeur émancipatrice. Mais pour autant qu’il restait tempéré par le sentiment de la solidarité et le souci des autres. C’est ce que j’ai essayé de dire, sans doute trop rapidement, p. 40 et p. 69, à propos du libéralisme (qui &#8220;vise à émanciper les personnes des déterminations transcendantes et des sujétions définies par un statut acquis à la naissance&#8221;).</p>
<p>Il nous faut sortir de l’individualisme exclusif, isolant, coupant les liens sociaux autres que marchands, aliénant dans sa recherche de la maximisation de son intérêt, pour aller vers un individualisme où la personne humaine s’épanouit et s’enrichit dans ses échanges symboliques, amicaux, de lutte, &#8230; avec les autres personnes humaines qui sont les compagnons de son aventure sur terre.</p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Biosphere-hebdo : spécial « oxymores  » ]]></title>
<link>http://mneaquitaine.wordpress.com/2009/05/02/biosphere-hebdo-special-%c2%ab-oxymores-%c2%bb/</link>
<pubDate>Sat, 02 May 2009 14:41:26 +0000</pubDate>
<dc:creator>pascalbourgois2</dc:creator>
<guid>http://mneaquitaine.wordpress.com/2009/05/02/biosphere-hebdo-special-%c2%ab-oxymores-%c2%bb/</guid>
<description><![CDATA[biosphere.ouvaton.org, biosphere-hebdo n° 17.2009 (spécial « oxymores  »), le 2 mai 2009 (Extraits d]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p><a href="http://biosphere.ouvaton.org/24.04.2009">biosphere.ouvaton.org</a>, biosphere-hebdo n° 17.2009 (spécial « oxymores  »), le 2 mai 2009</p>
<p>(Extraits de La politique de l’oxymore de Bertrand Méheust)</p>
<p>La pression de confort (techniques imbéciles)</p>
<p><strong>La pression du confort est une notion décisive. Il est sous-entendu (hors discussion, sauf dans les milieux encore marginaux de la décroissance), que le confort moderne, au sens large où nous l’entendons aujourd’hui, est un acquis irréversible. Cette façon de penser est largement due au fait que les générations nées depuis les années 1970 n’ont pas connu d’autres conditions de vie et ne dispose pas d’éléments de comparaison. Un jeune des banlieues déshéritées, aujourd’hui, dispose de moyens de confort que n’avait pas le roi Louis XIV, notamment l’eau chaude au robinet, les WC et le chauffage. Cette révolution du confort est le premier moteur de la pression sur la nature entraînée par nos gestes quotidiens.</strong></p>
<p><strong>Or un univers psychique qui n’admet par principe aucune limitation, aucun interdit, court vers l’abîme</strong>. Pendant la Seconde guerre mondiale, la vitesse des voitures aux Etats-Unis a été plafonnée à 55 km/h pour économiser le carburant. Il a fallu une menace extérieure pour mettre en place cette mesure qui devrait s’imposer aujourd’hui. <strong>Le danger du système libéral, c’est que, ayant disqualifié tous ses concurrents, il n’a plus d’extérieur et ne peut se contraindre lui-même dans des délais utiles. Aucun effort méthodique pour prévoir le futur et organiser le décrochage du pétrole n’a été conduit : si c’était le cas, cela se saurait</strong>, des voitures ultralégères seraient déjà disponibles depuis longtemps sur le marché, leurs moteurs seraient bridés, etc.</p>
<p>Les Hikikomoris, ces jeunes japonais gavés d’informatique qui ne sortent plus de leur chambre, sont un des premiers symptômes de l’épuisement vital vers lequel nous tendons. En moins d’un siècle, le marché, couplé à la technologie, en instrumentalisant et en artificialisant les désirs, aura stérilisé tout ce qui donnait aux hommes le goût de vivre depuis des millénaires. La publicité, cette forme moderne, insidieuse et inédite de contrôle des esprits, que l’on devrait débaptiser et nommer une fois pour toutes propagande, va bien au-delà de tous ce qu’on pouvait imaginer dans les débuts optimistes et naïfs de la « réclame » d’après guerre.</p>
<p><strong>La pression démocratique</strong> (écologie appliquée/action politique)</p>
<p>Il se trouve qu’aucun système démocratique ne semble pouvoir fonctionner aujourd’hui en dessous d’une certaine pression de confort. Si une Sparte démocratique existe quelque part dans le monde contemporain, je demande qu’on me la montre. <strong>Inéluctablement, la démocratie moderne, c’est-à-dire la démocratie libérale où l’individu prime sur le collectif, démultiplie les besoins des hommes et augmente la pression sur l’environnement</strong>. Partout où l’individu devient une valeur centrale, ses besoins personnels s’accroissent avec l’étendue de sa sphère personnelle ; son espace vital minimal augmente en même temps que ses exigences de mobilité ; il lui faut manger plus de viande ; il lui faut consommer davantage de produits culturels ; il veut tout cela, et plus encore, pour ses enfants.</p>
<p>L’aveuglement des élites et le formatage subséquent de l’opinion via les médias <!--more-->continueront pendant longtemps à alimenter un cercle vicieux qui paralysera ou videra de leur substance les décisions urgentes. Les réserves de poisson sont-elles en train de s’effondrer à cause de la sur-pêche ? Alors, et alors seulement, des normes et des quotas seront mises en place. Mais ils le seront à la suite d’un calcul complexe qui prendra en compte les intérêts des industries agroalimentaires et de la pêche industrielle, le poids de leurs lobbies, et la solution retenue à l’instant T sera toujours le point d’équilibre entre des exigences contradictoires. Comme l’a montré l’exemple de l’amiante, comme le montre celui des pesticides, comme le montreront sans doute les effets différés des téléphones portables, jamais on ne peut arrêter immédiatement une technologie  dangereuse : on calcule la décélération en fonction des impératifs économiques et des rapports de force.</p>
<p>L’individualisme consumériste pourra alors fort bien se marier avec des dictatures d’un genre nouveau, dans une reprise moderne du Panem et circenses romain. Le ticket sera sans retour car il n’y aura plus de contestation possible, le système ayant périmé et disqualifié tous ses opposants. En résumé, la démocratie du futur, telle qu’on la voit se dessiner, risque fort de devenir une barbarie molle d’un genre inédit, une barbarie froide et raisonnée, disposant de moyens de contrôle mental sans précédent.</p>
<p>Pour « créer de la richesse », la démocratie moderne doit tirer des traites gigantesques sur le futur. Pour installer la petite bulle de justice et de prospérité qu’elle propose comme modèle à l’humanité, la démocratie moderne risque de commettre la faute la plus grave jamais perpétrée par une société, un crime différé et silencieux, le crime contre la biosphère. Et de ce fait, malgré ses grandioses réalisations, qu’il serait insensé de chercher à contester et même à minimiser, elle sera peut-être maudite par les générations futures comme un âge noir de l’humanité.</p>
<p><strong>La politique de l’oxymore</strong> (écologie appliquée, éducation)</p>
<p>Le propre de l’oxymore est de rapprocher deux réalités contradictoires. Développement durable, agriculture raisonnée, marché civilisationnel, financiarisation durable, flexisécurité, moralisation du capitalisme, vidéoprotection, etc. La montée des oxymores constitue un des faits révélateurs de la société contemporaine. Le clip publicitaire qui nous montre la chevauchée d’un 4&#215;4 dans un espace vierge cherche à nous conditionner à l’idéologie consumériste : en associant deux réalités contradictoires, l’espace naturel et la machine qui le dévore, il nous suggère perfidement la possibilité de leur conciliation. Si la contradiction et le conflit sont inhérents à tout univers mental, ils atteignent dans le nôtre une dimension inégalée. Exemples :</p>
<p>- La société contemporaine dispose d’une perspective temporelle incommensurablement plus profonde que toutes les sociétés du passé, avec les quinze milliards d’années de la cosmologie. Et pourtant elle lie son activité à l’instantanéité de la bourse.</p>
<p>- Ses théoriciens affirment que toute la vie humaine est réglée par des processus sans sujets (la loi du marché), mais d’autre part elle promeut l’individu comme valeur centrale.</p>
<p>- Elle promeut comme valeur centrale l’individu mais produit à la chaîne des êtres formatés, qui se dépossèdent de leur individualité par les pratiques mêmes à travers lesquelles ils pensent la développer.</p>
<p>- Elle vante le risque et l’initiative individuelle mais prône par ailleurs le risque zéro. Elle développe jusqu’à la folie l’obsession de la sécurité dans un monde sur le point d’exploser.</p>
<p>- Elle exalte l’individu et la vie privée mais en même temps met en place des moyens de contrôle panoptiques qui, inexorablement, vont empiéter sur la vie privée et la grignoter peu à peu.</p>
<p>- Elle développe une sensiblerie anthropomorphique à l’égard des animaux, mais fait reposer sans frémir son économie sur l’élevage industriel. Elle s’indigne le l’eugénisme appliqué aux hommes mais le prône pour les animaux.</p>
<p>- Elle dénonce la politique insidieuse des sectes mais repose dans ses fondements mêmes sur le contrôle des esprits – et particulièrement de l’esprit des enfants – par la propagande publicitaire.</p>
<p>- Elle fait de la lutte contre le chômage et la délinquance deux de ses priorités, mais a besoin pour fonctionner d’un taux de chômage et de délinquance très élevé.</p>
<p>Elle prône la libre circulation des marchandises et des capitaux. Mais dans le même temps, elle met de plus en plus de barrières au libre déplacement des êtres humains originaires des pays pauvres.</p>
<p>- Elle prône (et c’est là sa contradiction majeure) une croissance infinie dans un monde fini. Or nous savons désormais que la biosphère est une pellicule fine et fragile, une sorte d’exception miraculeuse ; et que cette fragile biosphère ne pourra longtemps encore supporter une croissance continue sans s’effondrer. C’est cette contradiction fondamentale qui sous-tend toutes les autres. C’est pour masquer cette vérité incontournable que notre société multiplie les oxymores. Pour se cacher à elle-même cette horrible vérité, que son projet fondamental est insensé et intenable et qu’il mène l’humanité aux abymes.</p>
<p>Plus la tension va s’accroître, plus les usines de communication s’alimenteront aux ressources des sciences humaines et produiront des oxymores raffinés. Transformés en injonction contradictoire par des idéologues, ils deviennent un poison social. Plus l’on produira des oxymores, plus les gens soumis à une sorte de double bind permanent, seront désorientés, et inaptes à penser et à accepter les mesures radicales qui s’imposeraient. C’est ici le lieu de rappeler l’étymologie grecque d’oxymore, qui signifie « folie aiguë ». </p>
<p><strong>L’impasse technologique</strong> (techniques imbéciles)</p>
<p>Les partisans de la fuite en avant comptent sur des découvertes nouvelles pour réparer les dégâts des technologies précédentes. Ce raisonnement est inacceptable moralement pour la bonne raison qu’on l’on ne joue pas au poker avec la survie de l’humanité. Ensuite ce raisonnement linéaire fait l’impasse sur les longues incubations invisibles, sur les effets différés, sur les effets de seuil, sur les synergies des nuisances. Venons à l’argument principal. La nature et la vie sont infiniment plus complexes que l’intelligence humaine, qui n’en constitue qu’un extrait, et qu’en conséquence l’illusion artificialiste est condamnée d’avance à l’échec. Si la planification socialiste a échoué à remodeler la société et à réparer les maux qu’elle a engendrés, à plus forte raison l’intervention technologique échouera-t-elle à son tour à remodeler la biosphère sans être submergée par les processus qu’elle a déclenchés et qui se développeront toujours plus vite que les moyens de les maîtriser.</p>
<p>Ainsi l’usage massif des pesticides a-t-il été rendu nécessaire par celui des engrais qui délabrent les sols et affaiblissent les plantes. Mais les pesticides, couplés à d’autres facteurs environnementaux, déciment les abeilles. Poussé par sa fuite en avant, le système agro-industriel en viendra, tôt ou tard, à demander à la technologie de remplacer les abeilles disparues et d’assurer la pollinisation des plantes.</p>
<p>Les outils performants dont nous nous sommes dotés pour maîtriser le devenir et que l’on brandit comme preuve d’une synthèse possible entre le marché et l’écologie contribueront à nous confirmer dans notre trajectoire fatale.</p>
<p><strong>La descente aux enfers</strong> (écologie appliquée/vie économique)</p>
<p>J’énonce un constat cruel qui me semble difficilement contournable et que nous devons regarder en face, quelles que soient nos opinions religieuses, philosophiques ou politiques : le mode de vie que nous avons promu, et qui fait rêver la misère du monde – notre mode de vie occidentalisé n’est pas généralisable sous sa forme actuelle, sauf suicide de l’espèce.</p>
<p>Mais il faut être né dans la France rurale de l’après-guerre pour disposer d’éléments de comparaison et comprendre ce que recouvre l’idée de la « pression de confort ». Il faut avoir connu les chambres non chauffées, les toilettes au fond du jardin, les déchets que l’on recycle intégralement, le lapin du dimanche midi, l’eau que l’on va tirer au puits, l’orange à Noël, le bain du samedi soir dans la bassine chauffée sur la cuisinière, les enfants qui se lèvent à cinq heures du matin pour venir à pied à l’école – il faut avoir connu tout cela pour comprendre la pression que nos gestes quotidiens exercent sur la nature. Assurément, dans mon enfance, notre « bilan carbone » était optimal.</p>
<p>Imaginons, par exemple, que la catastrophe de juin 1940 – la débâcle – se déroule en juin 2008. La France de 1940 a pu en partie absorber le choc parce qu’elle était encore en grande partie rurale. En 2008, tout contribuerait à transformer la débâcle en un inimaginable chaos : les moyens de communication modernes démultiplieraient les rumeurs et amplifieraient la panique ; la structure étendue des villes rendrait impossible l’approvisionnement de la population ; l’organisation de l’espace et du travail, basé sur l’automobile, paralyserait la plupart des déplacements et donc des activités ; les traites, de  ce fait, ne pourraient pus être payées ; l’économie s’effondrerait brutalement ; le repli sur les  campagnes serait difficile ou impossible dans des délais si courts, à cause de la disparition presque totale du monde rural, de ses savoir-faire, des  chevaux de trait ; le chauffage, essentiellement fourni par le fioul et l’électricité, ne pourrait plus être assuré ; les centrales nucléaires seraient abandonnées par leur personnel ; les banlieues mourraient de faim et s’embraseraient ; les personnes âgées et handicapées seraient abandonnées dans leurs mouroirs.</p>
<p>Conclusion (décroissants, en avant)</p>
<p>Il y a de fortes chances que nos descendants vivent dans un monde dégradé et appauvri, et nous pouvons difficilement imaginer ce que pensera et espérera cette humanité d’après le déluge. Cela ne sert plus à grand chose de réfuter le néolibéralisme, qui est insensible aux arguments, et que seul le choc contre le mur écologique pourra remettre à sa place. La question qui se pose donc, pour ceux qui s’intéressent au devenir de l’humanité, est de réfléchir à l’après-catastrophe, à la Reconquête.</p>
<p>C’est précisément parce qu’il est un être historique, c’est parce que son devoir est de s’envisager dans la très longue durée, que l’être humain doit s’autolimiter. C’est précisément au nom d’une conception élargie de l’histoire et du progrès qu’il faut refuser par tous les moyens la marchandisation du monde.</p>
<p>(extraits de La politique de l’oxymore de Bertrand Méheust)</p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
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<title><![CDATA[Des différentes tentatives d'investissement de la musique par l'extrême droite]]></title>
<link>http://tempspresents.wordpress.com/2009/04/25/gildas-lescop-des-differentes-tentatives-dinvestissement-de-la-musique-par-lextreme-droite/</link>
<pubDate>Fri, 24 Apr 2009 22:00:32 +0000</pubDate>
<dc:creator>gildaslescop</dc:creator>
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<description><![CDATA[Par Gildas Lescop « Cette machine tue les fascistes ». Cette phrase collée sur la guitare de Woody G]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong><a href="http://tempspresents.wordpress.com/files/2009/04/affiche-hitlerjugend-tambour.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-980" title="affiche-hitlerjugend-tambour" src="http://tempspresents.wordpress.com/files/2009/04/affiche-hitlerjugend-tambour.jpg" alt="affiche-hitlerjugend-tambour" width="114" height="149" /></a>Par Gildas Lescop</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">« Cette machine tue les fascistes ». Cette phrase collée sur la guitare de Woody Guthrie, grande figure du <em>folk</em> américain engagé dans les luttes sociales de son temps, signifiait que la musique pouvait être une arme efficace dans les combats politiques. Forts de cette conviction, nombreux seront les artistes qui, du <em>folk</em> protestataire au <em>rock</em> contestataire, voudront, à sa suite, se doter d&#8217;un arsenal sonore afin de changer la société. D&#8217;une rafale de notes bien ajustée, la guitare comme substitut de la <em>kalachnikov</em>, saurait certainement réduire au silence tous les fascistes et leurs affidés.  </span><span style="color:#000000;">Et si les fascistes s&#8217;emparaient à leur tour de cette redoutable machine ? </span><span style="color:#000000;">Perspective guère concevable <em>a priori</em> tant le <em>rock</em> et l&#8217;idéologie fasciste ne semblaient pas alors faire bon ménage.<!--more--> La musique <em>rock</em> en général est en effet volontiers associée dans l&#8217;imaginaire collectif à un état d&#8217;esprit où se mêlent des notions telles que la jeunesse, l&#8217;insouciance, la liberté, la contestation et la révolte&#8230; Cela préjugeant d&#8217;un certain nombre de valeurs et d&#8217;un catalogue d&#8217;attitudes ne paraissant pas être précisément ceux traditionnellement véhiculées par une extrême droite habituellement appréhendée comme éprise d&#8217;ordre et de discipline et supposée restreindre ses goûts musicaux aux marches militaires et aux opéras wagnériens. Il est vrai que les idéologies qui, en Europe, s&#8217;était incarnés dans les différents régimes autoritaires affiliés au nazisme n&#8217;avait guère fait preuve de modernité et d&#8217;ouverture musicale en condamnant la diffusion et l&#8217;écoute de la musique américaine, à savoir le <em>jazz</em>, et en persécutant ses amateurs, comme les <em>zazous</em> en France.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">Les origines noires de ces nouvelles sonorités étant jugées comme inconvenantes, les danses indécentes et le tout comme portant atteinte à l&#8217;héritage culturel de ce continent. De la même façon, après la guerre, les rescapés idéologiques de ces régimes et leurs proches continuateurs condamneront pareillement et pour les mêmes raisons toutes les nouvelles musiques d&#8217;influence étrangère, et notamment le <em>rock</em>, dont l&#8217;écoute ne pouvait que s&#8217;avérer moralement, socialement et politiquement subversive. Pourtant, l&#8217;on verra bientôt en Europe et ailleurs, des chanteurs et chanteuses, des groupes et même certains courants musicaux se réclamer, guitare en main, plus ou moins ouvertement et plus ou moins sérieusement de cette idéologie. Qu&#8217;il se pare de provocation ou qu&#8217;il assume ses convictions, l&#8217;improbable tandem <em>rock</em> et extrême droite recouvre donc une réalité de fait. Non seulement la machine de Woody Guthrie n&#8217;avait pas tué tous les fascistes, mais ceux-là même ont pu s&#8217;en emparer.</span> </p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;"><strong><span style="color:#ff0000;">Première parution</span></strong> Gildas Lescop &#8220;Mobilisation des corps, pénétration des esprits : des différentes tentatives d&#8217;investissement de la musique par l&#8217;extrême droite&#8221; , <em>Musiques populaires underground et représentations du politique</em>, Jean-Marie Seca dir., <a rel="nofollow" href="http://www.intercommunications.be/" target="_blank">InterCommunications/EME</a> (proximités Sociologie),Paris,  2007.)</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;"><strong><span style="color:#ff0000;">Télécharger <a href="http://tempspresents.wordpress.com/files/2009/04/gl-musique-ed.doc">Des différentes tentatives d’investissement de la musique par l’extrême droite. </a></span></strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;"><strong><span style="color:#ff0000;">Télécharger <a href="http://tempspresents.wordpress.com/files/2009/04/glossaire.doc">le glossaire de l&#8217;article</a></span></strong></span></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Qu'est ce que la solidarité ? [2/2]]]></title>
<link>http://tempspresents.wordpress.com/2009/04/01/dominique-sistach-quest-ce-que-la-solidarite-22/</link>
<pubDate>Wed, 01 Apr 2009 15:28:07 +0000</pubDate>
<dc:creator>dominiquesistach</dc:creator>
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<description><![CDATA[Par Dominique Sistach  La solidarité est désormais socialement obligatoire. Si le terme a aussi pour]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/files/2009/04/jaures-jean_12061060511.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-954" title="Jaurès : la solidarité sociale et non ethnique comme voudraient le faire accroire d'aucuns" src="http://tempspresents.wordpress.com/files/2009/04/jaures-jean_12061060511.jpg?w=234" alt="Jaurès : la solidarité sociale et non ethnique comme voudraient le faire accroire d'aucuns" width="117" height="150" /></a>Par Dominique Sistach</span></strong> </p>
<p style="text-align:justify;">La solidarité est désormais socialement obligatoire. Si le terme a aussi pour sens premier, ce qui est physiquement solide, on comprend mieux le sociologue britannique, Zygmunt Baumann qui qualifie la société contemporaine, et l&#8217;amour même, comme étant rendus à l&#8217;état liquide. C&#8217;est là le travail impératif des institutions sociales : garantir, entretenir, restaurer la liquidation de tous les types et de tous les états de solidarité, pour lutter plus encore contre la liquidation des dispositifs plus ténus, au cœur même du rapport social, ceux qui font que nous nous reconnaissons encore entre nous. Voilà aussi pourquoi l&#8217;État Providence est devenu myriade d&#8217;institutions sociales, d&#8217;institutions des solidarités.<!--more--> </p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong>1]</strong> <strong>L&#8217;obligation solidaire des institutions</strong></span> </p>
<p style="text-align:justify;"> L&#8217;action des solidarités n&#8217;est pas simplement rendue obligatoire par les nécessités d&#8217;urgence qu&#8217;imposent les situations des populations en retrait de la production de la richesse, ou la prévention que dicte le sort des populations fragiles, mais bien, par la nécessité d&#8217;intervention sociale sur l&#8217;ensemble de la population. Il ne s&#8217;agit pas simplement de décortiquer les raisons de la précarité pour en faire une gradation, pour distinguer le normal de l&#8217;anormal. Il ne s&#8217;agit pas d&#8217;affirmer sans nuance que toute précarité est économique. La dissolution des liens sous l&#8217;ensemble des effets conjugués des structures de l&#8217;économie politique et des mutations des postures et des liens sociaux, démultiplie les risques sociaux. </p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong>2] La solidarité contre les risques. Les transformations de la protection sociale</strong></span> </p>
<p style="text-align:justify;">Ces risques ne sont plus simplement ceux rattachés aux conditions premières de la vie : le travail, la santé, la fin de vie. L&#8217;extension du domaine des luttes redéploie les conditions de la durée d&#8217;exploitation au travail, individualise le coût des prestations sociales selon le procédé de transformation de dettes collectives futures en dettes personnalisées présentes, divise la société en communautés victimaires pour introduire toujours plus de contradictions, de réclamations, pour faire que tous s&#8217;opposent au nom de l&#8217;égalité des chances.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;absence de sécurité du savoir permet aux institutions politiques de jouer de la question sociale pour redéployer son champ de réforme, dont l&#8217;astuce procède de la stratégie à garantir la pauvreté pour satisfaire aux intérêts de la production, tout en préservant le tissu social dont il s&#8217;est attribué la charge au nom de sa sécurité. A l&#8217;heure de la décentralisation, l&#8217;État allume les incendies, les départements sont chargés de les éteindre, sous son contrôle, sous sa tutelle financière, soit en comptabilisant aussi bien le problème que les moyens pour y remédier. La puissance publique saisit ainsi le problème de la plus-value générée par l&#8217;exploitation sanitaire et démographique de l&#8217;ordre social contemporain. La protection sociale n&#8217;est pas coûteuse, elle est à l&#8217;inverse formidablement productive, au point que l&#8217;on ne puisse la laisser aux mains des organisations sociales filles des luttes du même nom. Tout ce qui est directement rentable est individualisé et optimisé en rente pour les corporations professionnelles et les industriels des médicaments et des services à la personne.</p>
<p style="text-align:justify;">Tout ce qui n&#8217;est pas rentable, en l&#8217;état, est géré par les organons institutionnels décentralisés, territoire par territoire, et devient une nouvelle manne fiscale pour la puissance publique. La réforme de la protection sociale est ainsi non une action publique de solidarité, mais plus justement, une foule d&#8217;actions publiques où les solidarités sont toutes en tension avec les nécessités productives des services et les impératifs de gestion comptable.<strong> </strong></p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">3] Les enjeux institutionnels de la solidarité : l&#8217;inachèvement perpétuel de l&#8217;action sociale</span></strong> </p>
<p style="text-align:justify;">Les solidarités institutionnelles sont au bout d&#8217;une chaîne de procédés, un élément subséquent et contradictoire des lois marchandes qui s&#8217;imposent à tout et à tous. Elles ne sont qu&#8217;une fonction de l&#8217;action publique dont le commun retient leur seul coût, dont la partie la plus réactionnaire de la société prône la limitation, dont la majorité d&#8217;entre nous les considèrent comme une politique comme les autres. Cette illusion qu&#8217;impose l&#8217;ordre du discours marque indubitablement notre temps et l&#8217;ensemble des activités sociales.</p>
<p style="text-align:justify;">Il n&#8217;est pas facile de mener un combat qui n&#8217;a pas de fin, sans encouragement, sans satisfecit professionnel et social, sans aucune reconnaissance. La défense des solidarités réside aussi dans l&#8217;espace de ceux qui sont censés la promouvoir. C&#8217;est l&#8217;un des enjeux, qui dépassent désormais la seule perspective institutionnelle, et qui embrasse l&#8217;ensemble de l&#8217;action y compris son objet. A cette condition, et selon l&#8217;éthique institutionnelle et politique qui doit s&#8217;imposer pour la réaliser, l&#8217;on peut rendre homogène et juste ces rapports sociaux contradictoires. Il est alors possible de sauver le tiers des personnes intégrées menacées par la précarité, tout comme l&#8217;on peut garantir le plus grand nombre des populations fragiles dont un sur deux est sous le coup de se retirer de l&#8217;ordre intégré de la société, et enfin, tout comme il est impératif, car chaque cas procède alors de l&#8217;urgence, de sauvegarder la majorité des exclus à venir.<strong> </strong></p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">4] La nécessaire redéfinition des biens communs et des espaces publics</span></strong> </p>
<p style="text-align:justify;">Notre temps est celui de l&#8217;exploitation maximale mais invisible du lien social. La transformation d&#8217;une économie productive des biens en une économie de la richesse des services a inexorablement décalé la pratique sociale, de simples interactions en objet de négoce. L&#8217;exploitation de toutes les ressources naturelles et des espaces y afférant développe une marchandisation du lien social  qui n&#8217;a pour seul pendant que sa version juridique de résolution des conflits. Retrouver les liens solidaires est ainsi une tâche qui demeure sans portée tant la loi des intérêts des individus et des institutions est puissamment enracinée en chacun et chacune. C&#8217;est bien l&#8217;histoire en impasse que nous construisons individuellement et collectivement au quotidien. L&#8217;on ne peut toutefois se contenter de ce fait pour ne pas développer des forces de propositions.</p>
<p style="text-align:justify;">Les enjeux de solidarité procèdent donc de renverser les processus initiaux qui contaminent le lien : il faut être capable de reconquérir de l&#8217;espace et des biens pour opérer des transferts de socialité. La complexité réside dans le veto qu&#8217;oppose l&#8217;État au nom de la compétitivité au fait de permettre le financement public d&#8217;espaces de socialité démarchandisé. Même si les collectivités territoriales contribuent largement à la création de ce type d&#8217;espace, force est de constater que la majorité des lieux publics contemporains sont des lieux marchands, santé et culture compris. L&#8217;espace public est ainsi un lieu collectif et un médium privé de l&#8217;échange au lieu d&#8217;être un lieu collectif et un médium gratuit d&#8217;échange. L&#8217;augmentation exponentielle de la croissance alourdit encore le processus, étendant, transformant et accélérant l&#8217;économie des services, et ainsi la marchandisation du lien, ainsi que par voie de fait les espaces publics qui ne sont plus, au sens où l&#8217;anthropologue Marc Augé l&#8217;entend, que des « non-lieux », des lieux où l&#8217;on se croise mais où on ne se rencontre véritablement jamais.</p>
<p style="text-align:justify;">Les jeux d&#8217;échelle que sous-tend la globalisation des puissances, intégrant prochainement près de 8 milliards de personnes, nous montrent que nous ne pourrons pas longtemps tenir ce rythme effréné de la croissance, l&#8217;usage excessif des espaces et des biens naturels dépassant l&#8217;entendement, l&#8217;usage obsessionnel de la richesse nous conduisant à une forfaiture contre l&#8217;humanité. Beaucoup de voix s&#8217;élèvent, y compris dans les institutions de gouvernement, pour rappeler l&#8217;urgence de réinstituer des biens communs. La question de l&#8217;air et de l&#8217;eau et de leurs usages ou mésusages est de cette teneur. Plus complexe, le réinvestissement de l&#8217;espace comme lieu non-marchand de socialité. Il n&#8217;y a que peu d&#8217;espoir en l&#8217;état. Nous ne pouvons malheureusement que faire l&#8217;économie de l&#8217;expérience. La solitude des individus étant ce qui permet leur déresponsabilisation, la multitude des égoïsmes produit un système sans nom, ni visage à pointer du doigt.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong>5] Les solidarités renouvelées</strong> </span></p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;action sur les solidarités doit désormais intégrer de nouveaux facteurs pour ne pas totalement devenir une machine d&#8217;entretien des pauvretés. L&#8217;action sur le travail, la santé et les retraites ne suffit plus. Il faut désormais intégrer les addictions et la dépendance qui sont généralisés à une société atteinte individuellement et collectivement à vouloir durer à tout prix. Il faut réduire et stabiliser les inégalités entre les générations pour résorber les contradictions dangereuses qui excluent, marginalisent, les plus jeunes comme les plus âgés, dans une société qui s&#8217;idéalise à quarante ans. Il faut résorber les inégalités de genre pour que ce rééquilibrage social marque l&#8217;ensemble et l&#8217;essence même de la société. Il faut résoudre la crise raciale qui nous menace depuis la naissance des États-nations et l&#8217;ethnicisation de leurs politiques. Il faut réduire les ségrégations urbaines et scolaires, en redéployant un intérêt public prioritaire dans l&#8217;aménagement social de l&#8217;espace public. Les pratiques institutionnelles doivent permettre de renforcer les dynamiques collectives, associatives et coopératives, pour permettre un maillage social de prévention et de protection efficace. Une solidarité organique ne suffit plus et une solidarité fonctionnelle détourne le principe même de l&#8217;aide aux démunis. Il faut prévoir d&#8217;intégrer une solidarité fondée sur une certaine forme d&#8217;hospitalité et de reconnaissance, substituer l&#8217;ordre de l&#8217;aide qu&#8217;il soit économique ou disciplinaire, par la gratuité du don. Le principe d&#8217;une dette sociale, que les révolutionnaires voulaient sacrée, ou que les solidaristes voyaient comme un engagement citoyen, et que beaucoup virent comme un idéal, ne doit pas nous détourner des objectifs à atteindre : prévenir pour prendre soin, parler pour instituer la confiance, faire société pour redonner espoir.  </p>
<p style="text-align:justify;">La solidarité n&#8217;est pas irréductible à la différence. Nous devons désormais prendre acte et considérer l&#8217;enjeu social comme à renouveler dans l&#8217;institution modèle, pour instituer des comportements et des postures généralisées et différenciées à chaque cas. Si nous avons l&#8217;impression (justifiée) que chacun joue sa propre carte dans un temps qui lui paraît désormais fini, le challenge des sociétés développées apparaîtra, tôt ou tard, par magie : les solutions de régression s&#8217;abîmant inexorablement, apparaîtront alors les seules alternatives procédant de la reconnaissance de l&#8217;autre comme un ami. L&#8217;attitude par laquelle une personne néglige ses intérêts propres pour servir ceux d&#8217;autrui se nomme le désintéressement. Pour reprendre la formule de Raynal,  « l&#8217;esprit républicain (&#8230;) est un esprit de désintéressement ».</p>
<p style="text-align:justify;">La solidarité ne doit plus être le placebo qui légitime l&#8217;exploitation au nom des figures de l&#8217;ennemi. Elle doit devenir le terrain d&#8217;une éthique enfin réalisée, qui n&#8217;est pas forcément un oubli de soi ou un sacrifice, mais peut être à terme, la source d&#8217;une expansion joyeuse.</p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Qu'est-ce que la solidarité ? [1/2]]]></title>
<link>http://tempspresents.wordpress.com/2009/03/25/dominique-sistach-quest-ce-que-la-solidarite-12/</link>
<pubDate>Wed, 25 Mar 2009 15:57:33 +0000</pubDate>
<dc:creator>dominiquesistach</dc:creator>
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<description><![CDATA[Par Dominique Sistach Le destin des mots nous est inconnu, leurs sens semblent ainsi transportés par]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/files/2009/03/mains1.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-934" title="mains1" src="http://tempspresents.wordpress.com/files/2009/03/mains1.jpg" alt="mains1" width="150" height="94" /></a>Par Dominique Sistach</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">Le destin des mots nous est inconnu, leurs sens semblent ainsi transportés par la destiné de leur époque. Cependant, la littérature savante et sa doctrine nous laissent à penser que l&#8217;histoire elle-même n&#8217;est qu&#8217;un organon du discours. La recherche du sens nous fixe notre objet en mouvement. Nous ne nous posons plus alors la question du « qu&#8217;est-ce que ? », mais bien celle du « quand est-ce ? », et surtout celle du « pourquoi est-ce que cela change ? » Comme l&#8217;exposait tendancieusement Léon Bourgeois à la fin du XIX<sup>ème</sup> siècle, il existe une solidarité naturelle qui dépasse toutes lois des intérêts. Cette solidarité est au-delà de l&#8217;histoire des intérêts particuliers, elle relève d&#8217;une loi de l&#8217;espèce et de sa survie. Selon la tradition aristotélicienne, on le sait, l&#8217;homme est un <em>être destiné à vivre en société</em>. La socialité et la solidarité sont ainsi des primats humains, au-delà de ce qui caractérise tout être vivant qui doit se nourrir, se reposer et se reproduire, le propre de l&#8217;humanité est de n&#8217;exister que par l&#8217;autre.<!--more--> La difficulté à reconnaître le besoin de l&#8217;autre est tout aussi essentielle que le principe du développement des civilisations. L&#8217;intime côtoie l&#8217;histoire, et le plus souvent, le seul arbitre est le juge et son droit qui déterminent les conditions de médiations dans ce qui ne fait plus société. </p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">1] La solidarité, le lien du droit civil : le lien du <em>tout en un</em>. Le contrat, la responsabilité, la dette</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">Le terme de solidarité  est né dans le triste berceau du droit : vieil usage jurisprudentiel classique (1693), elle signifie l&#8217;engagement par lequel des personnes s&#8217;obligent les unes pour les autres, et chacune pour tous. Le terme s&#8217;utilise aussi en parlant de plusieurs créanciers dont chacun a le droit de réclamer seul la totalité de ce qui leur est dû. La solidarité n&#8217;est pas l&#8217;aide, le droit n&#8217;est pas la sociologie. Bien au contraire, le terme est apparu à l&#8217;autre bord de notre imaginaire contemporain. Il est parti essentiellement de la relation marchande, il est le glacis de l&#8217;engagement social dans et par l&#8217;économie du profit, mais aussi en l&#8217;état, de l&#8217;économie des pertes. Car la solidarité est un principe de sauvegarde contractuelle, pour faire que nul ne quitte le navire lors des premières pertes, pour que chacun soit obligé au payement total de la dette. La solidarité devient ainsi un acte solidaire, un engagement solidaire, une caution solidaire.</p>
<p style="text-align:justify;">La solidarité est un principe de la responsabilité. Responsabilité juridique, tel que l&#8217;article 1202 du Code civil le dispose dès le début du XIX<sup>ème</sup> siècle, mais aussi responsabilité commune, dont le langage ordinaire, permet désormais de la caractériser comme responsabilité mutuelle qui s&#8217;établit entre deux ou plusieurs personnes. Les <em>concepts étant devenus</em>, celui-là comme les autres, est un mot et une pratique qui s&#8217;étirent du monde gréco-romain jusqu&#8217;à nos jours : reconnaître en justice <em>in solidum</em> l&#8217;état des hommes côtoie la sagesse de Sénèque qui s&#8217;écrie de deux amis : « Ce sont deux hommes solidaires sous le destin ».</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">2] La solidarité, la providence et la destinée</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">La solidarité est bien l&#8217;usage du droit commun pour berner la sainte providence : le droit de la solidarité, tout comme la solidarité politique entre les hommes, sont bien les alternatives de l&#8217;esprit qui permettent de limiter les effets du destin. La lutte des hommes, à la modernité, est bien de vaincre les fatalités, de l&#8217;abus de bien ou de la désunion, de la force et de la domination. C&#8217;est en ce sens que l&#8217;histoire du terme voyage. La solidarité se modifie sous la force du déplacement des usages, et surtout du contexte, qui amène les hommes en société à transformer les conditions de leurs destins. Non pas simplement par la mort de dieu et ainsi par l&#8217;achèvement d&#8217;un destin céleste rendu à chaque homme, mais plus précocement, par l&#8217;introduction d&#8217;une structure et des pratiques se fondant sur la désunion et sur l&#8217;exploitation.</p>
<p style="text-align:justify;">La solidarité revient alors plus forte, non comme on le pense comme le nouveau terme théologique de l&#8217;amour chrétien, mais comme nécessité sociale de lutter contre l&#8217;exploitation. Le principe révolutionnaire puis républicain de fraternité est de cette engeance. Il s&#8217;oppose  directement aux différencialismes politiques qu&#8217;imposaient les ordres, les états, les territoires, partout des rangs, des grades, du sang et des traditions, chaque fois les valeurs de la terre plus que de l&#8217;homme. </p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">3] La solidarité contre la lutte des classes ?</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">Le principe révolutionnaire de lutte des classes dépasse largement la seule affection que les citoyens se doivent, la solidarité n&#8217;étant pas un vocable dans la bouche  des « camarades ». Le prolétaire veut dépasser les différences économiques qu&#8217;imposent le capital, les classes dominantes, l&#8217;illusion de la plus-value, de son accumulation, l&#8217;indifférence de l&#8217;exploiteur, chaque cas imposant une augmentation entropique et souvent démesurée de la production économique et sociale. De son histoire première, la solidarité porte le trouble de cette translation, qui fait qu&#8217;elle est simultanément le lien entre les choses tout autant qu&#8217;elle est le lien entre les gens.</p>
<p style="text-align:justify;">La loi de la croissance exponentielle vaut aussi bien pour la richesse que pour la pauvreté, pour la marchandise comme pour le salarié, selon un rapport réflexif tout aussi curieux à l&#8217;analyse depuis la découverte de Marx. Contradiction quasi-parfaite, la solidarité est dans la superstructure du droit bourgeois, tout comme elle naîtra progressivement comme l&#8217;objet et le but de la l&#8217;action prolétaire. La solidarité ouvrière est une expression récente. Elle ne recouvre plus que le lien social évanescent, elle n&#8217;est pas le lien nouveau qui unit les activistes, elle est bien redondance du social sans être dénomination du politique. La solidarité entame alors son transfert dans l&#8217;imaginaire institutionnel, celui de l&#8217;État et de la société.</p>
<p style="text-align:justify;"> <strong><span style="color:#ff0000;">4] Contradiction des solidarités mécaniques et organiques</span></strong> </p>
<p style="text-align:justify;">Une autre histoire avait débuté : Hobbes, Spinoza, Hegel, Rousseau, de la Renaissance à la modernité des Lumières, disposent de l&#8217;institutionnalisation du lien politique et social. Ils font rentrer la notion comme subséquente, dans l&#8217;ordre de la dépendance au totem, à la bureaucratie, à l&#8217;ordre imaginée comme organisation et comme convention. Les institutions juridiques, qui sont simultanément organisation et contrat, portent ainsi la solidarité à nu et son histoire en une forme duale. A une solidarité mécanique, constituée de ses vieilles règles punitives et d&#8217;un affect premier, s&#8217;enchaîne alors une solidarité organique, traversée des nouvelles règles restitutives et d&#8217;un affect différé par les institutions.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce n&#8217;est pas tant comme le pense Durkheim un enchaînement parfait et manifeste, mais plus justement, une mutation sociale et institutionnelle, la seconde étant de surcroît redondance d&#8217;elle-même. Les institutions sont ainsi toujours un objet de transfert et un espace d&#8217;autonomie qui renforcent les vieilles solidarités familiales mais qui simultanément les affaiblissent en réglementant le libre endroit d&#8217;un médian qui s&#8217;y substituent : la solidarité organique sauve pour partie la solidarité mécanique mais l&#8217;atteint inexorablement en devenant son simulacre.</p>
<p style="text-align:justify;">Incidemment, la solidarité peut devenir acte de déresponsabilisation sociale. Le XIX<sup>ème</sup> siècle devient un temps où la modernité n&#8217;est plus qu&#8217;un objet de légitimité. Tout tend vers elle et son corollaire, technicien et idéaliste, le progrès, mais rien ne se manifeste réellement en son endroit. Le dédoublement du discours devient progressivement l&#8217;origine du dédoublement du texte et du réel du monde. La solidarité s&#8217;étiole socialement sous les effets de la production et des guerres mais elle se défait également sociologiquement, comme un concept depuis irréalisable. La sainte providence revient en force. Les contradictions de l&#8217;histoire de l&#8217;économie politique contemporaine ne permettent pas de trouver l&#8217;équilibre nécessaire aux excès du capital et de l&#8217;État, au point de se dissoudre sous les effets conjugués de leurs crises durant l&#8217;entre-deux guerres. </p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">5] La production de la vie et de la mort</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">Cet optimum, la crise européenne devenue crise mondiale, refonde les conditions stratégiques et ses jeux d&#8217;échelles, transfère les conflits à ses périphéries, en l&#8217;attente des transferts de sa production : l&#8217;hégémonie n&#8217;est plus militaire, les conditions de l&#8217;expansion sont toujours sous cette emprise, mais plus ses finalités. Les guerres doivent cesser pour que le profit des secteurs de la production d&#8217;arme laisse la place à ceux de la production de richesses, pour que cet équilibre assure toujours les moyens de la domination géopolitique de l&#8217;ouest vers l&#8217;est et du nord vers le sud. Le capitalisme tardif vit de ce commerce des territoires et des peuples.</p>
<p style="text-align:justify;">La puissance des États est ainsi autant de profiler les mondialisations, tout comme de contrôler la globalisation : leur puissance s&#8217;établit aussi à des plus faibles jeux d&#8217;échelles, pour orchestrer de concert avec les conditions de la production, les dispositifs de vie, les espaces, les identités, les engagements, les responsabilités. </p>
<p style="text-align:justify;"> </p>
<p style="text-align:justify;">A ce stade, la solidarité n&#8217;est plus que fonctionnelle, simple détachement des responsabilités auxquelles nous sommes rendues, ni seulement par feue la loi de nature, ni par la loi des intérêts, mais bien par l&#8217;impératif de nos obligations juridiques à pourvoir à l&#8217;autre, pas à l&#8217;indifférent, mais aux membres de notre propre famille. Les incantations de Chateaubriand apparaisse alors comme une sombre prophétie : <em>Il nous dit que nos fautes rejailliront sur nos fils, que nous sommes tous solidaires</em>.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><a href="http://tempspresents.wordpress.com/2009/04/01/dominique-sistach-quest-ce-que-la-solidarite-22/">Lire la suite de l&#8217;article</a></strong></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
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<title><![CDATA[Le Massacre des Innocents 2.0]]></title>
<link>http://tempspresents.wordpress.com/2009/01/29/le-massacre-des-innocents-20-infanticide/</link>
<pubDate>Thu, 29 Jan 2009 14:15:11 +0000</pubDate>
<dc:creator>dominiquesistach</dc:creator>
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<description><![CDATA[Par Dominique Sistach  Sommes-nous dans une société d&#8217;âge mûr ? Arrivons-nous à un seuil quant]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-715" title="le-massacre-des-innocents" src="http://tempspresents.wordpress.com/files/2009/01/le-massacre-des-innocents.jpg?w=128" alt="le-massacre-des-innocents" width="145" height="115" />Par Dominique Sistach</span></strong> </p>
<p style="text-align:justify;">Sommes-nous dans une société d&#8217;âge mûr ? Arrivons-nous à un seuil quantitatif, celui de la moyenne de nos âges, où les normes et les pratiques sociales se transforment ? L&#8217;actualité nous rappelle que l&#8217;affaire « du jeune » n&#8217;est pas seulement une question de sociologie, a fortiori d&#8217;une question de sociologie de masse d&#8217;une culture dominante saisie par la transe des moyennes statistiques. Il y a des sujets, disait Cornélius Castoriadis, qui nous imposent des textes franchement « désagréables ».<!--more--> Les récents événements, d&#8217;une mère tuant son fils handicapé de 38 ans, d&#8217;un père oubliant son bébé dans sa voiture, que l&#8217;on retrouve mort à quelques pas du domicile familial, d&#8217;un autre qui oublie de déposer sa fillette de 3 ans chez la nourrice et l&#8217;oublie dans la voiture, d&#8217;un autre qui pend ses deux fillettes, d&#8217;un autre encore, qui tue ses deux fils, ses frères, d&#8217;un autre toujours, qui tente de tuer sa fillette de quatre ans en lui fracassant le crâne contre une fontaine romaine, etc., nous montrent une réalité profonde et plus inquiétante : la vieille société se retourne, comme le vieux chien aigri contre le chiot, contre sa descendance. L&#8217;un de ces infanticides est une représentation terrifiante, une exécution sommaire : la pendaison qui laisse le spectacle à ceux qui découvrent les corps de leur monstration, du message et de la menace qui perdurent <em>post mortem</em> du meurtrier, qui lui s&#8217;est tué sans laissé d&#8217;image/message.<strong> </strong></p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Ce que vous ne verrez pas à la télévision : « tuer le dernier enfant pour que ce futur n&#8217;existe pas ! »</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">Peut-être, les structures de pouvoir et les marionnettes qui les incarnent ont trop répété qu&#8217;il fallait se serrer la ceinture pour ne pas endetter et polluer les générations futures, à tel point, que la facture se réglerait par une condamnation à mort de ces générations. L&#8217;hypothèse serait encore plus probable quand on se remémore les récents et multiples infanticides s&#8217;achevant en congélation des corps de nourrissons ; comme si le meurtre était un dispositif permettant de suspendre par la congélation l&#8217;homicide lui-même, voire un dispositif permettant une vie meilleure en devenir pour l&#8217;enfant ; comme si potentiellement, une fois révélée la supercherie de ceux qui gouvernent à nos destins, on puisse redonner vie à ces petits corps figés. L&#8217;idée est saugrenue et peut rappeler à certains, les cauchemars que Philip K. Dick nous a laissé en héritage : tuer le dernier enfant pour que ce futur n&#8217;existe pas !</p>
<p style="text-align:justify;">On peut aussi en collant aux faits relever l&#8217;insignifiance de la vie de notre descendance : l&#8217;un tué pour son handicap, l&#8217;autre parce que son père était traumatisé par un accident avec tentative de fuite, l&#8217;autre par un oubli inexplicable, le suivant, comme beaucoup, par pure jalousie, parce que « maman » avait quitté la maison, le dernier enfin, un peu comme tous les autres selon le jugement des observateurs attitrés, par un acte « isolé » de folie. Les causes sont peut-être profondes, les raisons ponctuant les faits semblent dérisoires dans un cas, presque futiles pour le traumatisé de la route.</p>
<p style="text-align:justify;">Voilà un filon beaucoup trop singulier, pour que quiconque ne l&#8217;exploite : la présidence de la république n&#8217;aurait rien à dire, &#8230;, la presse se murant dans un silence qui n&#8217;est que le creux écho de la voix de son maitre. La télévision n&#8217;a rien à rajouter, aucun expert à saisir, aucune idée à germer, si ce n&#8217;est reprendre les faits, comme l&#8217;a fait France Télévision, par son émission « C&#8217;est dans l&#8217;air », après que Valentin ait été assassiné de 44 coups de couteau. Dans une société de la surexploitation de l&#8217;événement, la répétition de ces derniers laissait pourtant à penser une vive activité, le silence des commentateurs du réel entérinant le principe d&#8217;un déni politique et social. L&#8217;argument ultime est de se conforter par la logique du seuil : il n&#8217;y a pas plus de crimes et autres infanticides ; il n&#8217;y a seulement qu&#8217;une mise en avant du phénomène par la puissance des médias. Ces derniers s&#8217;en sortent bien. Ils n&#8217;ont rien à dire mais la cause de cette réalité, c&#8217;est eux. </p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Déconfiture de la normalité sociale : l&#8217;enfant chose.</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">Les puissants pensent comme leurs vassaux, qui eux-mêmes s&#8217;échinent « à causer » comme leurs sujets : « C&#8217;est des fous » dit mon voisin, Mr Ramirez, du haut de l&#8217;estime qu&#8217;il porte à « sa race » en votant Front National. L&#8217;affaire est donc close et n&#8217;appelle aucun autre commentaire. Si nous sortons de ce c(h)amp, et que nous questionnons les savants, on constate, que ces derniers nous avaient pourtant prévenus. L&#8217;un d&#8217;eux, l&#8217;illustre Bernard Stiegler, dans une de ses dernières livraisons philosophiques, nous intimait récemment de « Prendre soin de la jeunesse et des générations » (Flammarion, 2008). Stiegler estime le phénomène, en démontrant comment le marketing instruisant nos vies, en un réel psychopouvoir, nous commande et « fait des enfants les prescripteurs de leurs parents, et ces parents, de grands enfants ». Ce qui est en cause donc, c&#8217;est qu&#8217;à coté des « fous » qui oublient, congèlent, séquestrent, tuent, massacrent leurs progénitures, il existe une société normale et normalisé où les frontières de l&#8217;âge n&#8217;existent plus, ou la vie éternelle promise par slogan publicitaire devient une obligation de réussite sociale au détriment de nos enfants. </p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;humain développé est transgénérationnel. Il a un âge biologique et des âges sociétaux. Il est à ce titre toujours un enfant qui résiste à l&#8217;adieu de ces rives de la vie. Comme souvent, le jeune enfant veut redevenir un bébé, tous les autres stades de la vie sont désormais revendiqués à l&#8217;âge adulte. Pour parler la novlangue sociale, ils ne font pas le deuil de ce qu&#8217;ils ont été, ils ne passent pas les caps de la vie. La société des adultes responsables est ainsi épisodiquement aux prises avec ses crises infantiles, non contre sa jeunesse, mais bien contre elle-même. L&#8217;homme n&#8217;est plus un loup pour l&#8217;homme, c&#8217;est un agneau qui s&#8217;offre en holocauste à sa part lycanthrope. Que n&#8217;aura-t-on vu à la télévision, celle-là même qui reste muette face à ces infanticides tout en blâmant les films violents qu&#8217;elle diffuse, des publicités montrant la mère qui prend un pot de cactus à la place de son nourrisson, tant elle est obnubilée par le passage d&#8217;une « pauvre » Peugeot, d&#8217;une mère qui frappe la main de son bébé <em>in utero, </em>tendant la main vers un sandwich industriel qu&#8217;il convoite, d&#8217;un père qui par plaisir de conduire oublie ses enfants (cette publicité a été retirée de l&#8217;audience en raison des derniers événements), <em>etc</em>. </p>
<p style="text-align:justify;">La société normalisée se nourrie de ses représentations de bazar sans y prêter attention. Elle porte en elle ces gens normaux qui ne peuvent résister à la normalité du couple et de l&#8217;enfant, sans en maitriser les tenants et les aboutissants : les fêtes de mariages comme plus beau jour de la vie, comme seul alibi à l&#8217;union, dans des halls de salle des fêtes, ou dans des faux manoirs, des faux mas construits à la périphérie des lotissements, des non-lieux que tous le monde utilisent aux mêmes fins, pour produire le bonheur en série, anticipant pour quelques heures le voyage de noces à Djerba. Des unions aléatoires, des vies sociales et professionnelles totalisant l&#8217;individu sur lui-même, contre les autres, des destins initialement ombragés par de lourdes hérédités psychologiques, ne permettent pas de comprendre le sens des restrictions qu&#8217;impose un enfant. La mise en route du petit premier se fait mort d&#8217;ennui, après un abonnement au câble sans résultat, ou pire avec pour alibi, de vouloir sauver un couple qui ne s&#8217;est constitué, tout compte fait, que pour se fabriquer des souvenirs inoubliables. Aimer un enfant devient alors un investissement ordinaire comme on investit son argent ou un endroit. Quelle place reste-t-il alors en temps de jeu, de joie, de vie avec le petit ?, qui nous apprend alors le renoncement que l&#8217;on doit s&#8217;imposer à soi-même ? Ils semblent bien trop préoccupés par leur propre bonheur, par sa médiocrité.</p>
<p style="text-align:justify;">Ces publicités nous montrent comme valeur normalisé que l&#8217;enfant peut être en challenge avec un sandwich ou une voiture, sans que cela ne nous impose quelques récriminations. Dans cette société là, l&#8217;infanticide n&#8217;est pas que l&#8217;œuvre d&#8217;un fou, d&#8217;un désespéré, d&#8217;un inconscient, c&#8217;est l&#8217;achèvement de la production de la norme qui désinstitue l&#8217;enfant au rang de la vulgaire marchandise, de celui qui ne vaut pas plus que la chose futile nécessaire à notre pauvre vie. Est-ce alors un hasard d&#8217;apprendre que les personnes les plus menacées de nos sociétés développées sont les nourrissons ? ; est-ce, au final une surprise, d&#8217;entendre qu&#8217;une personne sur trois dans notre pays, connaît un rapport direct ou indirect à un cas d&#8217;inceste ? </p>
<p style="text-align:justify;">À la limite de la société normalisée, la marginalité représente toujours en négatif la norme. Les « fous » ne forment pas une contre-société, mais la limite normative de la société mère. Le meurtre des enfants, leurs abandons, leurs corps de souffrance, le délaissement de leur être, confirment que de l&#8217;un des cotés de la frontière de la norme, comme de l&#8217;autre côté, à sa marge, notre hypothèse de départ : nous tuons symboliquement, comme une norme, et nous tuons réellement, à la marge, la jeunesse et les générations futures. Il ne s&#8217;agit pas seulement d&#8217;un effet grossissant des médias. Il n&#8217;y a pas plus ou moins de meurtres, l&#8217;échelle n&#8217;étant pas temporelle mais spatiale : si nous tuons moins nos enfants aujourd&#8217;hui, on continue à exploiter et tuer des enfants aux quatre points de la pauvreté mondiale. Ici, au nord de la richesse, on tue les enfants comme représentation symbolique de notre puissance prédatrice, comme de notre impuissance de vieillards. L&#8217;enfant stigmatise une double réalité de rejet de notre éphémère puissance et de notre bien réelle impuissance.<strong> </strong></p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">La perte de l&#8217;enfance</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">Mais peut-être est-ce inutile d&#8217;approfondir notre différence anthropologique. L&#8217;histoire suffit. Nos sociétés fondatrices, gréco-romaines, ont été continument infanticides. Comme moyen de sélection des plus forts chez les spartiates, dont le cinéma de manière récurrente fait d&#8217;étranges héros contemporains, ou comme moyen d&#8217;organisation et de régulation des genres chez les romains, l&#8217;infanticide est une extension naturelle des lois de la vie sur terre. L&#8217;enfant, c&#8217;est celui qui « ne parle pas » (<em>infans</em>) mais c&#8217;est surtout celui qui n&#8217;existe pas juridiquement, si ce n&#8217;est comme chose, ou comme inexistence. Les échos originels des droits qui fondent nos corpus actuels résonnent encore, puisqu&#8217;il aura fallu attendre cette année 2008 pour que l&#8217;état-civil national inscrive les enfants mort-nés (celui-ci était auparavant une inexistence juridique, une <em>res nullus</em>). L&#8217;interdiction de l&#8217;infanticide, à la fin du IV<sup>ème</sup> siècle après J.-C., a pavé la voie à l&#8217;abandon des enfants et, conséquemment, à la création des crèches et des orphelinats, à l&#8217;augmentation de la main d&#8217;œuvre commune des hommes et de la prostitution des femmes. </p>
<p style="text-align:justify;">À l&#8217;époque contemporaine, l&#8217;enfant est devenu un enjeu cardinal de toute société, et pas seulement du point de vue du devenir social, puisqu&#8217;il est toujours l&#8217;un des moteurs de l&#8217;action sociale, dans et hors de la famille, et par ailleurs, il est également l&#8217;un des vecteurs centraux des conditions de la production. L&#8217;enfant est source d&#8217;exploitation, et par négation morale ou utilitariste, de protection. Il est également source d&#8217;hérédité, et par négation cynique et individuelle du monde des adultes, d&#8217;incapacité. La défense et l&#8217;usage de l&#8217;enfance n&#8217;est pas qu&#8217;un « moteur de civilisation », dont l&#8217;église romaine aura eu sa part, c&#8217;est un procédé révolutionnaire de changer l&#8217;homme en humanité. La fin foucaldienne de l&#8217;homme est cette fin de l&#8217;humanité ; l&#8217;assaut répété et troublé contre notre descendance nous conduit à cette fin de l&#8217;universalité humaine, à la naissance trouble d&#8217;une posthumanité : l&#8217;éternité que la techno-science nous promet supprime de l&#8217;entendement l&#8217;idée de descendance.</p>
<p style="text-align:justify;">Tous ces meurtres, toutes ces violences du temps présent ne sont alors que des résurgences symboliques de l&#8217;histoire du conflit de l&#8217;homme et de son humanité. Non un retour à l&#8217;état reptilien du grand mammifère dévorant son petit, d&#8217;agacement et de faim comme chez l&#8217;ours, mais bien des cloques historiques apparaissant sur un état social normalisé par sa pérennité quasi immortelle, qui laissent apparaître accidentellement notre puissance brute de décision par la violence et la mort sur nos descendants. La sombre vengeance de l&#8217;homme contre l&#8217;humanité ; la sourde menace humaine d&#8217;un futur brisé ; l&#8217;angoisse vertigineuse de l&#8217;espèce ensevelie par le voile de la norme sociale et de son texte. </p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[L'Historien, entre la société et le politique]]></title>
<link>http://tempspresents.wordpress.com/2009/01/24/de-lautonomie-du-savoir-et-de-la-liberte-pour-lhistoire/</link>
<pubDate>Sat, 24 Jan 2009 00:37:51 +0000</pubDate>
<dc:creator>nicolaslebourg</dc:creator>
<guid>http://tempspresents.wordpress.com/2009/01/24/de-lautonomie-du-savoir-et-de-la-liberte-pour-lhistoire/</guid>
<description><![CDATA[Par Nicolas Lebourg  La recherche historique ne se fait jamais hors du contexte culturel global. L]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p style="text-align:justify;"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-696" title="le_prisonnier" src="http://tempspresents.wordpress.com/files/2009/01/le_prisonnier.jpg?w=126" alt="le_prisonnier" width="126" height="96" /><span style="color:#ff0000;"><strong>Par Nicolas Lebourg</strong> </span></p>
<p style="text-align:justify;">La recherche historique ne se fait jamais hors du contexte culturel global. L&#8217;historien a des outils scientifiques mais est aussi un acteur social. Il participe au paradigme en vigueur, c&#8217;est-à-dire à l&#8217;ensemble des représentations et conceptions socialement admises. Aussi quand le scientifique fait œuvre de raison, il le fait dans l&#8217;espace du temps qu&#8217;il habite, parfois contre celui-ci. Nombre de personnes ne comprennent ainsi pas comment des théories qui paraissent aujourd&#8217;hui aussi saugrenues que celles jadis diffusées sur les races aient pu disposer du soutien d&#8217;intellectuels et savants. En effet, ces idées participaient à l&#8217;espace public et à la formation intellectuelle rationnelle. Au jour présent, l&#8217;exigence d&#8217;un rôle social de l&#8217;histoire, d&#8217;un devoir de mémoire, aboutit à une lecture unidimensionnelle des faits et un refus de regarder le document historique comme un objet produit pour y voir l&#8217;essence de la vérité. Dans tous les cas, c&#8217;est la question de la fonction  sociale de l&#8217;historien et de l&#8217;intellectuel qui est posée.<!--more--></p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Quand la science contribue à l&#8217;Etat raciste</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">Prenons l&#8217;exemplaire cas de René Martial (1873-1955). Scientifique, couvert de prix, universitaire, il devient en 1938 professeur du cours d&#8217;anthropobiologie des races à la faculté de médecine de Paris. Tout son travail porte sur le métissage des races et son effet débilitant. La leçon inaugurale qu&#8217;il donne en 1938 est de suite éditée, le professeur est célèbre et respecté. Aujourd&#8217;hui, ce texte est édité en Espagne car aucun éditeur français ne pourrait plus l&#8217;éditer sans tomber sous le coup de la loi pour incitation à la haine raciale, et la brochure ne peut se trouver que dans les librairies d&#8217;extrême droite ou sur internet. Martial achève d&#8217;ailleurs cette leçon en exposant l&#8217;intérêt de sa science comme suit : « permettre d&#8217;entrevoir les raisons secrètes de l&#8217;histoire, enfouies au plus profond de nous-mêmes, raisons qui nous mènent encore et deviennent des motifs d&#8217;espérer toujours dans les destinées de la France. »</p>
<p style="text-align:justify;">On a donc bien affaire à une science qui participe au plus haut à l&#8217;espace scientifique et qui, sans contradiction interne, se perçoit comme étant un instrument de rénovation sociale. Son travail affirme que pour étudier scientifiquement une ethnie il nous faut l&#8217;analyser d&#8217;abord psychologiquement, puis historiquement, puis biologiquement. L&#8217;histoire n&#8217;est ainsi qu&#8217;un élément d&#8217;une science sociale totale, et d&#8217;une science proprement idéologique. Le coeur de son travail c&#8217;est largement d&#8217;appliquer au processus historique les découvertes faites depuis 1899 sur les globules rouges. Il classifie dès lors l&#8217;humanité selon l&#8217;idée que tel type racial dispose majoritairement de tel type de groupe sanguin. L&#8217;histoire eusse produit bien sûr par métissage une altération des groupes sanguins originels.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais l&#8217;approche ne se limite pas au passé. Elle en déduit qu&#8217;il faut réaliser une politique d&#8217;immigration basée sur le choix des groupes sanguins : n&#8217;introduire en France que des personnes correspondant à un groupe désormais trop peu représenté dans notre équilibre racial sanguin et interdire toute pénétration correspondant à des groupes dégénérants par rapport à cet équilibre.</p>
<p style="text-align:justify;">Cela implique une politique de la race. En effet, toujours selon Martial, si l&#8217;Etat n&#8217;organise pas la procréation pullulent des métis, des mélanges de sang faits sauvagement et a-scientifiquement, ce qui a pour effet de produire des individus au sang déséquilibré qui sont des malades mentaux, des asociaux, des personnes qui sèment dans la société le chaos qu&#8217;ils portent dans le sang. Pour remédier à cela, le scientifique en appelle solennellement en 1939 à une « politique de l&#8217;immigration » devant préserver les « Français de vieille souche ». Lorsque survient Vichy ses travaux prennent une nouvelle importance sociale. En effet, par l&#8217;analyse des groupes sanguins, Martial « démontre » que la race française n&#8217;est pas négrifiée comme le prétend la propagande allemande mais soumise à une asiatisation de son sang qui proviendrait du métissage entre Français et « Juifs ». </p>
<p style="text-align:justify;">La mise à l&#8217;écart de ces derniers au bénéfice de l&#8217;endogamie permettrait ainsi au pays de se purifier (jusqu&#8217;à retrouver sa force et sa pureté raciale qui lui redonneront dès lors sa place en Europe ?)</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Politiques et recherches</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">On a là une affaire d&#8217;importance : un discours scientifique légitime en son temps et disqualifiée aujourd&#8217;hui. Un discours qui se base sur la notion de l&#8217;expertise scientifique mais qui recouvre le b-a-ba des préjugés les plus vulgaires. Un discours qui affirme ne parler que de science mais dont les conclusions ont un impact direct sur la légitimation d&#8217;une politique étatique. La science n&#8217;est pas détachée de la cité, des valeurs et idées de son temps, bref de son histoire, du lieu et du moment où elle produite. Or, pour sa part, l&#8217;Etat tend naturellement à pousser la science dans le lieu de son intérêt. </p>
<p style="text-align:justify;">Qu&#8217;est ce que la science des régimes fascistes ? Dans les sciences humaines c&#8217;est l&#8217;archéologie et la géopolitique, pour légitimer les aires d&#8217;expansion et l&#8217;anthropologie pour légitimer le racisme. Dans les sciences expérimentales c&#8217;est la chimie et la physique, pour l&#8217;armement. La science est sans ambages au service du totalitarisme.</p>
<p style="text-align:justify;">Qu&#8217;est ce que la science aujourd&#8217;hui ? Ce que veut l&#8217;Etat ce n&#8217;est ni financer les sciences humaines ni la recherche fondamentale mais une recherche ultra-appliquée qui produise directement des brevets industriels. La science est au service du marché.</p>
<p style="text-align:justify;">En somme tout travail scientifique peut se poser la question de son intégration au système. Et dans le cas de l&#8217;histoire, instrument de légitimation de tous les types de régime, la question se pose avec vivacité. Le bruit médiatique comme le travail législatif pousse les historiens à devenir les gardiens spécialisés des mânes des « victimes », et de citer sempiternellement les mots de Chateaubriand quant à l&#8217;historien « chargé de la vengeance des peuples ».</p>
<p style="text-align:justify;">Ce culte de la victime aboutit à un puritanisme de la recherche : on devrait moralement condamner un objet de recherches qui est lui jugé immoral comme si, par sympathie au sens premier de ce terme, la recherche était touchée par son objet. Travailler sur la violence extrême, la sexualité déviante, le fanatisme religieux ou politique peut dorénavant, non seulement au café du commerce mais également dans les milieux censément éclairés, vous rendre suspects.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">La Morale et la Vertu</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">La volonté de chercher dans le passé quels sont les crimes et les bourreaux aboutit à une folie sociale. On &#8220;génocide&#8221; dans le passé toute communauté dont l&#8217;on souhaite affirmer l&#8217;existence historique, comme si le plébiscite de chaque jour ne s&#8217;édifiait plus que sur le sol et le sang. Nous voudrions purifier le passé en y désignant le Mal pour forger un présent débarrassé de la présence du mal, politiquement correct. Mais le mal fait partie de l&#8217;histoire et du réel présent. Purifier le passé du mal ne nous purifiera pas de notre propre tentation d&#8217;y succomber : cela, c&#8217;est le rôle de l&#8217;intelligence. Le travail de l&#8217;historien est donc d&#8217;abord une méthode et non le fait d&#8217;être un spécialiste du passé : en tant que telle l&#8217;histoire ne s&#8217;arrête pas au moyen-âge, à l&#8217;âge moderne, mais est d&#8217;abord une discipline, un regard, une vision du monde, que l&#8217;on porte sur les événements et les structures qui les sous-tendent et qui peuvent être très contemporains. C&#8217;est chercher, derrière le tumulte des événements qui se produisent et qui paraissent sans lien les uns par rapport aux autres, les structures historiques qui en fait les sous-tendent, les encadrent et leur donnent leur sens historique. </p>
<p style="text-align:justify;">Le travail de l&#8217;historien c&#8217;est la critique du fait, non le fait de la critique : il ne peut donc être le porteur de la parole des victimes comme le veut l&#8217;idéologie du « devoir de mémoire ». La mémoire est un objet social en construction, évolutif, l&#8217;histoire est une vérité scientifique, donc temporaire. Les sciences humaines et sociales ne sont pas des œuvres morales et n&#8217;ont pas pour fonction de créer des catégories du bien, de justifications de faits sociaux, culturels ou politiques. Elles ne sont pas spécialement faites pour critiquer la domination, pas plus que pour justifier le système en place ou un positionnement éthique. L&#8217;enseignement et l&#8217;étude de l&#8217;histoire ne sont pas là pour apporter des réponses : elles sont là pour poser des questions. </p>
<p style="text-align:justify;">En somme, il n&#8217;y a de discipline historique que s&#8217;il y a discipline scientifique : cela exclue toute participation de la morale (phénomène social) à l&#8217;histoire (analyse multi-causale des phénomènes sociaux non-reproductibles dans un espace-temps donné). Certes, l&#8217;historien, le savant, jamais ne se libère totalement de la cité. Alors même qu&#8217;il en train de proférer un discours scientifique il voit celui-ci réinjecté dans la cité et produire à son tour des effets, bref il devient lui-même un acteur social et historique. L&#8217;homme est un animal social, politique, et l&#8217;historien particulièrement. Que peut-il faire ? Rien, sinon son métier. </p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Qu’est-ce que “le social” ? [2/2]]]></title>
<link>http://tempspresents.wordpress.com/2009/01/15/qu%e2%80%99est-ce-que-%e2%80%9cle-social%e2%80%9d-22/</link>
<pubDate>Wed, 14 Jan 2009 22:39:03 +0000</pubDate>
<dc:creator>dominiquesistach</dc:creator>
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<description><![CDATA[Par Dominique Sistach En l&#8217;état de la gestion de politiques publiques aussi imbriquées dans la]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;"><img class="alignleft size-full wp-image-677" title="cimetiere-americain-de-normandie2" src="http://tempspresents.wordpress.com/files/2009/01/cimetiere-americain-de-normandie2.jpg" alt="cimetiere-americain-de-normandie2" width="130" height="90" /></span></strong></p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Par Dominique Sistach</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">En l&#8217;état de la gestion de politiques publiques aussi imbriquées dans la structure même de la plus-value que dans le « substrat social », le temps n&#8217;est plus à l&#8217;action collective, syndicale ou mutualiste, mais appartient à la seule organisation publique. La politique du logement social nous le montre en étant le plus souvent une politique du « sparadrap sur la jambe de bois ». La richesse de l&#8217;exploitation du bâti, parfaitement développée dans une France de la rente, hiérarchise l&#8217;espace selon la loi de la plus-value, plus encore que par les valeurs de la classe sociale des possédants. Rendue à l&#8217;autonomie du capital, la gestion de l&#8217;espace dépend totalement de son exploitation. Développer le logement social, correspond alors aux mêmes règles d&#8217;entropie du logement locatif. Il compense et régule les prix des loyers, mais simultanément contribue aux équilibres de l&#8217;usage des espaces et à leur nominalisation. <!--more-->Le logement social porte alors souvent le fardeau qui le qualifie. La massification des politiques de logement, en grand espace concentré, par les effets des programmes législatifs de défiscalisation ou d&#8217;investissement direct des collectivités, génère des quartiers, des zones, des banlieues. Les politiques sociales ne doivent pas générer des ghettos, qu&#8217;elles sont censées supprimer, mais favoriser la mixité sociale, ce qui n&#8217;arrange pas toujours les intérêts de l&#8217;industrie du bâtiment. L&#8217;institution « défend la société » selon la loi de ses intérêts.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Du Rouge au vert</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">Nous n&#8217;avons plus à nous considérer comme enfant de la guerre, celle-là même qui se présentait comme relation permanente, déterminant « les relations d&#8217;inégalité, les dissymétries, les divisions de travail, les rapports d&#8217;exploitation ». Nous pouvons assimiler les conditions de réalisation d&#8217;une société plus pondérée et plus mesurée, pour pouvoir limiter d&#8217;ores et déjà d&#8217;autres sources de nos abus. L&#8217;inachèvement de la question sociale intervient au moment où d&#8217;autres nécessités, d&#8217;autres dépenses d&#8217;intérêts collectifs viennent s&#8217;y substituer. Nous n&#8217;aurons pas assumer notre dette sociale, que s&#8217;affirme désormais une incontournable dette écologique. Le risque environnemental se substitue au risque social, tant par sa détermination internationale que constitutionnelle, tant par sa fiscalisation que par la graduation de l&#8217;investissement public. Le risque environnemental devient ce qui nous renvoie à notre état de nature, qui par voie d&#8217;incidence, se hiérarchise dans l&#8217;ordre des priorités au-dessus des risques sociaux. Dans cette concurrence des risques, le social semble défait. Nul ne pourra contester que la survie soit déconsidérée par le seul ordre de la vie.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Année Zéro</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">La question sociale, mais au plus large tous les thèmes sociétaux, sont l&#8217;otage des stratégies du capital et du politique à s&#8217;autogouverner dans la courte durée. Plus de richesse et plus de pouvoir, la société sans partage se profile désormais au plus grand nombre. L&#8217;alternative ne se situe-elle pas dans la seule négation du pouvoir ? Comment résister toute une vie à une société qui connaît ses problèmes, maîtrise ses solutions, et au final les perpétue pour les intérêts d&#8217;une minorité ? On aurait pu croire que le rallongement de la durée de la vie aurait généré une plus grande sagesse humaine. En l&#8217;état, il n&#8217;en est rien. La question sociale n&#8217;est pas une priorité assumée d&#8217;un État qui s&#8217;est pourtant construit sur sa seule fonction protectrice. La baisse d&#8217;intensité des rapports de forces, l&#8217;effondrement du communisme, l&#8217;émiettement social, l&#8217;augmentation de la qualité de la vie, la désyndicalisation, le vieillissement global de la population sont autant de faits qui attestent de la difficulté à imposer les interventions publiques dans le domaine sanitaire et social. Le spectre des dettes publiques, dont tout le monde a oublié que leur réduction tendait à faire converger les économies européennes, non à les soumettre à l&#8217;ordre de la récession libérale, est désormais cet objectif zéro à atteindre. L&#8217;État soliloque sa puissance en s&#8217;interdisant ce qu&#8217;il peut faire. Le fonctionnement public le plus adéquat est forcément que la puissance feigne l&#8217;impuissance. Que les caisses soient vides pour les uns, et que les caisses soient pleines pour les autres, les choix s&#8217;orientent toujours sur le vieux principe que l&#8217;on ne prête qu&#8217;aux riches, que seule la structure économique nécessite l&#8217;intervention publique, que le secteur social ne mérite pas ce soutien pour sa mythique improductivité.</p>
<p style="text-align:justify;">Depuis 1992, pourtant, l&#8217;invention et le développement effrénés de la fiscalité sociale montrent que sous le couvert des dysfonctionnements de la gestion corporatiste, la puissance publique a nationalisé une recette, et depuis, elle rationalise les dépenses pour produire à bon compte de l&#8217;argent public. La fiscalité ne diminue pas durant cette période. Elle est croissante, mais surtout, elle connaît une translation de prélèvements obligatoires grevant les revenus du capital vers des prélèvements obligatoires grevant les ressources du travail. La fiscalité ne frappe plus des minorités riches, elle se diffuse vers des majorités pauvres, et de plus en plus vers une classe moyenne progressivement appauvrie. Le chômeu,r intimé de travailler, et le travailleur contraint de payer ses prélèvements sociaux en constante augmentation, sont confrontés à cet imaginaire libéral déroutant, qui fait que l&#8217;impôt frappant les plus nantis est présenté comme injuste, improductif, irréaliste. Pour reprendre les termes si justes de Gilles Deleuze et de Félix Guattari, « le cynisme est le capital comme moyen d&#8217;extorquer du surtravail, mais la piété est ce même capital comme capital-Dieu d&#8217;où semblent émaner toutes les forces du travail ».</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">A Présent</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">Les fondements réels du désinvestissement des institutions relèvent de cette vision négative de la société des individus. Une idée forgée par les courants néolibéraux de l&#8217;après-guerre, dont le sens idéologique procède toujours de cette même vacuité naturaliste, a traité la société des hommes selon la loi de la jungle, selon des termes nous ramenant plus dans l&#8217;imaginaire de Léon Walras que dans celui d&#8217;Adam Smith. Voici fait de la sociologie au nom de l&#8217;économie. L&#8217;ordre et le marché ont alors cette fonction archaïque de dresser les sujets aux conditions de la production, pour faire que l&#8217;on attribue à ceux qui possèdent, le statut nobiliaire qui leur serait dû : aux aristocraties du sang et de la guerre, succèdent les aristocraties de l&#8217;argent et du vide. C&#8217;est le paradoxe de notre temps, que de constater que les possédants relancent la lutte des classes, tout en affirmant qu&#8217;elle n&#8217;existe plus. C&#8217;est le propre du capital que de minimiser ses faiblesses économiques, pour n&#8217;afficher que des ambitions cherchant à modifier l&#8217;ordre politique de la société. Ce retour de l&#8217;histoire, nous ne pouvons que le constater, c&#8217;est celui-là qui menace le plus le social, tout-à-coup contraint de se désintégrer sous le couvert d&#8217;une liberté une fois de plus abusée.</p>
<p style="text-align:justify;">Le temps qu&#8217;il nous appartient de vivre est alors menacé. Cette menace est une stratégie de contrôle social extrêmement aboutie. La seule échappatoire consiste dans l&#8217;inversion du savoir. Par l&#8217;instauration intégrée du savoir social, pour que la société se gouverne de plus en plus, pour que les individus décident des rythmes de travail et de socialité tout au long de leur vie : voilà des alternatives qui pourraient se construire.</p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Qu'est-ce que "le social" ? [1/2]]]></title>
<link>http://tempspresents.wordpress.com/2009/01/10/quest-ce-que-le-social-12/</link>
<pubDate>Sat, 10 Jan 2009 00:15:45 +0000</pubDate>
<dc:creator>dominiquesistach</dc:creator>
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<description><![CDATA[Par Dominique Sistach Qu&#8217;est-ce que &#8220;le social&#8221; ? La question peut paraître incong]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-643" title="fmob" src="http://tempspresents.wordpress.com/files/2009/01/fmob.jpg?w=128" alt="fmob" width="140" height="106" />Par Dominique Sistach</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">Qu&#8217;est-ce que &#8220;le social&#8221; ? La question peut paraître incongrue, tant le terme semble utilisé, médiatisé et rendu malléable par l&#8217;ensemble des discours. La notion reste pourtant souvent inconnue du plus grand nombre. Le terme social ou l&#8217;expression « le social » recouvre deux acceptions distinctes. Le terme initial recouvre l&#8217;ensemble des interactions humaines, dont le prime et continuel rapport se fait d&#8217;abord vers soi-même. En ce sens, le terme social recouvre l&#8217;ensemble des phénomènes sociétaux que saisit plus ou moins habilement la sociologie, notamment quand elle se résume à des découpages statistiques, à des imaginaires en diagramme. L&#8217;expression « le social » est circonstanciée à l&#8217;action collective qui défend la société des agressions qu&#8217;elle subit ou qu&#8217;elle s&#8217;inflige. « Le social » relève ainsi simultanément du sociétal et de la nomination de ce que l&#8217;on appelle communément les « problèmes sociaux » qui sont déterminés et régulés par l&#8217;action publique et/ou associative.<!--more--> « Le social » porte en lui, les germes d&#8217;une représentation viciée, assimilant la réalité sociale à un ensemble de pathologies, qui ne sont, pour parler comme Axel Honneth, que les <em>« pratiques déficientes d&#8217;un potentiel de la raison »</em>.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Multitudes</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">La question sociale recouvre potentiellement le champ d&#8217;une intervention publique diligentée par les nécessités d&#8217;une société développée. La question sociale n&#8217;est plus le prolongement exclusif de la lutte des classes. Elle est désormais un domaine permettant de gérer institutionnellement les différents stades de la vie humaine. Il ne s&#8217;agit plus de défendre la vie élémentaire du travailleur : son travail, sa santé, sa retraite. Il s&#8217;agit désormais de considérer les différents stades de la vie : l&#8217;enfance, l&#8217;égalité des genres, la vieillesse. La stratégie offensive de la lutte des classes, dont tout le monde semble avoir oublié les conditions d&#8217;exploitation et de domination imposées par la classe bourgeoise, pour ne conserver à l&#8217;esprit que la riposte « revancharde » de la classe prolétarienne, s&#8217;est aujourd&#8217;hui substituée en stratégie « invisibilisée » des tensions identitaires entre tous, pour faire que le politique puisse en tirer un négoce, et un texte de gouvernement permettant la direction des affaires communes, et les réélections à venir.</p>
<p style="text-align:justify;">On peut parler des questions sociales imposant la protection sociale, avec pour origine les contradictions du capital contre la société, et par ailleurs évoquer les questions sociales déterminant le champ de son action, avec pour origine les nécessités de sa modernité. De ce point de vue, la société est à nu. Car la question sociale n&#8217;est plus seulement conduite par l&#8217;économie structurelle, justifiant l&#8217;exploitation contre la plus-value, elle est désormais gouvernée par la société diffusée justifiant la marginalisation des corps improductifs des enfants et des personnes âgées. S&#8217;il semblait difficile déjà d&#8217;admettre, que les pathologies du capital soient des vices sociaux, la nominalisation en pathologies de la jeunesse et de la vieillesse, montre clairement, la dérive et l&#8217;irrationalité de la conduite politique de l&#8217;opinion publique.</p>
<p style="text-align:justify;">D&#8217;un enjeu idéologique majeur au cours du très long XIX<sup>e</sup> siècle, le social est devenu un espace contemporain de la politique et des réalités pragmatiques du politique. L&#8217;évolution en cours laisse à penser un modèle développé de démocratie libérale dont les questions sociales se résolvent en amont, au sein de l&#8217;ensemble de la communauté, par la gestion des grands thèmes sociétaux, et non plus en aval, dans le règlement indéfinissable des problèmes sociaux que l&#8217;on réserve à certains. La modernité de l&#8217;action sociale procède de l&#8217;investissement de la normalité, pour palier aux seules actions portant sur les anormalités. La modernité procède aussi de la réunion du social et du sociétal, non comme une formule du problème et de la solution, mais comme un système de cohérence entre l&#8217;impérative relation humaine et les réalités de transformation de ces mêmes relations humaines. C&#8217;est à ce prix, que l&#8217;action sociale pourra se représenter à nouveau positivement. La petite enfance, l&#8217;éducation, le traitement social des maladies neurodégénératives, la grande vieillesse, mais aussi les répartitions sociales entre hommes et femmes, le traitement social de l&#8217;accueil des migrants, sont autant de conditions pour atteindre l&#8217;harmonie économique et culturelle, que pour produire un savoir-faire social éprouvé par les institutions.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Segments</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">Les difficultés que connaissent l&#8217;État et les collectivités publiques, territoriales ou spécialisées, procèdent de deux réalités. La première est stratégique. Le pouvoir politique use et abuse de la question sociale pour en faire simultanément un nouvel objet de fiscalité et un repoussoir antifiscaliste. Ou à l&#8217;opposé, le pouvoir politique en fait un objet idéologique électoral, et une action convenue, maîtrisée, et rendue à son pragmatisme. En second lieu, cette question sociale ne constituepas que l&#8217;objet d&#8217;une transaction idéologique entre forces de gouvernement, mais une action publique que la puissance d&#8217;État affirme pour pouvoir organiser la société du travail. L&#8217;action publique est ainsi systématiquement décalée ; les programmes électoraux correspondant rarement aux impératifs d&#8217;une société en mouvement. Les réalités sociales, c&#8217;est ce que connaissent les collectivités territoriales en étant au plus proche des citoyens, mais si loin des conditions de décision de l&#8217;économie politique globalisée. Non seulement pour les collectivités directement gestionnaires de la majorité des questions sociales (le Conseil Général est compétent pour les questions générales telles que la petite enfance, les revenus d&#8217;insertion, la gestion des tutelles, <em>etc</em>.), que pour les collectivités administrant le logement social, l&#8217;accueil des enfants non scolarisés, <em>etc</em>., soit l&#8217;ensemble des 36 000 projets communaux en France.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;action publique sociale est ainsi historiquement segmentée en régime de protection sociale et politiquement territorialisée en compétences de gestion sociétale. Elle est, à proprement dire, déconstruite institutionnellement et redéployée territorialement, ce qui nous permet de mieux comprendre son imperceptibilité collective.</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est un lieu commun aujourd&#8217;hui d&#8217;affirmer que l&#8217;entretien et l&#8217;éducation de la jeunesse sont une des clefs pouvant organiser une société plus homogène et plus fluide. Beaucoup moins répandus en France, les discours savants qui tentent de montrer comment le bon accueil des plus jeunes conditionne la qualité et la continuité des carrières professionnelles de leurs mères. Ainsi, un bon accueil maternel n&#8217;exclue plus le père, mais l&#8217;invite à élever ses enfants, non pour soulager la mère, mais pour s&#8217;investir en tant que père, retiré de la production plus longuement. Cela permet d&#8217;équilibrer  le mouvement interne des unités de production, et ainsi de limiter les inégalités de traitement hommes/femmes, dont on sait qu&#8217;elles réduisent nos sociétés à « l&#8217;indéveloppement » social.</p>
<p style="text-align:justify;">À l&#8217;opposé, pour ce qui est des aménagements de la fin de la vie, le traitement de l&#8217;entretien de la vieillesse et de la dépendance ne doit pas être considéré comme un thème prioritaire ou une politique d&#8217;urgence. À moins de méconnaître l&#8217;évolution de la démographie nationale (ce qui est peu crédible), nul ne peut considérer ces problématiques comme soumises à la Loi de l&#8217;exception et à son lot de surprises feintes. Elles sont connues et malheureusement délaissées depuis plus d&#8217;une décennie. À ne pas considérer le traitement de la vieillesse comme un engagement de soutien à ceux qui constituent la mémoire d&#8217;un espace, on délaisse progressivement les conditions élémentaires qui font qu&#8217;un système d&#8217;organisation n&#8217;est pas totalement barbare. Il n&#8217;existe même plus la contestation possible d&#8217;une société qui abandonne ses ascendants selon la loi de l&#8217;inutilité, la grande majorité des dépendants à venir, nécessitant quasi automatiquement la surveillance et les soins adéquats. Les savoir-faire propres aux sciences de l&#8217;homme et de la société et les techniques d&#8217;ingénierie sociale permettent à terme de générer des personnels qualifiés aptes à assumer l&#8217;entretien des dépendants pour faire que la société ambitionne d&#8217;être humaine. Le travail social dépend de la construction d&#8217;un sens éthique qui place l&#8217;humanité au cœur du quotidien, de l&#8217;accueil, des soins et de l&#8217;aide.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Perspectives</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">Les certitudes que nous portons à notre temps ne doivent pas nous aveugler. L&#8217;action sociale constitue un tel foyer d&#8217;emplois : le service aux personnes constitue le premier secteur d&#8217;activités de la décade à venir. L&#8217;enjeu n&#8217;est plus social, il deviendra indubitablement celui du capital. Or, en ce domaine, l&#8217;organisation et la régulation des grands enjeux sociaux ne peuvent succomber qu&#8217;à la loi des intérêts, sans que les services soient assumés avec un souci de professionnalisme et un sens éthique développé. Le capital ne nous a pas habitués à générer une humanité professionnelle, tant, l&#8217;histoire de l&#8217;exploitation n&#8217;a cessé de se reproduire quels que soient « les saisons du capital ».</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;exercice du service public est le seul moyen de la réalisation des services à la personne. L&#8217;intérêt général procède de cette intention, qui dépasse ainsi la notion de solidarité, par trop connotée comme la dette morale du capital. L&#8217;intérêt général est fondamentalement enraciné dans le principe de Fraternité, dont on sait qu&#8217;il ne procède en rien d&#8217;une forme de charité laïque, mais au contraire, permet de disposer, tel que la Déclaration des droits de l&#8217;Homme et du citoyen le prévoie, que « les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l&#8217;utilité commune ». Faut-il alors s&#8217;en donner les moyens, et faire que les politiques sociales, quels que soient les échelles de leur réalisation, soient l&#8217;expression et le gage des ambitions civilisatrices d&#8217;une société qui doit retrouver le sens et les principes qui ont imposé le rayonnement de la France depuis que notre société fut illuminée par la pensée révolutionnaire.</p>
<p style="text-align:justify;">Il ne s&#8217;agit pas de changer la structure des intérêts qui nous gouvernent. Nul ne dispose de moyens adéquats pour changer la société de l&#8217;extérieur, par voie d&#8217;autorité ou par la quête d&#8217;une hypothétique justice sociale. À l&#8217;opposé, on peut espérer en un développement du savoir et des pratiques humaines, pour faire que l&#8217;augmentation de la culture de chacun d&#8217;entre nous engendre progressivement l&#8217;intégration des bonnes conduites sociales. C&#8217;est là, la condition élémentaire pour essayer de modifier notre rapport à la richesse et à l&#8217;enrichissement, source de notre désintérêt social. Notre époque est encore marquée par la prédominance de l&#8217;État et des collectivités pour gérer les troubles sociaux et les activités sociales. L&#8217;enjeu politique majeur est de faire que la question sociale soit réinvestie par ses acteurs, qu&#8217;elle ne soit plus délaissée à la seule mainmise des corps de gestion publique, devenus champ de bataille de ceux qui veulent imposer leur conception hégémonique du monde, à les voir consacrer comme nouvelle aristocratie du vide et de l&#8217;argent. Le social n&#8217;a pas besoin de charité, il a seulement besoin de socialité.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/2009/01/15/qu%e2%80%99est-ce-que-%e2%80%9cle-social%e2%80%9d-22/">Lire la suite de cet article</a></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Gestion de l’eau : privée ou publique ?]]></title>
<link>http://eaupropre.wordpress.com/2008/11/29/gestion-de-l%e2%80%99eau-privee-ou-publique/</link>
<pubDate>Sat, 29 Nov 2008 07:58:02 +0000</pubDate>
<dc:creator>Catherine</dc:creator>
<guid>http://eaupropre.wordpress.com/2008/11/29/gestion-de-l%e2%80%99eau-privee-ou-publique/</guid>
<description><![CDATA[En mars 2008, à l’occasion des élections municipales, le débat sur la gestion de l’eau a été relancé]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:small;font-family:Arial;">En mars 2008, à l’occasion des élections municipales, le débat sur la gestion de l’eau a été relancé à l’initiative de citoyens, de collectifs et d’associations. Il a été repris par un certain nombre de candidats dans leur programme électoral. Qu’en est-il huit mois plus tard ?</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:small;font-family:Arial;"><br />
</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:small;font-family:Arial;">Dans la plupart des pays, l’eau est propriété nationale et sa gestion publique. La France fait figure d’exception puisque l’eau y est gérée à 80% par trois entreprises multinationales :<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Suez_(groupe)"> Suez</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Veolia_Environnement">Veolia</a> et <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_SAUR">Saur</a>. A l’échelle mondiale, deux autres entreprises convoitent le marché : <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Bechtel">Bechtel</a> (Etats-Unis) et <a href="http://www.enerzine.com/energipedia/RWE">RWE/Thames Water </a>(Allemagne et Grande-Bretagne).</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:small;font-family:Arial;"><br />
</span></p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 458px"><a href="http://farm3.static.flickr.com/2133/2243043042_3da562fe2f.jpg?v=0"><img title="Photo de Martine Gilbert - Oxfam-Québec" src="http://farm3.static.flickr.com/2133/2243043042_3da562fe2f.jpg?v=0" alt="" width="448" height="336" /></a><p class="wp-caption-text">Borne fontaine gérée par les habitants à Madagascar</p></div>
<p class="MsoNormal" style="text-align:center;margin:0;">
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><!--more--></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:small;font-family:Arial;">Le système français est remis en question par les associations de consommateurs. Les agences de l&#8217;eau ont pour mission de lutter à la fois contre la pollution de l’eau et pour une meilleure gestion de la ressource. Elles sont dirigées par des comités de bassins qui fixent le montant des redevances à appliquer à chaque catégorie d&#8217;usagers. Les agriculteurs y sont surreprésentés par rapport aux usagers domestiques. C’est pour cette raison que les associations de consommateurs et de protection de l&#8217;environnement réclament une représentativité au prorata des redevances payées pour rééquilibrer les charges. En effet, les redevances des utilisateurs,<span> </span>qui devraient payer en fonction des pollutions émises, financent les actions des agences de l’eau. Dans les faits <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_pollueur-payeur">le principe pollueur-payeur</a> n’est pas respecté car<span> </span>85 % des ressources proviennent des ménages alors que les agriculteurs sont responsables de la plus grande partie des pollutions. Les investissements portent sur le secteur de l’assainissement, source de profit pour les entreprises de l’eau, plus que sur la prévention. Et pourtant, le résultat n’est pas à la hauteur des directives européennes : l’état des lieux atteste une aggravation de la pollution des nappes souterraines. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:small;font-family:Arial;"><br />
</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:small;font-family:Arial;">Au niveau mondial, la décennie 1981-1991 fut proclamée « Décennie mondiale de l&#8217;eau », avec pour objectif l&#8217;accès universel à l’eau en l&#8217;an 2000. Mais, le problème, loin d’avoir été résorbé, s&#8217;aggrave. L’urbanisation galopante, la pollution, l’agriculture intensive expliquent cet échec et les grandes entreprises, par leurs compétences techniques et par leur puissance financière, tentent de contrôler l’eau à leur profit. Les citoyens s’organisent pour réclamer un contrat mondial de l&#8217;eau qui reposerait sur un principe fondateur : l&#8217;eau, ressource vitale et patrimoine commun, doit échapper à la marchandisation. Elle doit être préservée pour les générations futures. Ces citoyens s’opposent ainsi à <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Accord_g%C3%A9n%C3%A9ral_sur_le_commerce_des_services">l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) </a>dans lequel l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) a inscrit les services liés à l’environnement (eaux, énergie, déchets).</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:small;font-family:Arial;"><br />
</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;">
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:small;font-family:Arial;">C’est dans ce cadre national et mondial que s’inscrit l’exemple significatif de la région parisienne. Depuis 1923, le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Syndicat_des_eaux_d%27%C3%8Ele-de-France">Syndicat des Eaux d’Ile-de-France</a> (SEDIF) délègue la gestion de son eau au groupe Veolia (ex Compagnie Générale des Eaux). Or le système de gestion actuel ne permet pas suffisamment de lisibilité des coûts de gestion du délégataire. Plusieurs enquêtes, réalisées par la Cour des comptes, les associations de consommateurs et même par le SEDIF, concluent que la gestion actuelle ne permet pas d’établir la transparence des coûts effectifs de la société Veolia. La délégation à une société privée amène, d’après ces études, un surcoût sensible par rapport à une régie publique. A Montreuil (Seine-Saint-Denis) par exemple, le prix du mètre cube d’eau s’élève à 4,09 euros alors qu’il n’est que de 2,60 en moyenne en France. La maire de Montreuil, <a href="http://dominiquevoynet.net/v2/">Dominique Voynet</a>, s’est prononcée pour le retour de la gestion publique de l’eau en régie et mène, avec cinq autres élus, la fronde au SEDIF où le contrat de délégation arrive à expiration dans deux ans. Le Conseil municipal du 27 novembre 2008 a d&#8217;ailleurs voté à l&#8217;unanimité une délibération en ce sens. Suez Environnement a d’ores et déjà annoncé qu’il répondrait au prochain appel d&#8217;offres dont il demande la division en lots. En effet, le SEDIF gère le plus gros marché de l&#8217;eau en France (144 communes, 4 millions d&#8217;habitants).</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:small;font-family:Arial;">A Paris, le maire, <a href="http://bertranddelanoe.net/vlog-paris/">Bertrand Delanoë</a>, a fait voter la remunicipalisation de la distribution de l&#8217;eau après 25 ans de gestion privée.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:small;font-family:Arial;"><br />
</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:small;font-family:Arial;">Pour les élus qui mènent cette « bataille de l’eau », il ne s’agit pas seulement de faire baisser le prix mais également de rappeler que l’eau doit être un bien commun de l’humanité et qu’elle doit échapper à la marchandisation. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:small;font-family:Arial;"><br />
</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;">
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:small;font-family:Arial;"><em>Sources : <a href="http://www.quechoisir.org/">Que choisir ?</a>, <a href="http://grit-transversales.org/">Transversales</a>, <a href="http://www.france.attac.org/">ATTAC</a>, <a href="http://www.acme-eau.org/">ACME</a>, <a href="http://www.montreuil.fr/1-23307-TOUS-Montreuil.php">Tous Montreuil</a></em></span></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Culture capitale (sur le concept de « capitale européenne de la culture »)]]></title>
<link>http://comment7.wordpress.com/2008/11/19/culture-capitale-sur-le-concept-de-%c2%ab-capitale-europeenne-de-la-culture-%c2%bb/</link>
<pubDate>Wed, 19 Nov 2008 10:53:58 +0000</pubDate>
<dc:creator>comment7</dc:creator>
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<description><![CDATA[La désignation d’une capitale culturelle européenne en Wallonie connaît un intéressant rebondissemen]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-family:'Times New Roman';"><a href="http://comment7.wordpress.com/files/2008/11/lesoir.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1102" title="lesoir" src="http://comment7.wordpress.com/files/2008/11/lesoir.jpg?w=300" alt="lesoir" width="300" height="200" /></a></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-family:'Times New Roman';">La désignation d’une capitale culturelle européenne en Wallonie connaît un intéressant rebondissement avec les 19.000 signatures liégeoises, entraînant une sorte d’opposition entre une ville où le désir d’être capitale est porté par la population (Liège) et l’autre (Mons) où ce désir a été précédé d’une ambition politique (qui a ses justifications). Dans le dossier que Le Soir consacre à cette affaire, Jean-Marie Wynants pose <strong>la vraie question</strong> : « Etre Capitale européenne de la Culturelle, pour quoi faire ? » et d’énumérer une liste de villes qui se sont succédées à ce titre « dans l’indifférence générale du reste de l’Europe. Curieux pour un programme censé favoriser les échanges et l’ouverture à la culture des autres. » Et c’est bien un euphémisme : l’avis de professionnels –par exemple pour les questions de productions musicales, des médiathécaires-<span>  </span>montrerait à quel point, par exemple, les nouvelles cultures musicales européennes circulent et s’échangent mal ! Cela signifie qu’aucun territoire mental commun ne se crée sur l’innovation et la créativité. Tandis que sur le « déjà connu », rentabilisé jusqu’à la corde…</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;">Parmi ces anciennes cités capitales, on reconnaît à Lille une réussite hors du commun, je n’en disconviens pas, même si je me souviens, dans la presse française, avoir lu des avis divergents d’acteurs de terrain, avis qui semblaient cohérents même s’ils ont vite été relégués parmi les « éternels grincheux ». Sur le fond, il faut bien reconnaître que ce concept de « capitale culturelle » et la manière de l’incarner, n’a pas contribué à développer un projet culturel, ni même l’ébauche d’une identité européenne (qui ne pourrait démarrer que grâce à un projet culturel ambitieux pour l’Europe). Encore faut-il s’entendre sur « projet culturel ambitieux » : pour beaucoup cela consiste à monter et présenter des grands spectacles avec des artistes de renoms, développer une sorte de vitrine ou prestigieuse ou populiste, mais vitrine quand même. Investir dans l’événementiel. Et c’est là que ça coince, que l’on patine, c’est cet écueil qui empêche de passer dans une autre dimension que devrait définir une politique culturelle qui reste à inventer. Une politique culturelle doit reposer sur une vision d’avenir quant à l’utilisation de l’intelligence collective dont la société a besoin pour affronter les défis de son développement, c’est une vision qui implique de soigner tout ce qui va solliciter et stimuler les cerveaux. En partant du principe que la matière grise fait aussi partie des ressources collectives et que l’on ne peut en laisser l’exploitation aux seuls exploitants du marché. Une politique culturelle implique de mieux équilibrer les influences entre institutions de programme et industries de programme. Actuellement, le déséquilibre est flagrant en faveur des seules industries. Une faveur qui coûte cher puisqu’elle a permis l’emballement du capitalisme financier, elle a fourni le « mental » favorable à la financiarisation dérégulée. Il y a plusieurs années (3 ou 4 ?), lorsque j’étais encore impliqué dans la vie culturelle montoise, j’avais transmis aux autorités montoises et quelques responsables culturels, <strong>une note de réflexion pour chercher un autre concept de capitale culturelle européenne</strong>. Ce serait déjà une formidable contribution à une nouvelle Europe culturelle (et donc aussi plus sociale). Une formule qui ne mettrait pas en avant la grande-parade-dans-la rue-le-développement d’infrastructures-le-boom-touristique-et-économique et puis quoi ? La première exigence devrait d’être utile pour l’ensemble de l’Europe et des européens (et non pas tirer de l’Europe le plus possible pour des intérêts avant tout locaux, même s’il en faut), c’est le rôle d’une capitale de rayonner. Par des idées, par une ébauche d’un projet commun que les capitales suivantes s’approprient, font avancer. Il faut insister sur la place démesurée prise par l’événementiel dans le cadre de ces « capitales culturelles », événementiel comme ressort essentiel de la mobilisation populaire (au lieu d’un lent travail sur le sens) et comme moyen de remplir les caisses du tourisme (honorable, ce n’est pas la question). Toute cette logique de l’événementiel instrumentalise la culture (à travers elle, les comportements, l’esprit, les goûts, le désir, la libido), fragilise encore plus le statut des institutions de programme face aux industries de programme. Cet événementiel nécessite des investissements énormes et n’est rentabilisé par toutes une série de consommations, pas seulement de l’événement, mais de toute une série de produits annexes (merchandising et Horeca). Pour atteindre cette rentabilisation marchande et non spirituelle, on spécule sur les goûts et les désirs des « gens » et le recours massif au marketing est essentiel. Il n’y a plus de différence entre institutions et industries culturelles. Le projet culturel européen est celui des industries (la seule culture « qui rapporte » à court terme, l’événementiel est bien dans la logique du court terme). C’est bien cette spirale de la marchandisation du temps de la culture par celui du retour rapide sur investissement qu’il faut rompre par l’action concertée autour du concept de « capitale européenne ». Ce sont des objectifs ambitieux à mettre sur la table pour renouveler l’approche, lancer de nouvelles pistes, de nouvelles manières de faire. Les ouvrages de Bernard Stiegler, « <strong>Constituer l’Europe</strong> », sont toujours de bonnes bases de travail. Extraits au hasard : « <em>Désormais se développent des technologies de contrôle computationnelles, qui sont d’une efficacité extraordinaire parce qu’elles permettent la convergence et le contrôle de toutes les instances de laa production et de la consommation industrielles. Elles intègrent la recherche, le développement, la conception au sens du design et du marketing, la production, la logistique et la distribution par des système « just in time » qui réagissent en temps réel ou du moins en quelques heures aux codes-barres de la distribution, ce qui permet une organisation et un contrôle très fins de la consommation au bout de la chaîne</em>. » Cette organisation est appliquée, par les industries culturelles, aux œuvres de l’esprit et de la socialisation par la culture. Une capitale européenne de la culture doit aller contre ces principes d’organisation de la consommation au service de la marchandisation des compétences humaines qui s’exercent (ou ne s’exercent plus) en amont de l’acte de consommer. « <em>Ce qui est nouveau, c’est que le contrôle qui est moins social qu’industriel et computationnel s’exerce pour la première fois par la culture – mais d’une façon paradoxal, parce que ce calcul calcule la réduction de toutes les singularités à des particularités</em>. » Prendre ces questions à bras le corps pour redonner une réalité politique à un grand projet culturel publique, nécessaire à l’émergence d’une Europe plus social (la culture c’est surtout l’activation de compétences sociales) et mieux régulée financièrement, n’exclut pas de faire la fête et de s’amuser ! (PH)</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><br />
<a href="http://comment7.wordpress.com/files/2008/11/lesoir22.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1103" title="lesoir22" src="http://comment7.wordpress.com/files/2008/11/lesoir22.jpg?w=300" alt="lesoir22" width="300" height="200" /></a></span></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA["Ni droite, ni gauche : en avant !" : en quête d'une "Troisième voie" ]]></title>
<link>http://tempspresents.wordpress.com/2008/11/15/ni-droite-ni-gauche-en-avant-en-quete-dune-troisieme-voie/</link>
<pubDate>Sat, 15 Nov 2008 03:47:21 +0000</pubDate>
<dc:creator>nicolaslebourg</dc:creator>
<guid>http://tempspresents.wordpress.com/2008/11/15/ni-droite-ni-gauche-en-avant-en-quete-dune-troisieme-voie/</guid>
<description><![CDATA[Par Nicolas Lebourg Si, au cœur de l’idéologie de l’extrême droite se tient la dénonciation de la ré]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/files/2008/11/71-affiche.gif"><img class="alignleft size-medium wp-image-390" title="Affiche travail en Allemagne" src="http://tempspresents.wordpress.com/files/2008/11/71-affiche.gif?w=196" alt="Affiche de propagande travail en Allemagne - Vichy" width="110" height="160" /></a>Par Nicolas Lebourg</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">Si, au cœur de l’idéologie de l’extrême droite se tient la dénonciation de la réduction de l’homme à l’économique, les fascistes ont fait montre de plasticité et de pragmatisme en considérant que « le fascisme n’est pas attaché particulièrement à un système de production »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn1">[1]</a>. Pour les néo-fascismes, exclus du système politique, pourfendre symétriquement les matérialismes capitaliste et marxiste est tâche dialectique complexe lorsqu’ils voient l’ordre mondial être bipolarisé par l’affrontement de ceux-ci. Les études sur les néo-fascismes éludent d’ailleurs amplement la question de leurs théorisations économiques, signe du peu de sérieux prêté aux néo-fascistes, et, par là même, de la complexité pour eux à produire un discours viable et audible (et réciproquement : leur difficulté à la production de thèses économiques explique en partie le peu de sérieux qui leur est prêté).<!--more--> Le thème est sans doute biaisé par les effets de l’analyse marxiste du fascisme, son poids comme son échec à réduire le phénomène à la dictature ouverte du capital. Avec moult difficultés, les néo-fascistes ont donc argué qu’entre le plan et le marché, il y avait le nationalisme, et ont ainsi cherché à prôner, en économie également, l’édification d’un Ordre nouveau qui soit une « troisième voie ».</p>
<p style="text-align:justify;">Leur interprétation des « socialismes français » leur a permis de s’intégrer dans une lignée sociale qui vient compléter leur anti-communisme, mais ce socialisme peut parfois n’être qu’une logomachique défense du néo-libéralisme. Certains parmi eux ont cherché dans les régimes de l’Est l’inspiration d’une nouvelle politique révolutionnaire (du maoïsme à l’autogestion). Cette quête d’un renouveau lexico-idéologique a abouti à ce qu’une part conséquente des néo-fascistes se saisissent d’un mot nouveau pour eux : le « solidarisme ». Cependant, la clôture de l’ère industrielle et le chômage de masse n’ont pas abouti, au contraire de leurs espoirs, à ce que l’audience des groupuscules néo-fascistes s’accroisse : les masses se sont tournées vers des mouvements de l’extrême droite parlementaire et néo-libérale, désignant par là même le hiatus entre l’offre politique et la demande sociale.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Le Socialisme national, fils de la Commune<span style="color:#000000;font-weight:normal;"> </span></span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">Les nationalistes brandissent les icônes de Drumont, Sorel et Proudhon, présentés comme constituant l’authentique courant socialiste français. La phase de l’anticommunisme rabique et de la lutte contre la décolonisation tend à présenter ce socialisme <em>a minima</em>. Jeune Nation (1949), le principal mouvement néo-fasciste des années cinquante, réclame l’instauration d’un Etat corporatiste supprimant le « capitalisme apatride ». Né de JN, Occident (1964) consacre en son journal un dossier aux « Nationalistes et la question sociale » où il se donne pour maîtres Proudhon, Sorel et Valois tout en invitant à prêter garde à ne pas être « plus socialiste que les socialistes » – risque qui paraissait fort faible, mais l’avertissement vaut signe<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn2">[2]</a>. L’autre branche née de JN, le racialiste <em>Europe-Action</em> (1963 ; le journal manqua d’ailleurs de se nommer <em>Rossel</em>, du nom du fameux officier communard), <em>via</em> son cache-sexe électoral qu’est le Mouvement Nationaliste du Progrès (1966), se rend au Mur des Fédérés, voulant démontrer par là sa volonté de rupture avec le caractère réactionnaire de l’extrême droite. La cérémonie devient un réel marqueur idéologique et est reprise, entre autres, par les néo-nazis de la Fédération d’Action Nationale et Européenne (1966) par le Mouvement Nationaliste Révolutionnaire (1979), le Parti Nationaliste Français (1983) et Troisième Voie (1985)<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn3">[3]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">L’Association des Amis du Socialisme français et de la Commune, proche d’<em>E-A</em>, est fondée en 1967<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn4">[4]</a>. Sa naissance est annoncée au sein de <em>Socialisme européen</em>, bulletin lyonnais fondé par l’ex-JN et ex-<em>E-A</em> Pierre Vial<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn5">[5]</a>. Elle affirme vouloir faire renaître un socialisme national, incarné par Proudhon, Blanqui, Sorel, Fourier, Saint-Simon et Le Play, une doctrine qui eût été tuée avec la Commune puis « étouffée, falsifiée, détournée par le courant de la pensée marxiste »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn6">[6]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">La référence au blanquisme participe à la même souche d’auto-représentation, le socialisme étant ici continuellement l’exaltation de la barricade, le vitalisme anti-doctrinal, la dénonciation du « Gros argent », volontiers juif, et la fougue anti-parlementaire. Cette revendication du socialisme français comme part du nationalisme à la française correspond à une tradition politique, Georges Valois, Marcel Déat ou la Milice ayant, entre autres, amplement précédé les néo-fascistes en la matière. A compter de 1968, le nom de Proudhon ne recouvre d’ailleurs guère que l’idée d’une fédération européenne des régions mono-ethniques – son principe fédératif devenant le nom et le moyen de ce que le nationalisme allemand nomma le <em>bindung</em>, le lien collectif à tisser<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn7">[7]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Cependant, lorsque la question relève de la formation interne, le dévoiement prêté au cours du socialisme a d’autres résonances. Ainsi, le Mouvement Nationaliste-Révolutionnaire (1979) adresse un rapport sur ce sujet à ses cadres, pour leur exposer que, suite à la Commune, le communisme a été détourné par le judaïsme marxiste afin d’organiser une « dictature juive mondiale ». Dans le cadre de la Guerre froide, celle-ci repose sur trois piliers : les USA, « véritable pouvoir du sionisme international », l’URSS, le « champ d’expériences collectivistes », et l’Europe, synthèse « de l’hypercapitalisme des trusts et du faux socialisme des soviets ». En conséquence, « l’ennemi n’est pas le communisme, la revendication ouvrière ou populaire, mais au contraire la synthèse entre marxisme et capitalisme représenté par l’aile juive du communisme ». A cette si classique vision de l’hydre économico-politique judéo-sioniste, tout  à la fois capitaliste et communiste, américaine et soviétique, répond donc la tout aussi coutumière édification d’un programme économique populiste et l’établissement d’une propagande destinée à arracher les masses laborieuses des griffes techno-marxistes pour les ramener à la Nation. Cette propagande comporte trois points essentiels : a) l’économie de l’Est « est une forme particulièrement esclavagiste des économies de type capitaliste » ; b )  l’assimilation du système démo-libéral au communisme, et de ce dernier au stalinisme « doit être le b-a-ba » ; c) il faut détruire le PCF en lui reprenant ses arguments positifs et en mettant en cause sa fonction parasitaire<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn8">[8]</a>. Ces trois points de la propagande sont tout aussi présents, durant les années quatre-vingts, dans les discours des libéraux d’extrême droite, Front National (1972) et Club de l’Horloge (1974).</p>
<p style="text-align:justify;">Dans cette perspective, un rôle particulier est reconnu à la thématique d’une lutte contre l’immigration qui soit une lutte sociale, conformément aux préceptes de François Duprat. Confronté au début de son effondrement, le PCF tenta un temps un populisme anti-immigration : M. Malliarakis, le leader du MNR, saisit extrêmement bien l’avantage de cette tactique, voyant que Marchais « laissera forcément sur leur faim tous ceux qu’il aura ainsi attirés. Il s’ensuivra pour nous une aubaine extraordinaire dont nous lui sommes, par avance, reconnaissants »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn9">[9]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Le populisme, dans ses dimensions économiques et racistes, est donc autant un instrument de propagande dans la bataille anti-communiste qu’un élément de définition doctrinale. En somme, et toutes choses égales par ailleurs, cette vision s’intègre à la logique des critiques que Hitler faisait au mouvement pangermaniste : « Si on avait compris la force inouïe qui, de tout temps, appartient à la masse dans une résistance révolutionnaire, on aurait travaillé d’une autre façon au point de vue social comme au point de vue de la propagande. On aurait ainsi porté l’effort principal du mouvement non pas dans le Parlement, mais dans l’usine ou dans la rue »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn10">[10]</a>. De là, dans la bérézina électorale permanente que connaît l’extrême droite de 1958 à 1984, s’impose un balancement stratégique, particulièrement notable chez François Duprat, qui anime ses Groupes Nationalistes-Révolutionnaires à la lisière d’un FN dont il est le numéro deux jusqu’à son assassinat (1978).</p>
<p><strong><span style="color:#ff0000;">D’une Révolution conservatrice l’autre<span style="color:#000000;font-weight:normal;"> </span></span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">Les GNR introduisirent dans l’extrémisme français les redéploiements lexico-stratégiques du national-bolchevisme allemand des années soixante-dix. Ils proclament leur désir de « Rupture totale avec le capitalisme, avec l’économie libérale, avec le conservatisme »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn11">[11]</a>. Il s’agit de réaliser une « action syndicale effective » devant mettre en évidence « la nécessité d’une &#8221; Révolution Nationale &#8221; pour mettre fin à la crise de la Société et à la crise économique », puisque la propagande en direction de la droite s’était avérée inopérante<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn12">[12]</a>. Le positionnement socialiste répond donc à un échec de la propagande droitière, problème renforcé par une difficulté de maintien des militants : « Trop souvent, le caractère foncièrement réactionnaire de nos programmes politiques fait de nous des gens que bien peu de choses différencient des hommes de droite. (…) Ce n’est que par une constante affirmation de notre caractère propre que nous briserons le phénomène du passage à la droite régitimiste d’un trop grand nombre de nos anciens partisans et soutiens »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn13">[13]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Face à ce constant dilemme – si la droite c’est l’anticommunisme, l’électeur droitier est poussé à la préservation continue de l’offre politique – c’est donc un glissement sémantique qui s’opère : « Que l’on ne compte par sur nous pour la défense du capitalisme, fût-ce au nom de &#8220; l’Intérêt National &#8221;, éternelle tarte à la crème des gogos du patriotisme alimentaire. Nous voulons construire un Parti Révolutionnaire, c’est-à-dire un parti voué à la destruction des structures économiques et sociales, autant que politiques, du monde actuel. Dans la société que nous voulons, privilégiés et exploiteurs n’auront pas de place, à moins de transformation complète »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn14">[14]</a>. Les intentions sont claires : face à la crise, il faut « accentuer le côté socio-économique de nos propositions [il faut proposer aux masses] &#8221; Le Pain, la Paix et la Liberté ! &#8221; »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn15">[15]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Derrière cette reprise du slogan du Front Populaire se dessine la volonté de marquer que le don du pain est suffisant et le socialisme non nécessaire pour assurer la paix du peuple. C’est aussi l’intelligence de comprendre que les nationalistes ne s’en sortiront pas politiquement s’ils se cantonnent plus longtemps à l’image des briseurs de grève, et qu’ils doivent en conséquence proclamer la fin de la lutte des classes par et pour la <em>Volksgemeinschaft</em>.</p>
<p style="text-align:justify;">Il s’agit d’une double stratégie : à un premier positionnement de « droite nationale, sociale et populaire » destiné à l’attraction électorale (création du FN sur la base du compromis nationaliste, et devant jouer des dérives sinistristes prêtées aux droites<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn16">[16]</a>), répond dialectiquement un positionnement NR constituant un mode d’accaparement des militants et d’attraction des couches populaires<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn17">[17]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Le socialisme des NR relève d’abord d’une perspective populiste faisant songer au socialisme allemand et au socialisme national de Barrès, car si ici la nation se définit par les rapports de production dont elle est le lieu, elle ne compte qu’une infime couche parasite qui empêche le bonheur économique.</p>
<p style="text-align:justify;">Pour Duprat, l’Etat néo-fasciste organisera le « Peuple tout entier » hormis cette caste parasitaire liée au capital apatride. Les modifications de l’infrastructure ne visent que cet aspect du capitalisme : « Banques, secteurs de pointe, centres de recherches et de distribution doivent être <em>repris</em> par le peuple français (…). La formule la meilleure serait probablement un contrôle souple de l’Etat et la remise au public, sous forme de don ou de vente à bas prix, d’actions représentant le capital des biens retournés à la communauté nationale. (…) Nous devons donc considérer que notre programme de Libération Politique et Sociale de notre peuple passe par l’adoption d’une économie communautaire au niveau des moyens de production »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn18">[18]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">La référence constante des NR au programme de 1930 du parti communiste allemand (« pour la libération nationale et sociale du peuple allemand ») est un marqueur politique signifiant. Mais le communautarisme y est nationalitaire : la restructuration des entreprises est donc bien une <em>nationalisation </em>et non une <em>socialisation</em> – nous sommes ici dans l’optique du MNR bolivien, de Drumont, des NR de Weimar, non dans celle des penseurs marxistes. Le capitalisme est de fait accepté tant qu’il est régulé, et cette régulation est essentiellement la tâche d’élimination de cette « fortune anonyme et vagabonde » qui désigne toujours les Juifs dans la langue des extrêmes droites. C’est leur exclusion de l’économie qui assure la justice sociale, c’est leur exclusion de la Nation qui assure l’union organique de celle-ci (ce qui va de pair avec celle des Arabes du lumpen-prolétariat) – d’ailleurs, dans le nouvel ordre international que Duprat appelait de ses vœux, se trouvait l’idée d’une disparition des bannières douanières entre les Etats nationalistes d’Occident<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn19">[19]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Le socialisme de Duprat appelle la rude critique de Trotsky : « le nationalisme se réduit en économie à des explosions d’antisémitisme impuissantes ». Il s’agit bien d’un organicisme antimarxiste : revoici l’ombre de Moeller van den Bruck, le grand théoricien révolutionnaire conservateur allemand écrivant jadis que « Le socialisme est le fait qu’une Nation toute entière se sent vivre ensemble ». Mais cet interventionnisme étatique est sans doute trop maigre pour une part de sa base, et Duprat se doit de lui montrer que sa révolution conservatrice ne saurait se limiter à un principe de participation, de « capitalisme populaire », auquel une grande part de la droite est alors acquise.</p>
<p style="text-align:justify;">Aussi revient-il sur ses positions économiques en précisant cette fois que la participation ne se fera pas par entreprise mais sera une « participation GLOBALE à l’échelle de la production nationale ». L’ennemi n’est pas le capitalisme, l’ère des <em>self-made-men </em>étant louée, mais le règne de la technocratie et du capitalisme international « dont le Sionisme est l’instrument politique et l’inspirateur idéologique ». Le « Socialisme nationaliste » se devrait donc de restituer l’économie à la Nation par le biais du « <em>plein développement de la libre entreprise </em>» qui est un «<em> véritable antidote au capitalisme monopolistique </em>»<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn20">[20]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Le discours marqué à gauche recouvre donc une idéologie ancrée à droite. La référence aux <em>self-made-men</em> témoigne sans ambages non seulement d’un soutien au capitalisme dans sa forme la plus radicale mais aussi sa justification théorique : le darwinisme social, fondement légitimateur du règne des <em>robber</em> <em>barons</em>. Il apparaît que le néo-fascisme, qui ne cesse de clamer son opposition au néo-libéralisme, peut ainsi en être bien plus proche qu’il ne le croit lui-même, et la Révolution conservatrice néo-libérale être servie par une idéologie fondamentalement anti-libérale, inspirée de la Révolution conservatrice allemande. C’est là une perspective qui se retrouve dans les raisons du succès électoral postérieur de l’extrême droite, mais qui est loin de faire l’unanimité des néo-fascistes dans les années soixante et soixante-dix.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"> </span><strong><span style="color:#ff0000;">A l’Est… tout de nouveau<span style="color:#000000;font-weight:normal;"> </span></span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">Les disciples de Jean Thiriart ont présenté l’évolution de cet ancien collaborateur sous le signe du progressisme et de la jouissance d’une <em>Weltanschauung</em> le plaçant au niveau de Marx<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn21">[21]</a>. La chose relève de la propagande, la « vision du monde » de Thiriart restant fondamentalement fasciste. Son évolution idéologique est entamée par sa conversion aux thèses d’Oswald Mosley. L’ancien ministre travailliste et leader de la <em>British Union of Fascists</em> considère que doit être édifiée la Nation européenne autarcique jouissant des ressources de l’Afrique. L’agriculture doit être nationalisée et planifiée, le corporatisme et le service minimum dans toutes les entreprises instaurés. La construction européenne est critiquée en cela qu’elle cherche d’abord à unir les nations économiquement, puis politiquement, alors que seule une inversion de cet ordre rendrait l’Europe possible. L’Etat central doit fixer les prix, si nécessaire, et les salaires, selon une grille très large afin d’encourager l’initiative (Mosley, comme Thiriart, prisant fort la liberté lorsqu’il s’agit de celle d’entreprendre). Il doit également investir massivement dans la recherche scientifique appliquée afin d’augmenter la productivité et, par un cercle vertueux, les salaires et la demande<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn22">[22]</a>. Mosley ne le précise pas mais les conceptions géo-économiques ici présentées s’inscrivent dans la lignée de concepts proposés par la RSI, Hitler et Otto Strasser, le leader de l’aile &#8221; gauche &#8221; du NSDAP. La formulation choisie lui permet toutefois d’exprimer sous l’angle de l’utopie économico-sociale ce qui est avant toute chose un projet totalitaire racial et culturel<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn23">[23]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Jeune Europe (1962), la formation de Thiriart, propose que l’Etat européen exproprie les intérêts américains, réalise une autarcie relative, et instaure la planification économique. Elle dénonce comme une « monstruosité réactionnaire » le « capitalisme d’Etat » soviétique. Toute nationalisation est récusée au bénéfice d’une cogestion de la production des entreprises et d’une régulation étatique du rapport salaires-prix (influence de Mosley)<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn24">[24]</a>. Pour Thiriart communisme et capitalisme ne sont que maladies de civilisation infantiles. L’Europe, jouissant d’une monnaie unique, doit appliquer un socialisme spartiate, qui sait que « la nation est le contenant et le socialisme le contenu ». Ce mouvement déjà amorcé par la Chine et la Yougoslavie, est censé devoir inexorablement porter le communisme vers le « communautarisme », préparant ainsi la jonction de l’Est et de l’Ouest européens. Cependant l’Europe autarcique, en brisant les monopoles, devrait assurer le caractère darwinien du marché, protéger « la libre entreprise » qui « garantit la liberté politique », et réaliser « l’hégémonie des producteurs »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn25">[25]</a>. En accord – quoiqu’elle ne cesse de les attaquer – avec <em>E-A</em> et Tixier-Vignancour, JE exige le redéploiement de l’aide au Tiers-Monde au bénéfice de  l’économie française, mais évolue aussi vers l’éloge des coopératives comme complément de l’entreprise privée, la nationalisation des grands groupes et la validation d’un « communisme national, phase transitoire vers le communautarisme européen ». La position est en fait parfaitement résumée par un visuel de couverture de la presse de Thiriart où, sous le titre « Le National-communisme européen<em> </em>? », apparaît une croix celtique derrière un drapeau communiste que l’on tire<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn26">[26]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Redécouvrant Niekish, Thiriart évolue vers un « national-bolchevisme européen », rêve d’une fusion de l’URSS et de l’Europe qui reprendrait la jouissance de l’Afrique, économiquement décrit comme un « communisme démarxisé » qui est analogiquement renvoyé à la NEP – ce qui ne doit pas masquer que cette NEP est conçue en tant qu’état et non en tant qu’étape, différence primordiale s’il en est<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn27">[27]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Les références à Thiriart, Niekish et à Otto Strasser sont explicites dans un mouvement, l’Organisation Lutte du Peuple, co-fondé par la section nantaise d’Ordre Nouveau (1970), exclue en 1971, et un groupe né d’Occident mais revenant aux positions d’<em>E-A</em>, Pour une Jeune Europe (1969)<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn28">[28]</a>. PJE participe à la fondation d’ON puis le quitte en dénonçant le fait que « l’épiderme anticommuniste à tout crin [d’ON] la conduit à se comporter en allié objectif du régime ». L’année suivante, PJE appelle à manifester avec les gauchistes contre un meeting d’ON, au nom de « la lutte contre la réaction et les suppôts du capital »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn29">[29]</a>. L’OLP reprend le positionnement dit « nazi-maoïste » né des réflexions de l’italien Franco Freda, c’est-à-dire, en amont, du choc du <em>Maggio rampiante</em>. <em>Lotta di Popolo</em>, l’organisation de M. Freda, a organisé sa micro-internationale et innové avec des slogans tels que « Vive la dictature fasciste du prolétariat ! ».</p>
<p style="text-align:justify;">Le discours fondateur de cette tendance voit M. Freda critiquer violemment les positions de JE, dont il provient (et dont il garde le concept d’une Europe devant se libérer du joug capitaliste américano-soviétique par l’alliance avec le tiers-monde), au profit d’un révolutionnarisme foncièrement évolien. S’inspirant de Gramsci (il faut encore une décennie au GRECE pour l’oser), il dénonce « l’hégémonie politique » de la bourgeoisie dont Marx et Engels, dit-il, ont « magistralement » dénoncé la dictature. Il faut « adopter une structure – pour ainsi dire – communiste » quoique anti-égalitariste. « Toutes les richesses matérielles » doivent être propriété de l’Etat qui doit planifier la consommation et les naissances conformément à l’organisation de la production. La fonction économique englobe la totalité du fait social, ce qui est en fait un habillement de l’ordre étatique comme réalité supérieure. Ainsi si une personne enfreint une loi tous les membres de son comité économique seront punis car l’Etat « ne reconnaît aucune réalité autonome à l’individu, mais seulement aux corps constitués ou unités productives dans lesquels il est constitutionnellement inséré ». Franco Freda achève sa démonstration par l’appel à l’unité d’action avec l’extrême gauche dans la lutte armée contre l’Etat capitaliste<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn30">[30]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">On a ici l’un des efforts les plus sérieux (malgré les formulations scatologiques) de définition d’un programme qui dépasse le fascisme – dont Evola tenta jadis en vain d’être l’inspirateur – pour réaliser un néo-fascisme qui soit réellement un totalitarisme et non un replâtrage autoritaire de la droite. Est ainsi renouvelée l’approche de la responsabilité collective : dans le système nazi elle reposait sur la famille, déclarée coresponsable des actes d’un de ses membres (<em>Sippenhaft</em>), ici les liens du sang sont remplacés par ceux de la production. L’un des axes forts de cette rhétorique est qu’elle peut produire diverses lectures, renvoyant, selon le récepteur, aussi bien à Goebbels qu’à l’extrême gauche. Le mélange de national-bolchevisme, de références marxistes-léninistes et de philosophie évolienne fournit ainsi un mélange hautement détonnant, dont on espéra sans doute qu’il puisse intensifier les contradictions internes de la démocratie de marché. Il s’inscrit toutefois de façon indépassable dans la perspective stratégique du <em>Maggio rampiante</em><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn31">[31]</a>. Cela ressort également lors de l’importation du nazi-maoïsme en France, puisque l’OLP, qui affirme prôner un « socialisme viril », en omettant de préciser que cette expression fut celle de Drieu La Rochelle pour qualifier le nazisme, précise à ses membres que les mots d’ « ordre », de « sélection » et de « discipline » ne sont eux-mêmes qu’à utiliser en précisant que l’on est hors-système et anti-capitaliste. Il est spécifié : « <em>Ne pas avoir peur d’utiliser des terminologies dites gauchistes, à condition bien entendu d’en préciser ou d’en modifier le sens</em> »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn32">[32]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Durant la décennie soixante-dix, la domination du prolétariat dans la représentation révolutionnaire explique peut-être que les adeptes de Niekisch et Strasser évacuent des préceptes de leurs maîtres les éléments de l’extrémisme agrarien anti-industriel. Seule l’OLP, présenta cet aspect en rendant hommage aux Khmers rouges, hommage que l’on retrouva dans le <em>Partisan européen </em>(1986), accompagné de ceux adressés à Mao et au régime albanais. L’ambiguïté perdure puisque, dans le numéro même où figure la première reprise de l’aigle national-bolchevique de Niekisch, <em>Le</em> <em>Partisan européen </em>hurle au complot juif contre la France derrière les manifestations estudiantines<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn33">[33]</a>. C’est là – ils n’en peuvent mais – l’un des traits les plus constants des nationalistes : en appeler à la révolution et à la jonction avec le peuple, mais <em>in fine </em>rejoindre la réaction au premier mouvement social survenu.</p>
<p style="text-align:justify;">Néanmoins, cette période a fait surgir une foison de mots-concepts, mots-slogans, une habitude de redéfinir les mots d’ordre, qui ne va pas cesser d’irriguer certaines <em>praxis</em><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn34">[34]</a>. Toujours dans une perspective européiste, et encore sous le signe de Mai, d’autres néo-fascistes avaient quant à eux, pendant ce temps, trouvé dans le titisme et le proudhonisme une formulation modernisée de leur utopie.</p>
<p><span style="color:#ff0000;"><strong>Autogestion et « socialisme européen »</strong><span style="color:#000000;font-weight:normal;font-size:13px;"> </span></span></p>
<p style="text-align:justify;">Ancien trotskyste, ex-stalinien puis doriotiste avant que d’intégrer la <em>Waffen SS</em>, René Binet est le personnage phare du néo-nazisme des années cinquante. Si ce néo-nazisme est ostentatoire idéologiquement, Binet se découvre toutefois économiquement titiste et, tentant de procéder à la jonction avec des gauchistes, se revendique d’un « national-progressisme »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn35">[35]</a>. Dénonçant l’imposition du judéo-capitalisme derrière le « nègre » américain et le « mongol » soviétique occupant l’Europe, Binet affirme que la célébration de la Commune et la défense de la race sont deux faits indissociables. Il appelle à pratiquer l’entrisme à la CGT afin de faire dévier celle-ci de son cours judéo-marxiste : « Nous sommes des socialistes (…) mais nous sommes aussi ceux qui feront prendre conscience à tous de la réalité raciale »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn36">[36]</a>. Malgré les références proclamées, malgré les emprunts nombreux à la propagande des SA et du strasserisme, le discours de Binet ne parvient pas à dépasser le cadre raciste pour aboutir à de minimales propositions économiques.</p>
<p style="text-align:justify;">Les penchants titistes se retrouveront néanmoins en quelques occasions chez ceux qui connaissent l’œuvre de Binet et s’en inspirèrent lors de leur participation à <em>E-A</em>. Au sein de <em>Socialisme européen</em> est souhaitée la « socialisation des moyens de production et des secteurs économiques vitaux » mais en récusant la bureaucratie au bénéfice de « coopératives de production et de consommation, débouchant sur l’autogestion » ; cette autogestion est à mettre en parallèle avec l’utopie de la revue : l’édification d’une Europe de Brest à Bucarest fédérant des régions mono-ethniques. Se revendiquant de Sorel et de la Commune, le périodique tente d’abord de s’approcher de la FGDS de François Mitterrand, puis abandonne cette voie consécutivement à Mai 68. Il accentue alors sa dialectique gauchistoïde, son analyse de Mai étant que « nous sommes peut-être en train de vivre la seconde révolution française », formulation fasciste s’il en est<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn37">[37]</a>. L’effort de rhétorique mène ces ex-<em>E-A </em>à tenter de la sorte d’infiltrer les groupuscules anarchistes. Ils collaborent dans cette optique au Rassemblement Socialiste Européen, lancé avec l’appui de la Fédération Générale des Etudiants-Européens (1964). Celle-ci fut créée par d’ex-JN pro-Thiriart ayant participé à la fondation d’Occident (principalement Jean-Claude Jacquard, par la suite rédacteur à <em>Défense de l’Occident</em> et membre du Parti des Forces Nouvelles), et se lia à la FANE. Elle opère la jonction avec les scissionnistes belges du Jeune Europe de Thiriart, menés par Emile Lecerf<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn38">[38]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Se référant à Rossel, Henri de Man<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn39">[39]</a>, Saint Simon, Fourier et Proudhon, le RSE cite en exemple le titisme mais vise à une planification économique sise en une Europe unifiée où le pouvoir économique revient en partie aux régions mono-ethniques. Cette Europe aura aboli les patries mais revivifié les ethnies confrontées au « MONDIALISME » du capitalisme « qui sait que des peuples privés de structures spécifiques sont incapables de se défendre contre ses manœuvres » et sont donc aptes à être le déversoir de sa production. Doit ainsi être instauré une « troisième voie » qui soit un socialisme spartiate et néo-darwinien, afin de briser « la conspiration mondiale contre les peuples : néo-capitalisme monopoliste aux USA, néo-capitalisme d’Etat en URSS »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn40">[40]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette dialectique n’influa certes pas les milieux gauchistes mais préfigure nettement celle du tournant anti-occidentaliste du GRECE, dans ses formes économiques, raciales et géopolitiques. Sur le plan organisationnel, l’échec est si patent que le RSE intègre PJE. Pour celui-ci, le socialisme c’est d’abord la révolution qui mène à « l’Europe aux cent drapeaux », ce qui réclame de s’allier avec les gauchistes, de même qu’il eût participé, affirme-t-il, à Mai 68<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn41">[41]</a>. Le « socialisme européen » est ici une nationalisation du secteur bancaire et une privatisation des industries, la cogestion et la déconcentration des entreprises, l’incitation à la réalisation d’entreprises familiales agricoles en auto-gestion, et la criminalisation de la spéculation<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn42">[42]</a>. Ainsi PJE préfigure-t-il bien des mouvements ultérieurs en liant les conceptions raciales d’<em>E-A</em> avec des emprunts à Thiriart, et les legs rénovés de la RSI et du « nazisme de gauche » d’Otto Strasser.</p>
<p style="text-align:justify;">Les principes d’auto-gestion auront ainsi été le fait des adeptes d’une Europe fédérée des régions mono-ethniques, ce mode de gestion et de production se devant de compléter la construction politique dans le sens de l’établissement d’un communautarisme qui soit une société fermée, mais qui se présente sous le vocable du progressisme – à la fois par souci de propagande et par une logique idéologique réelle<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn43">[43]</a>. Le socialisme européen de la Guerre froide est bien la continuité de celui d’un Rebatet. L’intérêt pour les expériences maoïste ou titiste ne saurait donc être ramené à un simple déguisement propagandiste : il y a là une fascination pour le potentiel « prussien » d’une politique moderne de mobilisation des masses qui s’inscrit dans la lignée de la fascination des nationalistes allemands pour la communisme de guerre – ce qui revient à souligner que c’est l’effet culturel induit sur la communauté par une politique économique autoritaire qui intéresse les nationalistes et non cette économie en-soi<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn44">[44]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Le Solidarisme, ou la poursuite du lapin blanc</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align:justify;">Le « solidarisme » des nationalistes est un terme piège pour les analystes dans leur tentative de donner une cohérence à un courant prolixe en formations et confus en définition doctrinale. La raison en est à nos yeux que le solidarisme nationaliste comme doctrine et comme courant n’existe pas, mais que cette inexistence constitue un fait historique pertinent pour comprendre le rapport de l’extrême droite radicale à l’édification d’une doctrine économico-sociale.</p>
<p style="text-align:justify;">Les origines de ce « solidarisme » se trouvent dans l’OAS-Métro Jeunes (OMJ), puis dans le Mouvement Jeune Révolution qui poursuit son combat et clame sa volonté d’une troisième voie teintée de personnalisme et du legs de Maurras<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn45">[45]</a>. 1968 radicalise le MJR qui se proclame à sa suite solidariste et abandonne la dialectique eurafricaine pour un européisme anti-américain rejetant références et projets fascistes – mais le refus du Système couplé à l’antifascisme s’exprime de la part du MJR par la reprise, comme bien des groupes ici évoqués, du slogan de Doriot « ni droite, ni gauche : en avant ! » . Sont mis en avant les liens avec le russe-blanc <em>Narodno Trudovoï Soyouz</em> qui, depuis les années trente, se dit « solidariste » pour recouvrir une phraséologie confuse empruntant au personnalisme aussi bien qu’à Berdiaev et Bourgeois, réclamant un régime national-autoritaire mais conservant les conquêtes sociales de l’URSS<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn46">[46]</a>. Le symbole solidariste est le trident, repris au NTS. Le fait que M. Malliarakis affirme plus tard que le logo ait été choisi en référence aux indo-européens, car « le message de la Tripartition est fondamentalement solidariste » témoigne de la plasticité du « solidarisme » et de l’influence de la pensée évolienne et gréciste sur la mouvance NR – quoique le solidarisme ait pu aussi être considéré comme la restauration de la tripartition<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn47">[47]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Le nom permet de se référer au  solidarisme français né à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle, et d’ainsi présenter une idéologie corporatiste et néo-fasciste sous un vocable oublié des masses et non-disqualifiant. Lui et le trident sont ici des moyens de se différencier des groupes qui se revendiquent comme fascistes et usent de la croix celtique (ON, GNR, <em>etc</em>.). C’est là l’optique de Jean-Gilles Malliarakis, militant néo-fasciste qui, en 1968, suite à l’audition d’une conférence sur le solidarisme de Bourgeois, eût lancer ce terme dans le milieu de Jeune Révolution<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn48">[48]</a>.  Le mot devient le bien commun des nationalistes, utilisé jusqu’aux nazi-maoïstes des <em>Cahiers du CDPU</em> (1971),<em> </em>proches de Thiriart et du GRECE après avoir été du MJR, qui le situent comme complément de celui de nationalisme-révolutionnaire et qui, partant de Bourgeois pour arriver à Mussolini, osent la formule « il peut exister plusieurs voies pour atteindre au solidarisme. Le fascisme se veut l’une de celles-ci »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn49">[49]</a>. La presse solidariste précisait que Bourgeois étant sans importance « nous n’avons à assumer que le contenu que nous lui [le solidarisme] donnons, et les actes qui s’y rattachent »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn50">[50]</a>. Le jeu permis est effectivement habile : lorsque le MNR est suspecté, totalement à tort, d’attentats antisémites, M. Malliarakis peut ainsi répondre à la presse que « L’idéologie du MNR c’est le solidarisme. Le fondateur était un humaniste franc-maçon français, Léon Bourgeois »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn51">[51]</a>. Ce « solidarisme » est ainsi venu couvrir non seulement des idées toujours confuses, mais qui plus est fort diverses, quoique relevant toutes du néo-fascisme – mais ses adeptes peuvent se présenter et ressentir tels des « anarchistes de droite », ce qui vaudra aux Groupes Action Jeunesse (1973) une présentation aimable dans <em>Charlie Hebdo</em><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn52">[52]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Les GAJ, nés du MJR, rejettent vigoureusement le monétarisme, et voient en mai 68 « la revanche de Proudhon sur Karl Marx ». Ils réclament la nationalisation des multinationales implantées en France, une zone de coopération méditerranéenne, la participation des travailleurs aux bénéfices à l’échelle nationale, la planification et la nationalisation d’une partie de la production et des banques, le corporatisme, les pouvoirs de recrutement et de désignation de la maîtrise confiés aux travailleurs. En une transposition du schéma marxiste, l’instauration du totalitarisme fasciste est perçue comme une éventuelle transition vers la société solidariste<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn53">[53]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Après la dislocation des GNR, l’équipe issue des GAJ est à l’origine du lancement du MNR, voulant regrouper ceux qui étaient séparés par deux étiquettes, NR et solidaristes, dont l’on s’évertue désormais à signifier la synonymie – on laisse entendre que NR serait la désignation politique, solidariste la seule économique. Cette période est marquée par une forte pluralité au sein du groupe dont l’organe publie parfois des textes très socialistes et révolutionnaires. Toutefois, si <em>Les 19 points </em>(1979) sont marqués par un accent national-totalitaire (planification, nationalisations, corporatisme, répression de la spéculation et « abolition des privilèges bourgeois »), et tandis qu’une « Jeune Garde » remaniée devient l’hymne du mouvement, la transformation du MNR en Troisième Voie bouleverse encore le contenu de ce que serait censé être ce solidarisme<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn54">[54]</a>. Le mot se voit supplanté par un autre terme, le tercérisme. Si celui-ci renforce la connotation justicialiste, servi par un discours anticapitaliste (<em>i.e. </em>surtout anti-américain), les racines mises en avant, outre Blanqui et Proudhon, sont le comte de Chambord et La Tour du Pin<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn55">[55]</a>. Ainsi, au fur et à mesure que l’organisation se développe et espère obtenir un débouché politique (désir avorté de participer aux élections de 1986), elle dérive à droite, se centrise.</p>
<p style="text-align:justify;">Malgré la rhétorique radicale, il s’agit bien d’un en-deçà du fascisme lui-même, le solidarisme étant ici plus proche du franquisme qu’il conspue pourtant en tant que réaction cléricale et capitaliste. Il n’est idéologiquement, au bout du compte, qu’une composante de la dialectique interne du nationalisme-révolutionnaire ; sur le plan du capital humain, ce courant a connu, comme le reste des néo-fascismes en France, le double phénomène d’amalgame : d’une part dans la mouvance NR, d’autre part dans l’encadrement du Front National (où le solidarisme comme qualification ne veut rien dire, hormis que le tendance Stirbois provient de ce que fut le milieu solidariste post-OMJ). Alors même que le mot « fascisme » s’entend chez les NR et néo-solidaristes en se référant à celui de 1919 et en le rêvant plus révolutionnaire qu’il ne le fût, il n’empêche que ceux qui se veulent les descendants de la « droite révolutionnaire », en sa transcription formulée par Zeev Sternhell, et influencés par la Révolution conservatrice allemande, telle que transcrite par Armin Mohler, avalisent l’analyse selon laquelle « aujourd’hui comme hier, il semble bien en effet que la synthèse nationaliste se fasse au profit du corpus idéologique le plus cohérent : celui de la contre-révolution »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn56">[56]</a>.</p>
<p><strong><span style="color:#ff0000;">Demande sociale-raciste et monde post-industriel<span style="color:#000000;font-weight:normal;"> </span></span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">La troisième voie entre communisme et capitalisme du chemin différent à arpenter se transforme en entre-deux, plus ou moins teinté de libéralisme ou de <em>pathos</em> socialisant selon la politique en oeuvre et les propositions présentes dans la société civile. Si nombre de ces propositions se référent au socialisme national (celui de Barrès ou de Strasser) il n’en demeure ainsi pas moins qu’elles peinent à faire concilier « valeurs sociales de gauche et valeurs politiques de droite » selon la règle du nationalisme à la française. Les Jaunes ont beau être décriés, le non-conformisme être érigé en culte, la troisième voie se situe sur le plan esthétique et ne pénètre guère celui de l’élaboration économique originale. Plus que de théories, il s’agit de mots et de noms propres brandis en slogans, ayant pour fonction de réaliser des marqueurs idéologiques plus ou moins déconcertant – souvent afin d’éviter le mot de corporatisme.</p>
<p style="text-align:justify;">Les néo-fascistes espérèrent cependant que leur pose sociale et respectueuse de l’initiative privée serait à terme plus attractive que le programme frénétiquement libéral des nationaux-populistes. Cette tactique, qui était censé permettre de capitaliser au bénéfice des néo-fascistes la montée en puissance de l’extrême droite parlementaire, n’a pas obtenu les résultats politiques escomptés. Mais, d’une part, l’émergence de cette dernière s’est faite sur la base d’un électorat droitier sur lequel ce discours n’avait aucune prise, d’autre part les formations national-populistes se sont ensuite nourries de la désagrégation de la société industrielle à laquelle elles ont su répondre par un discours non-économique mais identitaire, basé sur une ethnicisation de la nation. Certes, les extrêmes droites libérales se sont pour cela abreuvées des concepts des néo-fascismes, mais en faisant litière des préceptes économiques que ces derniers, fixés sur le modèle de l’entre-deux-guerres, avaient cru indispensables pour réaliser une quelconque percée politique.</p>
<p style="text-align:justify;">C’est donc la valeur éthique du darwinisme-social qui reprend son importance historique. C’est ce principe qui mena le Club de l’Horloge à s’extraire de son origine néo-droitière, car là où sa maison-mère le GRECE récuse le néo-libéralisme, le Club estime que celui-ci participe pleinement à l’anti-égalitarisme néo-darwinien prôné<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn57">[57]</a>. Le darwinisme social épouse ici ses deux formes, tout à la fois racialiste et économiste, l’Etat rêvé devant être minimal économiquement et maximal concernant l’hygiène de la race.</p>
<p style="text-align:justify;">Dans un séminaire de formation, dont les conclusions sont publiées au sein d’un bulletin confidentiel, les Horlogers exposent l’art d’exprimer leur projet. Comme avec les NR, il s’agit de dénoncer les parasitismes et d’imposer des synonymies, le socialisme devant être ramené à l’Est et le tout aux « nouvelles féodalités ». L’Etat-Providence doit donc se voir attaquer « au &#8221; niveau éthique &#8220; », au nom de la « liberté, égalité, fraternité, paix, justice, unité nationale, <em>etc.</em> » : c’est « l’Etat tutélaire, premiers pas vers l’Etat totalitaire ». L’argumentaire est complété par des consignes lexicales : ne point parler de conservatisme mais de réformes, récuser le terme de nationalisation au profit de celui d’étatisation, opposer « l’égalité républicaine des droits » à « l’égalité marxiste des résultats », <em>etc</em>.<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn58">[58]</a> Conformément à sa fonction, le Club a essaimé ces préceptes au sein des droites parlementaires ; conformément à son histoire, il les impose au FN une fois son triumvirat (MM. Blot, Le Gallou, Mégret) passé aux commandes de celui-ci.</p>
<p style="text-align:justify;">Le schéma est celui de P. Ignazi : des extrêmes droites « post-industrielles » dont le succès se fondent sur des  « valeurs post-matérialistes ». En conséquence, R. Griffin estime qu’il vaudrait mieux parler de « libéralisme ethnocratique » que d’extrême droite populiste – ce libéralisme ethnocratique travaillant à une ambiguïté du concept de <em>demos</em> qui réalise une pression sociale menant l’Europe à se constituer sous la forme d’une forteresse socio-économique et ethno-culturelle. Dans le cas français, cette perspective paraît confirmer par l’analyse des effets du poids du FN sur les sociétés civile et politique<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn59">[59]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Dès lors, en ce qui concerne les néo-fascistes, la volonté d’être à l’école de l’histoire butte sur l’anachronisme qui veut que l’on s’inspira en l’ère post-industrielle d’un national-bolchevisme allemand qui puit être considéré tel « un romantisme politique pour la société industrielle »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn60">[60]</a>.  Ce hiatus entre la <em>doxa</em>, la <em>praxis</em> de l’usage de l’histoire, et la structure économico-sociale, constitue un élément d’importance dans l’appréhension de l’insuccès des formations néo-fascistes et de la réussite de celles relevant du libéralisme ethnocratique.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce modèle permet également de mieux saisir le désastre des stratégies de récupération de l’électorat d’extrême droite : ce n’est pas le discours de la nation autoritaire et de la communauté sociale qui est attendu, mais les valeurs de l’ethnicité et du jeu de la libre concurrence produisant une inégalité sociale légitime, qui motivent, entre autres, le rejet du système politique en vigueur. Ce n’est ainsi ni à une offre de hiérarchisation organiciste (corporatisme), ni d’instruments de la solidarité sociale (<em>Wellfare state</em>), ni de légitimation d’un ordre économique simplement darwinien (néo-libéralisme) que répondit l’électorat, sa réponse ayant été une demande de sens de la stratification socio-économique lorsque l’ascenseur social s’avère bloqué au sous-sol de la démocratie de marché – ce à quoi su répondre une formation comme le FN, avec son alchimie d’ultra-libéralisme, de populisme, d’irrationalisme assumé et de racisme. A la formule de Valois selon laquelle le fascisme c’est le nationalisme plus le socialisme, la « préférence nationale » répond comme en écho par cet autre algèbre : le libéralisme plus l’interclassisme ethnicisé.</p>
<p><span style="color:#ff0000;"><strong>Conclusion</strong><span style="color:#000000;font-weight:normal;font-size:13px;"> </span></span></p>
<p style="text-align:justify;">La période de la Guerre froide a obligé les néo-fascistes à intégrer le bloc de l’anti-communisme, effet accentué en France par la révision constitutionnelle de 1962 qui bipolarise <em>de facto </em>le système politique. Comme le fascisme du premier vingtième siècle fut obsédé par le bolchevisme et fut, entre autres choses, « une acculturation à droite des leçons de la révolution d’octobre »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn61">[61]</a>, les néo-fascistes acculturent au même lieu les leçons et vœux dégagés de Mai 68. Mais si celui-ci représente une césure dans leurs discours, les velléités socialistes sont néanmoins constamment gênées par l’image de l’Ennemi auquel, par mimétisme historique, on souhaite certes reprendre arguments et partisans, mais qui mène à concevoir comme porteuses du &#8220; virus marxiste &#8221; les considérations économiques idoines. L’échec des expériences fascistes pousse de surcroît l’essentiel des groupes à rejeter la proposition d’un réel totalitarisme, tandis que le cadre historique laisse – au contraire de l’entre-deux-guerres – les néo-fascistes seuls dans le dogme du « ni droite, ni gauche » (solitude d’autant plus inconfortable que le poids culturel du marxisme les stigmatise socialement comme « bandes armées du Capital »). Conséquences du marginalisme politique où la dialectique devient illusion de l’acte : le sinistrisme mène à cet &#8221; extrémisme du centre &#8220;, de même que l’appel à la Périphérie conduit <em>in fine</em> au « compromis nationaliste » <strong>–</strong> donc, dans les deux cas, aux droites<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn62">[62]</a>. Ceux qui cherchèrent à constituer un néo-fascisme parlementaire durent ainsi réaliser des tours de passe-passe idéologiques, tel Duprat arguant qu’ON menait le combat contre le double front communiste et gauchiste, transformant ainsi le classique slogan SA « Contre le Front rouge et la Réaction »<a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftn63">[63]</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Pourtant, pour s’extraire enfin du giron de la droite, diverses franges des nationalistes ont tenté de devenir internationalistes et socialistes-révolutionnaires. Mais le fascisme avait su puiser à la source de la révision du marxisme là où le néo-fascisme a souffert de la déliquescence du paradigme marxiste dans l’après-68. La pantomime de l’anticommunisme ne cache pas la difficulté que représente pour la construction des néo-fascismes la moindre irrigation de la société civile par cette foi en l’action qu’est le marxisme : on puit aussi percevoir sous cet angle l’émergence des courants nazi-maoïstes et nationaux-bolcheviques européens. Lorsque les droites parlementaires résument leurs références à Adam Smith et Milton Friedman, les néo-fascistes offrent un supplément d’âme et de populisme à l’anti-socialisme.</p>
<p style="text-align:justify;">Cependant, la guerre froide est l’affrontement de systèmes (entre autres) économiques et est donc culturellement une phase de domination résolue de la raison économique et de la technique sociale (le fameux « nous sommes tous des keynésiens » de Richard Nixon). Or, le néo-fascisme tente certes d’user de celles-ci pour décrire son projet communautaire mais il ne parvient guère à s’adapter à ces deux phénomènes consécutifs que sont la généralisation du <em>Wellfare state</em> et la révolution conservatrice néo-libérale : là où le néo-fascisme est l’inaudible refus de la réduction de l’homme à l’<em>homo</em> <em>œconomicus</em> en se fixant sur des rhétoriques sociales, se positionne avec succès le libéralisme ethnocratique et le national-populisme qui joignent tout ensemble protection sociale (par l’exclusion ethno-nationale), libéralisme économique et valeurs post-matérialistes.</p>
<p style="text-align:justify;">Le fascisme-régime use des armes de la modernité au bénéfice des nécessités et de la radicalisation constante de son projet communautaire ethno-nationaliste : c’est ainsi qu’il dépasse les conceptions économiquement non-totalitaires des fascismes-mouvements (telle la défense de l’Etat manchesterien par Mussolini en 1921). En ce qui concerne les néo-fascismes, quand bien même l’Etat n’obtient pas la pleine puissance sur la production, voire n’est pas « l’Etat des producteurs », l’économie est ici subordonnée à la conception politique utilitariste, trait permanent des fascismes qu’on retrouve ainsi dans leurs résurgences. L’économisme nationaliste relève plus du poétique que du politique.</p>
<p style="text-align:justify;">L’incohérence interne participe en dernier lieu à une cohérence fonctionnelle : la multiplicité des discours qui, eux, peuvent recouvrir le même socle politique. Les élaborations présentées sont fonction des propagandes, des utopies géopolitiques et de l’Ennemi désigné : plus que d’économie c’est en fait d’organisation hiérarchisée de l’espace public et du champ social ainsi que de révisionnisme en politique internationale dont il est question, la première étant une traduction interclassiste et esthétique des préoccupations en ces matières. Il s’agit donc, par-delà les icônes, de néo-fascismes conséquents, d’une vision du monde où importe moins la révolution des structures économico-sociales que le désir d’une révolution anthropologique.</p>
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<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref1">[1]</a> G. Valois, <em>Le Faisceau des forces nationales et sociales</em>, Ars Magna, Nantes, s.d., s.p. (extrait de <em>Le Fascisme</em>, 1927).</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref2">[2]</a> <em>Jeune Nation</em>, 11 au 24 décembre 1958 ; <em>Occident-Université</em>, 16 juillet 1965.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref3">[3]</a> Drumont ou Brasillach avaient déjà fait l’apologie de la Commune.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref4">[4]</a> Bardèche en fut le président d’honneur jusqu’à sa mort. Elle devient un satellite du PNF, crée par l’équipe de <em>Militant</em> suite à sa scission (1981) du Front National (1972). Le PNF reprend le logo du MNP. <em>Militant </em>est né de la mort de la nébuleuse <em>Europe-Action</em> (1967), celle-ci donna aussi jour au GRECE d’Alain de Benoist, tandis qu’un micro-groupe devait finir gauchiste en mai 68.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref5">[5]</a> Il est le neveu de Clémenti qui fut le fondateur du Parti Français National-Communiste et participa à la création de la Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme, après-guerre cadre du Nouvel Ordre Européen créé par René Binet par scission du Mouvement Social-Européen de Mosley et Bardèche (1951). M. Vial est le secrétaire-général du GRECE de 1978 à 1984. Rejoignant la direction du FN, il fédère les éléments ultra du parti dans sa tendance <em>völkisch</em>, Terre et Peuple. Il est exclu par M. Le Pen lors de la crise de décembre 1998, puis démissionne du parti mégretien en 2001 et accorde sa signature à M. Le Pen pour les présidentielles de 2002.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref6">[6]</a> Encart de présentation dans <em>Socialisme européen</em>, n°0, 1967.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref7">[7]</a> <em>Cf.</em> Y. Fouéré, <em>L’Europe aux cents drapeaux</em>, Presses d’Europe, Nice, 1968. Partisan de cette Europe blanche, Pour une Jeune Europe affirmait que le socialisme avait pour noms Saint-Simon, Fourier, Blanc et Proudhon, mais qu’à partir de la Commune il fut détourné par le « socialisme matérialiste d’inspiration sémite de Karl Marx » (<em>Pour une Jeune Europe</em>, avril-mai 1969). Pour <em>E-A</em>,<em> </em>Sorel correspondait « à la pensée occidentale de toujours, dans le langage de la guerre sociale », et Proudhon était « la vieille révolte ancestrale de l’homme européen devant ce qui menace sa liberté, son originalité » (D. Venner, « Qu’est -ce que le nationalisme ? », <em>Europe-Action</em>, mai 1963, p.11). La forme discursive reste : « Le proudhonisme, c’est une vision occidentale et prométhéenne de l’existence », lit-on dans <em>Militant </em>du 1<sup>er </sup>janvier 2000.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref8">[8]</a> MNR, <em>L’Aile juive du communisme. Rapport secret du Comité Central du 14 avril 1982</em>. C’est bien le &#8221; judéo-sionisme &#8221; qui est rejeté : il est précisé que <em>Les Protocoles des sages de Sion</em> sont authentiques mais que ceux-ci ne sauraient être imputés aux Juifs en général mais à « la fraction extrême du sionisme ». Il est notifié : a) que le document est « à ne pas communiquer et à ne pas laisser saisir » ; b) que le texte est un « additif aux 19 points », c’est-à-dire à la charte du MNR – en référence au programme en 18 points (1943) de la <em>Republica Sociale Italiana</em>. Le document reçoit ainsi un poids idéologique conséquent.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref9">[9]</a> Editorial de <em>Jeune Nation solidariste</em>, 19 février 1981, repris dans J-G. Malliarakis, <em>Ni Trusts ni soviets</em>, Le Trident, Paris, 1985, p.373.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref10">[10]</a> A. Hitler, <em>Mein Kampf</em>, Nouvelles Editions Latines, Paris, 1979, p.112.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref11">[11]</a> Tract GNR, s.d.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref12">[12]</a> Editorial, <em>Cahiers Européens hebdomadaires</em>, 24 décembre 1974.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref13">[13]</a> F. Duprat, préface à M. Dernoncourt, « Pour une THEORIE nationaliste », <em>Dossiers nationalistes</em>, juin 1974 (?), p.2.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref14">[14]</a> F. Duprat, « Pour une ligne idéologique ferme Pour une pratique politique cohérente », <em>Cahiers Européens hebdomadaires</em>, 10 août 1976.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref15">[15]</a> F. Duprat, éditorial des <em>Cahiers Européens hebdomadaires</em>, 21 décembre 1977.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref16">[16]</a> Editorial, <em>Cahiers Européens hebdomadaires</em>, 24 janvier 1978.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref17">[17]</a> Aux campagnes électorales de 1974 comme de 1981 Jean-Marie Le Pen insistait sur le fait d’être l’unique candidat à se proclamer de droite. Le programme FN pour les présidentielles de 1974 propose entres autres la réduction du service public et du secteur nationalisé « au minimum », et loue « l’entreprise libre, moteur de l’expansion économique et moyen de promotion populaire » (« Principes de l’Etat National », <em>Le National</em>, mai 1974). L’électorat FN de 1984 est d’abord mû par l’anti-communisme</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref18">[18]</a> F. Duprat,<em> Le Manifeste nationaliste-révolutionnaire</em>, <em>Dossiers nationalistes</em>, novembre 1976 (?), pp.2-7.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref19">[19]</a>F. Duprat, « Un Programme de politique étrangère : nationalisme et Occident », dans ON, <em>Ordre</em> <em>nouveau</em>, supplément à <em>Pour un Ordre nouveau</em>, juin 1972, p.251.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref20">[20]</a> F. Duprat, « Bases du Combat N-R » et « Quelques définitions nécessaires », <em>Le Salut public</em>, janvier-février 1978, pp.6-11. Pour cet organe théorique des GNR la technocratie s’entend comme Synarchie ; le MNR et TV ont été, comme une certaine extrême gauche, des contempteurs réguliers de la Trilatérale, organisme néo-libéral transformé en complot synarchique – ceci renvoie au mouvement d’ensemble sur cette question, <em>cf. </em>O. Dard, <em>La Synarchie ou le mythe du complot permanent</em>, Perrin, Paris, 1998.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref21">[21]</a> <em>Cf.</em> <em>In Memoriam Jean Thiriart</em>, Machiavel, Charleroi, 1993.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref22">[22]</a> O. Mosley, <em>La Nation Europe</em>, Nouvelles Editions Latines, Paris, 1962, pp.9-15 et pp.58-84. L’inversion des priorités européennes était aussi prônée par Bardèche  : l’avant-gardisme réel de leur européisme (qui est leur socialisme) était ainsi perturbé par leur vitalisme et leur vision de l’Etat comme <em>ultima ratio</em>, traits typiques du fascisme.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref23">[23]</a> Il s’agit donc, au contraire de ce qu’affirme Mosley, d’une continuation de son fascisme et non d’une <em>doxa</em> nouvelle. Le BUF, rapidement devenu plus proche idéologiquement du NSDAP que du PNF, était jadis déjà plus occupé par les thèmes culturels qu’économiques et sociaux (<em>cf</em>. R. Griffin «<em> The Reclamation of fascist culture</em> », <em>European history quartely</em>, vol. 31, n°4, 2001, p.619). Les idées économiques essentielles de Strasser sont : nationalisation à 51% des industries vitales à l’Etat et à 49% des non-vitales, participation des travailleurs aux bénéfices, économie basée sur une agriculture où l’Etat est propriétaire des terres, création d’une zone de coopération économique internationale. Il fit scission en 1930 du NSDAP pour fonder son propre mouvement qui se vida rapidement au bénéfice du KPD entre autres.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref24">[24]</a> J. Thiriart, <em>La Révolution nationale-européenne</em>, Ars, Nantes, s.d. Si, depuis vingt ans, cette brochure est rééditée en l’attribuant à Thiriart nous avons de nombreuses raisons de penser que son édition originale (1962) est d’Emile Lecerf. Ancien membre de la section wallonne de l’Institut culturel de la<em> Waffen SS</em>, Lecerf a fait scission de JE et a lancé le Front National-Européen (1964) et le journal <em>Révolution</em> <em>européenne</em> (intitulé repris par l’organe de TV en 1987), et, avant que de travailler avec le GRECE, s’est lié à <em>E-A</em>. Le nom de Lecerf a souvent été avancé dans le cadre de l’éventuelle stratégie de la tension belge.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref25">[25]</a> J. Thiriart, <em>Un Empire de 400 millions d’hommes : l’Europe</em>, J. Thiriart, Bruxelles, 1964, pp.99-138.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref26">[26]</a> <em>Cf. La Nation européenne</em>, 15 janvier-15 février 1966, 15 novembre-15 décembre 1966 et 15 janvier-15 février 1967.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref27">[27]</a> Historiquement, l’expression « communisme démarxisé » est un oxymoron, puisque si le terme « communisme » précède Marx, il est par la suite l’exclusivité de ceux qui se reconnaissent dans <em>Le Manifeste du Parti communiste</em>. Toutefois cette démarche est du même type que celle qui prélude à l’usage de ce mot par le MNR.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref28">[28]</a> Exclue et non scissionniste comme l’OLP l’affirme ensuite, comme le démontre une feuille que produit la section nantaise d’ON et où elle annonce son éviction (<em>Avant-garde nationale</em>, n°1, s.d.).</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref29">[29]</a> <em>Le Monde</em>, 16 septembre 1970 ; P.Péninque, <em>La Politique à coups de poing ou l’extrême droite extraparlementaire de 1968 à 1975</em>, mémoire de diplôme, I.E.P. de Paris, 1976, p.17 (il s’agit d’un cadre du GUD). Le principal responsable de PJE rejoint ensuite le RPR puis le FN.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref30">[30]</a> F. Freda, <em>La Désintégration du système</em>, Ars, Nantes, s.d. (1969).</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref31">[31]</a> Nous n’entrerons pas ici dans la question de la stratégie de la tension.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref32">[32]</a> OLP, <em>Code du militant Lutte du peuple</em>, s.d., document interne ; Drieu cité in P. Ory, <em>Les Collaborateurs 1940-1945</em>, Le Seuil, Paris, 1976, p.212.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref33">[33]</a> <em>Cf. </em>Camus et Monzat, <em>Les Droites nationales et radicales en France</em>, P.U.L., Lyon, 1992, p. 288 ; <em>Le</em> <em>Partisan européen</em>, prairial-messidor 1986 et pluviose 1987 (sic). Le modèle économique donné est le strasserisme mais la base doctrinale est l’édification d’empires raciaux autarciques (<em>Manifeste du Partisan européen</em>, Ars, Nantes, s.d.). L’intérêt pour le modèle maoïste peut s’expliquer par l’ethnicisme de la revue : c’est bien la paysannerie qui, dans les nationalisme-révolutionnaires de Weimar, permet de réaliser la Nation en lui apportant les valeurs <em>völkisch</em>.<em> </em></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref34">[34]</a> Les mouvements NR qui ont loué durant les années 90 la Corée du Nord (Parti Communautaire National-européen et Nouvelle Résistance, se donnant entres autres pour références Thiriart, l’OLP, et <em>Le Partisan européen</em>) ne l’ont toutefois pas fait en raison du caractère autarcique ou ethniciste de la doctrine nord-coréenne (la <em>juche</em>) mais par anti-américanisme : la question économico-sociale est bel et bien subordonnée a celle de l’ennemi principal elle-même traduite en une visée géopolitique.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref35">[35]</a> <em>Le Monde</em>, 30-31 octobre 1949 ; F. Duprat, <em>Les Mouvements d’extrême droite en France de 1944 à 1971</em>, L’Homme libre, Paris, 1998 (1971), p.39 et p.54.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref36">[36]</a> <em>Le Combattant européen</em>, mars, avril, juillet et août 1946. L’intitulé fait référence au journal de la LVF.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref37">[37]</a> Editorial, <em>Socialisme européen</em>, mars-avril et mai-juin 1968.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref38">[38]</a> Camus et Monzat, 1992, p.51 ; Y. Sauveur, <em>Jean Thiriart et le national communautarisme européen</em>, <em>Revue d’Histoire du nationalisme révolutionnaire</em>, Ars, Nantes, s.d. (1978), p.47 ; F. Duprat, 1998, pp.160-161. Les éléments racialistes sont nettement plus importants que l’antisémitisme ; les Juifs sont ici les élites politico-financières des USA (<em>cf.</em> <em>Réalités Socialistes européennes</em>, deuxième trimestre 1969 ; il s’agit de l’organe de la FGE-RSE). Selon nos informations, la FGE participa à la campagne des Comités Tixier-Vignancour (1965). C’est dire que la présentation faite postérieurement par des NR de <em>Socialisme européen</em> et de la FGE comme des témoignages du &#8221; nationalisme de gauche &#8221; sont des reconstructions propagandistes.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref39">[39]</a> Socialiste belge passé à la Collaboration.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref40">[40]</a> G. Gravot, « Introduction à l’Europe », <em>Réalités Socialistes européennes</em>, décembre 1968 ; R. Lambert, « Les Deux points fondamentaux de la Révolution », <em>ibid</em>., février 1969. Il est à noter que le mot « mondialisme » n’apparaît que trente ans plus tard dans les dictionnaires, ceux-ci étant précédés par le FN qui édite une brochure à son sujet dès 1992.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref41">[41]</a> <em>Pour une jeune Europe</em>, avril-mai 1969. Quelques rares membres d’Occident participèrent aux barricades « juste pour le plaisir de la cogne contre les flics » (e-mail d’un responsable d’alors à l’auteur).  Proches de PJE, les néo-nazis de la FANE y ont été, disent-ils, et en ont déduit qu’il fallait réaliser la jonction avec l’extrême gauche (<em>Notre Europe</em>, juin et août 1968, mai 1970). Au sein des GNR, ils sont proches du groupe lyonnais de Peuple et Nation ayant scissionnés du NOE. P&#38;N se revendique de F. Freda, des programmes fascistes de 1919 et de 1943, du personnalisme, dénonce les Jaunes du Service d’Action Civique (1958), et reprend les revendications de Strasser (<em>cf. Peuple et Nation</em>, juin, septembre et novembre 1977).</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref42">[42]</a> <em>Manifeste</em>, <em>Pour une Jeune Europe</em>, novembre 1969, pp.7-10.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref43">[43]</a> J. Mabire (<em>E-A</em>, GRECE, proche de Terre et Peuple) et Y. Fouéré participent en 1969 à la création d’une Internationale Fédéraliste Européenne adepte de l’autogestion (H. Coston, <em>Dictionnaire de la politique française</em>, La Librairie française, Paris, 1972, p.563).</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref44">[44]</a> Le communisme de guerre s’inspire lui-même de l’économie de guerre allemande planifiée, en particulier de l’organisation de la <em>Planswirtschaft</em> par von Moellendorf (A. Stanziani, <em>L&#8217;Economie en révolution : le cas russe, 1870-1930</em>, Albin Michel, Paris, 1998).</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref45">[45]</a> <em>Jeune Révolution</em> est le titre de l’organe clandestin de l’OAS-Métro-Jeunes, qui fournit ainsi le nom du MJR ; il fut aussi antérieurement le nom d’un journal du MSE. Métro-Jeunes, Mouvement Jeune Révolution, MNR : les proximités des consonances renvoient aux filiations. Les références sont d’autant plus explicites que la tendance créa un Conseil Solidariste de la Révolution, pendant du Conseil National de la Révolution de la fin de l’OAS.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref46">[46]</a> F. Backman, <em>Le Mouvement Jeune Révolution (1966-1971), de l’OAS au « Solidarisme »,</em> DEA d’Histoire, IEP de Paris, 1993 ;  F. Solchaga (pseudonyme de Duprat), « Une Nouvelle <em>Guépou</em> : Le NST (sic), police secrète soviétique », <em>Défense de l’Occident</em>, février 1968, pp.47-54. Les autres groupes qui, en Europe, choisirent de se qualifier de « solidaristes » le firent aussi suite à leurs contacts avec le NTS.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref47">[47]</a> <em>Cf.</em> D. Cologne, ex-GNR et nazi-maoïste, dans <em>Cahiers du Solidarisme</em>, automne 1978 et J-G. Malliarakis dans <em>Jeune Nation solidariste</em>, décembre 1984. Le logotype solidariste évoque également celui du Groupe de Protection des Jeunes de l’Europe Nouvelle. Si cela ne saurait pour autant désigner une tradition politique auto-référencée, on peut cependant, par ces nombreuses ambiguïtés de signes, s’interroger sur une tradition esthétique qui ressortirait des schèmes idéologiques et participerait ainsi à la définition du champ politique.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref48">[48]</a> Entretien, Paris, 30 septembre 2002. Diplômé d’économie, M. Malliarakis a un goût pour la question qui a marqué toutes ses publications et constitue ainsi un cas singulier dans cette mouvance. La chute de l’URSS l’a vu évoluer vers le néo-libéralisme en matière économique, ce qu’il considère être un « patriotisme libertarien ».</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref49">[49]</a> <em>Cahiers du CDPU</em>, <em>Principes de l’action fasciste</em>, Ars Magna, Nantes, 1997 (1974).</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref50">[50]</a> <em>Cahiers du Solidarisme</em>, n°3, 1976.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref51">[51]</a> Dans <em>Le Quotidien de Paris</em>, 18 août 1980. Comme la propagande produit de l’idéologie, on vit parfois des militants néo-fascistes revendiquer Bourgeois comme un des leurs…</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref52">[52]</a> Auto-définition donnée par M. Collinot cité par D. Mazucchetti, <em>Le Front National et « les Années Noires »</em>, mémoire de diplôme, I.E.P. de Paris, 1991, p.12 (M. Collinot a rejoint ensuite la direction du FN). L’anarchisme de droite n’existe pas : il n’est qu’une sous-tendance comportementaliste de l’extrême droite. <em>Cf. Cahiers du CDPU</em>, décembre 1974 ; enquête sur les nationalistes dans <em>Charlie Hebdo</em>, juin et juillet 1977 ;  Bergeron et Vilgier, <em>De Le Pen à Le Pen</em>, Morin, Grez-en-Brouère, 1985, pp.98-104. Il est à souligner que l’aspect spiritualiste du solidarisme du MJR n’est peut être pas étranger au fait que nombre de ses membres aient ensuite évolué vers le national-catholicisme, au contraire des NR, plus influencés par le néo-paganisme et laïques.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref53">[53]</a> <em>Cf. Jeune Garde solidariste</em>, août-septembre et octobre-novembre 1975, octobre 1976. On trouve les habituels référents : Rossel, Drumont, Saint-Simon, <em>etc</em>.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref54">[54]</a> Révélateur est le débat dans l’organe du MNR où J-P Varèse rejette le sous-texte économique des 19 points (le bon capitalisme national contre le mauvais international), et avec lui le slogan « ni droite, ni gauche » (« Car, il faut choisir le camp auquel on appartient : les forces populaires ou l’Etat et ses flics ? les syndicats ou les patrons ? la Gauche ou la Droite ? Moi, j’ai choisi : on ne peut être réellement anticapitaliste et être catalogué à droite »), ce à quoi L. Bergès répond vigoureusement : « nous sommes la troisième voie, la troisième position » (<em>Jeune Nation solidariste</em>, 12 juillet 1979 et 26 juillet 1979).</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref55">[55]</a> J-G. Malliarakis, « De La Tour du Pin à la Troisième voie », <em>Troisième Voie</em>, septembre-octobre 1987, pp.37-43 ; il s’agit du numéro un de la revue de recherche doctrinale, dédié à <em>L’Economie indépendante</em>. L’évolution taxinomique est aussi européenne ; les <em>Cahiers du Solidarisme </em>de l’été 1979 définissaient le solidarisme comme « une troisième voie » . La transformation du MNR en TV se fait suite aux rapprochements avec le PFN et le GRECE. Ce dernier avait consacrée son colloque de 1985 à <em>La Troisième voie</em> et avait tenu meeting commun avec le MNR  à l’invitation du Cercle Proudhon (<em>cf. Article 31</em>, avril 1985 ; on voit ici l’influence des travaux de Zeev Sternhell sur les nationalistes).  Le MNR s’était déjà enflammé au colloque du GRECE de 1978  pour l’exposé de G. Faye « critiquant la société marchande et le capitalisme, danger plus grave et plus réel que le marxisme » (dans <em>Jeune Nation solidariste</em>, 14 décembre 1978). Les années 80 ont vu les divers nationalistes être influencés par les thèses de M. Faye, chantre des empires autarciques.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref56">[56]</a> P.Milza, « Les Cultures politiques du nationalisme français », dans <em>Les Cultures politiques en France</em>, S. Berstein (dir.), Le Seuil, Paris, 2003, p.374. En ce qui concerne la Révolution conservatrice allemande son courant néo-conservateur se référait explicitement au « solidarisme » en tant que socialisme organique (L. Dupeux, <em>National-bolchevisme. Stratégie communiste et dynamique conservatrice</em>, H. Champion, Paris, 1979, p.75).</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref57">[57]</a> Si les néo-droitiers s’échinèrent à se présenter comme gramscistes nés de Mai 1968, les formes adoptées par cette mouvance relèvent plutôt de l’histoire des <em>think tanks</em> néo-libéraux.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref58">[58]</a> Leroy et Blot, <em>La Bataille des mots. Pour un nouveau langage politique de l’opposition</em>, <em>Lettre</em> <em>d’information</em>, quatrième trimestre 1982. Non seulement M. Mégret ne cesse d’appliquer cette plaquette lorsqu’il est à la tête du FN mais toute la stratégie de son parti autonome en découle également. Lorsqu’il produit le programme frontiste on peut y lire que « les entreprises étatisées [doivent être] rendues aux Français », pour signifier que les entreprises nationales doivent être privatisées  (FN, <em>300 Mesures pour la renaissance de la France</em>, B. Mégret (dir.), Editions Nationales, Paris, 1993, p.417). Lorsque les élections de 1995 engendrent le phénomène du « gaucho-lepénisme », le programme ne se transforme pas mais le discours est altéré (slogan « ni droite, ni gauche » et anti-américanisme faisant office de socialisme), et le titre du nouvel ouvrage de M. Mégret (1997) est révélateur : <em>La Troisième voie</em> (<em>cf.</em> P-A Taguieff, « De l’anti-socialisme au national-racisme », <em>Raison présente</em>, quatrième trimestre 1988, pp.15-55 ; P. Perrineau, <em>Le Symptôme Le Pen</em>, Fayard, Paris, 1997 ; S. Bastow, « <em>The radicalization of Front National discourse : a politics of the &#8220; third way &#8221; ?</em> », <em>Patterns of prejudice</em>, juillet 1998, pp.55-68).</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref59">[59]</a> <em>Cf</em>. P. Ignazi, « Les Partis d’extrême droite : les fruits inachevés de la société postindustrielle », <em>Les Croisés de la Société fermée</em>, P. Perrineau (dir.), L’Aube, La Tour d’Aigues, 2001, pp.369-384 ; R. Griffin, « Interregnum <em>or Endgame ? Radical right thought in the “post-fascist” era </em>», <em>The Journal of political ideologies</em>, vol 5, n°2, 2000, pp.163-178 et Vandendriessche et Villalba (dir.), <em>Le Front national au regard du droit</em>, Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve d’Ascq, 2001.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref60">[60]</a> L. Dupeux, 1979, p.542.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref61">[61]</a> P. Ory, <em>Du Fascisme</em>, Perrin, Paris, 2003, p.287.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref62">[62]</a> J. Thiriart définissait d’ailleurs son groupe comme « l’avant-garde du Centre » (J. Thiriart, <em>La Grande Nation. L’Europe unitaire de Brest à Bucarest</em>, Ars, Nantes, 1998 (1965), s.p.). Le PCN a repris la formule à la fin du siècle, tandis que les Anglais de <em>Third Way </em>se désignent tel « <em>the radical center</em> ».</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="/Nicolas/Travaux%20de%20recherche/Articles/Ni%20droite.doc#_ftnref63">[63]</a> <em>Cf. </em>meeting d’ON dans <em>Le Monde</em>, 24 mars 1972. L’œuvre du nationaliste, c’est donc ici la violence antigauchiste, anticommuniste, non avant toute chose la mise à bas de la « démoploutocratie » – mais on a là une base du fascisme : l’addition  du verbalisme révolutionnaire à la pratique contre-révolutionnaire. Le slogan SA est repris par Binet et les solidaristes.</p>
<p style="text-align:justify;">
<hr size="1" />
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Première parution <span style="color:#000000;">: </span></span></strong>« &#8221;Ni droite, ni gauche : en avant !&#8221; : en quête d&#8217;une &#8220;Troisième voie&#8221;, les théorisations économiques des néo-fascismes (1949-1989) », <em>Acteurs, tendances et contestations de l&#8217;économie contemporaine en Méditerranée occidentale (XIX-XX siècles), </em>Nicolas Marty dir., <em>Domitia</em>, Presses Universitaires de Perpignan, Perpignan, n°5, octobre 2004, pp.109-124.</p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[L'insatisfaction organisée]]></title>
<link>http://comment7.wordpress.com/2008/11/10/linsatisfaction-organisee/</link>
<pubDate>Sun, 09 Nov 2008 22:36:31 +0000</pubDate>
<dc:creator>comment7</dc:creator>
<guid>http://comment7.wordpress.com/2008/11/10/linsatisfaction-organisee/</guid>
<description><![CDATA[Zygmun Bauman, « S’acheter une vie », Editions Jacqueline Chambon, 200 pages, 2008.   Le sociologue ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p><!--StartFragment--></p>
<p class="MsoNormal"><strong>Zygmun Bauman, « S’acheter une vie », Editions Jacqueline Chambon, 200 pages, 2008.</strong></p>
<p class="MsoNormal"> <a href="http://comment7.files.wordpress.com/2008/11/bauman.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-997" title="bauman" src="http://comment7.wordpress.com/files/2008/11/bauman.jpg?w=300" alt="bauman" width="300" height="200" /></a></p>
<p class="MsoNormal">Le sociologue théoricien de la « société liquide » continue son travail d’explicitation de ce qui est à l’œuvre dans notre réel, bien dans l’optique de rendre le présent insupportable afin d’encourager les prises de conscience, les actions ? Le regard et l’intelligence sont acérés et s’attachent ici, plus particulièrement, à dévoiler les rouages de la marchandisation. De quoi ? De tout mais, surtout, de la subjectivité. Nous sommes dans un système où la bataille fait rage pour s’approprier l’attention des individus (« leur temps de cerveau disponible »). On reconnaîtra vite quelques-uns des chevaux de bataille de Bernard Stiegler… Zygmun Bauman s’appuie sur un travail poussé d’observation, sur l’analyse de sondages et de statistiques, sur le recoupement de points de vue pris chez différents penseurs et écrivains… Pour autant, son travail est moins structuré, théoriquement, que celui de Stiegler et peut-être, pour cela même, semble alors plus fond sur un parti pris. Il ne s’aventure pas non plus à proposer une alternative, des solutions, d’autres manières de faire, une ligne de combat, ce qui, il me semble, fragilise son analyse. En procédant ainsi, et en faisant de la consommation telle qu’elle s’installe comme moteur de la nouvelle idéologie dominante, une sorte de mal absolu par essence, il est facile de l’accuser de posture caricaturale. « Consommer » est aussi une activité normale, indispensable, etc. Ce léger bémol exprimé, son bouquin est riche et stimulant, il apporte des arguments nécessaires sur le terrain de la « politique culturelle » (c’est bien ça qu’il faut arriver à faire prendre !). Un travail de plus qui vient confirmer les effets négatifs du contexte de saturation, saturation exploitée pour imposer le zapping, déstructurer l’esprit et l’intelligence, imposer le culte de la nouveauté à remplacer au plus vite, le principe du déchet, du jetable. Une dynamique à l’envers qui sape les fondements d’une éventuelle société de la connaissance. Le moment pivot est celui où l’on passe d’une société de producteurs à une société de consommateurs. Le but du vivre ensemble change. « Le but crucial –voire décisif – de la consommation dans la société des consommateurs (bien qu’on l’exprime rarement de façon aussi explicite, et qu’on en débatte encore moins souvent publiquement) n’est pas la satisfaction des besoins, des désirs et des manques, mais la marchandisation ou la re-marchandisation du consommateur : élever le statut des consommateurs au niveau de celui des marchandises commercialisables. » <strong>Marché et souveraineté de l’Etat </strong><span>: l’autre étape importante est de rappeler comment l’Etat a abdiqué face au marché, depuis des décennies. Il faut prendre la mesure de toute l’ampleur de ce phénomène pour admettre que, ce qui se passe actuellement, soit l’intention politique de réguler la finance est de l’ordre du détail et du vœu pieux. « L’Etat, dans son ensemble, y compris ses bras législatifs et juridique, devient un exécutant de la souveraineté du marché ». Et de citer, en exemple, comment cette inversion de la souveraineté aura des répercussions sur la conception de la politique d’immigration en Grande-Bretagne (conception qui s’implante aussi en France…). Ensuite, une fois devenues la force principale organisatrice de notre cadre de vie, les caractéristiques du marché affaiblissent une série de compétences sociales ordinairement utilisées pour se cultiver.Dans ce processus-là, il est quand même bon de lire la part que jouent les « nouvelles technologies », Internet et ses pseudo-nouvelles-socialisations ; là encore, il n’est pas question de nier de possibles pratiques innovantes et critiques rendues possibles par la culture Web, pour une certaine de classe de citoyens, mais l’effet global à l’échelle d’une génération est probablement d’une autre nature. Même si les prises de position de Bauman sont à débattre, au moins elles rompent un unanimisme suspect quant à l’impact « magique » des technologies numériques. « Les serveurs du monde mémorisent des informations de telle sorte que la culture moderne liquide puisse substituer l’oubli à l’apprentissage en tant que force motrice majeure des activités des consommateurs. Les serveurs aspirent et mémorisent mécontentements et protestations de telle sorte que la politique moderne liquide puisse se poursuivre sans entraves – remplaçant confrontations et arguments par de petites phrases et des séances photo. »<span>  </span></span><strong>Transfert déstructurant de responsabilité. </strong><span>La</span><strong> </strong><span>« modernisation » de la société conduite par le néo-libéralisme (inauguré en partie par Tatcher pour qui « il n’y avait pas de société, uniquement des individus et des familles ») et les dérégularisations de toutes les prérogatives de l’état providence a eu pour effet majeur de transférer le principe de responsabilité du collectif vers l’individu (le consommateur) : « <em>Les concepts de responsabilité et de choix responsable, qui résidaient autrefois dans le champ sémantique du devoir éthique et de l’inquiétude morale vis-à-vis de l’Autre, se sont déplacés dans le domaine de l’accomplissement de soi et de l’évaluation des risques. Ce faisant, « l’Autre », considéré comme détonateur, cible et mesure d’une responsabilité reconnue, assumée et accomplie, a complètement disparu du tableau, écarté ou éclipsé par l’acteur lui-même. La « responsabilité » signifie désormais avant tout la responsabilité de soi-même (« vous le devez à vous-même », « vous le méritez », comme disent les vendeurs d’exonération de la responsabilité), tandis que les « choix responsables » sont, avant tout, les démarches qui servent les intérêts et satisfont les désirs du moi</em></span>. »<span>  </span>Il fallait en passer par cette mainmise sur la responsabilité pour que le marketing puisse accroître sa pression sur tous les mécanismes du choix (acheter c’est « choisir ») afin d’organiser l’insatisfaction, moteur de la consommation : « Pour un type de société qui proclame la satisfaction du consommateur comme son unique motivation et son but suprême, un consommateur satisfait n’est ni une motivation ni un but, mais la plus terrifiante des menaces. » (Quelque chose de grave et profond à résoudre si l’on veut orienter les habitudes de consommation vers un autre but : sauvegarder la planète !).<span>  </span>Bauman consacre aussi de nombreuses pages à décrire le système de crédit à la consommation : soit, en grande partie, le système qui a conduit à la crise actuelle et qui était un projet délibéré et de grande envergure, cynique et sans vergogne, de placer de nombreuses personnes en état de fragilité sociale et économique, en état de crise permanent. <strong>Underclass.</strong><span> Le concept d’underclass est le résultat des quelques symptômes que je viens de rappeler brièvement, et rassemble en vrac toutes les catégories de populations qui ne sont plus à même de consommer et donc ne sont plus utiles. « On y retrouvait les délinquants juvéniles, les jeunes déscolarisés, les mères célibataires, les souteneurs, les dealers, les mendiants… », tous ces cas aux parcours et profils bien différenciés seront traités, de plus en plus, de la même manière. A partir du moment où le principe de responsabilité incombe aux individus, ces « spécimens » de non-consommateurs sont présents comme ayant fait un choix volontaire. « Rejoindre l’underclass est une initiative active, génératrice d’action, un pas délibéré visant à prendre part à la division en deux camps dans laquelle la plupart des Américains occupent l’autre camp : le camp des cibles passives et persécutées. » C’est là l’origine des politiques « sociales » (en Belgique, en France) où le chômeur est culpabilisé, coupable de ne pas trouver du travail, de même pour le sans-abri, le sans papier… et c’est bien la raison pour laquelle ces politiques n’entendent pas solutionner la situation de ces personnes fragiles. Elles sont considérées comme ayant fait le choix de leur vulnérabilité. Pour s’en sortir, c’est connu, il suffit de rassembler : « jugeote, volonté et effort ». « Trois éléments qui font manifestement défaut aux pauvres et aux consommateurs défectueux » (Citant Lawrence C. Mead, théoricien violent néo-libéral du <em>nowork</em></span>…). Un bel essai pour ruminer de la difficulté de « faire du culturel » dans un environnement qui entend saper les œuvres de la culture !</p>
<p class="MsoNormal"> <a href="http://comment7.files.wordpress.com/2008/11/bauman2.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-999" title="bauman2" src="http://comment7.wordpress.com/files/2008/11/bauman2.jpg?w=300" alt="bauman2" width="300" height="200" /></a></p>
<p><!--EndFragment--></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
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<title><![CDATA[« L'Eurafrique » ? Penser l'Europe, déconstruire l'Afrique...]]></title>
<link>http://tempspresents.wordpress.com/2008/11/09/%c2%ab-leurafrique-%c2%bb-penser-leurope-deconstruire-lafrique/</link>
<pubDate>Sun, 09 Nov 2008 19:36:21 +0000</pubDate>
<dc:creator>nicolaslebourg</dc:creator>
<guid>http://tempspresents.wordpress.com/2008/11/09/%c2%ab-leurafrique-%c2%bb-penser-leurope-deconstruire-lafrique/</guid>
<description><![CDATA[Par Nicolas Lebourg L&#8217;idée de l&#8217;Eurafrique fut d&#8217;abord un débat politique français]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/files/2008/11/carte-eurafrique.jpg"></a><a href="http://tempspresents.wordpress.com/files/2008/11/affrec63.gif"><img class="alignleft size-medium wp-image-375" title="affrec63" src="http://tempspresents.wordpress.com/files/2008/11/affrec63.gif?w=197" alt="affrec63" width="94" height="144" /></a>Par Nicolas Lebourg</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;idée de l&#8217;Eurafrique fut d&#8217;abord un débat politique français, vivace à compter de 1921 et jusqu&#8217;en 1942. Elle y était présentée comme un moyen de préserver les sociétés européennes de la guerre par la commune exploitation de l&#8217;Afrique. Il s&#8217;agit, à l&#8217;origine, d&#8217;aider au rapprochement franco-allemand et à la construction de l&#8217;Europe, en faisant des colonies un bien commun des nations européennes. Le thème se mêle à celui du planisme et est également envisagé dans la perspective de la construction d&#8217;une autarcie de grand espace. Dans la France de Vichy le thème eurafricain est surtout la rencontre des aspirations technocratiques des équipes de Vichy et du Nouvel ordre européen. <!--more-->L&#8217;idée connaît aussi un succès certain en Belgique, soutenue là aussi par des personnalités aussi bien de gauche que de droite, par exemple par le briandiste Pierre Daye passé ensuite au collaborationnisme. </p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">L&#8217;Axe et l&#8217;Eurafrique</span></strong> </p>
<p style="text-align:justify;">En Allemagne l&#8217;idée d&#8217;une coopération européenne faisant des colonies françaises un bien européen séduit au plus haut point certains dignitaires nazis. Otto Strasser (1897-1974), l&#8217;un des principaux leaders du parti nazi, organise la scission de l&#8217;aile « gauche » de ce dernier en 1930. Il pousse alors encore plus loin l&#8217;idée, préconisant l&#8217;élaboration d&#8217;une zone européenne de coopération économique relative aux ressources de l&#8217;Afrique, de l&#8217;Est de l&#8217;Europe et de l&#8217;Asie. </p>
<p style="text-align:justify;">La perspective de colonies allemandes en Afrique renvoie à un dessein des élites du Second Reich (1871-1918). Si de nombreux nazis y adhèrent, Hitler envisage pleinement une exploitation de l&#8217;Afrique devant engager des membres de toute l&#8217;Europe. Il s&#8217;ouvre même de cette question au comte Galeazzo Ciano (1903-1944), ministre des affaires étrangères italien et gendre de Mussolini. Le 25 octobre 1941 il présente à Ciano ses vues en matière de fondation « d&#8217;une Europe unifiée au sein d&#8217;une zone économique complétée des colonies africaines ». En cet entretien il affirme que seule cette Eurafrique sera à même de mettre à bas les USA. Les fascistes italiens suivent une logique proche puisque leur programme de 1919 prévoyait une fédération européenne colonisant l&#8217;Afrique, celui adopté en novembre 1943 au congrès de Vérone donne pour but géopolitique la constitution d&#8217;une fédération européenne des Etats nationalistes qui engage la lutte contre la « ploutocratie mondiale » et organise la valorisation de l&#8217;Afrique, appuyée sur les nationalistes musulmans.</p>
<p style="text-align:justify;">Walter Funk (1890-1960)  fait ensuite entrer ce thème dans la <em>doxa</em> nazie en 1942. Mnistre de l&#8217;Economie du III<sup>e </sup>Reich à partir de 1938, déjà partisan de ce qu&#8217;il nomme une « union économique européenne » en 1929, il expose en juillet 1940 son projet pour l&#8217;après-guerre. Il s&#8217;agit d&#8217;une zone de libre-échange avec l&#8217;Europe occidentale. A l&#8217;intérieur de l&#8217;Europe (Est inclus) chaque pays s&#8217;occuperait d&#8217;une production spécifique en laquelle il est spécialisé. Mais en 1942 il précise que par « économie européenne » il faut entendre « économie eurafricaine ». </p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Mues d&#8217;après-guerre</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">La question de l&#8217;Eurafrique a été abordée par les négociateurs tant du Pacte de Bruxelles (en mars 1948, la Belgique, la France, la Grande Bretagne, la Hollande et le Luxembourg créent une alliance défensive, prototype de l&#8217;OTAN de 1949) que par ceux du Traité de Rome en 1957. C&#8217;est là le chant du cygne du concept. Celui-ci se retrouve marginalisé dans les mouvements politiques nationalistes et il se stabilise d&#8217;abord sous la forme que lui en donne le leader historique du fascisme britannique, Sir Oswald Mosley (1896-1980).  Le credo de ce dernier est que l&#8217;Europe unitaire en devenir se devrait d&#8217;user à son profit d&#8217;un tiers de l&#8217;Afrique. Cette Eurafrique serait blanche, les Noirs devant être relégués en une nation à son Sud qui leur serait dévolue, au motif de la protection de l&#8217;arriéré face au civilisé qui ne pourrait être que tenté de réduire le premier en esclavage. Cette zone se constituerait en autarcie, bénéficierait de sa propre doctrine Monroe vis-à-vis de la nation noire, mais partagerait avec les Etats-Unis l&#8217;influence sur l&#8217;Amérique du Sud, tandis que les pays arabes constitueraient une zone tampon entre elle et l&#8217;URSS.</p>
<p style="text-align:justify;">Pierre Poujade adopte le thème <em>a minima</em> en prônant une « union latine » qui regrouperait la France, l&#8217;Espagne et l&#8217;Italie et sauverait tout ensemble le système colonial. Les groupuscules qui tentent de poursuivre le combat de l&#8217;OAS-Métro (ainsi le Mouvement Jeune Révolution) en usent plus peut-être pour moderniser l&#8217;image des tenants de « l&#8217;Algérie française » qu&#8217;en programme politique sincère ou crédible. Au crépuscule du siècle, Jean-Marie Le Pen reprend le terme dans un discours au Parlement européen, mais sans donner aucune définition ni vision claire. En somme, il s&#8217;agit d&#8217;un mot-valise dont il use car il est disponible.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Un mot comme un canard sans tête&#8230;</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;"><em>In fine</em>, le terme connaît une ultime consécration qui est aussi le signe de son absolument dépérissement en tant que concept. En effet, Henri Guiano l&#8217;a placé dans le discours de Dakar du Président Sarkozy. Mais, au-delà de la maladresse de plume de cet usage d&#8217;un mot connoté, il ne s&#8217;agissait plus que de signifier le dépassement de la « Françafrique » pour élaborer une nouvelle donne de développement entre deux continents. </p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[La Vie dissolue de l’humanité : une solitude sans avenir au royaume des nanos]]></title>
<link>http://tempspresents.wordpress.com/2008/10/24/la-vie-dissolue-de-l%e2%80%99humanite-une-solitude-sans-avenir-au-royaume-des-nanos/</link>
<pubDate>Fri, 24 Oct 2008 10:17:15 +0000</pubDate>
<dc:creator>dominiquesistach</dc:creator>
<guid>http://tempspresents.wordpress.com/2008/10/24/la-vie-dissolue-de-l%e2%80%99humanite-une-solitude-sans-avenir-au-royaume-des-nanos/</guid>
<description><![CDATA[Par Dominique Sistach   Le cyberdocumentaire de Julien Colin apparaît sous une nouvelle forme, après]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p style="text-align:justify;margin:0;"><strong><span style="color:#ff0000;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/files/2008/10/nano.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-313" title="nano" src="http://tempspresents.wordpress.com/files/2008/10/nano.jpg" alt="" width="104" height="103" /></a>Par Dominique Sistach</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;margin:0;"> </p>
<p style="text-align:justify;margin:0;">Le cyberdocumentaire de Julien Colin apparaît sous une nouvelle forme, après une première mouture diffusée en 2005, dans l&#8217;attente d&#8217;une diffusion en DVD. Le cinéaste nous renvoie le dossier des nanotechnologies en pleine poire, en détournant les dispositifs narratifs, et en les retournant contre la machine informationnelle. Le film se transforme en cri d&#8217;alerte, laissant un sentiment d&#8217;angoisse et de terreur. Entre fiction et science, les nanotechnologies révèlent une nouvelle <em>terra incognita</em>, un nouvel espace de production, un nouveau cadre stratégique : une nouvelle société et un nouvel homme.<!--more--></p>
<p style="text-align:justify;margin:0;"> </p>
<p style="text-align:justify;margin:0;">Ce cyberdocumentaire présente un dispositif de recherche sur internet pour bien dé-montrer, aux sceptiques comme aux incrédules,  aux imbéciles comme aux ignorants, que le savoir est à portée d&#8217;un clic. Cette forme narrative n&#8217;est pas qu&#8217;innocemment agréable à l&#8217;entendement. Elle permet de présenter, dans la structure même de l&#8217;exposé, que la vérité n&#8217;est pas ailleurs. Cette vérité est là, toute proche, presque trop près pour pouvoir la percevoir comme la lettre volée de Poe. On constate, sans que cela soit pour autant un objet de reproche, que l&#8217;auteur emprunte le cheminement thématique et historique de l&#8217;entrée « nanotechnologie » de wikipédia. Mais le film se présente, non comme une histoire enfermée par sa linéarité répétée, mais plus justement comme une généalogie des pratiques technoscientifiques de notre temps, jusqu&#8217;à leurs fondations, et ainsi, comme un examen des conditions possibles de la réalisation de cette histoire des sciences du miniature et des convergences des savoirs et techniques. L&#8217;auteur rappelle dans la présentation écrite du documentaire qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un film réflexif sur les technologies émergentes, d&#8217;une mise en questionnement critique et néanmoins rationnelle de l&#8217;activité scientifique et du développement technologique d&#8217;un point de vue anthropologique. Cette volonté théorique, cette rigueur formelle de présentation des thèses et des faits, laissent libre cours à Julien Colin pour présenter ce document par une mise en forme singulière. Non seulement parce que l&#8217;image est échantillonnée puis mixée, comme un dj le ferait d&#8217;un disque, quand d&#8217;un coup de doigt, il accélère, ralentit ou bloque un des vinyles, mais également, parce que la diversité des sources et des grains plus ou moins pixélisés de l&#8217;image donne un relief aléatoire et signifiant. Comme dans les documentaires de Pierre Carle et Stéphane Goxe, l&#8217;apparent inachèvement est une mise en forme narrative donnant toujours le sentiment de la fragilité de la vérité, du doute à figer le temps en image, de l&#8217;hésitation à communiquer sur le complexe et le sensible.</p>
<p style="text-align:justify;margin:0;"> </p>
<p style="text-align:justify;margin:0;"><strong><span style="color:#ff0000;">Produire la nanovie : l&#8217;échelle des révolutions</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;margin:0;"> </p>
<p style="text-align:justify;margin:0;">Jordi Vidal l&#8217;avait prédit, cette petite production tournée en DV est le film d&#8217;horreur de l&#8217;année. À l&#8217;origine des nanosciences, la découverte de mode de vision à l&#8217;échelle du milliardième de mètre (le nanomètre) rend possible l&#8217;exploration de la matière et de son fonctionnement, voire même de son fondement. La vision de l&#8217;infiniment petit met en lumière les formes et les structures du territoire de l&#8217;atome, mais surtout, les forces invisibles, l&#8217;ondulation, cette énergie pure développée par ces nanomachines au chœur de la matière ; celle là même qui a désormais un comportement reconnu. La quantification de l&#8217;énergie et de la chaleur permet de calculer la probabilité des positions de structures et d&#8217;atomes. Sur la base de la découverte de l&#8217;échelle de l&#8217;infiniment petit, nous détenons la capacité de voir et de produire à la vie, puisque ce niveau de l&#8217;investigation et de la création est l&#8217;espace de la vie. Cette vie, mécanique et énergétique, n&#8217;est plus un mystère religieux. Au sens où Deleuze et Guattari en disposent comme intuition théorique, la nanovie est une usine électrique prenant la forme d&#8217;un système à hélice. Dieu meurt une nouvelle fois. La croyance biblique rejoint inexorablement le texte de la fiction, au même niveau de n&#8217;importe quelle histoire de science-fiction, celle de Lafayette <em>Ronald Hubbard</em> par exemple. Au-delà de cette révolution scientifique du religieux, dont il est difficile de savoir s&#8217;il faut s&#8217;en féliciter ou s&#8217;en plaindre, une autre s&#8217;annonce : la nature se révèle être une machinerie moléculaire.</p>
<p style="text-align:justify;margin:0;"> </p>
<p style="text-align:justify;margin:0;">Cette révélation impose une rupture transformant toute condition technologique d&#8217;approche de notre milieu. C&#8217;est le règne de l&#8217;artificiel au cœur même de la matière. Il ne s&#8217;agit plus de reproduire la nature, mais de la dépasser, en reproduisant les modes de la vie humaine, à son rang biologique, par la chimie, la mécanique, la thermodynamique et la physique. La recherche s&#8217;oriente ainsi vers la découverte d&#8217;assemblages spontanés, vers la recherche tâtonnante des phénomènes d&#8217;autoproduction. Le but à atteindre de bon nombre d&#8217;investigateurs apparaît comme une recherche de ces nanousines fonctionnant<em> </em>spontanément, dont ils prendraient le contrôle pour que tout soit tout à fait dirigé (sic.). La nature n&#8217;offre plus de royaume à l&#8217;homme comme le matériau brut qu&#8217;il pourra modeler en ce qui lui est utile ; l&#8217;homme pénètre la loi du matériau pour modeler ce qui lui est vital et repousse progressivement le purement naturel, le simplement humain. La frontière du naturel, du vivant, et de l&#8217;artificiel devient de plus en plus ténue.  L&#8217;homme et la nature ne se produisent plus l&#8217;un dans l&#8217;autre ; Terence Mellick peut revêtir ses films d&#8217;un linceul. La coextensivité du corps et de la nature s&#8217;inverse et s&#8217;efface. Les gradients d&#8217;intensité du milieu ayant atteint la plus basse échelle de vision, le corps humain devient irréductible à son milieu. Le corps devient plat. À l&#8217;intérieur, des intensités circulent, intensités que l&#8217;homme produit et distribue dans un espace intensif, inétendu.</p>
<p style="text-align:justify;margin:0;"> </p>
<p style="text-align:justify;margin:0;">Les nanosciences imposent une révolution épistémologique : s&#8217;achève pour parti l&#8217;ère de la mécanique de Newton, pour débuter pleinement l&#8217;univers quantique d&#8217;Einstein. La physique, la chimie, la biologie, etc., sont reliées par les transformations d&#8217;échelles qu&#8217;impose la manométrie.  C&#8217;est la loi du <em>crossoving</em> qui prévaut et qui permet la production d&#8217;idées qui apparaissaient hier encore comme pure fiction. Ce que l&#8217;on appelle incidemment, comme source de nouveauté ou de renaissance sociale, le croisement des cultures, devient dans le domaine des sciences un fleuve d&#8217;incertitudes. L&#8217;échelle du milliardième permet de trouver des connexions possibles, et faire qu&#8217;ainsi, les frontières entre chacune des sciences préexistantes s&#8217;effondrent d&#8217;un coup net, l&#8217;instant de création scientifique cinglant l&#8217;air comme la hache s&#8217;abattant sur la nuque. La nanoscience permet de construire des machines entières, molécule par molécule, au sens biologique où l&#8217;hémoglobine constitue une machine. Le contrôle de cette auto-organisation moléculaire de la vie permet d&#8217;affirmer à certains, que celui qui la détient, contrôle le futur. Car, c&#8217;est une véritable révolution, un nouvel âge de la machine, dont le but avoué de certains est d&#8217;arriver à la frontière de l&#8217;hybride moléculaire, en l&#8217;occurrence une nanomachine médicale, mi-biologique mi-plastique, qui restitue de l&#8217;électricité et se comporte comme une cellule nerveuse. </p>
<p style="text-align:justify;margin:0;"> </p>
<p style="text-align:justify;margin:0;">Les technologies convergentes ou convergence NBIC (nanotechnologie, biotechnologie, technologie de l&#8217;information et de la communication, sciences cognitives) dépassent largement l&#8217;impact des nanosciences. Ce n&#8217;est pas la réduction à l&#8217;échelle mécanique de la vie qui importe, c&#8217;est la convergence de cette miniaturisation vers les cadres jusque-là fermées des sciences biologiques, informatives et cognitives. On peut désormais appliquer une technologie de l&#8217;information à la génétique, ou une propriété électronique à la biologie, ou plus pernicieux encore, telle que les lois de Moore le disposent, jouer sur la frontière des lois de l&#8217;économie et de l&#8217;économie des lois physiques (l&#8217;augmentation des performances de la mémoire et de la vitesse informatique, durant 30 ans au moins,  d&#8217;au moins un million de fois, correspond et réfléchit une déflation des coûts, et une augmentation proportionnelle de la productivité et de la rentabilité, et qui selon la même intensité, en retour, stimule l&#8217;augmentation des performances technologiques).<em> </em>Une technologie à l&#8217;échelle nanométrique rencontre trois sciences, selon le principe d&#8217;un langage commun : c&#8217;est le langage de la métaphore de la machine et de l&#8217;électronique moléculaire. L&#8217;usage d&#8217;un savoir l&#8217;emporte ainsi sur le savoir lui-même. L&#8217;objet d&#8217;un grand nombre de recherche s&#8217;articule sur le même sens, faire converger la technologie dans le façonnage de la vie humaine. L&#8217;homme, la nature et la machine ne sont plus seulement imbriqués dans le fonctionnement d&#8217;une machine-organe qui coupe les flux de désir, d&#8217;argent et d&#8217;énergie. Les connexions de flux incessant entre les subjectivités sont désormais biotechnologiquement intégrées les unes aux autres selon des lois scientifiques qui conditionnement le développement de l&#8217;histoire comme fini, au-delà du corps et de l&#8217;esprit, de la relation et de la solitude, à l&#8217;échelle de l&#8217;atome.</p>
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<p style="text-align:justify;margin:0;"><strong><span style="color:#ff0000;">Nanofiction : histoire cataclysmique</span></strong></p>
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<p style="text-align:justify;margin:0;">Il ne s&#8217;agit plus, tels que les pères fondateurs de la science et de la fiction l&#8217;avaient prévu, de fixer la capacité de miniaturiser le monde ou l&#8217;espèce, l&#8217;humain ou son savoir. Quid de La vision de Feynman (1959) ou d&#8217;Asimov (1966). En à peine moins de 50 ans, on a atteint les sommets de l&#8217;anticipation paranoïaque. Nous sommes déjà dans l&#8217;ère où l&#8217;on réalise de l&#8217;auto-organisation moléculaire, où l&#8217;on produit la vie à l&#8217;état brut. Le glissement linguistique des nanosciences vers les nanotechnologies démontrent clairement que les chercheurs et industriels n&#8217;investissent pas un nouvel univers, mais immédiatement, en prennent possession et le réinvestissent à l&#8217;échelle de la production, militaire et médicale. C&#8217;est cette volonté d&#8217;impuissance utilitariste, pour sauver la vie et détruire la vie, qui se fixe dans cet imaginaire de science-fiction seventies. L&#8217;ambiance est de celle que l&#8217;on retrouvait dans « L&#8217;homme qui valait trois milliards » ou « l&#8217;homme invisible », une science-fiction de carton-pâte, aux cols pelle à tarte. Pourtant, nous ne sommes plus dans le même imaginaire : les sciences et techniques les dépassant largement. En réalité, l&#8217;anthropomorphisme du robot-homme disparaît, l&#8217;inverse s&#8217;annonçant : l&#8217;homme se réduit à l&#8217;état machinique. Le nanoréel submerge l&#8217;utopie. Nos imaginations sont en devenir de ce nouveau mode de production du monde. Les nouvelles anticipations sont marquées au fer par cette révolution de l&#8217;infime vivant et non vivant. L&#8217;humanité entière est réduite à sa propre expérimentation. La hantise des « expérimentations » des camps d&#8217;internement et/ou d&#8217;extermination ne s&#8217;achève pas dans ces marges de l&#8217;Histoire, mais se réinvente comme modalité universelle d&#8217;expérience.</p>
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<p style="text-align:justify;margin:0;">Les romans de William Gibson, de Neal Stephenson ou de Michael Crichton sont trempés d&#8217;une matière paranoïaque lourde. Dans le roman de Crichton, « La proie » (2002), l&#8217;anéantissement de la vie sur terre par la « grey goo », une matière visqueuse grise composée de multitudes de nanorobots qui se reproduisent jusqu&#8217;à la prise de contrôle de la planète, est symptomatique de l&#8217;angoisse de la découverte et des usages de la microvie. Chez Stephenson, la nanotechnologie est poussée au rang de technologie ultime. Elle est le centre industriel de gouvernement des vies. « L&#8217;âge de diamant » (1995), c&#8217;est le temps totalitaire de la production artificielle de la vie. Les nanosciences recouvrent la forme et l&#8217;usage de commandement qui s&#8217;établit sur la frontière du réel et de l&#8217;anticipation, en investissant le corps jusqu&#8217;à sa réduction biologique en physique de la machine. On pénètre la réalité d&#8217;un pouvoir déjà établi, et d&#8217;une projection constante d&#8217;une humanité en fiction.  La nature est remplacée par des nanostructures, d&#8217;où la pollution nanostructurelle. La marche de cette « évolution » n&#8217;est permise que par le brouillard des connaissances. Le savoir n&#8217;est plus humain, il est transmis par des ordinateurs moléculaires s&#8217;adaptant à chaque lecteur, transformant la quête humaine en un jeu permanent et total.</p>
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<p style="text-align:justify;margin:0;">Le pli de l&#8217;histoire s&#8217;est une nouvelle fois de plus retourné, par réplication du même et du contraire, par impossibilité de saisir l&#8217;utopie comme alternative. L&#8217;archéologie du futur de Jameson se teinte de noir. La stratégie est de rendre inéluctable l&#8217;histoire selon un mouvement d&#8217;impulsion qui procède de sauver et de garantir la vie, tout en préparant activement les moyens de la riposte, de la mort à infliger, dans les rapports de force à venir, pour faire que l&#8217;on puisse commander aux autres, que l&#8217;on impose son hégémonie. Si l&#8217;essor des nanotechnologies est apparemment inéluctable dans le processus d&#8217;évolution, c&#8217;est à raison de cet optimum dégradé de la quête de puissance intime et de cet optimum généralisé à toutes les échelles de pouvoir. Ce n&#8217;est pas tant que nous n&#8217;ayons pas le temps physique du recul et de recherche de l&#8217;erreur qui nous commande, c&#8217;est surtout, l&#8217;emprise généralisée des rapports de force qui généralise la loi du profit et la loi de la force. Le moteur de l&#8217;Histoire n&#8217;est plus un progrès avoué. L&#8217;histoire est entrée dans le monde de l&#8217;immanence, où le passé apparaît en pointillé et où le futur s&#8217;énonce comme une improbabilité : il est venu le temps sans durée, le temps de l&#8217;immanence de soi, qui n&#8217;est qu&#8217;un temps d&#8217;autoblocage de la conscience, un temps de la barbarie ordinaire, où depuis Auschwitz, l&#8217;excuse est de ne pas savoir et de ne pouvoir faire autrement pour sauver sa vie ; celle-là même qui vaux plus que toutes autres, plus que des millions d&#8217;autres. Dans ce temps-là, tout est permis. La fin foucaldienne de l&#8217;homme, en tant qu&#8217;objet de science, semble achevée matériellement, concrètement pour parler la novlangue appauvrie de notre époque, historiquement, pour rester dans le champ prédominant des épistémès de la modernité, par l&#8217;instauration progressive d&#8217;une solitude sans avenir.</p>
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<p style="text-align:justify;margin:0;"><strong><span style="color:#ff0000;">Industries et posthumanité : devenir du réel</span></strong></p>
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<p style="text-align:justify;margin:0;">Il n&#8217;y a plus de particules élémentaires. Elles sont toutes des devenirs de laboratoires. Ceux qui les fabriquent sont désormais enclins à développer, selon un bon sens de gargote, sans aucune prévention des risques sanitaires immédiats, un futur qu&#8217;ils veulent construire tels des démiurges, pour ne pas rester en reste de l&#8217;aristocratie nouvelle de l&#8217;argent, et dépassant pour une fois leur temps, pour précéder tous ceux qui concourent à la quête de l&#8217;empreinte laissée à l&#8217;histoire. Nous sommes très loin de ce que nous annoncez les plus prudents des dénonciateurs des nanotechnologies, tels que Éric Drexler ou Bill Joy. Désormais le groupe international des « transhumanistes » (World Transhumanist association) agissant en réseau d&#8217;influence et de lobbying, est au stade d&#8217;influer sur les programmes du pentagone. L&#8217;enquête scientifique menée par l&#8217;estimable Jean-Pierre Dupuy semble, sur ses dires, transformée en enquête policière, à la seule différence, que les posthumanistes, extropiens, mutants de tous poils et autres, sont dans la parfaite légalité. Ils semblent n&#8217;émettre qu&#8217;une opinion aussi acceptable qu&#8217;une autre, dans le silence et l&#8217;indifférence générale, nous montrant une fois de plus à quoi servent les puissances aveuglantes de l&#8217;information. La constitution de réseaux d&#8217;influences posthumanistes, dont Dupuy à raison de rappeler qu&#8217;ils accompagnent le programme scientifique fédéral lancé par Bill Clinton, ne trahit en rien le fonctionnement du pouvoir contemporain. Nous sommes dans la norme de l&#8217;ignorance de masse qui s&#8217;intègre à la norme de l&#8217;usage élitaire d&#8217;un savoir/pouvoir hégémonique.</p>
<p style="text-align:justify;margin:0;"> </p>
<p style="text-align:justify;margin:0;">L&#8217;avancée des productions nanotechnologiques relève encore de sa phase simplement industrielle : sont déjà produits de la crème solaire, des pare-chocs de voiture, des pneus, des revêtements de surface, des outils de coupe, des médicaments, etc. Entre 1990 et 2000, le nombre de publications sur les nanosciences est passé de 1 à 80, de 20 entreprises dans les années 1990, on est passé à 230 au début 2000, à 1500 en 2005 ; l&#8217;aventure industrielle est en marche : la production de nanotubes renforçant la solidité, la fluidité, etc. des matériaux se généralise selon les lois marchandes. Ces technologies font ainsi planer un doute général sur leur prolifération et les risques sanitaires et environnementaux qu&#8217;elles pourraient générer. On se souvient, en 2003, de l&#8217;émotion suscitée en Grande-Bretagne par les déclarations du Prince Charles. Influencé par la lecture de « La Proie », il avait alors évoqué la possibilité de l&#8217;éminence de ces risques. Pourtant, peu on put examiner, dès 2004, les rapports d&#8217;expertise des compagnies d&#8217;assurances craignant une nouvelle crise, type amiante.  Peu n&#8217;osent avouer que les<em> </em>nanoparticules puissent perturber le fonctionnement de l&#8217;ADN. Comme toute découverte scientifique vitale au développement de l&#8217;économie, le processus ne semble pouvoir être interrompu que momentanément. La recherche et les productions ne s&#8217;arrêtent pas avec les faits divers, arrivant et disparaissant comme des histoires de fantômes. Elles ne sont pas stoppées par l&#8217;information savante ou commune, chaque fois relancées par de nouvelles découvertes ou de nouvelles potentialités d&#8217;application, notamment au secours de la vie humaine : redonner vie à un membre sectionné, construire une rétine artificielle, introduire des nanobots qui soignent intelligemment le corps, etc. Les bénéfices sur le long terme sont nets pour tout ce qui relève de la décontamination des milieux pollués dont le traitement de l&#8217;eau sera un enjeu indéniable. Également, les progrès médicaux, notamment par l&#8217;amélioration de l&#8217;efficacité des médicaments, ou encore, la révolution à venir des greffes ou d&#8217;implants, seront sur du long terme très importants. Les nanotechnologies se présentent toujours sous leurs meilleurs parements : la santé, la communication et l&#8217;information et le développement durable. Quid des risques bactériologiques évoquaient par Drexler, dès 1986, parce que de telles technologies sont capables de se reproduire ou du moins de se répliquer par elles-mêmes. Elles pourraient être tout simplement cataclysmiques puisque, par exemple, des bactéries créées dans un quelconque intérêt commun pourraient se répliquer à l&#8217;infini et causer des ravages sur la flore, sur la faune et sur l&#8217;humanité.  Quid des risques stratégiques, où toutes factions, tels ces pirates du génome humain, prenant possession de nanostructures proliférantes imposeraient, ce que l&#8217;on appelle au Pentagone, un conflit asymétrique. Mais on le sait, il ne s&#8217;agit plus de préparer la guerre pour garantir la paix, ce qui était déjà en soi absurde, les armes sont comme la drogue, quand il y en a, on les prend ; mais plus justement, de préparer la guerre pour la faire à ses anciens alliés, équipés, informés, industrialisés, mais dépendants de leurs nouveaux ennemis. Le pacte de la guerre atteint son apogée dans l&#8217;institution d&#8217;ennemis que l&#8217;on entretient et attise au gré des circonstances. Les nanosciences vont être au cœur de cette construction volontaire des conflits asymétriques. Quid, bien entendu, de la surveillance sociale et policière que permet la conjugaison d&#8217;un nanoespion inoculé ou implanté, conjugué à la surveillance satellitaire, qui nous renvoie à la société de contrôle type. Le langage politique s&#8217;en trouve affecté, tant le terme totalitarisme brûle les lèvres de beaucoup, sans que nous ne puissions l&#8217;utiliser que par usage relatif. Car s&#8217;il existe un totalitarisme de la surveillance, le libre consentement de ceux qui l&#8217;exigent, pour lutter contre les enlèvements au Mexique, ou pour lutter contre l&#8217;insécurité dans le monde développé, supprime big brother pour un panoptique dont le cœur est le sujet-roi et volontaire. Sans mot ni sens pour lutter contre cette forme nouvelle de servitude, les nanosciences sont par essence le nouveau moyen des sociétés de contrôle des subjectivités aliénées à leur propre devenir.</p>
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<p style="text-align:justify;margin:0;">Pour Jean-Pierre Dupuy, dont on ressent l&#8217;affliction et l&#8217;inquiétude, le problème est celui de la taille des enjeux. Ce n&#8217;est pas celui de l&#8217;incertitude que tendrait à limiter le principe juridique de précaution, dont on se souvient, que le rapport Attali voulait le faire disparaître au nom de la quête de croissance. Le problème, c&#8217;est l&#8217;état de nécessité qu&#8217;impose l&#8217;impulsion d&#8217;une telle découverte. Le biopolitique foucaldien peut être ainsi décloisonné théoriquement des usages que l&#8217;on en faisait jusqu&#8217;ici. Les nécessités biomédicales vont devenir le centre d&#8217;impulsion de la recherche des nanosciences. Une sorte de métalégitimité qui recouvre toute action envisageable en ce domaine, puisque c&#8217;est au nom de  la vie humaine que l&#8217;on s&#8217;engage dans un processus de modification de l&#8217;humanité. Alors que par ailleurs, l&#8217;homme corps se trouve privé de tous jugements critiques, perdant progressivement possession de l&#8217;esprit, du savoir et de l&#8217;éthique nécessaires à ce jugement. La révolution technoscienfique tourne au virage de la métaphysique, la source de la vérité, la raison d&#8217;être, la raison du fini, du tranché, étant dans l&#8217;infiniment petit ; Leibniz retrouvé dans une époque qui ne le lit pourtant plus.</p>
<p style="text-align:justify;margin:0;"> </p>
<p style="text-align:justify;margin:0;">L&#8217;ampleur des dégâts serait sans précédent dans l&#8217;histoire de l&#8217;humanité. L&#8217;homme est une machine imputationnelle et informationnelle, s&#8217;il se résout à ces fonctions agentiques, s&#8217;il répond à la quête totale de la vie, jusqu&#8217;à son absurde, au détriment de tous sens éthiques et notamment d&#8217;une éthique de la mort, effectivement la prophétie d&#8217;une fin d&#8217;un devoir-être commun se dessine. Nous pourrions, comme le prédisent certains chercheurs, atteindre une posthumanité robotique vivant par télépathie, selon le principe de la reproductibilité de la machine, et ainsi trouvant l&#8217;immortalité, et procédant ainsi d&#8217;une conscience collective intuitive, comme l&#8217;abeille dans la ruche. Sans un devoir-être commun qui nous lie en tant qu&#8217;humanité, nous ne sommes que de nouveaux matériaux avec de nouvelles propriétés, des êtres humains nouveaux avec de nouvelles propriétés physiologiques et morales, des sociétés nouvelles avec de nouvelles propriétés communicationnelles. Des sociétés biotechnologiques, où pour l&#8217;immortalité, l&#8217;humanité se sacrifierait, non seulement comme espèce vivante, mais aussi, comme sens du devenir d&#8217;un être désormais inachevé.</p>
<p style="text-align:justify;margin:0;"> </p>
<p style="text-align:justify;margin:0;"> </p>
<p style="text-align:justify;margin:0;">Consulter <strong><a href="http://www.lesilencedesnanos.com/">Julien Colin, Le silence des Nanos, Production <em>À Bout de Champ</em>, 2007.</a></strong></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Manifestation dans le cadre de la journée internationale contre la marchandisation de l'éducation]]></title>
<link>http://robergeb.wordpress.com/2008/10/17/manifestation-dans-le-cadre-de-la-journee-internationale-contre-la-marchandisation-de-leducation/</link>
<pubDate>Fri, 17 Oct 2008 22:03:02 +0000</pubDate>
<dc:creator>robergeb</dc:creator>
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<description><![CDATA[Une manifestation dans le cadre de la journée internationale contre la marchandisation de l&#8217;éd]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p>Une manifestation dans le cadre de la journée internationale contre la marchandisation de l&#8217;éducation se tiendra dans le centre-ville de Montréal le 5 novembre prochain.  Selon l&#8217;ASSÉ, le but de la manifestation sera de lancer la campagne de l&#8217;ASSÉ contre la présence et l&#8217;influence du privé dans les écoles.</p>
<p><em>&#8220;Cette année les attaques à l&#8217;endroit de notre système d&#8217;éducation et de nos services publics perdurent, quand elles ne se multiplient pas. Quand l&#8217;injustice devient loi, la résistance est un devoir.&#8221;<br />
</em><br />
Bref, de nombreux étudiants marcheront le 5 novembre prochain pour la solidarité.</p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Bienvenue chez les Ch'tis : un ailleurs bien meilleur]]></title>
<link>http://tempspresents.wordpress.com/2008/09/29/bienvenue-chez-les-chtis-un-ailleurs-bien-meilleur/</link>
<pubDate>Mon, 29 Sep 2008 07:00:01 +0000</pubDate>
<dc:creator>dominiquesistach</dc:creator>
<guid>http://tempspresents.wordpress.com/2008/09/29/bienvenue-chez-les-chtis-un-ailleurs-bien-meilleur/</guid>
<description><![CDATA[Par Dominique Sistach  En battant le record du box-office du cinéma français, en dépassant les 20 mi]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;"><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2008/09/lille.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-98" title="lille" src="http://tempspresents.wordpress.com/files/2008/09/lille.jpg" alt="" width="100" height="118" /></a>Par Dominique Sistach</span></strong> </p>
<p style="text-align:justify;">En battant le record du box-office du cinéma français, en dépassant les 20 millions de spectateurs, le film de Dany Boon fait courir une presse déjà passablement en souffrance, tant les sujets manquent pour tenter de comprendre le monde qui nous entoure, et plus précisément, tant les sujets manquent pour comprendre cette France qui résiste tant aux transformations du monde. Ce n&#8217;est pas le film que beaucoup veulent comme bon enfant qui est en jeu.<!--more-->Ce sont plutôt ces 17 millions de Français qui interpellent nos journalistes tout à coup sommés de devenir sociologues et de comprendre l&#8217;inexplicable. On se rend rapidement compte que ceux qui demandent l&#8217;enseignement des sciences humaines et sociales dès le primaire n&#8217;ont pas tort&#8230; Ceux qui font parler le succès du film en le présentant comme un objet culturel tout à fait honorable, populaire mais pas populiste, comique sans être une comédie, <em>etc</em>., veulent surtout nous parler de notre temps et de notre singularité.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;époque est morose comme tout temps marqué par le sentiment de récession et de délaissement. La France rit-jaune. Elle ne peut se retrouver et s&#8217;unifier que dans la représentation d&#8217;une fiction. Non pas dans un phénomène culturel ou dans un mouvement social, mais dans cette France représentée curieusement, comme si tout à coup 20 millions de Français se rendaient compte de notre différence : nous ne parlons pas tous la même langue, ne mangeons pas la même cuisine, ne connaissons pas la même empathie, &#8230; La triste comédie fait apparaître la vérité : la France unifiée, homogène, <em>du parlé français de la télévision</em>, n&#8217;existe pas, ou tout au moins pas totalement. La différence de nos amis ch&#8217;tis dépasse alors largement la surprise des peuples civilisés face à leur double sauvage. En ce sens, le film relève plus de l&#8217;anthropologie que de la sociologie.  Une anthropologie curieuse puisqu&#8217;il apparaît un assentiment général à observer l&#8217;unité par la diversité voire la marginalité, la France par ses régions, le centre par sa périphérie. Voilà un procédé de déterritorialité où je ne m&#8217;y connais pas : une sorte de contrecoup très dur à l&#8217;imaginaire national&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">La narration du film ne vaut comme sociologie que parce qu&#8217;il existe une France d&#8217;ailleurs qui est simultanément une France d&#8217;avant. Les « Ch&#8217;tis » sont alors une curiosité de distorsion de perception du temps et de l&#8217;espace. Cet ailleurs, si proche, si vrai, si réel, n&#8217;est qu&#8217;un autre temps. Il n&#8217;y a plus histoire, à tel point que les décors datent, les voitures de la poste paraissent antémitterrandiennes, que le Nord et le Pas de Calais paraissent être cet espace temps bloqué dans un ailleurs bien meilleur (je rassure tout le monde je connais personnellement un lillois qui est un vrai con). Les protagonistes, au titre d&#8217;une intrigue assez ridicule, doivent plonger l&#8217;une d&#8217;entre eux dans un Nord caricatural : ils utilisent alors la vieille ville de mineur, ville fantôme de notre <em>Closer North</em><sup>TM</sup>, notre Far West à nous, pour désorienter la bonnasse, et plonger vers le happy end, vers la réconciliation accessoire d&#8217;un couple et d&#8217;une France du nord et du sud (rien ne nous oppose vraiment si ce n&#8217;est la géographie et l&#8217;imbécilité des supporters sportifs). Ce que ne voient pas les apprentis sociologues et les sociologues qui tentent de vulgariser leur proses savantes, c&#8217;est que le film évoque ces temps disparus comme porteur de l&#8217;unité du temps présent. La lutte des classes en fantôme squelettique divise la France d&#8217;une autre manière que la pauvre opposition de nos accents et de nos petits mots affectueux. Ouf ! 17 millions de personnes sont maintenant rassurés : l&#8217;authenticité anti-bling-bling des ch&#8217;tis, sa petite tristesse, nous permettent de faire le deuil de ce que nul ne veut voir comme un champ de bataille, sans aucun mausolée, sans repentance ; les vestiges du monde ouvrier, qui ne sont même plus les fantômes monochromes d&#8217;Antonioni, demeurent les jeux d&#8217;une narration cinématographique paupérisée, d&#8217;une triste reconstitution d&#8217;une misère indigente.</p>
<p style="text-align:justify;">Bien entendu, la bande son est vitale. Non pas simplement le texte, qui est au rang du plancher ou de la <em>bilout </em> si vous préférez, mais plus justement cette sonorité, ce patois, ce <em>dialecte</em>, cette autre langue de France. Le film n&#8217;est pas, et c&#8217;est heureux, une quelconque tentation au virage ou au clin d&#8217;œil régionaliste. Ne l&#8217;oublions pas le but marchand fut d&#8217;unifier par la singulière simplicité des protagonistes. Non, là encore, le dépassement de l&#8217;espace comme métaphore politique étant impossible, par convenance et inutilité, ce dernier a bien lieu comme dépassement du temps historique. En un temps où il n&#8217;était pas encore venu celui du centralisme langagier, en un temps pré-révolutionnaire. Le « ch&#8217;ti » c&#8217;est l&#8217;anti novlangue. Ce n&#8217;est pas la langue d&#8217;un noir futur, mais bien celle d&#8217;un passé vide sublimé en un espace mystérieux magnifié.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;on peut sortir de sa salle de mégacinéma ravi, « <em>non du beau voyage que seul le septième art est capable de nous fournir »</em>, mais bien ravi de ce voyage dans le temps. Un temps où les gens parlaient une langue vraie et originaire, un temps où ces gens étaient gentils, limites <em>galettes</em> comme on dit ici au Sud de nulle part. Le succès du film montre là encore non un simple besoin de voir une chose simple portant sur la simplicité, mettant en scène des personnages simples, etc., mais surtout le besoin impérieux pour 20 millions de « Français » (peuvent ils encore s&#8217;affubler de cette fiction ?) de se retrouver autour de cette France éternelle, de cette France qui se retrouve autour d&#8217;un <em>road movie</em> totalement inédit où nos héros font une tournée postale en se bourrant la gueule ! Au cinéma, d&#8217;ailleurs, on ne sait plus pourquoi on y est allé. Peut-être pour vérifier les dires de son beau-frère, celui qui parle comme un délégué de l&#8217;UMP, plagiaire d&#8217;Ubu, pour faire probablement comme les autres, pour connaître cette complicité des bons mots à la fin des repas, mais surtout, pour vérifier la validité des résultats du film, pour faire sauter le jackpot, pour être, encore une fois, impliqué dans un devenir collectif.</p>
<p style="text-align:justify;">Le cinéma français connaissait des précédents. « La grande vadrouille » évoquait déjà ce rapport au temps historique refuge. À la fin des années soixante, ce qui faisait rire et réunifier un pays passablement brisé par ses différences politiques et sociétales, coincés entre le chaos de la décolonisation et <em>la chienlit à venir</em>, c&#8217;était De Funés et Bourvil : le bourgeois-musicien despote et le prolo-bonne-pâte servile. Deux hommes faits pour coexister mais surtout pas pour partager le même destin. Qu&#8217;est-ce qui pouvait troubler cet ordre immuable  des choses? Non pas la guerre, ni les Allemands, je vous le donne en mille, un parachutiste anglais ! Les troubles fêtes de services emmerdent tellement le monde qu&#8217;ils sont capables de l&#8217;inimaginable : réconcilier les deux France, dans un éclat de rire de légende, côte-à-côte, dans un lit de surcroît. La « grande vadrouille »,  c&#8217;était plus qu&#8217;un film, c&#8217;était une métaphore globale sur la France : différents à leurs extrêmes sociales, les Français savent communi(qu)er dans l&#8217;adversité des rencontres fortuites de l&#8217;histoire.</p>
<p style="text-align:justify;">Les « Cht&#8217;is » qui durant le rush de sa diffusion en salle était le film le plus vu au monde montre bien la France telle qu&#8217;elle veut s&#8217;imaginer. C&#8217;est cela qui rassure le plus. Jeunet avait parfaitement vu le coup avec Amélie P., qui n&#8217;était pas un film réactionnaire comme se plaisait à le dénoncer certains (rendons à Jeunet ce mérité d&#8217;être le seul <em>best seller director</em> à avoir réussi un véritable joyau de narration cinématographique, les autres ne font que raconter des histoires avec des images plus ou moins bien écrites et montées), mais tout simplement un film doudou, un film réconfort comme tous ces petits gestes réconfortant de l&#8217;enfance. Votre mégacinéma n&#8217;est plus une annexe culturelle de votre lotissement : c&#8217;est le ventre nourricier de la France éternelle, celle qui n&#8217;existe plus qu&#8217;au cinéma. Sarkozy en grand chef de la reconstruction nationale et de son identité voulait savoir ce que valait cette nouvelle pierre de touche du paysage culturel français : il se l&#8217;est fait projeter à l&#8217;Élysée, dans une salle construite pour Pompidou pour qu&#8217;il puisse visionner « La grande vadrouille », et en a conclu à l&#8217;unisson national : <em>tous des ch&#8217;tis, quelle poillade !</em> (dans le civil, le chef, parle comme un GPS publicitaire)</p>
<p style="text-align:justify;">Même indignation que de satisfaction à la vision de la banderole injurieuse d&#8217;autres « vrais français » pourtant, lors d&#8217;un match de football à Paris : <em>enlevez-moi cette saloperie !</em> Alors que tous les week-ends fleurissent les oripeaux de la haine ordinaire dans nos bons stades, les « ch&#8217;tis » étaient passés par là, et désormais, nos bons skinheads ordinaires ne pouvaient plus raillés, <em>les consanguins, les chômeurs, les pédophiles</em>. Non, désormais, ils sont le modèle même de la minorité locale protégée. Nos apprentis sociologues de journalistes, nos hommes et femmes politiques des terroirs, parlent ainsi de racismes anti-ch&#8217;tis (sic !) faisant taire ces histoires de bananes et de cris de singe contre tous footballeurs bronzés plus que la moyenne nationale.</p>
<p style="text-align:justify;">La France de 2008 dans l&#8217;attente de sa mutation que l&#8217;on nomme réforme de l&#8217;État, réforme des institutions, mais qui n&#8217;est qu&#8217;un changement de société, qu&#8217;une réorientation des conditions de la production des moyens de vie, se retrouve dans cette autre France, ni rurale, ni urbaine : la France des vaincus, la France de province (<em>pro vinci !</em>), la France de la « simplitude » pour parler le Ségolène, sont ces multiples visages apaisant. Le calme avant la tempête, un pauvre imaginaire contre la folie d&#8217;un jour, le bulletin mis dans l&#8217;urne : la pulsion de rupture que l&#8217;on n&#8217;assume plus impose la nécessaire recherche d&#8217;un refuge. 20 millions de Cortès en train de brûler leurs navires tentent de les reconstruire avec des bouts de charbon encore chauds, dans un imaginaire sans mouvement, dans un film figé, dans du non-cinéma, un fantasme. Si le film, qui a déjà rapporté plus de 100 millions d&#8217;euros de recettes, vient à battre le record absolu de l&#8217;histoire des salles nationales, le <em>blockbuster</em> Titanic, il faudra se rappeler qu&#8217;un succès populaire ne se réalise que par la métaphore de la fin, du non-retour, du naufrage. </p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
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<title><![CDATA[De Bruit et de fureur : skinheads [1/2]]]></title>
<link>http://tempspresents.wordpress.com/2008/09/29/de-bruit-et-de-fureur-skinheads-1/</link>
<pubDate>Sun, 28 Sep 2008 23:32:46 +0000</pubDate>
<dc:creator>nicolaslebourg</dc:creator>
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<description><![CDATA[Par Nicolas Lebourg   Ce sont des jeunes gens incorrects : racistes, violents, semeurs de troubles. ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p class="MsoNormal" style="line-height:150%;text-align:justify;margin:0;"><strong><span style="color:#ff0000;"><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2008/09/botte1.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-91" title="botte1" src="http://tempspresents.wordpress.com/files/2008/09/botte1.jpg" alt="" width="114" height="133" /></a>Par Nicolas Lebourg</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="line-height:150%;text-align:justify;margin:0;"> </p>
<p class="MsoNormal" style="line-height:150%;text-align:justify;margin:0;">Ce sont des jeunes gens incorrects : racistes, violents, semeurs de troubles. En 24 heures ils ont fait parler deux fois d’eux, poignardant à Barcelone, quant à la profanation d’un cimetière dans le Nord de la France. Présents internationalement, mais en faible nombre, les skinheads paraissent tant à la marge que l’on ne prend guère la peine de chercher à savoir qui ils sont et pourquoi… Ils ont pourtant une histoire, comme eux foutraque en diable. Si on prend la peine de la comprendre, on saura qu’elle éclaire non seulement un phénomène sociologique marginal moins simpliste qu’il n’y paraissait, mais aussi qu’elle est un révélateur des transformations sociales de ces dernières décennies.</p>
<p class="MsoNormal" style="line-height:150%;text-align:justify;margin:0;"> </p>
<p style="text-align:justify;"><!--more--></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong>Une jeunesse prolétaire et du folklore nazi</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;">Le phénomène skinhead provient des banlieues ouvrières anglaises de la fin des années 1960. Les premiers skins surgissent des Mods, un mouvement de jeunesse totalement apolitique, avide de rythm n’ blues, soul music et de scooters vespa garnis de rétroviseurs. Ces premiers skins portent fièrement des vêtements alors usuels. Ils peuvent faire le coup de poing contre des groupes de Pakistanais, mais il s’agit de violences de bandes, non d’actes politiques, de même que leur agitation autour des stades de football correspond simplement à une tradition du lumpenprolétariat anglais, radicalisée depuis les années 1950 mais remontant au début du siècle.</p>
<p style="text-align:justify;">Atone durant quelques années, le mouvement skinhead trouve une nouvelle génération en 1977, en réaction au punk. Cela mène le National Front, parti raciste en plein déclin électoral, à s’orienter vers celui-ci en même temps qu’il se met à prospecter la mouvance hooligan. La scène musicale skin se structure avec sa nouvelle musique (variante du punk, la « Oï », selon un mot formé par la contraction de « Hey, you ! », pour peu que l’on ait l’accent cockney). Apparu en Angleterre en 1982, en réaction au mouvement Rock Against Fascism, le Rock Against Communism (R.A.C.) est une courroie de transmission du National Front au sein de la jeunesse skinhead, lancée par Ian Stuart, le leader du groupe oï Skrewdriver, tous deux mythiques chez les skinheads européens. Le mouvement s’autostructure ensuite en faisant scission (1985) du White Noise Club lancé par le National Front pour créer Blood and Honour, qui reprend dans son intitulé une devise nazie. La structure en appelle à l’unité des skins et est proche de &#8220;l’internationale&#8221; skinhead Combat 18. Cette dernière représente bien l’univers skin. Son logotype est la Totenkopf S.S., le fameux crâne des S.S. en charge des camps de concentration, et « 18 » fait référence aux première et huitième lettres de l’alphabet pour « A.H. », c’est-à-dire « Adolf Hitler ». Blood and Honour n’est pas un mouvement internationalement structuré mais une sorte de chaîne de franchises.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">L’importation du phénomène en France</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">De son émergence en France (1979-1980) jusque vers 1984, la scène skin française est de forme apolitique. En 1984, est fondé le groupe de Oï Légion 88 (soit « H.H » pour « Heil Hitler ») qui se donne explicitement pour objectif de politiser les skinheads à l’extrême droite. Le groupe a créé nombre de parodies de chansons qui permettent de faire passer son message par le clin d’œil décalé : « Sur les sales nègres des tropiques » (« Sous le soleil des tropiques »); « Le massacre des sales rebeux » (« La ballade des gens heureux »); etc. En 1985, se crée le premier « skinzine » (fanzine skinhead) politisé, Bras tendu. C’est aussi l’année où le groupe Evilskins signe l’un des plus grands tubes skins dont les paroles sont un summum de provocation (« Le Führer est de retour / On va rallumer les fours / Dérouler le barbelé / Et préparer le Zyklon B »), et d’autres titres du même acabit (« Les communistes, il faut les tuer / Dans la rue, les rattraper, les crucifier / ils n’auront pas le temps de dire une phrase / Ils se retrouveront tous dans la chambre à gaz »).</p>
<p style="text-align:justify;">Deux ans plus tard, Gaël Bodilis, ouvrier à l’Arsenal de Brest, fonde le label de R&#8230;A.C. Rebelles Européens, d’obédience néo-nazie, qui devient rapidement le second label de musique skinhead d’Europe. Il milite au Front National de la Jeunesse, au groupuscule néo-fasciste Troisième Voie, puis se lie au très néo-nazi Parti Nationaliste Français et Européen (le logotype devient alors la Totenkopf), témoignant de manière révélatrice de la difficulté de la scène skinhead française à se stabiliser dans une structure politique. C’est en effet une clientèle nouvelle pour l’extrême droite juvénile, structurée jusque là par des enfants de la bourgeoisie.</p>
<p style="text-align:justify;">Ici les mœurs sont plus agitées. Ainsi le suivi des concerts peut-il amener à des « bastons » d’anthologie, telle celle qui se déroule à Argelès-sur-Mer à la fin des années 1980. Dans la station balnéaire, une troupe de skinheads effectue une &#8220;descente&#8221;, batte de base-ball à la main, qui les mène à l’affrontement avec quelques dizaines d’autres jeunes, des Maghrébins et des antifascistes. La bagarre est violente, des coups de feu impactent les murs, et l’événement crée localement une extrême tension. 17 skinheads sont interpellés, tous militants de Troisième Voie, tous passés les jours précédents par un camp d’été musclé avec entraînement à balles réelles. Les nationalistes partent ensuite pour LLoret del Mar pour un rassemblement européen de skinheads où doivent avoir lieu aussi bien des échanges politiques que des concerts, Evilskins étant présent. Suite à la rixe d’Argelès, les autorités espagnoles interdisent l’événement, mais celui-ci se déplace à Barcelone, ce qui donne lieu à des affrontements avec des punks locaux…</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">L’impossible organisation politique</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">La mouvance skinhead est très rapidement devenue un enjeu pour l’extrême droite française : comment l’utiliser sans en souffrir médiatiquement ? Pour user d’une mouvance il faut encore que celle-ci s’auto-organise un tant soit peu, ce qui n’est guère du goût des skinheads. L’une des rares figures à avoir émerger est Serge Ayoub alias « Batskin » (qui ne provient nullement du prolétariat). Outre le talent de gérer des troupes turbulentes il sait s’exprimer médiatiquement, est un temps un habitué des mass media, des talk-shows télévisés (débattant ainsi chez Christophe Dechavanne). Il dispose d’une troupe de fidèles, liée à Evilskins. Il parvient à inscrire l’agitation skin dans une perspective historique et politique, en mettant en avant des parallèles entre skinheads et Section d’Assaut du parti nazi. Ces hommes font alors aussi des service d’ordre pour le F.N. Ce dernier propose même aux élections municipales de 1995 une tête de liste à Serge Ayoub. Celui-ci la refuse en protestant que le service d’ordre frontiste a collaboré avec la police pour l’arrestation des skins ayant tué Brahim Bouarram en marge d’un défilé du premier mai.</p>
<p style="text-align:justify;">Cependant, la violence n’est plus un instrument de construction du politique comme dans l’entre-deux-guerres. Après des &#8220;ratonnades de masse&#8221; réalisées par des skinheads à Rouen et à Brest, les skinheads sont politiquement isolés tant même les groupuscules de l’extrême droite radicale craignent leurs débordements. L’isolement et la répression (forte après des meurtres racistes commis en 1988 et 1995) ont mené nombre de skinheads a raccroché les Docs, d’autres préfèrent passer au hooliganisme. « Batskin » lui-même disparaît de la scène. Il n’est réapparu que récemment, partageant la tribune de l’université d’été d’Egalité et Réconciliation, groupe mené par Alain Soral, écrivain jadis communiste devenu proche de Marine Le Pen, en compagnie de l’ex-humoriste Dieudonné et du néo-fasciste Christian Bouchet.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Premier bilan</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;">Les thèmes idéologiques centraux apparus dans la mouvance skin sont la guerre ethnique à mener et la dénonciation d’un complot juif mondial de métissage des races Malgré le poids du néo-nazisme folklorique, c’est une nouvelle culture de jeunesse qui s’élabore, avec des rituels et un a-dogmatisme qui ne sont pas le décalque, loin s’en faut, des formations de jeunesses fascistes de la première moitié du XXe siècle, dans un flux caractéristique de la mondialisation culturelle.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;"><a href="http://tempspresents.wordpress.com/2008/10/05/de-bruit-et-de-fureur-skinheads-2-et-fin/">Lire la suite de l&#8217;article.</a></span></strong></p>
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