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	<title>revolution-russe &amp;laquo; WordPress.com Tag Feed</title>
	<link>http://en.wordpress.com/tag/revolution-russe/</link>
	<description>Feed of posts on WordPress.com tagged "revolution-russe"</description>
	<pubDate>Wed, 02 Dec 2009 05:54:42 +0000</pubDate>

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<item>
<title><![CDATA[Célébrons le 92eme anniversaire de la Glorieuse Révolution d'Octobre ]]></title>
<link>http://futurrouge.wordpress.com/2009/11/06/celebrons-le-92eme-anniversaire-de-la-glorieuse-revolution-doctobre/</link>
<pubDate>Fri, 06 Nov 2009 15:35:22 +0000</pubDate>
<dc:creator>Futur Rouge</dc:creator>
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<description><![CDATA[(source : Dazibao Rojo Miguel Alonso para Correo Vermello. traduction FUTUR ROUGE) Le grand paradigm]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p><strong>(source : Dazibao Rojo Miguel Alonso para Correo Vermello. traduction FUTUR ROUGE)</strong></p>
<h4 style="text-align:justify;"><span style="color:#808080;"><span style="font-size:12pt;font-family:Arial;">Le grand paradigme révolutionnaire du XXe siècle est sans doute la Grande révolution socialiste d&#8217;Octobre (7 Novembre 1917)</p>
<p>Lorsque le Comité Militaire Révolutionnaire présidé par le Soviet de la ville, dirigée par Trotsky, sous la direction du camarade Lénine, ordonna, à l&#8217;aube, que le croiseur Aurora tire une salve contre le gouvernement provisoire de Kerenski agonisant, retranché dans la l&#8217;ancien Palais d&#8217;Hiver des tsars au bord de la Neva, naquis une nouvelle ère. Le matin même, les gardes rouges occupaient les rues de la ville de Petrograd, et les principales villes de Russie.</p>
<p>Depuis &#8220;La Commune de Paris&#8221; la muse de ce rêve devenu réalité pour tout le monde, personne et encore moins les sociaux-démocrates et révisionnistes mencheviks qui ont abjuré un temps, le caractère révolutionnaire du marxisme, ne pensait que le Drapeau Rouge brillerait en Russie avec une telle force et sa grandeur. Seul le noyau de la direction des bolcheviks était conscient de la grande étape.</p>
<p>Pour l&#8217;ancienne Europe de l&#8217;Espagne de la Hongrie de l&#8217;Allemagne de la France, les émeutes, les grèves générales, émeutes, révolutions, annonçaient une guerre de classe sans quartier.</p>
<p>Le premier État prolétaire naissait sous la forme de gouvernement des soviets. La bourgeoisie russe et internationale retenaient son souffle et ordonna à ses forces de déchirer l&#8217;état naissant, le nouveau pouvoir soviétique avec un large soutien populaire pour la direction du Parti communiste (bolchevik) et pour le camarade Lénine savait comment répondre à cette situation.</p>
<p>Le camarade V.I. Ulianov &#8220;Lénine&#8221; est mort le 21 janvier 1924, a été enterré avec le drapeau rouge de la Commune.. La guerre civile avait pris fin avec la victoire du pouvoir soviétique en 1921. Leon Trotsky, changea une autre fois, de faction, et le camarade Staline a poursuivi l’œuvre de Lénine. Depuis la direction il a dû développer l’URSS, étouffer le grand complot 37 et remporter la guerre a la première puissance impérialiste mondiale, le III Reich nazi, avec le coût élevé de 20 millions de morts.</p>
<p>La fausse guerre froide a commencé et de nouvelles révolutions ont triomphées. En 1949, Mao Tse-Toung proclama la République Populaire de Chine. Le prestige de l&#8217;URSS et de sa révolution étaient immenses, mais un virus, mal guérie, le révisionnisme a commencé à saper ses fondations. Mao l’a dénoncé dans les années 60 et a lancé la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne, nous savons maintenant comment il avait raison.<br />
Le 9 Novembre ils &#8220;célèbrent&#8221; la chute d’un mur qui n&#8217;aurai jamais probablement existé dans la patrie de Karl et de Frederich, de Rose et de Karl.</p>
<p>Le présent glorieuse de la Grande Révolution, c&#8217;est qu&#8217;elle marque le début d&#8217;un cycle qui n&#8217;est pas encore achevé. Dans sa riche expérience dans tous les aspects, dans le positif et le négatif. Des premiers nous avons à apprendre et des second, beaucoup plus, pour les éviter.</p>
<p>Galiza, Novembre 7, 2009</p>
<p>Vive le 92 anniversaire de la Grande Révolution socialiste d&#8217;Octobre! </span></span></h4>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Dissertation sur le thème: Crime et Châtiment de Dostoïevski]]></title>
<link>http://blog.sos-dissertations.com/2009/10/19/dissertation-sur-le-theme-crime-et-chatiment-de-dostoievski/</link>
<pubDate>Mon, 19 Oct 2009 21:45:25 +0000</pubDate>
<dc:creator>James Seven</dc:creator>
<guid>http://blog.sos-dissertations.com/2009/10/19/dissertation-sur-le-theme-crime-et-chatiment-de-dostoievski/</guid>
<description><![CDATA[Crime et Châtiment est probablement le roman de littérature russe le plus célèbre. Ecrit en 1866 par]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p><a href="http://www.academon.fr/Crime-et-Chatiment" target="_blank"><strong><em>Crime et Châtiment</em></strong> </a>est probablement le roman de <a href="http://blog.sos-dissertations.com/2009/06/12/comment-aborder-une-dissertation-sur-le-theme-de-la-litterature/" target="_blank">littérature russe</a> le plus célèbre. Ecrit en 1866 par <strong>Fédor Dostoïevski</strong>, l&#8217;ouvrage figure parmi les chef d&#8217;œuvres incontestés et ce au rang international.</p>
<p>Roman questionnant la souffrance, la religion, la morale et l&#8217;existence,<em><strong> Crime et Châtiment</strong></em> met en scène le personnage de Raskolnikov venant à tuer dès l&#8217;entrée de l&#8217;ouvrage une vieille prêteuse sur gage pour ne plus souffrir de la misère dans laquelle il se trouve. Toute l&#8217;oeuvre portera alors sur les remords, la culpabilité de son personnage principal cherchant la rédemption : cette dernière passera bien évidemment par sa dénonciation.</p>
<p><strong>Fédor Dostoïevski </strong>signe alors avec <em><strong>Crime et Châtiment </strong></em>l&#8217;une des oeuvres les plus célèbres de sa bibliographie, aux côtés de<em> L&#8217;Idiot</em> ou des <a href="http://www.sos-dissertations.com/Freres-Karamazov.htm" target="_blank"><em>Fréres Karamazov</em></a>. Considéré comme l&#8217;un des pères de la littérature russe contemporaine, <strong>Dostoïevski</strong> aborde les questions que sont celles de la philosophie : à savoir l&#8217;existence, la morale. Par ailleurs, la religion comme dans toute l&#8217;oeuvre de l&#8217;écrivain intervient comme le seul moyen de pour Raskolnikov de trouver la paix. La condamnation ne lui apporte rien : seule la foi parvient à soulager le châtiment.  L&#8217;existence de Dieu figure parmi l&#8217;une des questions récurrentes traversant toute son oeuvre. Remettant en cause sa réalité jusqu&#8217;à faire dire à l&#8217;un de ses personnages des <em>Frères Karamazov </em>&#8221; Si Dieu est mort, tout est permis ?&#8221;,  <strong>Fédor Dostoïevski</strong> ouvre la voie de la philosophie contemporaine.</p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Révolutions russes et totalitarisme (Souyri, 1976)]]></title>
<link>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/09/12/revolutions-russes-et-totalitarisme-souyri-1976/</link>
<pubDate>Sat, 12 Sep 2009 21:42:54 +0000</pubDate>
<dc:creator>admin</dc:creator>
<guid>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/09/12/revolutions-russes-et-totalitarisme-souyri-1976/</guid>
<description><![CDATA[Série de six compte-rendus par Pierre Souyri parus dans les Annales, n° de mars-avril 1976 (numérisa]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p>Série de six compte-rendus par <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/souyri-1925-1979/">Pierre Souyri</a> parus dans les <em>Annales</em>, n° de mars-avril 1976 (numérisation par le site www.persee.fr):</p>
<ul>
<li><strong> <a href="http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1976_num_31_2_293713_t1_0270_0000_001?_Prescripts_Search_isPortletOuvrage=false"> Marcel Liebman,<em> Le léninisme sous Lénine</em>, 2 vol.</a> </strong> [ + <a href="http://www.persee.fr/articleAsPDF/ahess_0395-2649_1976_num_31_2_293713_t1_0270_0000_001/article_ahess_0395-2649_1976_num_31_2_293713_t1_0270_0000_001.pdf" target="_blank"> pdf</a> <img src="http://www.critique-sociale.info/images/M_images/pdf_button.png" alt="" width="16" height="16" />]</li>
<li><strong> <a href="http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1976_num_31_2_293713_t1_0272_0000_001?_Prescripts_Search_isPortletOuvrage=false"> Paul Avrich,<em> La tragédie de Cronstadt, 1921</em></a> </strong> [+ <a href="http://www.persee.fr/articleAsPDF/ahess_0395-2649_1976_num_31_2_293713_t1_0272_0000_001/article_ahess_0395-2649_1976_num_31_2_293713_t1_0272_0000_001.pdf" target="_blank">pdf</a> <img src="http://www.critique-sociale.info/images/M_images/pdf_button.png" alt="" width="16" height="16" />]</li>
<li> <strong> <a href="http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1976_num_31_2_293713_t1_0273_0000_002?_Prescripts_Search_isPortletOuvrage=false"> Roy Medvedev,<em> Le stalinisme. Origines, histoire, conséquences</em></a> </strong> [+ <a href="http://www.persee.fr/articleAsPDF/ahess_0395-2649_1976_num_31_2_293713_t1_0273_0000_002/article_ahess_0395-2649_1976_num_31_2_293713_t1_0273_0000_002.pdf" target="_blank">pdf</a> <img src="http://www.critique-sociale.info/images/M_images/pdf_button.png" alt="" width="16" height="16" />]</li>
<li><strong> <a href="http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1976_num_31_2_293713_t1_0276_0000_000?_Prescripts_Search_isPortletOuvrage=false"> David Rousset,<em> La société éclatée. De la première à la seconde révolution mondiale</em></a> </strong> [+ <a href="http://www.persee.fr/articleAsPDF/ahess_0395-2649_1976_num_31_2_293713_t1_0276_0000_000/article_ahess_0395-2649_1976_num_31_2_293713_t1_0276_0000_000.pdf" target="_blank">pdf</a> <img src="http://www.critique-sociale.info/images/M_images/pdf_button.png" alt="" width="16" height="16" />]</li>
<li><strong> <a href="http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1976_num_31_2_293713_t1_0280_0000_002?_Prescripts_Search_isPortletOuvrage=false"> Alexandre Soljénitsyne,<em> L&#8217;Archipel du Goulag</em>, 2 vol.</a> </strong> [ + <a href="http://www.persee.fr/articleAsPDF/ahess_0395-2649_1976_num_31_2_293713_t1_0280_0000_002/article_ahess_0395-2649_1976_num_31_2_293713_t1_0280_0000_002.pdf" target="_blank">pdf</a> <img src="http://www.critique-sociale.info/images/M_images/pdf_button.png" alt="" width="16" height="16" />]</li>
<li><strong> <a href="http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1976_num_31_2_293713_t1_0284_0000_002?_Prescripts_Search_isPortletOuvrage=false"> Anatole Martchenko,<em> Mon témoignage. Les camps en U.R.S.S. après Staline</em></a> </strong> [ + <a href="http://www.persee.fr/articleAsPDF/ahess_0395-2649_1976_num_31_2_293713_t1_0284_0000_002/article_ahess_0395-2649_1976_num_31_2_293713_t1_0284_0000_002.pdf" target="_blank">pdf</a> <img src="http://www.critique-sociale.info/images/M_images/pdf_button.png" alt="" width="16" height="16" />]</li>
</ul>
<div>
<div>
<div><a title="Accès aux articles de cet auteur." href="http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/author/auteur_ahess_6549"><br />
</a></div>
</div>
</div>
<p style="text-align:center;"><img class="aligncenter" src="http://www.persee.fr/renderCover?issueKey=ahess_0395-2649_1976_num_31_2" alt="" width="450" height="570" /></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[L'industrialisation n'est pas le socialisme (Alligier, 1946)]]></title>
<link>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/07/09/lindustrialisation-nest-pas-le-socialisme-alligier-1946/</link>
<pubDate>Thu, 09 Jul 2009 14:27:19 +0000</pubDate>
<dc:creator>admin</dc:creator>
<guid>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/07/09/lindustrialisation-nest-pas-le-socialisme-alligier-1946/</guid>
<description><![CDATA[Dans les archives Extrait de Socialisme, bolchevisme et France, brochure de Charles Alligier (Sparta]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p style="text-align:right;"><span style="color:#800000;"><strong>Dans les archives</strong></span></p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">Extrait de <em>Socialisme, bolchevisme et France</em>, brochure de Charles Alligier (Spartacus, avril 1946). La brochure, qui se veut clarifier les points de désaccord entre socialistes et communistes (qui gouvernent alors ensemble), collectionne des arguments pour le moins variés. La publication intégrale de cette brochure pourrait certes présenter un intérêt historique mais dans l&#8217;immédiat, et surtout dans le cadre du travail déjà collecté par notre site sur le <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/themes/lurss/">thème de la nature de l&#8217;URSS</a>, créerait de la confusion plutôt qu&#8217;autre chose. Nous avons donc choisi d&#8217;en extraire un passage sur l&#8217;industrialisation où, même là, on remarquera que l&#8217;auteur semble intégrer complètement la logique même de l&#8217;immaturité des ouvriers, logique qui sous-tend toute bureaucratisation: les techniciens apporteraient l&#8217;expérience et la compétence, se rembourseraient en exerçant leur dictature technocratique. Réformiste, et répondant dans un rapport de force idéologique donné, Alligier ne semble pas percevoir clairement le lien entre bureaucratisation économique et bureaucratisation politique, entre absence de &#8220;libertés élémentaires&#8221; et absence de pouvoir ouvrier, entre capitalisme d&#8217;État et persistance d&#8217;une économie marchande. L&#8217;industrialisation , si elle est dénoncée comme n&#8217;étant pas une construction du socialisme, est pourtant justifiée par les même arguments de conditions objectives qui sont utilisées en creux contre les bolcheviks en 1917-18 (la Russie n&#8217;était pas prête économiquement, elle doit  nécessairement être mise à niveau), et si Alligier suggère que les bolcheviks ont fait le travail d&#8217;accumulation à la place de la bourgeoisie, il ne semble pas percevoir que la <em>façon</em> dont ils l&#8217;ont fait a définitivement consolidé la dictature bureaucratique contre les prétentions soviétistes de départ.</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">On avait promis au monde la révolution sociale, mais la matière manquait. (&#8230;) Le seul sens commun eût d&#8217;ailleurs suffi à établir que, pour socialiser les moyens de production et d&#8217;échange, il fallait qu&#8217;ils existent. Or, une telle création a toujours été l&#8217;oeuvre du capitalisme et de la bourgeoisie. Et la bourgeoisie, en Russie, n&#8217;existait pas, sauf sous les espèces de ce qu&#8217;on appelait alors &#8220;l&#8217;intelligentsia&#8221;, c&#8217;est-à-dire les professions libérales.</p>
<p style="text-align:justify;">Faisant de nécessité vertu, les bolcheviks constatent que l&#8217;étape que l&#8217;étape &#8220;bourgeoise-capitaliste&#8221; ne pouvait être supprimée &#8211; et pour cause &#8211; pour arriver au socialisme se résolurent à une solution audacieuse &#8211; la seule qui leur restât: se substituer eux-mêmes au capitalisme et à la bourgeoisie et faire ce que, pendant près de deux siècles, la classe bourgeoise avait réalisé dans le reste du monde.</p>
<p style="text-align:justify;">Il fallait à la fois créer une économie industrielle et un prolétariat ouvrier.</p>
<p style="text-align:justify;">Les conditions matérielles et morales étaient loin d&#8217;être satisfaisantes pour une telle entreprise. En tout cas, elles justifiaient le maintien de la dictature du parti, et disons franchement que dans une certaine mesure elles l&#8217;imposaient.</p>
<p style="text-align:justify;">Néanmoins, d&#8217;un autre côté, elles avaient des avantages énormes.</p>
<p style="text-align:justify;">Le capitalisme bourgeois n&#8217;avait pu se développer que progressivement. Il avait eu à lutter contre les formes et les forces économiques révolues. Il avait dû attendre que le génie des inventeurs lui fournit les possibilités d&#8217;une production intensifiée et accélérée. Ce n&#8217;est que par une lutte incessante dans son propre sein qu&#8217;il avait pu arriver à ce degré de concentration qui, des premières manufactures, aboutissait aux trusts.</p>
<p style="text-align:justify;">Enfin, il avait eu à combattre les revendications incessantes d&#8217;un prolétariat chaque jour plus conscient de sa force et qui transportait ses revendications du terrain économique sur le terrain politique, où il fallait bien le suivre.</p>
<p style="text-align:justify;">La situation économique du monde civilisé, au moment où la Russie communiste décidait de se mettre à son niveau, était le résultat d&#8217;un siècle et demi de l&#8217;effort le plus puissant et le plus révolutionnaire que l&#8217;Histoire ait connu.</p>
<p style="text-align:justify;">De cet effort, dont le socialisme se déclare légitimement l&#8217;héritier, le communisme russe allait être le bénéficiaire moral et technique.</p>
<p style="text-align:justify;">Non seulement, en effet, il n&#8217;aurait pas à avancer en tâtonnant et en faisant en quelque sorte son apprentissage de lui-même. Mais encore le capitalisme était prêt à lui fournir, sans délai toute la partie technique de sa construction. Les machines, les inventions, l&#8217;outillage le plus perfectionné, l&#8217;expérience industrielle étaient à sa disposition. Les ingénieurs et tous les techniciens de la production lui apportaient un concours illimité.</p>
<p style="text-align:justify;">(&#8230;) Mais cette transformation, cette industrialisation pour dire le mot, ce n&#8217;est pas du socialisme. Le fait que le profit individuel a été supprimé dans une très large mesure ne suffit pas, loin de là, à créer une société socialiste.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce que l&#8217;U.R.S.S. a réalisé, c&#8217;est un capitalisme d&#8217;Etat et qui, comme le capitalisme bourgeois, subordonne l&#8217;homme à ses propres intérêts.</p>
<p style="text-align:justify;">Il y a cependant quelque-chose de révolutionnaire dans la structure économique des Soviets. C&#8217;est cette absence de profit individuel dont nous avons parlé plus haut et dont nous ne songeons pas à sous-estimer l&#8217;importance, du point de vue même de notre propagande.</p>
<p style="text-align:justify;">Qu&#8217;une telle société puisse fonctionner démontre évidemment la faillite de l&#8217;argument psychologique, qu&#8217;on a si longtemps opposé au socialisme, et selon lequel personne ne travaillera lorsqu&#8217;il n&#8217;y trouvera plus un avantage individuel.</p>
<p style="text-align:justify;">Argument qui calomniait l&#8217;homme et qu&#8217;aujourd&#8217;hui il n&#8217;est plus possible d&#8217;utiliser.</p>
<p style="text-align:justify;">Nous ne reprochons pas aux communistes russes d&#8217;avoir suivi la voie de la nécessité et, pour le moment, nous ne chercherons pas à savoir si l&#8217;évolution qu&#8217;ils poursuivent n&#8217;aurait pas pu s&#8217;accomplir dans des conditions tout à fait différentes. Quoiqu&#8217;ils eussent certes pu accorder aux travailleurs russes ces libertés élémentaires que les travailleurs occidentaux ont su à la fois maintenir, conquérir, élargir par une lutte incessante et parallèle à la lutte économique.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce que nous leur reprochons, c&#8217;est d&#8217;avoir trompé le peuple russe lui-même et de tenter de tromper les autres peuples pour la satisfaction du rôle orgueilleux qu&#8217;ils se sont attribué de nouveaux Moïses conducteurs des nations vers la Terre Promise du socialisme.</p>
<p style="text-align:justify;">Pour la réalisation du socialisme, nous avons vu qu&#8217;il fallait des conditions qui n&#8217;existaient pas en Russie. Et pour être certains qu&#8217;elles n&#8217;existent pas encore, il nous suffit de faire appel au plus élémentaire bon sens.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce n&#8217;est pas en vingt années, dont quelques-unes ont été à peu près consacrées à la guerre civile, qu&#8217;il étaient possible de créer un système industriel et un ensemble de moyens de production au moins équivalent à ceux des grands pays capitalistes de l&#8217;Europe et de l&#8217;Amérique, ceci dans une Russie de près de 200 millions d&#8217;habitants et plusieurs plus grande à elle seule que tout le reste de l&#8217;Europe. (&#8230;) Le prolétariat des grands pays capitalistes n&#8217;a pas été, de son côté, une génération quasi spontanée.</p>
<p style="text-align:justify;">Il s&#8217;est développé lentement, il a grandi par un effort incessant à la fois en capacité technique, économique et en capacité politique.</p>
<p style="text-align:justify;">Là même où il est le plus développé, où déjà plusieurs générations de travailleurs ont connu les avantages de l&#8217;instruction obligatoire, les syndicats sont les premiers à reconnaître qu&#8217;ils devront encore se perfectionner par un effort théorique et pratique, pour être capables d&#8217;assumer la gestion économique de la société.</p>
<p style="text-align:justify;">S&#8217;il en est dès maintenant qui en soient capables, c&#8217;est le résultat de longues luttes et de longs efforts. Et il y faut aussi autre chose.</p>
<p style="text-align:justify;">N&#8217;oublions pas la définition de la société socialiste donnée par Jules Guesde: &#8220;Une République de travailleurs libres et associés&#8221;.</p>
<p style="text-align:justify;">Travailleurs libres. Voilà le maître mot.</p>
<p style="text-align:justify;">Le socialisme sera un monde d&#8217;hommes libres.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais la liberté n&#8217;est pas un don du ciel, ni même du Politburo de Moscou. Cela se conquiert et cela s&#8217;apprend par un long usage.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce n&#8217;est pas avec une dictature de fer qu&#8217;on enseigne la liberté. Cela même, si on réussit à convaincre les travailleurs qu&#8217;ils sont les plus libres et les plus heureux du monde, en leur enlevant toutes les possibilités de comparaison avec ce qui se passe ailleurs. Une dictature économique n&#8217;est que du capitalisme d&#8217;Etat dirigé par une technocratie [1].</p>
<p style="text-align:justify;">Nous comprenons parfaitement que, partant de sa dictature politique, le parti communiste, dans l&#8217;état où il prenait la Russie, devait être amené à réaliser son industrialisation de cette façon.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais nous ne sommes pas d&#8217;accord lorsque ledit parti prétend que son oeuvre est la réalisation de l&#8217;idéal socialiste. Encore moins lorsqu&#8217;il affirme que nous devons prendre exemple sur lui et que nous devons l&#8217;accepter comme maître.</p>
<p style="text-align:justify;">Si l&#8217;on envisage les réalisations matérielles et le développement industriel de l&#8217;U.R.S.S., une observation préliminaire s&#8217;impose. L&#8217;U.R.S.S., à ce point de vue, est très en retard sur les grands pays occidentaux. Mais, pour être juste envers son gigantesque effort en ce domaine, il ne faut pas considérer le point où elle est arrivée, mais le point d&#8217;où elle est partie. Et nous avons vu qu&#8217;elle est partie avec un retard de plusieurs siècles.</p>
<p style="text-align:justify;">(&#8230;) Rien ne se fait sans le concours du temps, et cela est vrai surtout dans le domaine économique. On ne réalise pas en partant de zéro et en vingt ans, ce que les autres &#8211; non moins bien doués et disposant d&#8217;un matériel humain beaucoup plus évolué &#8211; ont mis près de deux siècles à établir.</p>
<p style="text-align:justify;">Et ici encore ce que nous reprochons à l&#8217;U.R.S.S. ce n&#8217;est pas son retard. C&#8217;est de le nier. C&#8217;est de nous assurer qu&#8217;elle est arrivée à un point de développement industriel qui n&#8217;a rien à envier à personne. C&#8217;est de nous affirmer par conséquent que se trouve réalisée, sur son territoire, la condition essentielle d&#8217;une société socialiste.</p>
<p style="text-align:justify;">Qu&#8217;elle ait réussi à créer une société sans profit individuel, ce qui est aussi le cas du capitalisme d&#8217;Etat? D&#8217;accord. Qu&#8217;elle ait accompli, dans le domaine de l&#8217;industrialisation, des progrès extraordinaires? On en convient encore. Mais que tout cela suffise à créer une société socialiste? Nous ne le croyons pas.</p>
<p style="text-align:justify;">Les dirigeants soviétiques, s&#8217;ils le disent, ne le croient pas plus que nous. Et c&#8217;est là l&#8217;explication, l&#8217;unique explication du &#8220;rideau de fer&#8221; qu&#8217;ils ont eux-mêmes abaissé aux frontières de leur pays.</p>
<p style="text-align:justify;">Comment! Ils ont réalisé, à les entendre, le plus beau régime socialiste&#8230; les travailleurs y vivent dans des conditions de liberté, de bien-être et de confort inégalées ailleurs! Et ils n&#8217;ouvrent pas les portes toutes grandes&#8230; Ils n&#8217;invitent pas les peuples du monde entier à venir contempler, admirer et prendre exemple sur eux.</p>
<p style="text-align:justify;">(&#8230;) Et l&#8217;on comprend trop qu&#8217;il ne faut pas confondre la réalité avec la propagande à l&#8217;usage de la mystique soviétique!</p>
<p style="text-align:justify;">Cependant, la guerre a créé des conditions qui ont, sinon ouvert la Russie au monde, du moins amené un peu de Russie soviétique dans le reste du monde.</p>
<p style="text-align:justify;">Des millions de soldats de l&#8217;armée rouge ont franchi le &#8220;rideau de fer&#8221; et se sont répandus dans l&#8217;est européen.</p>
<p style="text-align:justify;">(&#8230;) Or, il n&#8217;apparaît pas du tout qu&#8217;ils aient constaté la suépriorité de leurs moyens de vie. Tout le monde sait que c&#8217;est le contraire. Les soldats de l&#8217;U.R.S.S. qui demeurent en pays occupés seraient enchantés d&#8217;y rester le plus longtemps possible, parce qu&#8217;ils s&#8217;y trouvent mieux que chez eux. Quant à ceux qui sont rentrés en Russie après un séjour hors de chez eux, ils manifestent un état critique qui n&#8217;est pas sans inquiéter les dirigeants soviétiques [2].</p>
<p style="text-align:justify;">Si nous considérons maintenant les choses de l&#8217;autre côté de la barricade, nous constatons que partout où l&#8217;armée rouge s&#8217;est installée, partout où l&#8217;on a pu &#8220;admirer&#8221;, <em>de visu</em>, les citoyens soviétiques et leurs méthodes, le prestige de l&#8217;U.R.S.S. a fait fiasco.</p>
<p style="text-align:justify;"><em><span style="text-decoration:underline;">Notes</span>:</em></p>
<p><span> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span>[1] Une dictature de techniciens.<span style="color:#888888;"> [Note d'origine]</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span>[2] Voir dans le même sens le témoignage d&#8217;El Campesino (<em>La Vie et la mort en URSS</em>, sous-chapitre &#8220;Le sort des soldats démobilisés&#8221;, p. 94-97) <span style="color:#000000;">&#8220;</span> <em>Ces soldats &#8211; au nombre de près de huit millions &#8211; avaient pu se rendre compte par eux-mêmes comment vivaient les ouvriers, les paysans et les soldats des pays capitalistes. Malgré la prudence qu&#8217;ils s&#8217;imposaient, ils parlaient beaucoup trop</em> (&#8230;)&#8221; <span style="color:#888888;">[Note de la <em>BS</em>]</span><span style="color:#000000;"> </span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span><a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2009/07/masses-pub1947-450pixe.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-11186" title="masses-pub1947-450pixe" src="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2009/07/masses-pub1947-450pixe.jpg" alt="masses-pub1947-450pixe" width="450" height="678" /></a></span></p>
<p style="text-align:right;"><span> </span>[<em>English translation</em>: see first comment below]</p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[La revue "Kommounist" et les communistes de gauche en 1918 (Brinton, 1970)]]></title>
<link>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/06/10/la-revue-kommounist-et-les-communistes-de-gauche-en-1918-brinton-1970/</link>
<pubDate>Wed, 10 Jun 2009 17:33:45 +0000</pubDate>
<dc:creator>lucien</dc:creator>
<guid>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/06/10/la-revue-kommounist-et-les-communistes-de-gauche-en-1918-brinton-1970/</guid>
<description><![CDATA[Nous publions ici un deuxième extrait de Les bolcheviks et le contrôle ouvrier, par Maurice Brinton,]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><blockquote>
<p style="text-align:justify;">Nous publions ici un deuxième extrait de <em>Les bolcheviks et le contrôle ouvrier</em>, par <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/brinton-1923-2005/">Maurice Brinton</a>, brochure du groupe <em>Solidarity</em> traduite en français  dans<em> Autogestion et socialisme</em> (sept.-déc. 1973) <font size="-2">[disponible en <span style="color:#808080;"><a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2008/08/brinton-control.pdf">anglais</a> </span><img src="http://www.critique-sociale.info/images/M_images/pdf_button.png" alt="" width="16" height="16" />]</font>. Le courant des communistes russes de gauche de la revue <em>Kommounist </em>est aussi l&#8217;objet d&#8217;un chapitre du livre de Leonard S[c]hapiro <em>Les origines de l&#8217;absolutisme communiste (les bolcheviks et l&#8217;opposition 1917-1922)</em> <font size="-2">[disponible en <a href="http://www.archive.org/download/originofthecommu012303mbp/originofthecommu012303mbp.pdf">anglais</a> <a href="http://www.archive.org/download/originofthecommu012303mbp/originofthecommu012303mbp.pdf"><img src="http://www.critique-sociale.info/images/M_images/pdf_button.png" alt="" width="16" height="16" /></a>]</font>, dont nous avons déjà publié deux extraits (sur <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/themes/2008/09/20/lopposition-syndicale-russe-en-1920/">l&#8217;opposition syndicale</a> et les <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/09/20/2008/09/17/lopposition-legale-des-mencheviks-en-russie-1918-1922/">mencheviks</a>). <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/souyri-1925-1979/">Pierre Souyri</a>, dans <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1970-le-marxisme-apres-marx-souyri/"><em>Le Marxisme après Marx,</em></a> les évoquait ainsi: &#8220;<em>a surgi un problème complètement imprévu par la théorie marxiste et qui va être au centre des déchirements du bolchevisme : celui de la bureaucratisation de l&#8217;État prolétarien. Cette évolution du régime soviétique suscite, très tôt, des inquiétudes et des oppositions parmi les communistes russes eux-mêmes qui se demandent si la révolution n&#8217;est pas en train de dévier bien loin de ses objectifs.</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em>Dès 1918 les « communistes de gauche » &#8211; Boukharine, Radek, <a href="http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=331">Ossinski</a>, <a href="http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=775">Ouritsky</a>, etc. dénoncent les mesures qui, mettant un terme aux tentatives de gestion ouvrière de la production, rétablissent dans les usines une autorité directoriale souvent confiée à des spécialistes bourgeois. En même temps, ils critiquent le rôle croissant des commissaires dans le fonctionnement des soviets et voient, dans ce déclin de la démocratie directe, le signe que le pouvoir est en train de devenir une force étrangère au prolétariat qui étouffera ses initiatives et ruinera ses capacités d&#8217;organisation. Pour eux, le socialisme ne peut naître que des initiatives et des capacités gestionnaires du prolétariat et, dès le mois d&#8217;avril 1918 <a href="http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=331">Ossinski</a> souli­gnera le risque que court le régime d&#8217;évoluer non , pas vers le socialisme mais vers un capitalisme d&#8217;État qui se stabilisera</em>.&#8221;</p>
<p style="text-align:justify;">On signalera que la revue<em> Kommounist</em> a été rééditée chez Kraus International Publications en 1990 à New York (reprint de l&#8217;original) avec une introduction de Ronald Kowaski. (ISBN-10:0527873217; ISBN-13:9780527873219)</p>
</blockquote>
<p><strong>20 avril 1918</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Le problème du contrôle ouvrier est maintenant largement discuté dans le Parti lui-même. Le Comité du District de Leningrad publie le premier numéro de <em>Kommounist </em>(revue théorique des communistes &#8220;de gauche&#8221;, dirigée par Boukharine, Radek et Ossinsky, et plus tard Smirnov). Ce numéro contenait les &#8220;Thèses sur la situation actuelle&#8221; du comité de rédaction. La revue dénonçait &#8220;une politique du travail destinée à imposer une discipline aux travailleurs, sous couvert d&#8217; &#8220;autodiscipline&#8221;, l&#8217;introduction du travail obligatoire, le salaire aux pièces et l&#8217;allongement de la journée de travail.&#8221; Elle affirmait que &#8220;l&#8217;introduction de la discipline du travail en liaison avec la restauration de la gestion capitaliste dans l&#8217;industrie ne peut pas augmenter vraiment la productivité du travail, mais elle diminuera l&#8217;initiative de classe, l&#8217;activité et la capacité d&#8217;organisation du prolétariat. Elle menace d&#8217;asservir la classe ouvrière et va accroître le mécontentement non seulement parmi les éléments arriérés, mais aussi parmi l&#8217;avant-garde du prolétariat. Pour réaliser dans la pratique ce système, étant donné la haine qui règne dans le prolétariat contre les &#8220;saboteurs capitalistes&#8221;, le Parti Communiste devra s&#8217;appuyer sur la petite-bourgeoisie, contre les ouvriers.&#8221; Et ce faisant &#8220;il se détruira lui-même en tant que parti du prolétariat&#8221;.</p>
<p style="text-align:justify;">Le premier numéro de cette nouvelle revue contenait aussi un sérieux avertissement de Radek: &#8220;</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">Si la Révolution russe était renversée par la violence de la contre-révolution bourgeoise, elle renaîtrait de ses cendres comme le Phénix; mais si elle perdait son caractère socialiste et décevait ainsi les travailleurs, ce coup aurait des conséquences dix fois plus terribles pour l&#8217;avenir de la révolution russe et internationale&#8221; [1] </span></p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Le même numéro mettait en garde contre la &#8220;centralisation bureaucratique, la domination de divers commissaires, la perte de l&#8217;indépendance des soviets locaux et, en pratique, le rejet du modèle de l&#8217;État-Commune administré par en bas&#8221;[2]. &#8220;C&#8217;est très bien &#8211; remarquait Boukharine &#8211; d&#8217;écrire comme Lénine l&#8217;a fait (dans <em>l&#8217;État et la Révolution</em>) que chaque cuisinière devrait apprendre à diriger l&#8217;État. Mais qu&#8217;arrive-t-il quand chaque cuisinière a derrière elle un commissaire qui lui donne constamment des ordres?&#8221;.</p>
<p style="text-align:justify;">Le second numéro du journal contenait quelques commentaires commentaires prophétiques d&#8217;<a href="http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=331">Ossinsky</a>:</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">&#8220;Nous sommes partisans de la construction d&#8217;une société prolétarienne, par la créativité de la classe des travailleurs eux-mêmes, et non par des oukases des capitaines d&#8217;industrie (&#8230;). Si le prolétariat lui-même ne sait pas créer les conditions nécessaires d&#8217;une organisation socialiste du travail, personne ne peut le faire à sa place. Et personne ne peut l&#8217;y contraindre. Si le bâton se lève contre les ouvriers, il se trouvera dans les mains, ou d&#8217;une autre force sociale, ou du pouvoir soviétique lui-même. Mais le pouvoir soviétique sera alors obligé de chercher l&#8217;appui d&#8217;une autre classe (la paysannerie, par exemple) contre le prolétariat, et, par là, il se détruira lui-même en tant que dictature du prolétariat. Le socialisme et l&#8217;organisation socialiste seront établis par le prolétariat lui-même ou ne seront pas; à leur place, apparaîtra autre chose: le capitalisme d&#8217;État&#8221;[3].</span></p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">
<div id="attachment_10565" class="wp-caption aligncenter" style="width: 140px"><a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2009/06/obolensky_dit_ossinski.jpg"><img class="size-full wp-image-10565" title="obolensky_dit_ossinski" src="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2009/06/obolensky_dit_ossinski.jpg" alt="Ossinski" width="130" height="130" /></a><p class="wp-caption-text">Ossinski</p></div>
<p>Lénine réagit violemment, avec l&#8217;inévitable chapelet d&#8217;injures &#8220;appropriées&#8221;. Les thèses des &#8220;communistes de gauche&#8221; étaient une &#8220;honte insigne&#8221;, un &#8220;total abandon du communisme dans la pratique&#8221;, un &#8220;ralliement total à la petite bourgeoisie&#8221;. Les &#8220;communistes de gauche&#8221;, &#8220;pénétrés jusqu&#8217;à la moelle de la psychologie de l&#8217;intellectuel petit-bourgeois déclassé&#8221;, &#8220;se sont laissé prendre à la provocation des Issouv [leader menchevik] et autres Judas capitalistes&#8221;[4]. A Leningrad, on lança rapidement une campagne qui prit des proportions telles que <em>Kommounist </em>dut transférer sa publication à Moscou, où le journal réapparut d&#8217;abord sous les auspices de l&#8217;organisation régionale du Parti, et plus tard comme porte-parole &#8220;non officiel&#8221; d&#8217;un groupe de camarades. Après la parution du premier numéro de la revue, une Conférence du Parti à Leningrad convoquée à la hâte donna une majorité aux &#8220;léninistes&#8221; et &#8220;demanda que les partisans de <em>Kommounist</em> mettent fin à leur existence organisationnelle séparée&#8221;[5]. Voilà ce qu&#8217;il en était du droit de tendance&#8230; en 1918 (c&#8217;est-à-dire bien avant l&#8217;interdiction officielle des tendances par le X° Congrès &#8211; en 1921).</p>
<p style="text-align:justify;">Durant les mois qui suivirent, les léninistes réussirent à s&#8217;emparer de la direction de l&#8217;organisation du Parti dans des régions qui avaient au départ soutenu la &#8220;gauche&#8221;. Vers la fin du mois de mai, l&#8217;organisation du Parti de la région de l&#8217;Oural (dont la composition était essentiellement prolétarienne), dirigée par Préobrajenski, et le Bureau régional de Moscou, furent &#8220;conquis&#8221; par les partisans de la direction du Parti. Le quatrième et dernier numéro de <em>Kommounist</em> (mai 1918) dut être publié comme l&#8217;organe &#8220;privé&#8221; d&#8217;une tendance. Comme le note Daniels, ces importantes questions, du plus grand intérêt pour l&#8217;ensemble de la classe ouvrière, ne furent pas résolues &#8220;par la discussion, la persuasion ou le compromis, mais par une vaste campagne de pressions dans les organisations du Parti, accompagnée d&#8217;un feu roulant d&#8217;insultes et d&#8217;accusations dans la presse du Parti et dans les déclarations de ses dirigeants. La polémique de Lénine donna le ton, et ses lieutenants se chargèrent de ramener les militants dans le droit chemin&#8221;[6].</p>
<p style="text-align:justify;">(&#8230;) <strong>Mai</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Préobrajenski lance cet avertissement dans <em>Kommounist</em>: &#8220;Le Parti aura bientôt à décider dans quelle mesure la dictature de quelques individus sera étendue des chemins de fer et d&#8217;autres branches de l&#8217;économie, au Parti lui-même&#8221; [7].</p>
<p style="text-align:justify;">(&#8230;) <strong>24 Mai-4 Juin</strong></p>
<p style="text-align:justify;"><em>Le premier Congrès Panrusse des Conseils Économiques Régionaux</em> se tient à Moscou.</p>
<p style="text-align:justify;">(&#8230;) Ossinsky défendit avec fermeté la démocratisation de l&#8217;industrie, et attaqua le &#8220;salaire aux pièces&#8221; et le &#8220;taylorisme&#8221;. Il fut soutenu par Smirnov et par un certain nombre de délégués régionaux. L&#8217; &#8220;opposition&#8221; exigea la reconnaissance et l&#8217;achèvement de la nationalisation de facto de l&#8217;industrie qu&#8217;étaient en train de réaliser les Comités d&#8217;usine et demanda la création d&#8217;une instance économique nationale suprême fondée sur &#8211; et représentant &#8211; les organes de contrôle ouvrier [8]. Elle réclama la formation d&#8217;une &#8220;administration ouvrière (&#8230;) par le bas et non plus uniquement par le haut&#8221;, comme une base économique indispensable pour le nouveau régime. Lomov, dans une intervention en faveur de l&#8217;extension massive du contrôle ouvrier, lança une mise en garde: &#8220;la centralisation bureaucratique (&#8230;) est en train de paralyser les forces du pays. On ôte aux masses tout pouvoir créateur réel dans tous les secteurs de notre économie&#8221;. Et il rappela au Congrès que la phrase de Lénine &#8220;il faut se mettre à l&#8217;école des capitalistes&#8221; avait été forgée par le théoricien semi-marxiste (puis bourgeois) Strouve dans les années 1880-1890 [9].</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>25 Mai</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Heurts dans l&#8217;Oural entre les forces gouvernementales et les troupes de la légion tchèque. Soulèvement anti-bolcheviks dans toute la Sibérie et le Sud-Est de la Russie. <em>Début de la guerre civile sur une vaste échelle et de l&#8217;intervention allié</em>e. (Ceux qui désirent attribuer à la Guerre Civile les aspects anti-prolétariens de la politique bolchevik peuvent le faire à partir de maintenant).</p>
<p style="text-align:justify;">(&#8230;) <strong>4-10 Juillet</strong></p>
<p style="text-align:justify;"><em>Cinquième Congrès Panrusse des Soviets</em>. Durant toute la première moitié de 1918, le problème de la &#8220;nationalisation&#8221; avait provoqué d&#8217;âpres controverses entre les communistes &#8220;de gauche&#8221; et les léninistes. Dès la prise du pouvoir, Lénine s&#8217;était opposé à la nationalisation totale des moyens de production. Ce n&#8217;était pas qu&#8217;il souhaitait un compromis politique avec la bourgeoisie, mais il sous-estimait la maturité technique et administrative du prolétariat, une maturité qui aurait été mise à l&#8217;épreuve si toute l&#8217;industrie de quelque importance avait été formellement nationalisée. Il en résulta une situation très complexe, où certaines industries avaient été nationalisées &#8220;d&#8217;en haut&#8221; (par décret du gouvernement central), d&#8217;autres &#8220;d&#8217;en bas&#8221; (quand les travailleurs avaient pris en main les entreprises abandonnées par leurs anciens propriétaires), tandis que les anciens propriétaires étaient encore en fonction dans leurs usines &#8211; bien que les Comités d&#8217;usine imposent des limites à leur liberté d&#8217;action et leur autorité. <a href="http://www.answers.com/topic/lev-natanovich-kritzman">Kritzman</a>, un des théoriciens les plus remarquables du communisme &#8220;de gauche&#8221;, avait très tôt critiqué cet état de choses. Le décret du 14 novembre 1917 sur le &#8220;contrôle ouvrier&#8221; n&#8217;était d&#8217;après lui qu&#8217;un ensemble de &#8220;demi-mesures&#8221;, donc &#8220;irréalisable&#8221;.</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">&#8220;En tant que mot d&#8217;ordre, le contrôle signifie la puissance croissante mais encore insuffisante du prolétariat; autrement dit, il est l&#8217;expression de la faiblesse non encore surmontée du mouvement ouvrier. L&#8217;entrepreneur n&#8217;était nullement disposé à diriger son entreprise à seule fin que les ouvriers apprissent à la gérer (&#8230;). Inversement, les ouvriers ne ressentaient que de la haine pour les capitalistes et ils n&#8217;étaient pas davantage disposés à demeurer volontairement l&#8217;objet de leur exploitation&#8221;[10].</span></p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Ossinsky, un autre &#8220;communiste de gauche&#8221;, insistait sur un autre aspect du problème.&#8221;Le destin du mot d&#8217;ordre de contrôle ouvrier &#8211; écrivait-il &#8211; est des plus intéressant. Né du désir de démasquer l&#8217;adversaire, il échoua dès qu&#8217;il tenta de se muer en système. Quand, malgré tout, il se réalisa, son contenu devint complètement différent de ce qui avait été prévu à l&#8217;origine. Il prit la forme d&#8217;une dictature décentralisée, de la mise en tutelle des capitalistes pris isolément par diverses organisations ouvrières agissant indépendamment les unes des autres&#8221;. Et Ossinsky rappelait que, si le contrôle ouvrier avait à l&#8217;origine pour but de soumettre les propriétaires des moyens de production, toute &#8220;coexistence&#8221; devint bientôt impossible, car cet état de double pouvoir entre dirigeants et travailleurs conduisait rapidement à l&#8217;effondrement de l&#8217;entreprise; il se transforma donc rapidement en pouvoir total des travailleurs, sans la moindre autorisation du pouvoir central [11].</p>
<p style="text-align:justify;">Beaucoup de communistes &#8220;de gauche&#8221; insistaient alors sur le fait que la nationalisation immédiate des moyens de production aurait évité bien des ambiguïtés. L&#8217;expropriation totale des capitalistes aurait permis de passer immédiatement du &#8220;contrôle ouvrier&#8221; à la &#8220;gestion ouvrière&#8221; par la médiation d&#8217;un organisme central coordonnant l&#8217;ensemble des activités de l&#8217;économie socialisée&#8221;.</p>
<p style="text-align:justify;">(&#8230;) Il y eut une scission un peu plus tard parmi les communistes &#8220;de gauche&#8221;. Radek parvint à un accord avec les léninistes (&#8230;). Boukharine rompit lui aussi avec Ossinsky pour rentrer au bercail.</p>
<p style="text-align:justify;">Ossinsky et ses partisans formèrent alors une nouvelle tendance oppositionnelle: les &#8220;centralistes démocratiques&#8221; (qui entendaient s&#8217;opposer au &#8220;centralisme bureaucratique&#8221; de la direction du Parti). Ils continuèrent leur travail de propagande en faveur de la gestion ouvrière de la production. Leurs idées (et celles du groupe initial des communistes &#8220;de gauche&#8221;) devaient jouer un rôle important, deux ans plus tard, dans le développement de l&#8217;opposition ouvrière.</p>
<p style="text-align:justify;">Avec la Guerre Civile et le Communisme de Guerre il sembla pendant un certain temps que ces débats étaient sans issue: il y avait peu de production à contrôler, par qui que ce soit. &#8220;Mais &#8211; écrit Daniels &#8211; les débats de 1918 furent simplement repoussés à plus tard. Grâce au travail critique des communistes &#8220;de gauche&#8221;, on ne pouvait les oublier. Les opposants de gauche étaient prêts à soulever à nouveau, dès que la situation militaire le permettrait, la question fondamentale de la nature sociale du régime soviétique&#8221; [12].</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="text-decoration:underline;"><em>Notes</em></span></p>
<p><font size="-2"></p>
<p style="text-align:justify;">[1] K. Radek, &#8220;Posle pyatimesyatsev&#8221; [Après cinq mois] <em>Kommounist</em>, N°1, avril 1918, pp. 3-4.</p>
<p style="text-align:justify;">[2] <em>Kommounist</em>, N°1, &#8220;Tesisy o tekushchem momente&#8221; [Thèses sur la situation actuelle], p. 8.</p>
<p style="text-align:justify;">[3] Ossinsky, &#8220;O stroitelslve stsjalisma&#8221; [Sur construction du socialisme] <em>Kommounist</em> N°2, avril 1918, p. . Il était déjà évident pour certains <span style="text-decoration:underline;">en 1918</span> quel devait être l&#8217;aboutissement de l&#8217;orientation suivie par la politique économique léniniste. Ceux qui, aujourd&#8217;hui, prétendent en même temps être &#8220;léninistes&#8221; et dénoncer le &#8220;capitalisme d&#8217;Etat&#8221; russe devraient y réfléchir.</p>
<p style="text-align:justify;">[4]V.I. Lénine, &#8220;<a href="http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/05/vil19180505.htm">Sur l&#8217;infantilisme &#8220;de gauche&#8221; et les idées petites bourgeoises</a>&#8220;, <em>Oeuvres choisies</em>, vol. 2, p. 840.</p>
<p style="text-align:justify;">[5] V. Sorin, <em>Partiya i oppozitsiya, I; Fraktsiya levykh kommounistov </em>[Le Parti et l'Opposition, I, La fraction des communistes de gauche], Moscou, 1925, pp. 21-22.</p>
<p style="text-align:justify;">[6] R.V. Daniels, <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/0671203878?ie=UTF8&#38;tag=ensemble06-21&#38;linkCode=xm2&#38;creativeASIN=0671203878"><em>The Conscience of the Revolution</em></a>, Harvard University Press, 1960, p. 87.</p>
<p style="text-align:justify;">[7] <em>Kommounist</em> N°4, mai 1918.</p>
<p style="text-align:justify;">[8] Ossinsky, in <em>Trudy pervogo vserossiiskogo s&#8217;yezda sovetov narod nogo khozyaistra </em>[Travaux du premier Congrès Panrusse des Conseils Economiques], Moscou, 1918, p. 61-64.</p>
<p style="text-align:justify;">[9] <em>Ibid.</em>, p. 75.</p>
<p style="text-align:justify;">[10] I. Larine et L. Kritzman, <a href="http://www.archive.org/download/wirtschaftsleben00lariuoft/wirtschaftsleben00lariuoft.pdf"><em>Wirtschaftsleben und wirtschaftlicher Aufbau in Sowjet</em>-<em>Russland</em><em> 1917-1920</em></a> <img src="http://www.critique-sociale.info/images/M_images/pdf_button.png" alt="" width="16" height="16" />, Hambourg, 1921, cit. par D.L. Limon.</p>
<p style="text-align:justify;">[11] N. Ossinsky, &#8220;O stroitelstve sotsialisma&#8221;, <em>loc. cit.</em></p>
<p style="text-align:justify;">[12]<em> </em>R.V. Daniels,<em> op. cit.</em>, p. 91.<em><br />
</em></font></p>
<p><img class="aligncenter" src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2009/06/brinton001-250pix.jpg?w=250&#038;h=406" alt="" width="250" height="406" /></p>
<p><em>Voir aussi</em>:</p>
<ul>
<li><a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/06/06/lenine-et-le-controle-ouvrier-en-1917-brinton-1970/">Lénine et le contrôle ouvrier en 1917 (Brinton, 1970) </a></li>
</ul>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Lénine et le contrôle ouvrier en 1917 (Brinton, 1970)]]></title>
<link>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/06/06/lenine-et-le-controle-ouvrier-en-1917-brinton-1970/</link>
<pubDate>Sat, 06 Jun 2009 10:03:01 +0000</pubDate>
<dc:creator>lucien</dc:creator>
<guid>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/06/06/lenine-et-le-controle-ouvrier-en-1917-brinton-1970/</guid>
<description><![CDATA[Extrait de Les bolcheviks et le contrôle ouvrier, par Maurice Brinton, brochure du groupe Solidarity]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><blockquote>
<p style="text-align:justify;">Extrait de <em>Les bolcheviks et le contrôle ouvrier</em>, par <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/brinton-1923-2005/">Maurice Brinton</a>, brochure du groupe <em>Solidarity</em> traduite en français  dans<em> Autogestion et socialisme</em> (sept.-déc. 1973). La brochure complète n&#8217;est actuellement disponible sur internet qu&#8217;en <a href="http://libcom.org/library/the-bolsheviks-and-workers-control-solidarity-group">anglais</a> et en <a href="http://www.geocities.com/cica_alt/pdfs/Brinton_bolcheviques.pdf">espagnol</a>.</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">1er octobre 1917: Publication de &#8220;<a href="http://www.marxistsfr.org/francais/lenin/works/1917/10/bol-pou/vil19171001.htm">Les bolcheviks garderont-ils le pouvoir?</a>&#8221; de Lénine. Ce texte contient certains passages qui facilitent la compréhension des évènements ultérieurs.</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">&#8220;Quand nous disons: &#8220;contrôle ouvrier&#8221;, ce mot d&#8217;odre étant toujours <em>accompagné</em> de celui de la dictature du prolétariat, le <em>suivant </em>toujours, nous expliquons par là de quel État il s&#8217;agit (&#8230;). [S]&#8216;il s&#8217;agit de l&#8217;Etat prolétarien, le contrôle ouvrier <em>peut</em> devenir le <em>recensement </em>(souligné par Lénine, M.B.) national, général, universel, le plus minutieux et le plus scrupuleux de la production de de la répartition des produits.&#8221;</span></p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Dans le même texte Lénine définit le type &#8220;d&#8217;appareil socialiste&#8221; (ou le cadre) dans lequel s&#8217;exercera la fonction de recensement (le contrôle ouvrier).</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">&#8220;<em>Sans les grandes banques, le socialisme serait irréalisable</em>. Les grandes banques constituent &#8220;l&#8217;appareil d&#8217;Etat&#8221; dont nous <em>avons besoin</em> pour réaliser le socialisme et que nous <em>prenons tout prêt </em>au capitalisme; notre seule tâche est alors de <em>retrancher </em>de cet excellent appareil d&#8217;Etat ce qui en <em>fait un monstre capitaliste</em>, de le <em>renforcer encore</em>, de le rendre plus démocratique, plus universel (&#8230;). Une banque d&#8217;État, unique, vaste parmi les plus vastes, qui aurait des succursales dans chaque canton, auprès de chaque usine, voilà déjà les neuf dixièmes de l&#8217;appareil <em>socialiste</em>&#8220;.</span></p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Selon Lénine, ce type d&#8217;appareil devra permettre une &#8220;<em>comptabilité</em> à l&#8217;échelle nationale de la production et de la répartitiondes produits&#8221; et serait &#8220;quelque chose, pourrions-nous dire, comme la <em>charpente </em>de la société socialiste&#8221;. (C&#8217;est Lénine qui souligne).<br />
Qu&#8217;il soit important d&#8217;enregistrer de façon exacte les données économiques, nul ne songera à le nier. Mais l&#8217;assimilation pure et simple chez Lénine du contrôle ouvrier, dans un &#8220;État ouvrier&#8221;, au &#8220;recensement&#8221; (c&#8217;est-à-dire à la vérification de l&#8217;exécution de décisions déjà prises par d&#8217;autres) est tout à fait révélatrice. Nous ne trouverons pas un texte de Lénine qui identifie le contrôle ouvrier à la participation aux décisions fondamentales (c&#8217;est-à-dire à l&#8217;<em>initiative</em> de ces décisions) concernant la production (volume de production, mode de fabrication, &#8220;coût&#8221; économique et social). Dans d&#8217;autres écrits de la même période, Lénine répète inlassablement que l&#8217;une des fonctions du contrôle ouvrier, c&#8217;est d&#8217;empêcher le sabotage des grands bureaucrates et fonctionnaires.</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">&#8220;Quand aux cadres supérieurs (&#8230;) force sera de les traiter &#8220;avec rigueur&#8221;, tout comme les capitalistes. Tout comme les capitalistes, ils <em>résisteront </em>(&#8230;). [O]n réussira peut-être, grâce au contrôle ouvrier (sur les capitalistes) à rendre toute résistance <em>impossible</em>&#8220;</p>
<p style="text-align:right;">(Lénine, <em>Œuvres choisies</em>, Moscou, t.2, pp. 482-484)</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Pour Lénine, l&#8217;idée du &#8220;contrôle ouvrier&#8221; (comme moyen d&#8217;éviter le lock-out), ainsi que la demande, maintes fois présentée d&#8217; &#8220;ouverture des livres de compte&#8221; (comme moyen d&#8217;éviter le sabotage économique), étaient inséparables de la situation historique du moment et de<em> celle des mois qui allaient suivre la révolution</em>. Il envisageait une période pendant laquelle, dans un Etat ouvrier, la bourgeoisie pourrait conserver la propriété formelle et la gestion effective de la plus grande partie de la production. Le nouvel Etat, d&#8217;après Lénine, ne serait pas capable d&#8217;assurer immédiatement la bonne marche de l&#8217;industrie. Il y aurait donc une période de transition pendant laquelle il faudrait contraindre les capitalistes à coopérer avec le nouveau pouvoir. Le &#8220;contrôle ouvrier&#8221; n&#8217;était que l&#8217;instrument de cette contrainte.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2009/06/brinton001-250pix.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-10422" title="brinton001-250pix" src="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2009/06/brinton001-250pix.jpg" alt="brinton001-250pix" width="250" height="406" /></a><span style="text-decoration:underline;"><em>Voir aussi</em></span>:</p>
<ul>
<li><a title="Permanent Link to Contrôle ouvrier et bureaucratie en Russie: Kollontaï et Trotsky (Huhn, 1952)" rel="bookmark" href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/09/25/controle-ouvrier-et-bureaucratie-en-russie-kollontai-et-trotsky-huhn-1952/">Contrôle ouvrier et bureaucratie en Russie: Kollontaï et Trotsky</a> (Huhn, 1952)</li>
<li><a href="http://thecommune.wordpress.com/2008/09/26/new-pamphlet-nationalisation-or-workers-management/">Nationalisation or workers’ management?</a> (<em>The Commune</em>, 2008)</li>
</ul>
<p>Au programme de mises en ligne sur ce thème:</p>
<ul>
<li>La gestion ouvrière (Mattick, 1969)</li>
<li>Le contrôle ouvrier en Yougoslavie (<em>ICO</em>, 1966)</li>
</ul>
<div id="attachment_10425" class="wp-caption aligncenter" style="width: 426px"><a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2009/06/factcom1.jpg"><img class="size-full wp-image-10425" title="factcom1" src="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2009/06/factcom1.jpg" alt="Délégués à la 1° Conférence des Comités d'usine (de Petrograd en mai-juin 1917, ou Panrusse en octobre 1917?)" width="416" height="227" /></a><p class="wp-caption-text">Délégués à la 1° Conférence des Comités d&#39;usine (de Petrograd en mai-juin 1917, ou Panrusse en octobre 1917?)</p></div>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[La bonne vieille lutte des classes (D. Saint-James, 1980)]]></title>
<link>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/04/03/la-bonne-vieille-lutte-des-classes-d-saint-james-1980/</link>
<pubDate>Fri, 03 Apr 2009 07:41:48 +0000</pubDate>
<dc:creator>mondialiste</dc:creator>
<guid>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/04/03/la-bonne-vieille-lutte-des-classes-d-saint-james-1980/</guid>
<description><![CDATA[Ce qui se passe en Pologne soulève l&#8217;intérêt et l&#8217;émotion et engendre, comme il fallait ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p style="text-align:justify;">Ce qui se passe en Pologne soulève l&#8217;intérêt et l&#8217;émotion et engendre, comme il fallait s&#8217;y attendre, toute une littérature. <em>Le Monde </em>s&#8217;en est fait largement l&#8217;écho, y a consacre bien des colonnes et même des pages entières de sa rubrique « Idées ».</p>
<p style="text-align:justify;">Tous ces articles brodent sur un même thème : la contradiction fondamentale d&#8217;un État socialiste (c&#8217;est à dire d&#8217;un État où, par définition, les ouvriers sont au pouvoir) devant faire face à des révoltes ouvrières.</p>
<p>Cette contradiction n&#8217;est qu&#8217;apparente. Elle repose sur un simple fétichisme des mots.</p>
<p style="text-align:justify;">Suffit-il en effet, qu&#8217;un État se proclame « socialiste » ou « communiste » pour que le prolétariat y soit réellement victorieux ? Au lieu de répondre par l&#8217;affirmative et de s&#8217;arrêter ainsi simplement aux mots, mieux vaudrait examiner la structure des États socialistes pour voir de quoi il retourne réellement.</p>
<p style="text-align:justify;">Constatons d&#8217;abord qu&#8217;aujourd&#8217;hui le mot « socialisme » est mis à toutes les sauces. Amin Dada, lui-même, ne s&#8217;est-il pas proclame socialiste ? Visiblement, personne n&#8217;a trouvé à y redire. Cela vient de ce que le fond commun a toutes ces sauces c&#8217;est que socialisme égale toute-puissance de l&#8217;État. Là où cela se gâte, c&#8217;est quand on en vient à affirmer que toute-puissance de l&#8217;État est synonyme de toute-puissance du peuple.</p>
<p style="text-align:justify;">Si, en revanche, on veut s&#8217;en tenir à la définition du mot socialisme héritée du dix-neuvième siècle, c&#8217;est-à-dire l&#8217;émancipation des travailleurs (en majorité, industriels), le tableau change. Mieux vaut d&#8217;ailleurs, à ce moment, n&#8217;envisager que le cas de l&#8217;U.R.S.S. et de ses satellites européens, car parler du règne du prolétariat industriel dans tel ou tel pays africain où il est inexistant (voire en Chine où il est ultra-minoritaire en nombre) est simplement ridicule.</p>
<p><strong>Qui dit salariat dit capital</strong><br />
En U.R.S.S., et aussi en Pologne, l&#8217;industrie moderne est suffisamment développée pour que la notion de socialisme, au sens rappelé ci-dessus, puisse avoir quelque signification. Or que constatons-nous ?</p>
<p style="text-align:justify;">Dans ces pays, les ouvriers sont employés dans des usines. Ils y exécutent un travail et pour cela ils reçoivent un salaire. Ils n&#8217;ont aucun droit de décider eux-mêmes du sens et des buts de leur travail et ils n&#8217;ont guère le moyen de peser sur le niveau de leurs salaires : dans l&#8217;un comme dans l&#8217;autre cas, pas plus et plutôt moins que leurs homologues occidentaux. Autrement dit, les ouvriers fournissent leur force de travail qui leur est payée. C&#8217;est la définition même du salariat, si l&#8217;on en croit un auteur qu&#8217;il est de bon ton de décrier aujourd&#8217;hui : Marx. Or, toujours selon ce même auteur, qui dit salariat dit capital. L&#8217;un ne va jamais sans l&#8217;autre. Autrement dit, les États socialistes, du simple point de vue des catégories marxiennes, sont en fait des États capitalistes.</p>
<p>Mais, dira-t-on, ce ne sont pas des États capitalistes puisque le capitalisme, c&#8217;est la propriété privée des moyens de production. Cette objection sans cesse soulevée ne résiste pas a l&#8217;examen, car le capitalisme, c&#8217;est, tout simplement, dans un pays industrialisé, le fait que la domination des moyens de production échappe aux producteurs réels de la richesse sociale. La structure juridique de la propriété de ces moyens, importante sans doute pour caractériser un régime donne, est secondaire de ce point de vue.</p>
<p><strong>L&#8217;appropriation du sur-travail</strong><br />
L&#8217;État n&#8217;est pas une abstraction pure. Il a ses fonctionnaires de tout grade. Il est clair que, comme dans les grands trusts occidentaux, ce sont les fonctionnaires les plus hauts placés et leurs représentants politiques, bref ce qu&#8217;on désigne ordinairement sous le nom de bureaucratie, qui décident de tout en général et de l&#8217;économie et de la production en particulier. Ils exercent le pouvoir.</p>
<p>Soit, dira-t-on, mais quelle importance si cet exercice du pouvoir se fait au profit du plus grand nombre ? N&#8217;est-ce pas là alors du socialisme ?</p>
<p>Chacun sait qu&#8217;en U.R.S.S, l&#8217;éventail des salaires est un des plus larges qui soient au monde, mais on sait aussi que les avantages des hauts placés ne se bornent pas aux hauts revenus salariaux : il y a les avantages en nature de toute sorte.</p>
<p>Or tous ces avantages, revenus, etc., ne tombent pas du ciel. Ils proviennent tout simplement du travail des producteurs de base, tout comme ici. Autrement dit tous ces haut-placés s&#8217;approprient du sur-travail. Ils constituent donc la classe dominante et exploiteuse, l&#8217;équivalent, de notre bourgeoisie.</p>
<p>Il peut paraître sans intérêt de vouloir transformer l&#8217;expression État socialiste en capitalisme d&#8217;État. Après tout, les mots n&#8217;ont que le sens que l’on s&#8217;accorde à leur donner. L&#8217;ennui vient quand on prétend leur en donner plusieurs opposés. On peut décider qu&#8217;à partir de demain la couleur bleue sera désignée par le mot « rouge » sans rien changer par ailleurs. II est sûr que si on fait cela on aura quelques problèmes pour décrire un tableau même si on utilise l&#8217;expression « rouge réel » pour designer&#8230; le bleu, tout comme on parle de socialisme réel pour designer l&#8217;U.R.S.S. et son système d&#8217;exploitation de l&#8217;homme par l&#8217;homme.</p>
<p>Pourtant il y a beaucoup de raisons qui empêchent tout un chacun de revenir à un vocabulaire plus précis. J&#8217;en citerai trois :</p>
<p>1) En U.R.S.S. et en Pologne, on voit bien l&#8217;intérêt de la classe dominante de maintenir la fiction d&#8217;un État socialiste présenté comme le paradis. Au fond, son affirmation, si elle est en apparence plus grossière, est de même nature que celle des classes dominantes occidentales qui prétendent que le menu peuple est au pouvoir par l&#8217;intermédiaire des élections libres du Parlement ou du président de la République.</p>
<p>2) Pour beaucoup de gens, dits de droite, en Occident, maintenir la fiction d&#8217;États socialistes à l&#8217;Est est utile pour agiter l&#8217;épouvantail d&#8217;une détérioration de la situation devant ceux qui voudraient voir changer la société occidentale. Comme chacun sait, le goulag est au bout du chemin.</p>
<p style="text-align:justify;">3) Pour beaucoup de ceux qui, ici, voudraient se débarrasser d&#8217;une société, où, pour parler comme Giscard d&#8217;Estaing, l&#8217;égalité et la fraternité ne sont pas pleinement réalisées, se retrouver sans modelé « globalement positif » semble un traumatisme insurmontable.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais la réalité est plus forte que toutes les volontés de masquer les choses. Ce qui se passe en Pologne, comme ce qui s&#8217;est déjà passé au-delà du rideau de fer, est tout à fait clair, loin d&#8217;être contradictoire ou incompréhensible : c&#8217;est la bonne vieille lutte de classes qui refait surface. Voila ce bon vieux prolétariat, auquel plus d&#8217;un est prêt à dire un adieu précipité, qui se réveille et montre les dents. Il est possible, voire probable, que certaines de ses exigences, comme par exemple des syndicats libres ou un peu plus de démocratie, ne soient pas pour déplaire à certains membres de la classe dominante polonaise ou soviétique. Après tout elle n&#8217;est pas plus homogène que celle d&#8217;Occident.</p>
<p style="text-align:justify;">Le genre d&#8217;idées exposées ci-dessus est loin d&#8217;être original ou neuf. Sauf erreur, c&#8217;est dès 1919 que certains reconnurent dans la Russie révolutionnaire un État où régnait l&#8217;exploitation de l&#8217;homme par l&#8217;homme. Il est vrai que ces gens étaient des gauchistes, comme on dit aujourd&#8217;hui, et tout le monde sait que les gauchistes sont des fous incapables d&#8217;avoir une vision cohérente et sensée de quoi que ce soit. Mais si on s&#8217;intéresse au cas particulier de l’U.R.S.S. et autres, il semble bien qu&#8217;ils aient vu juste avant tout le monde et qu&#8217;ils continuent. Discuter de priorité n&#8217;a pas grand sens et est, quand il s’agit du malheur d’hommes, quelque peu déplacé. Reste néanmoins une certaine manière d’envisager les choses qui sort du galimatias habituel. Mais est-ce les médias et autres grands moyens de diffusion ont un intérêt quelconque à la faire connaître ?</p>
<p>(<em>Le Monde</em>, 2 décembre 1980).</p>
<p><em><span style="text-decoration:underline;">Note</span></em>:</p>
<p style="text-align:center;">Ce texte est disponible en anglais: <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/06/14/the-good-old-class-struggle-1980/">The good old class struggle</a> <img class="alignnone" src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2007/08/uk.gif?w=15&#038;h=9" alt="" width="15" height="9" />.<br />
<img class="aligncenter" src="http://homepage.mac.com/zbigniew/past_present/1980_stan_wojenny/strikers_Gdansk_1980.jpg" alt="" width="487" height="183" /></p>
<p style="text-align:center;"><em>Grévistes à Gdansk en 1980</em></p>
<p style="text-align:left;"><em><span style="text-decoration:underline;">Voir aussi</span>:</em></p>
<ul>
<li><a href="http://libcom.org/history/1980-poland-mass-strikes">1980: Poland mass strikes</a> (Henri Simon, 1982)<em> </em><img class="alignnone" src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2007/08/uk.gif?w=15&#038;h=9" alt="" width="15" height="9" /></li>
<li><a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/04/02/la-lutte-des-classes-en-pologne-socialisme-mondial-1977/">La Lutte des Classes en Pologne</a> (<em>Socialisme Mondial</em>, 1977) <img class="alignnone" src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/03/francais.jpg?w=15&#038;h=9" alt="" width="15" height="9" /></li>
</ul>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Les anarchistes russes et les soviets]]></title>
<link>http://bibanar.wordpress.com/2009/03/11/les-anarchistes-russes-et-les-soviets/</link>
<pubDate>Wed, 11 Mar 2009 06:46:21 +0000</pubDate>
<dc:creator>ascona49</dc:creator>
<guid>http://bibanar.wordpress.com/2009/03/11/les-anarchistes-russes-et-les-soviets/</guid>
<description><![CDATA[Les anarchistes russes et les soviets Les anarchistes russes et les soviets]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p><strong></strong></p>
<div id="attachment_80" class="wp-caption alignleft" style="width: 217px"><strong><strong><img class="size-medium wp-image-80" title="anar-russes-et-soviets" src="http://bibanar.wordpress.com/files/2009/03/anar-russes-et-soviets.jpg?w=207" alt="Les anarchistes russes et les soviets" width="207" height="300" /></strong></strong><p class="wp-caption-text">Les anarchistes russes et les soviets</p></div>
<p><strong>Les anarchistes russes et les soviets</strong></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Les soviets trahis par les bolcheviks]]></title>
<link>http://bibanar.wordpress.com/2009/03/11/les-soviets-trahis-par-les-bolcheviks/</link>
<pubDate>Wed, 11 Mar 2009 06:45:15 +0000</pubDate>
<dc:creator>ascona49</dc:creator>
<guid>http://bibanar.wordpress.com/2009/03/11/les-soviets-trahis-par-les-bolcheviks/</guid>
<description><![CDATA[Les soviets trahis par les bolcheviks Rudolf Rocker : Les soviets trahis par les bolcheviks]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p><strong></strong></p>
<div id="attachment_83" class="wp-caption alignleft" style="width: 229px"><strong><strong><img class="size-medium wp-image-83" title="soviets-trahis" src="http://bibanar.wordpress.com/files/2009/03/soviets-trahis.jpg?w=219" alt="Les soviets trahis par les bolcheviks" width="219" height="300" /></strong></strong><p class="wp-caption-text">Les soviets trahis par les bolcheviks</p></div>
<p><strong>Rudolf Rocker : Les soviets trahis par les bolcheviks</strong></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Répression de l'anarchisme en Russie soviétique]]></title>
<link>http://bibanar.wordpress.com/2009/03/10/repression-de-lanarchisme-en-russie-sovietique/</link>
<pubDate>Tue, 10 Mar 2009 21:16:35 +0000</pubDate>
<dc:creator>ascona49</dc:creator>
<guid>http://bibanar.wordpress.com/2009/03/10/repression-de-lanarchisme-en-russie-sovietique/</guid>
<description><![CDATA[Répression de l&#39;anarchisme en Russie soviétique Groupe des anarchistes russes exiles en Allemagn]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p><strong></strong></p>
<div id="attachment_82" class="wp-caption alignleft" style="width: 196px"><strong><strong><img class="size-medium wp-image-82" title="repression-anarchisme" src="http://bibanar.wordpress.com/files/2009/03/repression-anarchisme.jpg?w=186" alt="Répression de l'anarchisme en Russie soviétique" width="186" height="300" /></strong></strong><p class="wp-caption-text">Répression de l&#39;anarchisme en Russie soviétique</p></div>
<p><strong>Groupe des anarchistes russes exiles en Allemagne : Répression de l&#8217;anarchisme en Russie soviétique</strong></p>
<p>Ce livre, écrit en 1922, est un appel au secours : le groupe des anarchistes russes exilés en Allemagne, dont fait partie Voline, est constitué de rescapés du système policier soviétique. C&#8217;est un appel au secours pour tenter de mettre un terme à la répression féroce dont sont victimes les anarchistes russes ainsi que les militants étrangers en visite ou en exil en Russie. Il s&#8217;agit également d&#8217;alerter le prolétariat international sur la tournure contre-révolutionnaire que prennent les événements à cause des agissements des bolchéviques.</p>
<p>L&#8217;ouvrage est composé de deux parties. La première relate la répression farouche dont fut victime les militants anarchistes russes dès les premiers mois suivant octobre 1917. Le coup d&#8217;envoi de cette répression fut donné en avril 1918 par une vague d&#8217;arrestations de militants anarchistes et la mise à sac des locaux des principales organisations de Moscou. Dès lors la répression ne s&#8217;arrêtera plus.</p>
<p>La deuxième partie est constituée de la liste liste de 178 noms de militants anarchistes tués, emprisonnés ou expulsés par le régime bolchévique. La version française contient en plus les noms de trois militants anarchistes français, également victimes de cette répression pour n&#8217;avoir pas relayé le discours officiel des autorités et dénoncé les attaques contre les anarchistes : Raymond Lefèvre, Vergeat, Lepetit.</p>
<p>Il existe une réédition de ce livre, par le groupe Germinal de la <a href="http://www.federation-anarchiste.org/" target="_blank">Fédération anarchiste</a>, datant de 1977.</p>
<p><strong>Groupe des anarchistes russes exilés en Allemagne, Répression de l’anarchisme en Russie soviétique, traduction de Voline, préface de André Colomer, Paris, éd. de la <a href="http://cgecaf.com/mot250.html" target="_blank">Librairie sociale internationale</a>, 1923, 128 p.</strong></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Extrait sur les soviets (Martov, 1919)]]></title>
<link>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/03/03/extrait-sur-les-soviets-martov-1919/</link>
<pubDate>Tue, 03 Mar 2009 22:55:18 +0000</pubDate>
<dc:creator>lucien</dc:creator>
<guid>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/03/03/extrait-sur-les-soviets-martov-1919/</guid>
<description><![CDATA[Nous pensons peut-être utile de zoomer sur un aspect de l&#8217;argumentaire de Martov dans Le bolch]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><blockquote>
<p style="text-align:justify;">Nous pensons peut-être utile de zoomer sur un aspect de l&#8217;argumentaire de Martov dans <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2007/04/martov-bm1923.pdf"><em>Le bolchevisme mondial</em></a> (publ. 1923), dont nous venons de publier l&#8217;<a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/03/03/avant-propos-a-le-bolchevisme-mondial-de-martov-dan-1923/">avant-propos</a> par Dan. Publié d&#8217;abord dans <em>Mysl</em> en 1919.</p>
</blockquote>
<p style="text-align:center;"><a href="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2009/03/3c2b0congres-soviets-1917.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-8068" title="3c2b0congres-soviets-1917" src="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2009/03/3c2b0congres-soviets-1917.jpg" alt="3c2b0congres-soviets-1917" width="450" height="256" /></a><span>3° Congrès des Soviets (novembre 1917)</span></p>
<p>(&#8230;)</p>
<p style="text-align:justify;">Dans la dernière décade du dix-neuvième siècle, Engels était arrivé à la conclusion que l’époque des révolutions effectuées par des minorités conscientes à la tête des masses inconscientes était close à jamais. Désormais, disait-il, les révolutions seront préparées pendant des dizaines d’années par le travail de propagande politique, d’organisation et d’éducation des partis socialistes et seront réalisées directement et consciemment par les masses intéressées elles-mêmes.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette idée d’Engels est devenue certainement celle de la grande majorité des socialistes modernes. Cela à un tel point que le mot d’ordre : « Tout le pouvoir aux soviets ! » a été lancé primitivement comme une réponse à ceci : comment assurer, de la part des masses, le maximum de participation active et consciente, en même temps que le maximum d’initiative dans l’œuvre de la création sociale en période révolutionnaire ?</p>
<p style="text-align:justify;">Relisez les écrits et les discours de Lénine d’automne 1917 et vous y découvrirez l’idée maîtresse que voici : « tout le pouvoir aux soviets ! » – c’est la participation directe et active des masses à la direction de la production et des affaires publiques ; c’est la suppression de toute cloison entre les dirigeants et les dirigés, de toute hiérarchie sociale ; c’est, au plus haut degré possible, l’unification du pouvoir législatif et de l’exécutif, de l’appareil de production et de l’appareil d’administration, du mécanisme d’Etat et du mécanisme de l’administration locale ; c’est le maximum d’activité des masses avec le minimum de liberté des représentants élus ; c’est la suppression totale de toute bureaucratie.</p>
<p style="text-align:justify;">Le parlementarisme est répudié non seulement comme arène, où deux classes ennemies collaborent politiquement entre elles et se livrent des combats « pacifiques », mais encore comme mécanisme d’administration publique. Et cette répudiation est motivée, avant tout, par l’antagonisme qui surgit entre ce mécanisme et l’activité révolutionnaire illimités des masses intervenant directement dans l’administration et dans la production.</p>
<p style="text-align:justify;">En août 1917, Lénine écrivait :</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« Lorsqu’ils se seront emparés du pouvoir politique, les ouvriers briseront le vieil appareil bureaucratique, ils le démoliront jusqu’aux fondations et n’en laisseront pas pierre sur pierre ; ils lui en substitueront un nouveau, composé de ces mêmes ouvriers et employés, contre la transformation desquels en bureaucrates on prendra <em>aussitôt</em> les mesures qui ont été exposées, dans le détail, par Marx et Engels, à savoir : 1° non seulement électivité, mais révocabilité à tout moment ; 2° rémunération ne dépassant pas le salaire ouvrier ; 3° réorganisation immédiate en ce sens que <em>tous</em> remplissent des fonctions de contrôle et de surveillance, que <em>tous</em> deviennent momentanément « bureaucrates » de façon que personne ne puisse le devenir définitivement. » (<a href="http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er00t.htm">L’Etat et la Révolution</a>, page 103).</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Ailleurs, il écrit encore : « Substitution d’une milice populaire universelle à la police », « électivité et révocabilité à tout moment de tous les fonctionnaires et des cadres de commandement », « contrôle ouvrier dans son sens initial, participation directe du peuple à la juridiction, non seulement sous forme de jury, mais encore par la suppression des défenseurs et des accusateurs spécialisés et par le vote de tous les assistants dans la question de culpabilité » : c’est ainsi que l’on interprétait en théorie – et parfois dans la pratique – le renversement de la vieille démocratie bourgeoise par le régime des Soviets.</p>
<p style="text-align:justify;">La première constitution – qui fut adoptée au troisième congrès des soviets sur l’initiative de V. Troutovsky – donnait une expression exacte à l’idée de « tout le pouvoir aux soviets » lorsqu’elle établissait la plénitude du pouvoir du soviet communal dans les limites de la commune (« volost »), celle du soviet cantonal dans la limite du canton (« ouyèzde »), celle du soviet départemental dans la limite du département (« gouvernement ») et lorsque les fonctions unificatrices de chacun des organes soviétiques supérieurs se résumait uniquement dans l’aplanissement des différends éventuels entre ceux qui lui étaient subordonnés.</p>
<p style="text-align:justify;">En prévision de l’argument qu’un fédéralisme aussi poussé saperait l’unité nationale, Lénine écrivait dans la même brochure :</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« Seuls des gens ayant en l’Etat une foi petite-bourgeoise et superstitieuse peuvent prendre la suppression de la machine bourgeoise pour la suppression du centralisme. Qu’adviendra-t-il si le prolétariat et la paysannerie pauvre s’emparent du pouvoir d’Etat, <em>qu’ils s’organisent en toute liberté par communes</em> et qu’ils unifient l’action de toutes les communes en frappant sur le capital, en réduisant à néant la résistance des capitalistes, en supprimant au profit de la nation la propriété privée : chemins de fer, fabriques, terres, etc. ? Est-ce ce ne sera pas du centralisme ? » (Page 50.)</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">La réalité a cruellement brisé toutes ces illusions. « L’Etat soviétique » n’a pas établi l’électivité et la révocabilité à tout moment des fonctionnaires et des cadres de commandement ; n’a pas supprimé la police professionnelle ; n’a pas résorbé les tribunaux dans une juridiction directe par les masses ; n’a pas banni la hiérarchie sociale de la production ; n’a pas annulé le sujétion des communes au pouvoir de l’Etat. Tout au contraire, au fur et à mesure de son évolution, il fait apparaître une tendance inverse : vers l’intensification extrême du centralisme d’Etat, vers le renforcement à l’extrême des principes hiérarchiques et de l’astreinte, vers l’épanouissement de tout l’appareil spécial de la répression, vers la plus grande émancipation des fonctions électives et l’annihilation de leur contrôle direct par les masses électrices, vers l’affranchissement des organismes exécutifs de la tutelle des institutions électives dont ils dépendent. Dans le mouvement de la vie, « le pouvoir des soviets » est devenu « le pouvoir soviétique », pouvoir <em>issu des soviets</em> et devenant de plus en plus indépendant de ces derniers.</p>
<p style="text-align:justify;">Il faut croire que les idéologues russes de ce système n’ont pas du tout renoncé à leur notion d’un ordre social non-étatique, <em>but </em>de la révolution. Mais, dans leur conception, la voie qui y mène ne va plus par l’atrophie progressive des fonctions et institutions forgées par l’Etat bourgeois, ainsi que cela paraissait en 1917. Elle y va, plutôt, par l’hypertrophie desdites fonctions et par la résurrection – sous un aspect différent – de bien des institutions d’Etat de la période bourgeoise. On continue à répudier le parlementarisme démocratique, mais on ne rejette plus, avec lui, les autres instruments du pouvoir d’Etat dont le parlementarisme était, dans une certaine mesure, le contrepoids au sein de la société bourgeoise ; bureaucratie, police, armée permanente avec des cadres de commandement ne dépendant pas des soldats, tribunaux ne dépendant pas de la société, etc.</p>
<p style="text-align:justify;">En d’autres termes : théoriquement l’Etat de la période révolutionnaire transitoire devait constituer, par opposition à l’Etat bourgeois, un appareil de la « répression de la minorité par la majorité », un appareil gouvernemental aux mains d’une majorité ; pratiquement, il continue à être, comme par le passé, un appareil gouvernemental aux mains d’une minorité. (D’une autre minorité, bien entendu.)</p>
<p style="text-align:justify;">Lorsque l’on prend conscience de ce phénomène, on en arrive, explicitement ou implicitement, à remplacer « le pouvoir des soviets » par le pouvoir d’un <em>parti</em> déterminé, lequel devient petit à petit une institution d’Etat essentielle et l’armature de tout le système de « la république des soviets ».</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="aligncenter" src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2009/03/martov001.jpg?w=298&#038;h=421" alt="" width="298" height="421" /></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="text-decoration:underline;"><em>Voir aussi</em></span>:</p>
<ul>
<li><a href="http://www.worldsocialism.org/spgb/archive/martov(1940).pdf">The State and the Socialist Revolution</a> (Martov, 1919-23) <img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2007/08/uk.gif?w=15&#038;h=9#38;h=9&#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /> <span style="color:#888888;">pdf</span></li>
<li><a href="http://www.worldsocialism.org/spgb/etheory/1940-1997/67Martov.html">Martov: a russian social-democrat</a> (<em>Socialist standard</em>, 1967)  <img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2007/08/uk.gif?w=15&#038;h=9#38;h=9&#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /></li>
<li><a title="Permanent Link to The role of the soviets in Russia’s bourgeois revolution: the point of view of Julius Martov (Buick, 1976)" rel="bookmark" href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/12/21/the-role-of-the-soviets-in-russias-bourgeois-revolution-the-point-of-view-of-julius-martov-buick-1976/">The role of the soviets in Russia’s bourgeois revolution: the point of view of Julius Martov</a> (Buick, 1976) <img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2007/08/uk.gif?w=15&#038;h=9#38;h=9&#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /></li>
<li><a href="http://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=RHMC_502_0112">Un menchevik face à la défaite: Martov et la révolution d’Octobre</a> (Depretto, 1999) <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1911-dictionnaire-du-socialisme-verecque/"><img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/03/francais.jpg?w=15&#038;h=9#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /></a> <span style="color:#999999;">p</span><span style="color:#888888;">df</span></li>
<li><span style="color:#888888;"><span style="color:#000000;">Notre dossier sur l&#8217;<a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/themes/lurss/">URSS</a></span><br />
</span></li>
</ul>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Avant-propos à "Le bolchevisme mondial" de Martov (Dan, 1923)]]></title>
<link>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/03/03/avant-propos-a-le-bolchevisme-mondial-de-martov-dan-1923/</link>
<pubDate>Tue, 03 Mar 2009 16:24:48 +0000</pubDate>
<dc:creator>lucien</dc:creator>
<guid>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/03/03/avant-propos-a-le-bolchevisme-mondial-de-martov-dan-1923/</guid>
<description><![CDATA[Avant propos à Le bolchevisme mondial de Julius Martov. Martov et Dan en 1917 L&#8217;étude du ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><blockquote><p>Avant propos à <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2007/04/martov-bm1923.pdf"><em>Le bolchevisme mondial</em></a> de Julius Martov.</p></blockquote>
<p style="text-align:justify;">
<div id="attachment_14259" class="wp-caption aligncenter" style="width: 346px"><a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2009/03/martov-et-dan-1917.jpg"><img class="size-full wp-image-14259" title="martov et dan 1917" src="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2009/03/martov-et-dan-1917.jpg" alt="martov et dan 1917" width="336" height="208" /></a><p class="wp-caption-text">Martov et Dan en 1917</p></div>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;étude du &#8220;bolchevisme mondial&#8221; n&#8217;a pas été achevé par feu J. Martov; une vie errante et inquiète, un travail écrasant, une maladie épuisante, enfin la suppression en Russie de toute la presse indépendante et surtout de la revue &#8220;Mysl&#8221; (la Pensée), de Kharkov, pour laquelle était primitivement destinée cette œuvre, tout cela a concouru à empêcher le grand écrivain de mener jusqu&#8217;au bout l&#8217;effort qu&#8217;il avait entrepris.</p>
<p style="text-align:justify;">Cependant, les douze chapitres que Martov a réussi à écrire en 1919 offrent déjà un intérêt exceptionnel. Car les pensées qui s&#8217;y trouvent exprimées sont ce qui a été dit de plus profond, de plus pénétré sur les origines sociales, spirituelles et psychologiques du bolchevisme en tant que phénomène mondial, sur son idéologie et sur les rapports pouvant être établis entre cette idéologie et le marxisme. La précise acuité de l&#8217;analyse historique de Martov met à nu les liens spirituels qui apparent le mouvement prolétarien bolcheviste avec celui de la Commune de 1871, avec le chartisme anglais et, à une époque encore plus reculée de l&#8217;histoire, avec le soulèvement des sans-culotte parisiens au temps de la Grande Révolution Française. En même temps, il fournit l&#8217;explication matérialiste &#8211; puisée dans les conditions de la lutte des classes &#8211; qui nous fait saisir cette parenté idéologique de mouvements séparés l&#8217;un de l&#8217;autre par un intervalle de plus d&#8217;un siècle. Et enfin, avec sa maîtrise habituelle, Martov retrace les véritables opinions théoriques de Marx et Engels sur la substance de la &#8220;dictature du prolétariat&#8221; et sur les rapports qui existent entre cette dictature et l&#8217;État.</p>
<p style="text-align:justify;">Le cycle des graves problèmes examinés par Martov dans le présent ouvrage offre un intérêt qui n&#8217;est pas uniquement académique. Il a une importance ardente pour l&#8217;orientation politique de tous ceux qui sont convaincus que toute politique doit être basée, en premier lieu, sur une compréhension totale des phénomènes sociaux et politique dont le rôle est actuellement et sera encore probablement encore longtemps prépondérant dans les orages qui ont bouleversé hier l&#8217;Europe Orientale, aujourd&#8217;hui l&#8217;Europe Centrale, et qui sont susceptibles de bouleverser demain le monde entier.</p>
<p style="text-align:justify;">Tous les douze chapitres publiés <a href="http://www.marxists.org/francais/martov/works/1923/00/martov_19230000a.htm">ici</a> ont été écrits au cours du premier semestre de 1919. les chapitres 1 à 9 ont paru à Kharkov dans les numéros 10, 12, 13 et 15 de la revue &#8220;Mysl&#8221; (avril à juillet 1919). Le chapitre 10 a paru dans les numéros 11 et 15 du &#8220;Messager socialiste&#8221; (Berlin, les 8 juillet et 1° septembre 1921). En outre, les chapitres 1 à 5 ont paru en traduction allemande et avec quelques coupures dans la revue &#8220;Der Sozialist&#8221; publiée à Berlin sous la rédaction de Breitscheild. Les chapitres 11 et 12 sont inédits.</p>
<p style="text-align:justify;">Les éléments de la présente édition ont été puisés par nous dans les papiers de J. Martov, lesquels se trouvaient en grand désordre. Ce sont: 1° des textes découpés dans la revue &#8220;Mysl&#8221;; 2° des feuillets dactylographiés; 3° des feuillets manuscrits épars. Les coupures de la revue et les feuillets dactylographiés portent des corrections et des additions de la main de J. Martov. De sa main sont également les titres des divisions <a href="http://www.marxists.org/francais/martov/works/1923/00/martov_19230000b.htm">II</a> et <a href="http://www.marxists.org/francais/martov/works/1923/00/martov_19230000c.htm">III</a> et des chapitres &#8211; à 10 et 12. Certains de ces titres (divisions II et des chapitres 6 à 9) sont rédigés en allemand, manifestement en vue d&#8217;une publication ultérieure en cette langue. Il a été tenu compte dans la présente édition de toutes les corrections et additions ci-dessus mentionnées; quant aux coupures, nous en avons rétabli le texte initial complet, car elles étaient visiblement destinées uniquement à l&#8217;édition allemande.</p>
<p style="text-align:justify;">Le rédacteur a eu un travail des plus modestes, qui a consisté essentiellement à rechercher et à compulser les textes. En outre, il a rédigé les titres de la I° division et des cinq chapitres qui la composent, ainsi que celui du chapitre 11 de la divison II. Enfin, il lui a fallu faire quelques notes explicatives, d&#8217;ailleurs peu nombreuses.</p>
<p style="text-align:justify;">A la lecture du présent ouvrage, il ne faut pas oublier qu&#8217;il a été écrit en 1919 et que seulement quelques additions insignifiantes ont été faites postérieurement à cette date. C&#8217;est pourquoi les événements, dont J. Martov se sert pour illustrer sa pensée, se reportent à cette période &#8211; aujourd&#8217;hui un peu éloignée &#8211; ce que nous croyons devoir rappeler, à quelques endroits, dans nos courtes explications.</p>
<p style="text-align:justify;">Dans l&#8217;Appendice nous publions un article de J. Martov intitulé: &#8220;<a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1918-marx-et-le-probleme-de-la-dictature-du-proletariat-martov/">Marx et le problème de la dictature du prolétariat</a>&#8220;. Cet article fournit un complément et un développement fort précieux des pensées exposées dans &#8220;Le bolchevisme mondial&#8221;. Il a paru dans le numéro spécial que &#8220;L&#8217;Internationale Ouvrière&#8221; &#8211; revue ayant paru en 1918, à Moscou, sous la rédaction de J. Martov &#8211; a consacré au &#8220;jubilé de Marx&#8221;.</p>
<p style="text-align:right;"><a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/dan-1871-1947/">Th. DAN</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Novembre 1923</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="text-decoration:underline;">Note de la <em>BS</em></span>:</p>
<p style="text-align:justify;">Nous ajoutons à cet avant-propos un post-scriptum de <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/dan-1871-1947/">Th. Dan</a> à la notice biographique &#8220;Jules Martov&#8221;, édition Nouveau Prométhée 1934, qui indique que Dan a opéré une censure post-mortem des attaques de Martov contre la fraction majoritaire des mencheviks:</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">P.S. &#8211; L&#8217;ouvrage de Martov a été écrit au moment où le socialisme démocratique était encore divisé en deux camps ennemis. Il est tout naturel, par conséquent, que dans de telles conditions le polémiste mordant qu&#8217;était Martov, ait lancé parfois des appréciations très dures à l&#8217;adresse du courant socialiste qui ne le ménageait pas non plus. Nous avons pensé qu&#8217;il était possible d&#8217;abandonner les expressions parfois un peu vives du polémiste (comme l&#8217;aurait fait sans doute Martov lui-même). A part cette seule modification, l&#8217;œuvre de Martov est publiée sans abréviations, ni changement. &#8211; Th. D.</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;"><em><span style="text-decoration:underline;">Voir aussi</span>:</em></p>
<ul>
<li><a title="Permanent Link to L’opposition légale des mencheviks en Russie (1918-1922)" rel="bookmark" href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/09/17/lopposition-legale-des-mencheviks-en-russie-1918-1922/">L’opposition légale des mencheviks en Russie (1918-1922)</a> (Leonard S[c]hapiro, 1957) <a title="Permanent Link to L’opposition légale des mencheviks en Russie (1918-1922)" rel="bookmark" href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/09/17/lopposition-legale-des-mencheviks-en-russie-1918-1922/"><img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/03/francais.jpg?w=15&#038;h=9#38;h=9&#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /> </a></li>
<li><a title="Permanent Link to The role of the soviets in Russia’s bourgeois revolution: the point of view of Julius Martov (Buick, 1976)" rel="bookmark" href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/12/21/the-role-of-the-soviets-in-russias-bourgeois-revolution-the-point-of-view-of-julius-martov-buick-1976/">The role of the soviets in Russia’s bourgeois revolution: the point of view of Julius Martov (Buick, 1976)</a> <img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2007/08/uk.gif?w=15&#038;h=9#38;h=9&#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /></li>
<li><a href="http://www.zshare.net/audio/55478636fb8a50/">Martov and the Anti-Bolshevik Approach To Revolution</a> (1, <span style="color:#888888;"><em>fichier audio</em></span>) (Steve Coleman, 1982) <img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2007/08/uk.gif?w=15&#038;h=9#38;h=9&#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /></li>
<li><a href="http://www.zshare.net/audio/554793800e1a6b/">Martov and the Anti-Bolshevik Approach To Revolution</a> (2, <span style="color:#888888;"><em>fichier audio</em></span>) (Steve Coleman, 1982) <img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2007/08/uk.gif?w=15&#038;h=9#38;h=9&#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /></li>
</ul>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 470px"><img title="Pavel Axelrod, Julius Martov et Alexandre Martinov en mai 1917" src="http://labourhistory.net/stockholm1917/images/sk021.jpg" alt="" width="460" height="309" /><p class="wp-caption-text">Pavel Axelrod, Julius Martov et Alexandre Martinov en mai 1917</p></div>
<div id="attachment_8021" class="wp-caption aligncenter" style="width: 460px"><a href="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2009/03/martov001.jpg"><img class="size-full wp-image-8021" title="martov001" src="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2009/03/martov001.jpg" alt="martov001" width="450" height="638" /></a><p class="wp-caption-text">L&#39;édition française de 1934</p></div>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[La Russie soviétique aujourd'hui (1937)]]></title>
<link>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/01/10/la-russie-sovietique-aujourdhui-1937/</link>
<pubDate>Sat, 10 Jan 2009 12:01:40 +0000</pubDate>
<dc:creator>lucien</dc:creator>
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<description><![CDATA[Article paru dans International Council Correspondence Vol. 3, N° 2 (février 1937), traduit de Raete]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><blockquote><p>Article paru dans<em> International Council Correspondence</em> Vol. 3, N° 2 (février 1937), traduit de <em>Raetekorrespondenz</em>.</p></blockquote>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;exécution à Moscou des seize vieux bolcheviks a eu une répercussion mondiale. On a cherché à élucider les raisons de ce « troublant » massacre. L&#8217;opinion qui pré-vaut, hormis celle des communistes inféodés au Kremlin, est que le procès de Moscou a été un vaste coup monté comparable à celui qui suivit l&#8217;incendie du Reichstag. On émet dans ce sens toutes sortes d&#8217;hypothèses, mais aucune analyse sérieuse de la véritable cause de ces exécutions. « Coupables ou non coupables », là n&#8217;est pas la question; le débat soulevé sur ce point au sein du mouvement ouvrier restera sans réponse car il ne s&#8217;attaque pas au fond du problème. Pour l&#8217;actuel mouvement ouvrier officiel, une analyse objective de la situation en Russie est impossible car toute critique de la Russie reviendrait à remettre en cause le vieux mouvement ouvrier dans son ensemble. Comment ces socialistes et ces communistes, qui voient dans la Russie la réalisation intégrale ou partielle de leur idéal, pourraient-ils reconnaître le caractère ouvertement violent des rapports sociaux en Russie sans s&#8217;avouer en même temps la misère de leur propre idéal! Saisir la continuité de l&#8217;évolution qui a mené la Russie d&#8217;Octobre 17 jusqu&#8217;à l&#8217;exécution des héros d&#8217;Octobre présuppose une appréciation objective de la structure sociale du pays. Ni Otto Bauer, ni Trotsky, dont les protestations indignées remplissent à présent la presse des organisations ouvrières néo-moscovites, n&#8217;en sont capables. Les Bauer et les Adler, pour qui la Russie est le pays du socialisme en marche, s&#8217;étonnent de ce qu&#8217;ils appellent une régression vers la barbarie. Selon eux, ces exécutions sont un « acte mal-heureux » pour la cause du socialisme en général. Jamais ces gens n&#8217;admettront que la « barbarie » manifeste n&#8217;est une fois de plus que l&#8217;autre aspect de leur « idéal ».<br />
Quant à Trotsky, devenu la cible de tous les russophiles vendus ou non à Moscou, qu&#8217;a-t-il à répondre? Nous prouvera-t-il que la calomnie était aussi à l&#8217;honneur à l&#8217;époque où lui-même était dirigeant, que, bien avant le stalinisme, il était courant d&#8217;exécuter les  communistes et les ouvriers, et que de telles actions s&#8217;inscrivaient dans la logique même du système russe? Non, Trotsky nous prouve le contraire, comme il fallait s&#8217;y attendre. C&#8217;est sur l&#8217;ordre de Lénine et de Trotsky qu&#8217;on massacra les ouvriers do Kronstadt   parce   que   leurs   exigences  allaient à l&#8217;encontre des intérêts de l&#8217;État bolchevique de 1920. Pour nous, que les exécutions et les déportations soient ordonnées par Staline ou par Trotsky, peu importe. Expliciter les raisons de ces mesures brutales, telle est notre préoccupation.<br />
Pourquoi la mise hors-la-loi puis l&#8217;exécution des insurgés de Kronstadt et des seize vieux bolcheviks, qui constituaient pourtant l&#8217;un et l&#8217;autre des groupes communistes dans l&#8217;acception russe du terme? Parce qu&#8217;ils étaient c désaccord avec les dirigeants du Kremlin. Quand un État qui se réclame du communisme, déporte et exécute les communistes, on est en droit de se demander qui des deux agit ici en communiste : l&#8217;État ou les communistes. Répondre à cette question, c&#8217;est se donner les moyens de mieux comprendre la situation en Russie.</p>
<p style="text-align:center;">LES PRINCIPALES  ÉTAPES DE L&#8217;ÉVOLUTION RUSSE AU COURS DES DERNIÈRES ANNÉES</p>
<p style="text-align:justify;">Dernièrement une série de lois extrêmement réactionnaires a été promulguée en Russie. Par exemple, l&#8217;interdiction de l&#8217;avortement, la création de nouveaux grades dans l&#8217;armée,   l&#8217;adoption  d&#8217;une  nouvelle  législation  scolaire autoritaire,   etc.   La  plupart   de ces lois ressortent   du domaine sociologico-culturel et ne s&#8217;expliquent que par rapport  aux  phénomènes  économiques  sous-jacents.   Il suffit donc ici de se rappeler le discours prononcé par Staline en juin 1931 lors d&#8217;un meeting d&#8217;éminents économistes russes. La presse de l&#8217;Internationale Communiste attribua à ce discours « une importance historique », ce , qu&#8217;il revêtait sans nul doute. Staline y réclamait l&#8217;abolition totale de la relative égalité des salaires qui survivait encore  et préconisait une hiérachisation très poussée des salaires. Il exigeait de plus que, dans les usines, l&#8217;on substitue  définitivement à la  direction plus  ou moins collective l&#8217;initiative personnelle d&#8217;un directeur responsable devant  l&#8217;État seulement. Et surtout, point essentiel de son discours,  Staline réclamait l&#8217;introduction du profit dans toutes les entreprises.<br />
A la suite de ce discours, toute une série de lois fut proclamée. On institua plus de trente graduations de salaire, avec une échelle variant de 100 à 1 000 roubles par mois. Les ouvriers dans les usines furent totalement réduits au silence. Les « directeurs rouges » devinrent les autocrates des entreprises. Le profit devint le facteur déterminant. La rationalisation du procès de travail se manifesta par l&#8217;extension du système de rendement aux pièces. L&#8217;exploitation fut renforcée par tous les moyens.</p>
<p style="text-align:justify;">Peu après, les syndicats furent placés sous la dépendance du Commissariat au Travail et cessèrent de fonctionner comme instruments de l&#8217;amélioration des conditions de travail. Réduits au rôle d&#8217;organismes de prévoyance sociale, ils devinrent dans les mains de l&#8217;État des instruments de propagande pour accroître là productivité du travail.<br />
Les coopératives de consommateurs furent « réorganisées » ; les directeurs des entreprises productives pouvaient désarmais les utiliser « pour récompenser les bons travailleurs par de meilleurs moyens de consommation ». Jusqu&#8217;alors, il avait régné au sein de la classe ouvrière, comme nous l&#8217;avons déjà dit, une relative égalité dans les conditions de vie, même si cette égalité se réduisait plutôt à une égalité dans la misère. Désormais, les différenciations créées dans les conditions de vie vont entraîner aussi des divergences d&#8217;intérêt, et, ce faisant, des différences dans la position des travailleurs vis-à-vis de l&#8217;État et de ses privilèges sociaux. C&#8217;était la fin d&#8217;une époque qui avait favorisé la création d&#8217;une idéologie sociale relativement unifiée. Staline déclarait dans son discours : « Nous en tenir aux vieilles sources de l&#8217;accumulation est impossible. Pour-» suivre le développement de l&#8217;agriculture et de l&#8217;industrie nécessite l&#8217;adoption du principe du profit et de l&#8217;accumulation accélérée. » Dans les pays capitalistes, lorsque la diminution  des  profits  entraîne  un  ralentissement  de l&#8217;accumulation, les capitalistes accroissent l&#8217;exploitation des travailleurs pour remédier à cette situation. Le « premier et seul État ouvrier » n&#8217;utilise pas d&#8217;autres méthodes. L&#8217;État tout-puissant qui s&#8217;est substitué aux anciens capitalistes perpétue la vieille méthode capitaliste : renforcer l&#8217;exploitation  pour  garantit  ses  profits.  Tout  comme l&#8217;organisation de la production, l&#8217;accumulation du capital prouve que les relations entre les ouvriers russes et leur État ne se distinguent nullement des relations entre travailleurs et capitalistes en général.</p>
<p style="text-align:justify;">Ceux qui croient à la nature socialiste de la société russe doivent se poser la question : « Comment se fait-il que les ouvriers, « propriétaires collectifs » des moyens de production,-montrent si peu d&#8217;intérêt à accroître leur « propriété sociale », que Staline en soit réduit à utiliser la force pour les rappeler à leurs devoirs? » Oui, l&#8217;État a dû passer des lois « pour la protection de la propriété sociale », car il redoutait que les travailleurs ne volent leur propre propriété. Les travailleurs russes sont-ils réellement stupides et myopes au point de méconnaître leurs véritables intérêts?</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;ouvrier russe ne peut manquer de s&#8217;apercevoir qu&#8217;il n&#8217;a aucun contrôle sur les moyens de production ni sur les produits de son travail. Il ne peut pas se sentir concerné par les problèmes de la socialisation tels qu&#8217;ils se posent en Russie, étant donné qu&#8217;il est un esclave du salariat tout comme ses frères au-delà des frontières de l&#8217;<a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/themes/lurss/">U.R.S.S.</a> Il importe  même peu de savoir si les ouvriers russes prennent clairement conscience de leur position dans la société. Le fait est qu&#8217;ils agissent de la seule manière possible pour une classe exploitée. Et, parallèlement, que Staline soit conscient ou non de son rôle en tant que dirigeant d&#8217;une société d&#8217;exploitation, ses actes passés et à venir reflètent forcément les nécessités d&#8217;une telle société. Ce n&#8217;est pas d&#8217;hier que la Russie est capitaliste; elle l&#8217;est devenue avec l&#8217;abolition des derniers conseils ouvriers librement élus. A partir de 1931, l&#8217;économie russe était débarrassée de tous les éléments étrangers à sa structure capitaliste. Ceux des vieux bolcheviks qui ne pouvaient aider Staline dans son ascension devinrent ses opposants acharnés : il fallait donc les éliminer. La dissolution en 1935 de l&#8217;organisation des vieux bolcheviks, la déportation de la plupart de ses membres, montrent clairement que le régime actuel devra nécessairement éliminer ces traditions  dépassées qu&#8217;incarnent les vieux bolcheviks. Ces derniers,  ainsi que les ouvriers qui ont une conscience de classe et les communistes, peuvent de moins en moins défendre et soutenir la politique du gouvernement. Ils perdent toute  utilité pour l&#8217;appareil d&#8217;État, à mesure qu&#8217;ils acquièrent une conscience plus juste de leur rôle de meneurs d&#8217;esclaves dans la hiérarchie exploiteuse. D&#8217;autres, qui ont moins de scrupules, convoitent leurs postes et les évincent. La réussite de ces derniers éléments s&#8217;explique par leur indifférence à l&#8217;égard des traditions d&#8217;Octobre et par leur manque de solidarité avec la classe ouvrière.<br />
Un accroissement de l&#8217;exploitation présuppose un renforcement de l&#8217;appareil exploiteur. La classe ouvrière ne peut s&#8217;exploiter elle-même. Un appareil est nécessaire, dont les membres n&#8217;appartiennent pas à la classe ouvrière. Des bureaucrates, des professionnels, des « commandeurs d&#8217;industrie » comme les appelle Staline, s&#8217;appuyant sur une large couche de l&#8217;aristocratie ouvrière, sont indispensables. Ces bureaucrates aident la clique dirigeante, dont ils reçoivent en retour des privilèges qui les élèvent au-dessus du niveau de l&#8217;ouvrier moyen. En dépit de la phraséologie officielle sur « la transition vers une société sans classe », il s&#8217;est bel et bien développé une nouvelle classe dirigeante en Russie. Les travailleurs vendent leur force de travail à cette nouvelle classe de fonctionnaires, de chefs de coopératives et d&#8217;entreprises, et à la bureaucratie qui dirige la production et la distribution. Cet appareil colossal est l&#8217;acheteur de la force de travail. Il dirige collectivement et autocratiquement à la fois. Il ne produit aucune valeur, il vit de la plus-value, du travail de millions d&#8217;esclaves salariés. L&#8217;idéologie de cette couche privilégiée n&#8217;a rien à voir avec la conscience de classe des ouvriers. L&#8217;exploitation étant son intérêt, elle constitue son idéologie. En ennemi implacable, la bureaucratie combat toutes les tendances de la société qui s&#8217;orientent vers l&#8217;abolition de l&#8217;exploitation. Afin de maintenir ses propres privilèges, la bureaucratie utilisera tous les moyens possibles pour détruire les forces qui menacent d&#8217;en finir avec les privilèges. Pour assurer ses positions, elle liquidera tous les acquis de la Révolution d&#8217;Octobre qui s&#8217;opposent aux besoins de la nouvelle classe exploiteuse. Il lui faut donc se débarrasser des restes de la Révolution, dont font partie les vieux bolcheviks.</p>
<p style="text-align:justify;">Afin d&#8217;obtenir la masse gigantesque de plus-value indispensable à la construction et à la transformation du système économique russe dans son entier, il était nécessaire de développer une vaste classe de meneurs d&#8217;esclaves, de parasites et d&#8217;exploiteurs. Cette nouvelle classe se développe en contradiction avec le communisme. Le vide dans la structure de la société d&#8217;exploitation, que reflétait l&#8217;absence d&#8217;une classe exploiteuse spécifique, a été comblé. C&#8217;est ceci qui constitue l&#8217;étape essentielle dans l&#8217;évolution de la Russie au cours des dernières années. Elle en a fait un État intégralement capitaliste. Les travailleurs, trop faibles pour organiser la production au nom de leur classe, ont abdiqué devant le Parti. Ce dernier, n&#8217;obéissant qu&#8217;à des intérêts spécifiques, a joué en Russie exactement le même rôle que les capitalistes privés dans les autres pays. Le parti bolchevique, en assumant le rôle historique de la bourgeoisie est devenu lui-même la bourgeoisie et a développé les forces productives à un niveau atteint longtemps auparavant par la bourgeoisie des autres pays. Le Parti est déjà devenu un obstacle au développement des forces productives et au progrès humain en général, tout comme la bourgeoisie partout ailleurs. Il est vain d&#8217;incriminer ceux qui occupaient les postes dirigeants pendant cette période de l&#8217;évolution russe; au contraire, il faut prendre conscience que quiconque — individu ou Parti — aurait été contraint à leur place de remplir exactement le même rôle.</p>
<p style="text-align:center;">LES RAPPORTS DE CLASSE DANS L&#8217;AGRICULTURE SOVIÉTIQUE</p>
<p style="text-align:justify;">Au cours du premier plan quinquennal, la différenciation ; les conditions de vie entre travailleurs et bureaucratie n&#8217;a pas pu être développée au maximum. La bureaucratie avait encore besoin des travailleurs pour assurer son hégémonie sur le secteur agricole. Et, inversement, il lui fallait s&#8217;assurer une position de force dans l&#8217;agriculture pour pouvoir consolider sa situation dans l&#8217;industrie. L&#8217;anarchie des rapports dans le domaine agricole menaçait le développement général de l&#8217;économie, et donc la clique dirigeante elle-même. L&#8217;introduction de méthodes de production modernes était devenue une nécessité historique pour l&#8217;économie paysanne russe. Aucun gouvernement n&#8217;aurait pu s&#8217;y soustraire. Cela permettait en effet, d&#8217;abord de réduire le prix de la force de travail des travailleurs salariés, et ensuite de développer le marché intérieur. La bureaucratie collectivisa les fermes au nom du socialisme; ce slogan était nécessaire pour gagner les ouvriers à cette politique. L&#8217;opposition manifestée par les paysans nécessitait une étroite collaboration entre les ouvriers et la bureaucratie. Les difficultés que rencontra d&#8217;abord la collectivisation forcée sont illustrées clairement par l&#8217;émigration de dizaines de milliers de paysans et la déportation de milliers d&#8217;autres vers les régions polaires et la Sibérie. Avant le succès de la campagne de collectivisation, il existait de petites fermes individuelles qui fonctionnaient pour ainsi dire indépendamment de l&#8217;industrie et donc de ses dirigeants. Les besoins des paysans ne les poussaient nullement à se rapprocher de l&#8217;industrie. Pour créer cette dépendance, il fallait briser leur isolement.</p>
<p style="text-align:justify;">Pour développer la productivité agricole, il était nécessaire de mettre en circulation les produits industriels tels que tracteurs, moissonneuses-batteuses&#8230; etc. Aujourd&#8217;hui 87 % du sol cultivé est collectivisé; on utilise 300 000 tracteurs. L&#8217;agriculture tout entière a fondamentalement changé, ainsi que ses rapports avec les autres secteurs do l&#8217;économie russe. Les paysans ont contracté de lourdes dettes vis-à-vis de l&#8217;État; leur isolement a été brisé et ils prennent de plus en plus conscience de leur dépendance à l&#8217;égard de l&#8217;État. Ils subissent le poids de la politique gouvernementale dès prix, de la taxation indirecte, et des organismes de crédit gouvernementaux. L&#8217;année dernière une mesure très significative a été introduite : l&#8217;État a cessé de vendre aux fermes collectives les moyens de production les plus importants; désormais, il les leur loue. Pour ce faire, il a installé quelques milliers de stations de machines agricoles, ce qui a renforcé l&#8217;emprise de la bureaucratie sur les paysans.<br />
La collectivisation a fait naître une nouvelle méthode de production, appelée « artel », qui correspond à une association relativement lâche de possesseurs de moyens de production agricoles. Les machines et les bâtiments sont utilisés collectivement. L&#8217;« artel » est une, nouvelle forme de rapport de propriété. Il engendre des inégalités économiques et des différences idéologiques. De plus, le travail salarié y est maintenu. Les salaires sont proportionnels à la quantité et à la qualité du travail fourni. L&#8217; « artel » peut aussi embaucher de simples  ouvriers agricoles,  auquel cas il joue le rôle d&#8217;exploiteur. Un paysan ne peut devenir membre de l&#8217; « artel » que s&#8217;il apporte suffisamment de biens pour satisfaire la majorité des membres de l&#8217; « artel ». Grâce à l&#8217;utilisation de l&#8217;outillage moderne et à la rationalisation du procès de travail, l&#8217; « artel » permet d&#8217;accroître considérablement  la  production.   Cette  constatation  a rendu cette forme de production populaire chez les paysans et a étouffé la résistance antérieure. Le développement général de l&#8217;agriculture tend à transformer peu à peu les paysans en esclaves salariés. Pour l&#8217;instant, ils n&#8217;ont pas encore pris conscience de ce que leur réserve l&#8217;avenir. Ils ne voient que la façade de ces nouveaux rapports sociaux, qui comporte comme avantage principal l&#8217;accroissement de leur revenu. Désormais, le gouvernement peut, grâce à cette évolution, s&#8217;appuyer davantage sur les paysans. Il peut faire jouer une classe contre l&#8217;autre et, effectivement, I toute la politique de la bureaucratie depuis le succès de la collectivisation se ramène à une politique d&#8217;équilibre des pouvoirs : elle fait jouer tantôt les ouvriers contre les paysans, tantôt les paysans contre les ouvriers.</p>
<p style="text-align:justify;">A l&#8217;heure actuelle, en ces débuts de « société sans classes », il existe en Russie trois classes principales : les ouvriers, qui ne possèdent rien; les paysans qui, sous le contrôle de l&#8217;État, possèdent collectivement leur propriété; la bureaucratie, qui possède et dirige l&#8217;industrie et s&#8217;efforce de placer également toute l&#8217;agriculture sous son contrôle absolu. Ces rapports de classes engendrent des différences toujours plus poussées dans les conditions de vie. Les ouvriers, exploités et démunis, doivent lutter pour l&#8217;abolition de l&#8217;exploitation; les paysans réclament un abaisse¬ment du prix des produits industriels, ce qui signifie un accroissement de l&#8217;exploitation pour les ouvriers; et quant à la bureaucratie, elle réalise des profits sur le dos de ces deux classes.</p>
<p style="text-align:center;">LA SITUATION DES OUVRIERS</p>
<p style="text-align:justify;">Le développement de l&#8217;économie capitaliste montre de plus en plus clairement que la force de travail est une marchandise. L&#8217;extrême hiérarchisation des salaires s&#8217;est fait sentir très brutalement lorsque le pouvoir d&#8217;achat différencié du rouble a disparu. Jusqu&#8217;en 1935, le minimum vital des ouvriers les moins bien payés était plus ou moins garanti. Depuis, le salaire en argent est devenu la seule mesure pour la consommation individuelle des ouvriers. L&#8217;effet de la loi de l&#8217;offre et de la demande a augmenté les prix. La bureaucratie a fait passer la hausse des prix pour une baisse; effectivement, pour les couches les mieux payées et la bureaucratie, qui auparavant étaient contraintes d&#8217;acheter sur le marché « libre », il s&#8217;agissait bien d&#8217;une baisse des prix, mais pour les ouvriers c&#8217;était une phénoménale hausse des prix, qui réduisit considérablement leur consommation.</p>
<p style="text-align:justify;">La somme totale de tous les salaires et rémunérations payés en 1936 s&#8217;élevait à 63,4 milliards de roubles. Le nombre total  des employés salariés et rémunérés,  selon le Bureau des Statistiques de Moscou, s&#8217;élève à 24 100 000. Ce qui   donne  un   revenu  moyen mensuel par tête de 220  roubles. Par rapport au niveau des prix existant, cela signifie un taux de salaire moyen plus bas que dans n&#8217;importe quel pays d&#8217;Europe occidentale. Les biens de consommation sont de trois à quatre fois plus chers que dans les autres pays. Comparez par exemple le prix d&#8217;une paire de chaussures, c&#8217;est-à-dire 50 à 70 roubles, avec ces salaires. Le prix moyen du pain noir est de 0,70 rouble le kilo; pour le pain blanc de meilleure qualité, il est de 1,20 à 1,50 rouble. Le quart de lait coûte 1,50 rouble, le bœuf 9 roubles le kilo. Le beurre, selon la qualité, va de 18 à 26 roubles le kilo. Une chemise ordinaire coûte environ 20 roubles. La grande masse de la population russe vit aujourd&#8217;hui, dix-neuf ans après la Révolution, à peine mieux qu&#8217;à l&#8217;époque des Tsars. Les biens de consommation plus raffinés resteront, pour longtemps encore, inaccessibles aux larges masses du pays. Les statistiques du second plan quinquennal expliquent cela très clairement : la production totale de chaussures en 1937 ne dépassera même pas 180 millions de paires, ce qui signifie qu&#8217;à la fin de l&#8217;année, il n&#8217;y aura qu&#8217;une paire de chaussures à la disposition de chaque habitant. Selon le plan, la consommation totale de beurre sera portée en 1937 à 180 000 tonnes. Compte tenu que la moitié de la population achète du beurre, il n&#8217;en est donc distribué que 5 livres par an et par tête. Mais, pour l&#8217;instant, même cet objectif n&#8217;est atteint que sur le papier. Le problème du logement est encore plus aigu.  D&#8217;après les statistiques officielles russes,  la pièce moyenne attribuée à une personne fait environ 3,5 m2. Et il n&#8217;y a aucun espoir de voir la situation s&#8217;améliorer prochainement : l&#8217;industrie de la construction est en retard constant sur l&#8217;accroissement de la population urbaine.</p>
<p style="text-align:justify;">Dans de telles conditions, il serait vraiment incroyable que les travailleurs ne prennent pas conscience de leur situation de classe exploitée. D&#8217;autant plus que les « chefs de l&#8217;industrie », la bureaucratie en général, jouissent de bien meilleures conditions de vie. On y voit des salaires qui commencent à 1 000 roubles par mois. Il fut un temps où existait ce qu&#8217;on appelait « un minimum du Parti » : ses membres ne pouvaient pas gagner plus de 7 200 roubles par an. Aujourd&#8217;hui, les privilèges n&#8217;ont plus de bornes.</p>
<p style="text-align:center;">LE STAKHANOVISME</p>
<p style="text-align:justify;">Un accroissement de la consommation générale est absolument indispensable à la Russie. La classe dirigeante le sait, mais les classes dirigeantes ne partagent pas avec les pauvres. Dans le cadre des rapports économiques de la Russie capitaliste, un accroissement du niveau de vie des masses n&#8217;est possible que si le capital s&#8217;accroît comparativement plus vite que la consommation de masse. Tout accroissement du pouvoir d&#8217;achat des masses implique un accroissement encore plus rapide du taux d&#8217;exploitation. C&#8217;est ce processus que le marxisme appelle la paupérisation relative des travailleurs. C&#8217;est exactement ce phénomène qui se produit en Russie et que l&#8217;on appelle faussement le socialisme.<br />
Le « stakhanovisme », ou accroissement de la productivité grâce à l&#8217;amélioration des méthodes de production, est désormais largement adopté dans l&#8217;industrie et l&#8217;agriculture russes. Les salaires des ouvriers stakhanovistes augmentent de 100 %, mais leur productivité augmente souvent 10 fois plus. Quelles que soient les statistiques de référence, elles montrent toutes que les augmentations do salaire ne représentent qu&#8217;une toute petite fraction des accroissements de productivité. De plus hauts salaires signifient une exploitation accrue. La part qui revient aux ouvriers tend à diminuer comparativement à la valeur qu&#8217;ils créent.</p>
<p style="text-align:justify;">Peu à peu les ouvriers prennent conscience de cette situation. La diminution des taux de salaires aux pièces qui suit chaque accroissement de la productivité, réveille chez les ouvriers les plus conscients l&#8217;opposition au stakhanovisme. On voit souvent des stakhanovistes se faire rosser par leurs collègues. Beaucoup ont été tués. Certains ouvriers considèrent les stakhanovistes purement et simplement comme des briseurs de grève. Mais le « stakhanovisme » progressera en dépit de toute cette résistance. En effet, il permet à une fraction de la classe ouvrière d&#8217;améliorer ses conditions de vie. Une couche d&#8217;ouvriers se développe, qui soutient avec ferveur la bureaucratie, tout comme beaucoup d&#8217;ouvriers parmi les mieux payés soutiennent leur bourgeoisie dans d&#8217;autres pays capitalistes. C&#8217;est ainsi que la force de la classe ouvrière est affaiblie. Alors que la misère générale avait suscité dans la classe ouvrière une révolte unanime, les possibilités maintenant offertes à certains d&#8217;échapper à leur misère contribuent à les séparer radicalement des ouvriers qui ont une conscience de classe.<br />
L&#8217;idéologie de l&#8217;ouvrier stakhanoviste se définit essentiellement comme une idéologie petite-bourgeoise. Son logis est tout son univers. Il se sent supérieur à la masse des ouvriers; pour lui, les non-stakhanovistes sont des sous-hommes, il faudrait les chasser des usines. Il est conservateur et apporte son soutien à toutes les initiatives du gouvernement. Il s&#8217;incline devant ses supérieurs et méprise ses subordonnés. Il a un livret d&#8217;épargne et investit de l&#8217;argent dans les bons d&#8217;État; il est sensible au fait de toucher des intérêts, revenu obtenu sans travailler. Il déteste les véritables communistes et applaudit les attaques de Staline contre les opposants de gauche. C&#8217;est ce type d&#8217;individus qui a réclamé l&#8217;exécution des seize vieux bolcheviks. Ils sont prêts à tout pour se faire bien voir de leurs maîtres.</p>
<p style="text-align:center;">LA NOUVELLE CONSTITUTION</p>
<p style="text-align:justify;">La bureaucratie, installée jadis au pouvoir grâce aux ouvriers, doit aujourd&#8217;hui se protéger contre eux. Pour cela, elle a besoin d&#8217;alliés et elle les trouve parmi les paysans et l&#8217;aristocratie ouvrière. Pour ces couches privilégiées, l&#8217;éveil de la conscience de classe ouvrière représente le danger le plus grand. Elles ont donc intérêt à en détruire tous les embryons de manifestation. Aussi ont-elles commencé par émasculer le marxisme. Elles ont essayé de prouver « marxistement » qu&#8217;il était nécessaire et souhaitable de maintenir leurs privilèges, le travail salarié, les rapports capitalistes, la dictature du Parti&#8230; etc., faisant passer cela pour le socialisme. Tous les marxistes qui se sont opposés à cette tromperie sont devenus les ennemis mortels de la bureaucratie. On supprime définitivement les droits politiques acquis par les travailleurs lors de la Révolution. La nouvelle constitution de l&#8217;<a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/themes/lurss/">U. R. S. S.</a> en est une illustration flagrante. Elle a été conçue pour donner un plus grand poids politique aux couches non prolétariennes du pays. Auparavant, le vote d&#8217;un paysan équivalait au tiers de celui d&#8217;un ouvrier, maintenant, il a la même valeur. La fausse démocratie doit sauvegarder les privilèges de la clique dirigeante. Non pas que la Russie veuille copier la démocratie bourgeoise à ses débuts. Au contraire, sa démocratie n&#8217;est que l&#8217;instrument de sa dictature sur les travailleurs. Il n&#8217;y a qu&#8217;un seul parti ; seuls les candidats de la bureaucratie peuvent être élus. La nature profonde de ces dix-neuf ans de bolchevisme se trouve parfaitement exprimée dans la nouvelle constitution : tout le pouvoir réel appartient aux plus hauts organes de l&#8217;État. Les « soviets » des villages et des villes ont perdu toute autonomie. Ils en sont réduits au rôle d&#8217;organismes d&#8217;État, do force de police. Chaque groupe de 300 000 votants élit un représentant que le Parti envoie au Soviet de l&#8217;Union et un second qui siège au Soviet des Républiques Nationales. Les représentants de l&#8217;Union et le Soviet des Républiques Nationales élisent ensuite le Soviet Suprême. Celui-ci à son tour élit un présidium qui est investi de tous les pouvoirs, y compris celui de dissoudre le Soviet Suprême. Ce présidium, plus les Commissaires du Peuple élus par le Soviet de l&#8217;Union, gouvernent effectivement. Les mécanismes de ce système parlementaire garantissent au gouvernement un pouvoir pratiquement illimité ; de toute façon c&#8217;est le gouvernement lui-même qui propose les candidats aux élections. La vieille dictature se masque d&#8217;une fausse démocratie. Otto Bauer, de la IIe Internationale, se montre plein d&#8217;enthousiasme pour cette nouvelle constitution, cette nouvelle démocratie. Il n&#8217;a qu&#8217;un seul regret : que son propre parti n&#8217;y soit toujours pas représenté. Mais pour les ouvriers, cette fausse démocratie ne fait qu&#8217;ajouter l&#8217;insulte à l&#8217;exploitation.</p>
<p style="text-align:center;">CAPITALISME D&#8217;ÉTAT ET COMMUNISME</p>
<p style="text-align:justify;">Il faut considérer la Russie comme un pays capitaliste et un ennemi mortel du communisme. Cela deviendra plus évident avec le temps. Les communistes seront pourchassés et tués en Russie comme partout ailleurs. Si certains nourrissent encore l&#8217;illusion de voir le socialisme « s&#8217;édifier » tôt ou tard en Russie, ils découvriront que les classes privilégiées ne renoncent jamais délibérément à leurs privilèges. Ceux qui espèrent voir la classe possédante abandonner sa propriété sans lutter, font de la religion. Le socialisme ne N&#8217;édifie pas. Ou bien il est le produit direct de la révolution prolétarienne, ou bien il n&#8217;est pas. La révolution de 1917 est restée une révolution bourgeoise. Ses éléments prolétariens ont été battus. Elle n&#8217;a pas supprimé le fondement de toute domination, elle a seulement renversé la domination   tsariste. Elle n&#8217;a pas supprimé tous les rapports de propriété, elle a seulement aboli les rapports de propriété privée du capitalisme. Ce n&#8217;est que lorsque les travailleurs prennent le pouvoir en main et organisent la société pour eux-mêmes que les bases du communisme se trouvent jetées. Ce qui existe en Russie est un capitalisme d&#8217;État. Ceux qui se réclament du communisme doivent aussi attaquer le capitalisme d&#8217;État. Et dans la révolution à venir, les ouvriers russes devront renverser ce capitalisme d&#8217;État. La société d&#8217;exploitation russe, comme toutes les autres sociétés d&#8217;exploitation, engendre chaque jour ses propres fossoyeurs. La paupérisation relative sera suivie de la paupérisation absolue des travailleurs. Le jour viendra où en Russie, une fois de plus, comme aux jours héroïques d&#8217;Octobre, mais plus puissant se fera entendre le cri de guerre : « Tout le pouvoir aux Soviets ! »</p>
<p style="text-align:right;"><em>Raetekorrespondenz</em>.</p>
<p style="text-align:right;"><img class="aligncenter" title="B. Klinch, Premier Mai à Moscou, 1936, Photomontage" src="http://idata.over-blog.com/0/45/32/27/images/soviet-klinch.jpg" alt="" width="480" height="384" /></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[The role of the soviets in Russia's bourgeois revolution: the point of view of Julius Martov (Buick, 1976) ]]></title>
<link>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/12/21/the-role-of-the-soviets-in-russias-bourgeois-revolution-the-point-of-view-of-julius-martov-buick-1976/</link>
<pubDate>Sun, 21 Dec 2008 15:57:27 +0000</pubDate>
<dc:creator>lucien</dc:creator>
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<description><![CDATA[Cet article est d&#8217;abord paru en français dans la revue de Maximilien Rubel, Économies et socié]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><blockquote><p>Cet article est d&#8217;abord paru en français dans la revue de <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/rubel-1905-1996/">Maximilien Rubel</a>, <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/revues/etudes-de-marxologie-1959-1994/"><span style="font-style:italic;">Économies et sociétés, cahiers de l&#8217;ISMEA</span></a>, Paris, série S, N° 18 (avril-mai 1976). Il a été publié pour la première fois en anglais sur internet sur un <a href="http://blogs.myspace.com/index.cfm?fuseaction=blog.view&#38;friendID=4018139&#38;blogID=173938050&#38;Mytoken=6C5E4066-2FB6-4692-9A960728B1B49BED2913394">blog du<em> Socialist standard</em></a> en 2006.</p></blockquote>
<p style="text-align:justify;">The basic principle defended by Marx throughout his forty years of socialist activity can be summed up in the clause of the General Rules of the First International that <span style="font-style:italic;">&#8220;the emancipation of the working class must be conquered by the working classes themselves&#8221;</span>. This is a rejection of the view that socialism can be introduced for the working class or that the working class can be led to socialism by some enlightened minority.</p>
<p style="text-align:justify;">Those who set themselves up as leaders of the working class fall into two groups. First, there are the parliamentary reformists who tell the workers: <span style="font-style:italic;">&#8220;vote for us and we will introduce socialism for you&#8221;</span>. And then there are the various &#8220;vanguards&#8221; who see themselves leading the workers in a violent assault on the capitalist state. Both groups, despite being bitter antagonists, share a common standpoint: a denial that the majority of workers are capable of understanding and of organising themselves, without leaders, in order to achieve it.</p>
<p style="text-align:justify;">But to deny this is to in effect deny that socialism can be established. For socialism, as a fully democratic society based on the common ownership of the means of production<span style="font-weight:bold;">(1)</span>, demands, in order to function, the voluntary co-operation and conscious participation of the immense majority of the population. It is a society which simply cannot be established by a minority, however enlightened, determined or benevolent. Leaders, whether reformist parliamentarians or insurrectionist vanguards, cannot establish socialism; all they can and have established is some form of state capitalism.</p>
<p style="text-align:justify;">During and after the first world war a number of working class thinkers and militants (such as <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/biographie-luxemburg/">Luxemburg</a>, <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/gorter-1864-1927/">Gorter</a> and <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/pannekoek-1873-1960/">Pannekoek</a>) came to recognise that the traditional Social Democratic policy of seeking to win a parliamentary majority on an electoral programme of reforms of capitalism could never lead to socialism but only to state capitalism. They re-asserted that only the working class, socialist-minded and democratically-organised, could establish socialism. However, under the impact of the events of November 1917 in Russia, they imagined that the form of working class organisation to overthrow capitalism and establish socialism has been found in the workers&#8217; &#8220;soviets&#8221; or councils that had come into being after the overthrow of the Tsar in March 1917.</p>
<p style="text-align:justify;">It is understandable, and perhaps excusable, that in the early days of the &#8220;soviet regime&#8221; people outside of Russia should have been mistaken about its nature. War-time censorship and the lies of the capitalist press, together with the exaggerations of some of its supporters, meant that little accurate information about what was happening in Russia was available. On the face of it, in November 1917 the Congress of Soviets, a body of working class delegates from all over Russia, had deposed the capitalist Provisional Government and itself taken control of governmental power; capitalist rule had been overthrown and a socialist regime established &#8211; at least this is what appeared to have happened.</p>
<p style="text-align:justify;">But those who had some knowledge of Marx&#8217;s theory of social development ought to have quickly had some doubts. Without denying that capitalist political rule had been overthrown or that power had passed into the hands of people calling themselves socialists, they could have questioned whether the outcome could be socialism. Quite apart from the fact that socialism could only have been established as a world system, neither the economic nor the political conditions for a socialist revolution existed in Russia in 1917. Russia was an industrially backward country, with an overwhelmingly peasant population engaged in individual, rather than socialised, production. The workers and peasants of Russia certainly were discontented, but wanted <span style="font-weight:bold;font-style:italic;">&#8220;Peace, Bread and Land&#8221;</span> (as the slogans put it) rather than socialism properly-understood.</p>
<p style="text-align:justify;">To be fair, those who supported the Bolshevik coup d&#8217;etat because they believed it to have been a soviet or workers&#8217; council revolution did eventually &#8211; by about 1921 &#8211; come to recognise the real nature of the Bolshevik regime as a minority dictatorship forced by economic circumstances to continue the development of capitalism in Russia. But these &#8220;Left Communists&#8221; (or &#8220;Council Communists&#8221; as some of them later called themselves) still continued to believe in workers&#8217; councils as the form of working class organisation for establishing socialism.</p>
<p style="text-align:justify;">One man, however, was not taken in by <span style="font-style:italic;font-weight:bold;">&#8220;sovietism&#8221;</span>: <a href="http://www.marxists.org/archive/martov/index.htm" target="_self">Julius Martov</a>. Martov was one of the second generation of Russian Social Democrats who, at the turn of the century, worked to build up the Social Democratic movement inside Russia. With <a href="http://www.marxists.org/archive/plekhanov/index.htm" target="_self">Plekhanov</a>, <a href="http://www.marxists.org/archive/lenin/works/lifework/worklife/index.htm" target="_self">Lenin</a> and others he was one of the editors of the journal <a href="http://www.marxists.org/glossary/periodicals/i/s.htm" target="_self">Iskra</a> which had been launched in 1900 to counter the nebulous theories of <span style="font-style:italic;">&#8220;economism&#8221;</span>. When, however, the <span style="font-style:italic;font-weight:bold;">Iskra</span> group, together with the rest of Russian Social Democracy, split over the organisation question Martov was amongst the minority (or &#8220;Mensheviks&#8221;, from the Russian word for minority) who opposed Lenin&#8217;s proposal for a vanguard party of professional revolutionaries which was supported by a majority (or &#8220;Bolsheviks&#8221;). Martov favoured the traditional Social Democratic idea of a mass, open &#8211; and, let it be admitted, reformist &#8211; workers&#8217; party. Unlike most Mensheviks, however, Martov was an opponent of the first world war, being a member of the small group of <a href="http://www.marxists.org/glossary/orgs/m/e.htm" target="_self">&#8220;Internationalists&#8221;</a> who took up a working-class position on this issue. He was a respected writer (even by Lenin) on Marx and socialist theory and, indeed, it was because of his criticism of the Bolshevik regime from a Marxian point of view that he was forced into exile in 1922, where he died a year later.</p>
<p style="text-align:justify;">Some of the articles he wrote in the period 1919-23 were published in English translation in 1939 under the title <a href="http://www.worldsocialism.org/spgb/archive/martov(1940).pdf">The State and the Socialist Revolution</a> <span style="font-weight:bold;">(2)</span>. Reading these articles it is easy to see why he was such an embarrassment to the Bolshevik government. Not for one moment was he taken in by their claims that the &#8220;soviet regime&#8221; represented the <span style="font-style:italic;">&#8220;dictatorship of the proletariat&#8221;</span> as envisaged by Marx <span style="font-weight:bold;">(3)</span>. For him, it was a cover for the dictatorship, albeit revolutionary, of the Bolshevik Party.</p>
<p style="text-align:justify;">It is instructive to see why the Bolsheviks were, for a few years, advocates of workers&#8217; councils. The &#8220;constitutional&#8217; basis for their seizure of power in November 1917 had been a decision of the All-Russian Congress of Soviets to depose the Provisional Government of Kerensky and set up instead a &#8220;Provisional Workers and Peasants Government&#8221;. Thus the Bolsheviks popularised the slogan, in the rest of Europe as well as in Russia, of <span style="font-style:italic;">&#8220;all power to the soviets&#8221;</span> (i.e., workers&#8217; councils). After they had dissolved the Constituent Assembly in January 1918 they were forced, in order to justify this action, to step up their propaganda in favour of the soviets as an alternative to parliament. The election of a Constituent Assembly, which would decide the future constitution of Russia, had long been a demand of all Russian revolutionaries, including the Bolsheviks. Elections, even though held after the Bolsheviks take-over of power, gave the Bolsheviks only a quarter of the seats, a majority going to the peasant party, the Social Revolutionaries. Lenin gave a number of reasons why the Assembly had had to be dissolved such as out-of-date electoral lists and a split in the Social Revolutionary party between the presentation of candidates and the election. But all these could have been remedied by fresh elections. This the Bolsheviks wished to avoid since they were fully aware that the result would be more or less the same. They determined to hold on to power, while still wishing to be regarded as democrats. Hence Lenin proclaimed that the soviet system was a higher form of democracy than the &#8220;bourgeois&#8221; parliamentary system.</p>
<p style="text-align:justify;">Martov knew this to be hypocrisy. Lenin favoured the soviet rather than the parliamentary system because he knew that he could get a majority under the former but not the latter &#8211; a sure sign, we may add, that the soviet system was not more representative or democratic than the election of a central assembly by universal, direct, equal and secret ballot.</p>
<p style="text-align:justify;">The reason for this was that the soviets &#8211; the soviets as they really existed in revolutionary Russia as opposed to the ideal workers&#8217; councils of Left Communist theory &#8211; as loose makeshift bodies were easily manipulable by a well-organised group such as were the professional revolutionaries of the Bolshevik Party under Lenin&#8217;s leadership. Indeed it could be said that it was precisely because they were the best-organised and disciplined group that the Bolsheviks finally emerged as the government of revolutionary Russia following the collapse of the Tsarist regime &#8211; and they came to power by successfully manipulating the soviets.</p>
<p style="text-align:justify;">The soviet system served the Bolsheviks&#8217; purpose because elections to the All-Russia Congress of Soviets were neither universal nor direct nor secret. The Congress was composed of delegates from local soviets who were in their turn delegates from local factories. Its members were thus only indirectly elected. Urban areas were over-represented. There were no set procedures for the election of the delegates to the local soviets; in most cases they would have been chosen by a show of hands at a general assembly of the workforce of a factory, with all the drawbacks of this method of election.</p>
<p style="text-align:justify;">We mention these points not to defend parliamentary democracy but to show how the soviet system was far from being the highest form of political democracy.</p>
<p style="text-align:justify;">It is of course a reasonable point to say that in a revolutionary situation such as existed in Russia in 1917 democratic perfection was not to be expected. The soviets were only makeshift representative organisations which had come into being precisely because working class opinion had been denied expression under the Tsarist regime. They thus played a useful role, filling a void until such time as a more permanent, and structured, system of representation could be set up. To praise their makeshift, unstructured character as being a sign of their ultra-democratic nature is to make a virtue out of necessity and to forget that this made not just for flexibility but also meant that it was easier for a determined minority to manipulate them.</p>
<p style="text-align:justify;">A second argument put forward by the Bolsheviks in favour of the soviet system was that it gave power to the more determined revolutionary elements in Russia whereas to have let power pass into the hands of a parliamentary government responsible to a Constituent Assembly elected by universal suffrage would have led to a slowing-down of the revolutionary process. This is undoubtedly true, but it shows clearly that the Russian revolution was essentially a bourgeois rather than a socialist revolution.</p>
<p style="text-align:justify;">The socialist revolution can only be a revolution carried out consciously by the immense working-class majority acting in their own interests. In these circumstances any system of representation &#8211; whether soviets or parliament &#8211; would give a majority for the revolution. This is not necessarily the case during a bourgeois revolution, however, where the revolutionaries can find themselves impeded by the lack of revolutionary will of the masses. Martov describes a typical bourgeois revolution thus:</p>
<div style="margin-left:40px;text-align:justify;"><span style="font-style:italic;">&#8220;The role of active factor in the overturn belonged to minorities of the social classes in whose interest the revolution developed. These minorities exploited the confused discontent and the sporadic explosions of anger arising among scattered and socially inconsistent elements within the revolutionary class. They guided the latter in the destruction of the old social forms. In certain cases, the active leader minorities had to use the power of their concentrated energy in order to shatter the inertia of the elements they tried to wield for revolutionary purposes. Therefore, these active leader minorities sometimes made efforts &#8211; often successful efforts &#8211; to repress the passive resistance of the manipulated elements, when the latter refused to move forward toward the broadening and deepening of the revolution. The dictatorship of an active revolutionary minority, a dictatorship that tended to be terrorist, was the normal coming-to-a-head of the situation in which the old social order had confined the popular mass, now called on by the revolutionaries to forge their own destiny&#8221;.</span> (<span style="font-weight:bold;font-style:italic;">The State and the Socialist Revolution</span>, p. 16).</div>
<p style="text-align:justify;">That an enlightened minority of revolutionists were justified in ignoring the views of the unenlightened majority in order to carry through the revolution was an idea that had first made its appearance, in the form of Jacobinism, during the French bourgeois revolution. It was inherited by utopian Communists such as <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Philippe_Buonarroti" target="_self">Buonarotti</a>, <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Wilhelm_Weitling" target="_self">Weitling</a> and <a href="http://www.marxists.org/reference/archive/blanqui/index.htm" target="_self">Blanqui</a>. And it was, as Martov points out, an element in Bolshevik thinking too.</p>
<p style="text-align:justify;">The Bolsheviks supported the soviet system because it enabled them, as a determined revolutionary minority, to come to power:</p>
<div style="margin-left:40px;text-align:justify;"><span style="font-style:italic;">&#8220;The &#8217;soviet regime&#8217; becomes the means of bringing into power and maintaining in power a revolutionary minority which claims to defend the interests of a majority, though the latter has not recognised these interests as its own, though this majority has not attached itself sufficiently to these interests to defend them with all its energy and determination.&#8221;</span> <span style="font-weight:bold;">(p. 19).</span></div>
<p style="text-align:justify;">This, Martov goes on, applied equally to the partisans of the soviet idea (workers&#8217; councils) outside of Russia. They too saw workers&#8217; councils as a short-cut to power, as a means of by-passing the need to have majority socialist understanding amongst the working class before trying to overthrow capitalism:</p>
<div style="margin-left:40px;font-style:italic;text-align:justify;">&#8220;The mystery of the <span style="font-weight:bold;">&#8217;soviet regime&#8217;</span> is now deciphered. We see now how an organism that is supposedly created by the specific peculiarities of a labor movement corresponding to the highest development of capitalism is revealed to be, at the same time, suitable to the needs of countries knowing neither large capitalist production, nor a powerful bourgeoisie, nor a proletariat that has evolved through the experiences of the class struggle.</div>
<p style="text-align:justify;">
<div style="margin-left:40px;font-style:italic;text-align:justify;">&#8220;In other words, in the advanced countries, the proletariat resorts, we are told, to the soviet form of the dictatorship as soon as its elan toward the social revolution strikes against the impossibility of realizing its power in any other way than through the dictatorship of a minority, a minority within the proletariat itself.</div>
<div style="margin-left:40px;text-align:justify;"><span style="font-style:italic;">&#8220;The thesis of the </span><span style="font-weight:bold;font-style:italic;">&#8216;finally discovered form&#8217;</span><span style="font-style:italic;">, the thesis of the political form that, belonging to the specific circumstances of the imperialist phase of capitalism, is said to be the only form that can realize the social enfranchisement of the proletariat, constitutes the historically necessary illusion by whose effect the revolutionary section of the proletariat renounces its belief in its ability to draw behind it the majority of the population of the country and resuscitates the idea of the minority dictatorship of the </span><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Jacobin_%28politics%29" target="_self">Jacobins</a><span style="font-style:italic;"> in the very form used by the bourgeois revolution of the 18th century. Must we recall here that this revolutionary method has been repudiated by the working class to the extent that it has freed itself from its heritage of petty-bourgeois revolutionism?&#8221;</span> <span style="font-weight:bold;">(p. 21-22).</span></div>
<p style="text-align:justify;">The view that a revolutionary minority could and should establish its dictatorship in order to try to introduce socialism is of course a denial of the basic principle upheld by Marx that <span style="font-style:italic;">&#8220;the emancipation of the working class must be the work of the working class itself&#8221;</span>. That this view should be popular amongst revolutionaries in Russia was no coincidence. For, as we have seen, the Russian revolution &#8211; as the process of overthrowing, root and branch, the Tsarist social order &#8211; was essentially bourgeois. The soviets had a role to play in this bourgeois revolution: to allow the determined revolutionary minority to come to power. After noting how in July 1917, when the Congress of Soviets was dominated by the vacillating Mensheviks and Social Revolutionaries, Lenin had thought of abandoning the slogan <span style="font-style:italic;">&#8220;all power to the soviets&#8221;</span> in favour of an open demand for <span style="font-style:italic;">&#8220;all power to the Bolshevik Party&#8221;</span>, Martov goes on:</p>
<div style="margin-left:40px;text-align:justify;"><span style="font-style:italic;">&#8220;The consequent course of the Russian revolution cured Lenin of his passing </span><span style="font-weight:bold;font-style:italic;">&#8216;lack of faith&#8217;</span><span style="font-style:italic;">. The soviets fulfilled the role expected of them. The rising tide of bourgeois revolutionary enthusiasm set in motion the worker and peasant masses, washing away their &#8216;meanness&#8217;. Lifted by the wave, the Bolsheviks possessed themselves of the government apparatus. Then the role of the insurrectionary element came to an end. The Moor had accomplished his task. The State that came into power with the aid of the &#8216;Power of the Soviets&#8217; became the &#8216;Soviet Power&#8217;. The Communist minority incorporated into this State made itself secure, once for always, against a possible return of the spirit of &#8216;meanness&#8217;&#8221;</span> <span style="font-weight:bold;">(p. 28)</span>.</div>
<p style="text-align:justify;">The coming to power of the Bolsheviks did not represent, as they themselves believed, progress from Russia&#8217;s bourgeois revolution to its <span style="font-style:italic;">&#8220;proletarian revolution&#8221;</span>. It was, says Martov, echoing what Marx had said about the so-called Reign of Terror in France in 1794, <span style="font-style:italic;">&#8220;a point in the process of the bourgeois revolution itself&#8221;</span>. Commenting on the passage in Marx&#8217;s 1847 article in which this phrase occurred <span style="font-weight:bold;">(4)</span>, Martov says:</p>
<div style="margin-left:40px;text-align:justify;"><span style="font-style:italic;">&#8220;One might say that Marx wrote this specially for the benefit of those people who consider the simple fact of a fortuitous conquest of power by the democratic small bourgeoisie and the proletariat as proof of the maturity of society for the socialist revolution. But it may also be said that he wrote this specially for the benefit of those socialists who believe that never in the course of a revolution that is bourgeois in its objectives can there occur a possibility permitting the political power to escape from the hands of the bourgeoisie and pass to the democratic masses. One may say that Marx wrote this also for the benefit of those socialists who consider utopian the mere idea of such a displacement of power and who do not realize that this phenomenon is </span><span style="font-weight:bold;font-style:italic;">&#8216;only a point in the process of the bourgeois revolution itself&#8217;</span><span style="font-style:italic;">, that it is a factor assuring, under certain conditions, the most complete and radical suppression of the obstacles rising in the way of this bourgeois revolution&#8221;</span> <span style="font-weight:bold;">(p. 59-60)</span>.</div>
<p style="text-align:justify;">It only remains to add that, unlike in 1794 in France where the determined minority were replaced by the traditional bourgeoisie after having done their dirty work for them, in Russia the determined minority remained in power and that it was from amongst their ranks that evolved the ruling and exploiting class of the capitalist Russia they had no alternative but to develop.</p>
<p style="text-align:justify;">So, from a bourgeois revolutionary point of view, the Bolsheviks were justified in maintaining their minority dictatorship. Where they were wrong was in imagining, and propagating amongst the workers of the rest of Europe, that this had something to do with &#8220;socialism&#8221;. Their sympathisers in the West, including the Left and Council Communists, were equally mistaken in imagining that the soviets (or workers&#8217; councils), which had served as a cover for the Bolshevik minority to come to power, were the form of working class organisation for socialism in advanced capitalist countries.</p>
<p style="text-align:justify;">Certainly, workers&#8217; councils or something akin to them, as workplace organisations of the workers, are bound to arise in the course of the socialist revolution. But to claim that they are the only possible form of working class self-organisation is to go too far, is in fact to make a fetish of a mere organisational form. What is important in working class self-organisation, however, is not the form but the <span style="font-style:italic;font-weight:bold;">principle</span>.</p>
<p style="text-align:justify;">The principles of democratic self-organisation &#8211; which are in fact democratic principles generally &#8211; can be applied, given a sufficient democratic consciousness, to any working class organisation, including even organisation to contest elections and to control central parliaments and local councils. There is no reason whatsoever in theory why a workers&#8217; socialist political party could not be organised on the same basis as has been proposed by Left Communists for workers&#8217; councils: no leadership and so no division into leaders and led; the candidates, including those elected, just like the delegates to the ideal workers&#8217; council, could be subject to continual control and, if need be, instantly recalled; they could be strictly mandated to fight for socialism and not to pursue reforms of capitalism. In other words, there is no necessary connexion between the principle of democratic working class self-organisation and organisation at the place of work. As stated, what is important is not the form of organisation but the democratic &#8211; and socialist &#8211; consciousness of the working class. This can express itself in a great variety of organisational forms, including a mass political party. Indeed, this was the form Marx himself expected it to take.</p>
<p style="text-align:justify;">Martov, whose writings are unfortunately not generally known, must be given credit for having demystified a little the idea of workers&#8217; councils by showing the essentially bourgeois revolutionary role that the soviets played in Russia in 1917.</p>
<div style="text-align:right;"><a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/buick-1944/"><span style="font-weight:bold;">Adam Buick</span></a></div>
<p style="text-align:justify;"><em>Notes</em></p>
<p><font size="-2"></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-weight:bold;"><span><span><span>[1]</span></span></span></span><span><span><span> Common ownership is not the same as State ownership. Since the State is a feature only of class societies State ownership is a form of sectional or class monopoly of the means of production. In socialism the State is replaced by the democratic administration of social affairs, including production which would be directed solely to satisfying human needs, with the resulting disappearance of production for sale, profits, wages, money, banks and all the other paraphernalia of buying and selling.<br />
<span style="font-weight:bold;">[2]</span> <span style="font-weight:bold;font-style:italic;">The State and the Socialist Revolution</span>, translated by Integer, International Review, New York, 1939. Integer gives as the source of the articles translated:</span></span></span></p>
<div style="margin-left:40px;text-align:justify;"><span style="font-style:italic;"><span><span><span>&#8220;The first two sections of this book, </span></span></span></span><span><span><span><a href="http://www.marxists.org/archive/martov/1919/xx/sovietism.htm" target="_self">The Ideology of Sovietism</a><span style="font-style:italic;"> and </span><a href="http://www.marxists.org/archive/martov/1921/xx/decomp.htm" target="_self">The Conquest of the State</a><span style="font-style:italic;">, were written early in 1919. They form a compact whole and should be read as such. The first essay appeared serially in the periodical Mysl of Kharkov. The introductory section of the second was first published in the issues of July 8 and September 1, 1921, of the Sozialisticheski Vestnik (Berlin). The remainder of the second essay appeared for the first time in Mirovoi Bolshevism (World Bolshevism), Berlin, 1923, from the text of which the entire present translation was made. The final section, entitled </span><a href="http://www.marxists.org/archive/martov/1918/xx/marxdp.htm" target="_self">Marx and the Problem of the Dictatorship of the Proletariat</a><span style="font-style:italic;"> was first published in 1918 in the Workers International of Moscow, edited by Martov&#8221;.</span></span></span></span></div>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-weight:bold;"><span><span><span>[3]</span></span></span></span><span><span><span> For Marx the <span style="font-style:italic;">&#8220;dictatorship of the proletariat&#8221;</span> was the political form of the period during which the working class would be transforming capitalism into socialism. He advocated that it take the form of a fully democratised State controlled by the working class. See <a href="http://www.marxists.org/archive/draper/index.htm" target="_self">H. Draper</a> <span style="font-style:italic;">&#8216;Marx and the Dictatorship of the Proletariat&#8217;</span>, <span style="font-weight:bold;font-style:italic;">New Politics</span>, Vol. I, Number 4, Summer 1962.<br />
<span style="font-weight:bold;">[4]</span> <span style="font-style:italic;">&#8220;Die moralisierende Kritik und die kritische Moral&#8221;</span>. A recent English translation of the passage in question reads:<br />
<span style="font-style:italic;">&#8220;If the proletariat destroys the political rule of the bourgeoisie, this will only be a temporary victory, only an element in the service of the bourgeois revolution itself, as in 1974, so long as in the course of history, in its movement&#8217;, the material conditions are not yet created which make necessary the abolition of the bourgeois mode of production and thus the definitive overthrow of bourgeois political rule&#8221;</span> (<span style="font-weight:bold;font-style:italic;">Karl Marx, Selected Writings in Sociology and Social Philosophy</span>, edited by T. B. Bottomore and Maximilien Rubel, Penguin Books, London, 1963, p. 244).</span></span></font></p>
<p style="text-align:center;"><span><span><img class="aligncenter" title="Pavel Axelrod, Julius Martov et Alexandre Martinov en mai 1917" src="http://labourhistory.net/stockholm1917/images/sk021.jpg" alt="" width="475" height="318" /></span></span><span><em>Pavel Axelrod, Julius Martov et Alexandre Martinov en mai 1917</em></span></p>
<p style="text-align:left;"><span><em><span style="text-decoration:underline;">Voir aussi</span>:</em></span></p>
<ul>
<li> <a title="Permanent Link to L’opposition légale des mencheviks en Russie (1918-1922)" rel="bookmark" href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/09/17/lopposition-legale-des-mencheviks-en-russie-1918-1922/">L’opposition légale des mencheviks en Russie (1918-1922)</a></li>
</ul>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Lénine et sa légende (Mattick, 1935)]]></title>
<link>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/12/01/lenine-et-sa-legende-mattick-1935/</link>
<pubDate>Mon, 01 Dec 2008 17:26:10 +0000</pubDate>
<dc:creator>lucien</dc:creator>
<guid>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/12/01/lenine-et-sa-legende-mattick-1935/</guid>
<description><![CDATA[Article de Paul Mattick paru dans International Council Correspondence vol. II N°1 (décembre 1935). ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><blockquote>
<p style="text-align:justify;">Article de <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/mattick-1904-1981/">Paul Mattick</a> paru dans <i>International Council Correspondence </i>vol. II N°1 (décembre 1935). Repris dans le <i><a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/2008/06/12/articles-de-paul-mattick-dans-le-western-socialist-impossibiliste/">Western socialist</a> </i>en janvier 1946. Traduit dans <i>La contre-révolution bureaucratique </i>(UGE, 1973)</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2008/12/lenine_sarcophage.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-6464" title="lenine_sarcophage" src="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2008/12/lenine_sarcophage.jpg" alt="lenine_sarcophage" width="309" height="177"></a></p>
<p style="text-align:justify;"><span class="postbody">Plus le visage embaumé de Lénine jaunit et se parchemine, plus la queue des visiteurs à la porte de son mausolée s&#8217;allonge, et moins les gens s&#8217;intéressent au véritable personnage et à sa dimension historique. Chaque jour, de nouveaux monuments sont élevés à sa mémoire, des metteurs en scène en font le héros de leurs films, des livres sont écrits à son propos et les pâtissiers russes confectionnent des figurines de pain d&#8217;épice à son effigie. Mais les traits flous des Lénine en chocolat égalent bien les histoires inexactes et douteuses qui courent à son sujet. Et bien que l&#8217;Institut Lénine publie ses oeuvres complètes, elles ne signifient désormais plus rien en comparaison des légendes fabuleuses qui se sont développées autour de son nom. Dès l&#8217;instant où les gens commencèrent à s&#8217;intéresser aux boutons de col de Lénine, ils cessèrent d&#8217;attacher de l&#8217;importance à ses idées. Dès à présent, chacun façonne son propre Lénine, sinon d&#8217;après sa propre image, du moins selon ses propres désirs. La légende de Lénine est à la nouvelle Russie ce que la légende napoléonienne est à la France et ce que la légende du roi Frederik est à l&#8217;Allemagne. Et, de même qu&#8217;il y eut un temps où les gens refusaient de croire à la mort de Napoléon, et où d&#8217;autres attendaient la résurrection du roi Frederik, de même il existe encore aujourd&#8217;hui en Russie des paysans pour lesquels le &#8221; petit père Tsar &#8221; n&#8217;est pas mort, mais continue de satisfaire son insatiable appétit d&#8217;hommages sans cesse réitérés. D&#8217;autres font brûler éternellement des veilleuses sous son portrait; pour ceux-là, il est un saint, un rédempteur qu&#8217;il faut prier pour qu&#8217;il vous vienne en aide. Pour les millions d&#8217;yeux braqués sur ces millions de portraits, Lénine symbolise le Moïse russe, saint George, Ulysse, Hercule, le diable ou le bon dieu. Le culte de Lénine a donné le jour à une nouvelle religion devant laquelle les plus athées des communistes ploient du genou avec empressement &#8211; cela simplifie bien la vie à tout point de vue. Lénine leur apparaît comme le père de la République soviétique, l&#8217;homme qui permit à la révolution de triompher, le grand chef sans lequel ils n&#8217;existeraient pas. La Révolution russe est devenue, non seulement en Russie et dans la légende populaire, mais aussi pour une large fraction de l&#8217;intelligentsia marxiste à travers le monde, un évènement mondial si étroitement lié au génie de Lénine, qu&#8217;il semblerait que sans lui la révolution &#8211; et par là même, l&#8217;histoire du monde &#8211; aurait pris un tour entièrement différent. L&#8217;analyse véritablement objective de la Révolution russe révèlera pourtant immédiatement l&#8217;ineptie d&#8217;une telle conception.<br />
&#8220;L&#8217;affirmation selon laquelle l&#8217;histoire est faite par les grands hommes est totalement dénuée de fondement sur le plan théorique.&#8221; C&#8217;est avec ces mots que Lénine a lui-même donné naissance à la légende qui veut qu&#8217;il soit le seul responsable du succès de la Révolution russe. Il estimait que la Première Guerre mondiale avait été la cause directe de la révolution et qu&#8217;elle en avait déterminé l&#8217;heure. Sans cette guerre, a-t-il dit, &#8221; la révolution aurait sans doute été remise à plusieurs décades &#8220;. Dire de la Révolution russe qu&#8217;elle s&#8217;est déclenchée et qu&#8217;elle s&#8217;est développée en grande partie grâce à Lénine, c&#8217;est identifier la révolution à la prise du pouvoir par les bolcheviks. Trotsky lui-même a dit que tout le mérite du succès du soulèvement d&#8217;Octobre, revenait à Lénine; que, malgré l&#8217;opposition de presque tous ses camarades de parti, il avait seul pris la décision de l&#8217;insurrection. Mais la prise du pouvoir par les bolcheviks ne dota pas la révolution de l&#8217;esprit de Lénine. Tout au contraire, Lénine s&#8217;adapta si bien aux nécessités de la révolution que l&#8217;on peut quasiment dire qu&#8217;il accomplit l’œuvre de cette classe qu&#8217;il combattait ouvertement [1]. Certes, on a souvent affirmé que la prise du pouvoir par les bolcheviks avait permis à une révolution démocratique-bourgeoise de se muer en une révolution socialiste-prolétarienne. Mais qui pourra croire sérieusement qu&#8217;un seul acte politique ait pu remplacer tout un développement historique; que sept mois &#8211; de février à octobre &#8211; aient suffi pour créer les bases économiques d&#8217;une révolution socialiste dans un pays qui commençait à peine à se débarrasser de ses chaînes féodales et absolutistes et à s&#8217;ouvrir à l&#8217;influence du capitalisme moderne?<br />
Jusqu&#8217;à l&#8217;époque de la révolution, et encore aujourd&#8217;hui dans une large mesure, la question agraire a joué un rôle décisif dans le développement économique et social de la Russie. Sur les 174 millions d&#8217;habitants que comptait le pays avant la guerre, 24 millions seulement vivaient dans les villes. Pour chaque millier de travailleurs rémunérés, 719 travaillaient dans le secteur agricole. En dépit du rôle considérable qu&#8217;ils jouaient dans l&#8217;économie du pays, les paysans continuaient de mener, dans leur grande majorité, une existence misérable. L&#8217;État, la noblesse et les gros propriétaires terriens exploitaient la population, sans le moindre scrupule, avec une brutalité toute asiatique.<br />
Depuis l&#8217;abolition du servage (1861), le manque de terre n&#8217;a cessé d&#8217;être au centre de la politique intérieure. C&#8217;est ce manque qui fut à l&#8217;origine de toutes les tentatives de réforme, car il portait en lui les germes de la révolution naissante qu&#8217;il fallait enrayer. La politique économique du régime tsariste qui décrétait sans cesse de nouveaux impôts indirects ne pouvait qu&#8217;aggraver la situation des paysans. Les dépenses pour l&#8217;armée, la flotte et la machine gouvernementale atteignirent des proportions gigantesques. La majeure partie du budget national était gaspillée à des fins non productives, ce qui eut pour résultat de ruiner totalement la base économique agricole.<br />
&#8221; La liberté et la terre &#8220;, telle fut inévitablement la demande révolutionnaire des paysans. Et tel fut le slogan de la série de soulèvements paysans qui devaient, de 1902 à 1906, prendre une ampleur particulière. Cette agitation, qui coïncidait avec les mouvements ouvriers de grèves générales, ne manqua pas d&#8217;ébranler violemment le cœur même du tsarisme, à tel point que cette période a pu être qualifiée de &#8221; répétition générale &#8221; de la révolution de 1917. La manière dont le tsarisme réagit devant ces révoltes est particulièrement bien décrite par l&#8217;expression de Bogdanovitch, alors vice-gouverneur de Tambiovsk : &#8221; Plus il y a de fusillés et moins il y a de prisonniers. &#8221; Et l&#8217;un des officiers qui avait pris part à la répression des insurrections écrivit : &#8221; Ce n&#8217;était que carnage tout autour de nous; tout brûlait; on tirait, on abattait, on égorgeait. &#8221; C&#8217;est dans cette mer de sang et de flammes que naquit la révolution de 1917.<br />
Malgré ces défaites, l&#8217;agitation paysanne se fit plus menaçante. Elle conduisit à la réforme Stolypine, qui devait toutefois s&#8217;avérer vide de contenu; les promesses ne furent pas tenues et la question agraire ne fit pas le moindre pas en avant. Ces faibles tentatives d&#8217;apaisement ne firent en fait que renforcer les revendications paysannes. L&#8217;aggravation de la situation des paysans pendant la guerre, la défaite des armées tsaristes sur le front, l&#8217;agitation montante dans les villes, la politique chaotique du gouvernement qui perdait la tête, l&#8217;incertitude générale qui s&#8217;en suivit pour toutes les classes de la société, conduisirent à la révolution de Février, dont le premier acte fut de mettre brusquement fin à la brûlante question agraire. Cette révolution ne fut cependant pas marquée politiquement par le mouvement paysan, qui se borna à lui apporter toute sa force. Les premières déclarations du comité central des conseils d&#8217;ouvriers et de soldats de Saint-Petersbourg ne firent même pas état de la question agraire. Mais les paysans devaient vite attirer sur eux l&#8217;attention du nouveau gouvernement. En avril et mai 1917, les masses paysannes, déçues et fatiguées d&#8217;attendre, commencèrent à s&#8217;emparer des terres. Craignant de ne pas avoir leur part dans la nouvelle distribution, les soldats des premières lignes abandonnèrent leurs tranchées et rentrèrent en toute hâte dans leurs villages. Mais ils gardèrent leurs armes et le gouvernement ne put s&#8217;opposer à leur désertion. Les appels au sentiment national et au caractère sacré des intérêts russes ne furent d&#8217;aucun ressort devant la nécessité pressante, pour les masses, de pourvoir enfin à leurs besoins économiques. Et ces besoins ne pouvaient être satisfaits que par la paix et la terre. On dit qu&#8217;à l&#8217;époque, des paysans auxquels on avait demandé de rester au front pour empêcher que les Allemands n&#8217;occupent Moscou avaient paru fort étonnés et avaient répondu aux émissaires du gouvernement : &#8221; Qu&#8217;est-ce que cela peut nous faire? Nous sommes du gouvernement de Tamboff. &#8220;<br />
Lénine et les bolcheviks n&#8217;ont pas inventé le slogan victorieux de &#8221; la terre aux paysans &#8220;; ils n&#8217;ont fait qu&#8217;accepter la véritable révolution paysanne qui se déroulait indépendamment d&#8217;eux. Profitant des hésitations du régime de Kérensky qui espérait pouvoir résoudre la question agraire par des pourparlers pacifiques, les bolcheviks s&#8217;attirèrent les sympathies des paysans et purent ainsi renverser le gouvernement et prendre le pouvoir. Mais ils remportèrent cette victoire uniquement en tant qu&#8217;agents de la volonté des paysans &#8211; en sanctionnant leurs appropriations de terres &#8211; et ce n&#8217;est que grâce à leur appui qu&#8217;ils purent se maintenir au pouvoir.<br />
Le slogan &#8221; la terre aux paysans &#8221; n&#8217;a rien à voir avec les principes du communisme. La parcellisation des grands domaines en une multitude de petites entreprises agricoles indépendantes était exactement le contraire du socialisme et ne pouvait se justifier que comme une tactique nécessaire. Les changements qui s&#8217;opérèrent ultérieurement dans la politique paysanne de Lénine et des bolcheviks furent impuissants à modifier les conséquences inévitables de cet opportunisme. Malgré les efforts de collectivisation qui, jusqu&#8217;à nos jours, se sont surtout limités à l&#8217;aspect technique des processus de production, l&#8217;agriculture russe est encore aujourd&#8217;hui essentiellement déterminée par les intérêts économiques privés. De même que l&#8217;industrie, elle doit nécessairement s&#8217;orienter vers une économie de capitalisme d&#8217;État. Bien que le capitalisme d&#8217;État vise à transformer la population rurale en une masse de salariés agricoles, il est fort improbable que ce but soit atteint quand on pense aux incidences révolutionnaires d&#8217;une telle aventure. La collectivisation actuelle ne peut être considérée comme l&#8217;accomplissement du socialisme. &#8220;Tel est le point de vue d&#8217;observateurs étrangers comme Maurice Hindus, qui estime, pour sa part, que &#8221; même si les Soviets venaient à s&#8217;effondrer, l&#8217;agriculture russe demeurerait collectivisée, et son contrôle serait peut-être davantage entre les mains des paysans que du gouvernement &#8220;. Toutefois, même si la politique agricole bolchevique était menée à bien, même si le capitalisme d&#8217;État s&#8217;étendait à toutes les branches de l&#8217;économie nationale, la situation des ouvriers tic serait en rien modifiée. Du reste, un tel régime ne pourrait être considéré comme une phase de transition vers le véritable socialisme, puisque les éléments de la population qui sont aujourd&#8217;hui favorisés par le capitalisme d&#8217;État, défendraient leurs privilèges en s&#8217;opposant à tout changement, comme le firent les propriétaires terriens pendant la révolution de 1917.<br />
Les ouvriers qui ne constituaient alors qu&#8217;une faible partie de la population n&#8217;eurent pas de réelle influence sur le caractère de la révolution russe. Quant aux éléments bourgeois qui avaient combattu le tsarisme, ils devaient vite reculer devant la nature de leurs propres tâches. Ils ne pouvaient se rallier à la solution révolutionnaire de la question agraire, puisqu&#8217;une expropriation générale des terres pouvait très facilement déclencher une expropriation des entreprises industrielles. Ils ne furent suivis ni par les ouvriers ni par les paysans et le sort de la bourgeoisie fut décidé par l&#8217;alliance temporaire entre ces deux groupes. Ce furent les ouvriers et non la bourgeoisie qui achevèrent la révolution bourgeoise ; la place des capitalistes fut prise d&#8217;assaut par l&#8217;appareil étatique des bolcheviks sous le slogan léniniste : &#8221; Si capitalisme il faut, faisons le nous-mêmes. &#8221; Certes, les ouvriers des villes renversèrent le capitalisme, mais ils trouvèrent vite un nouveau maître : le gouvernement bolchevique. Dans les villes industrielles, la lutte des travailleurs se poursuivit au nom de revendications socialistes et indépendamment de la révolution paysanne en cours (du moins en apparence, car celle-ci devait déterminer la lutte ouvrière de façon décisive). Les revendications révolutionnaires des ouvriers ne purent être satisfaites. Certes, les ouvriers pouvaient, avec l&#8217;aide des paysans, accéder au pouvoir étatique, mais ce nouvel État prit rapidement une position qui était directement opposée aux intérêts des travailleurs. Opposition qui a pris une tournure telle que l&#8217;on peut aujourd&#8217;hui parler de &#8221; tsarisme rouge &#8221; : suppression des grèves, déportations, exécutions massives, et par conséquent, naissance de nouvelles organisations illégales qui mènent une lutte communiste contre le faux socialisme actuel. Le fait que l&#8217;on parle aujourd&#8217;hui d&#8217;étendre la démocratie en Russie, et d&#8217;introduire une sorte de régime parlementaire, de même que la résolution du dernier congrès des Soviets sur le démantèlement de la dictature ne sont que de pures manœuvres tactiques destinées à atténuer la violence avec laquelle le gouvernement a dernièrement réprimé l&#8217;opposition. Il faut se garder de prendre ces promesses au sérieux; elles ne sont que l&#8217;excroissance de la pratique léniniste qui n&#8217;a jamais hésité à faire deux choses contradictoires à la fois lorsque cela s&#8217;avérait nécessaire à sa stabilité et à sa sécurité. Ce cheminement en zig-zag de la politique léniniste s&#8217;explique par la nécessité pour le gouvernement de s&#8217;adapter constamment aux variations dans les rapports de force entre les classes, de manière à toujours demeurer maître de la situation. Ainsi ce qui était rejeté hier est accepté aujourd&#8217;hui, et vice versa; le manque de principe a été érigé en principe, et le parti bolchevique ne se préoccupe que de l&#8217;exercice du pouvoir à tout prix.<br />
Toutefois, ce qui nous intéresse ici est uniquement de bien montrer comment la révolution russe n&#8217;a pas été l’œuvre ni de Lénine ni des bolcheviks, mais de la révolte paysanne. Et Zinoviev lui-même, encore au pouvoir à l&#8217;époque et du côté de Lénine, remarquait, lors du XI° congrès du parti bolchevique (mars-avril 1922) : &#8220;Ce ne fut pas l&#8217;avant-garde prolétarienne qui se battit à nos côtés, qui décida de notre victoire, mais bien l&#8217;appui que nous accordèrent les soldats, parce que nous voulions la paix. Et l&#8217;armée, c&#8217;était les paysans. Si nous n&#8217;avions pas été soutenus par des millions de soldats paysans, nous n&#8217;aurions jamais vaincu la bourgeoisie. &#8221; Parce que les paysans se préoccupaient davantage de la terre que de la manière dont était géré le pays, les bolcheviks eurent tout loisir de conquérir le pouvoir. Les paysans laissèrent volontiers le Kremlin aux bolcheviks, à la seule condition que ceux-ci ne s&#8217;interposent pas dans leur lutte contre les grands propriétaires terriens.<br />
L&#8217;action de Lénine ne fut pas davantage déterminante dans les villes. Au contraire, il fut entraîné sans pouvoir offrir de résistance dans le sillage des ouvriers qui allèrent bien au-delà des bolcheviks dans leurs demandes et dans leur pratique. Lénine n&#8217;a pas conduit la révolution, c&#8217;est la révolution qui l&#8217;a conduit. Bien que jusqu&#8217;au soulèvement d&#8217;octobre Lénine ait restreint ses premières exigences ambitieuses, se bornant à réclamer le contrôle de la production, et bien qu&#8217;il ait souhaité s&#8217;arrêter, une fois achevée la socialisation des banques et des moyens de transport, sans aller jusqu&#8217;à abolir totalement la propriété privée, les ouvriers devaient passer outre et exproprier toutes les entreprises. Il n&#8217;est pas sans intérêt de noter que le premier décret du gouvernement bolchevique fut dirigé contre ces expropriations sauvages des usines par les conseils ouvriers. A l&#8217;époque, les soviets étaient plus puissants que l&#8217;appareil du Parti et Lénine fut forcé de décréter la nationalisation de toutes les entreprises industrielles. Et ce n&#8217;est que sous la pression des ouvriers que les bolcheviks consentirent à altérer leurs plans. Peu à peu, le pouvoir étatique allait s&#8217;affermir au détriment des soviets qui n&#8217;ont plus guère aujourd&#8217;hui qu&#8217;un rôle décoratif.<br />
Pendant les premières années de la révolution, et jusqu&#8217;à l&#8217;introduction de la <i>Nep</i> en 1921, il y eut toutefois quelques expériences réellement communistes en Russie. Elles furent non pas l’œuvre de Lénine, mais de ces forces qui firent de lui un véritable caméléon politique, tantôt réactionnaire et tantôt révolutionnaire. Il devait ainsi faire figure d&#8217;extrémiste pendant les nouveaux soulèvements paysans contre les bolcheviks, en accordant une large audience aux ouvriers et aux paysans pauvres qui s&#8217;étaient trouvés lésés par la première distribution de terres. Cette politique fut un échec : les paysans pauvres refusèrent de soutenir les bolcheviks. Lénine se retourna donc vers les paysans moyens, n&#8217;hésitant pas à favoriser des éléments capitalistes tandis que ses anciens alliés étaient abattus à coup de canons, comme ce fut le cas à Cronstadt.<br />
Le pouvoir, rien que le pouvoir ; c&#8217;est à cela que se réduit en fin de compte toute la sagesse politique de Lénine. Que le chemin suivi et les moyens utilisés pour atteindre ce but déterminent à leur tour la façon dont ce pouvoir est appliqué, voilà qui ne le préoccupait guère. Le socialisme pour lui n&#8217;était, en dernière analyse, qu&#8217;une sorte de capitalisme d&#8217;État sur le &#8221; modèle des postes allemandes&#8221; [2]. Et il devait dépasser ce capitalisme postal sur sa lancée, puisque, en fait, il n&#8217;y avait rien d&#8217;autre à dépasser. Il s&#8217;agissait uniquement de savoir qui bénéficierait du capitalisme d&#8217;État, et personne ne sut égaler Lénine en ce domaine. George Bernard Shaw, retour de Russie, n&#8217;avait pas tort de déclarer dans une conférence à la Société Fabienne de Londres que &#8221; le communisme russe n&#8217;est rien d&#8217;autre que la mise en pratique du programme fabien que nous soutenons depuis quarante ans &#8220;.<br />
Et pourtant, personne n&#8217;a jusqu&#8217;à présent soupçonné les fabiens de constituer une force révolutionnaire à l&#8217;échelle mondiale. Alors que Lénine est avant tout acclamé comme un révolutionnaire, en dépit du fait que le gouvernement russe actuel, chargé d&#8217;administrer son &#8221; domaine &#8220;, publie des démentis vigoureux chaque fois que la presse parle de toasts portés par des Russes à la révolution mondiale &#8211; comme ce fut le cas récemment à propos d&#8217;un article du <i>New York Times</i> sur le Congrès des soviets russes. La légende qui veut que Lénine symbolise la révolution mondiale s&#8217;est établie à partir de la politique internationale conséquente qu&#8217;il a poursuivi pendant la Première Guerre mondiale. A l&#8217;époque, Lénine ne pouvait concevoir que la révolution russe n&#8217;aurait pas de répercussions et qu&#8217;elle serait abandonnée à elle-même. Et ceci pour deux raisons : la première étant qu&#8217;une telle conception aurait été en contradiction avec la situation objective qui résultait de la Première Guerre mondiale; la seconde qu&#8217;il supposait que l&#8217;attaque des nations impérialistes contre les bolcheviks aurait raison de la Révolution russe si le prolétariat d&#8217;Europe occidentale ne venait à sa rescousse. L&#8217;appel de Lénine à la révolution mondiale était un appel au soutien et au maintien du pouvoir bolchevique. La preuve en est son inconsistance sur la question suivante : en même temps qu&#8217;il réclamait la révolution mondiale, il demandait le &#8221; droit d&#8217;auto-détermination de tous les peuples opprimés &#8221; pour leur libération nationale. Il espérait avec ces deux slogans affaiblir les forces d&#8217;intervention des pays capitalistes dans les affaires russes, en détournant leur attention sur leurs propres territoires et colonies. Les bolcheviks pouvaient ainsi souffler et, pour prolonger autant que possible cette trêve, ils firent usage de leur Internationale. Celle-ci se fixa une double tâche : d&#8217;une part, soumettre les travailleurs d&#8217;Europe occidentale et d&#8217;Amérique aux décisions de Moscou; d&#8217;autre part, renforcer l&#8217;influence du Kremlin sur les peuples d&#8217;Asie orientale. La politique internationale reproduisait le cours de la Révolution russe. Le but visé était d&#8217;unir les intérêts des ouvriers et des paysans à l&#8217;échelle mondiale et de les contrôler à travers l&#8217;organe bolchevique, l&#8217;Internationale communiste. Le pouvoir bolchevique russe serait soutenu dans cette voie au moins; et au cas où la révolution mondiale se propagerait vraiment, les bolcheviks pourraient dominer le monde. Si le premier dessein fut couronné de succès, il n&#8217;en fut pas de même du second. La révolution mondiale ne put progresser en tant qu&#8217;imitation de la révolution russe, et les limitations nationales de la victoire en Russie firent nécessairement apparaître les bolcheviks comme une force contre-révolutionnaire à l&#8217;échelle internationale. L&#8217;exigence d&#8217;une &#8221; révolution mondiale &#8221; se transforma donc en une théorie de &#8221; la construction du socialisme dans un seul pays &#8220;. Ceci n&#8217;est pas un travestissement de la pensée de Lénine &#8211; comme l&#8217;affirme aujourd&#8217;hui Trotsky &#8211; mais bien la conséquence directe de la pseudo-politique de révolution mondiale que poursuivit Lénine lui-même.<br />
Il était évident à l&#8217;époque, même pour de nombreux bolcheviks, que si la révolution ne dépassait pas la Russie, elle aurait pour effet d&#8217;entraver la révolution mondiale. Dans son ouvrage, <i>Les problèmes économiques de la dictature du prolétariat</i>, publié en 1921 par l&#8217;Internationale communiste, Eugène Varga écrivait par exemple : &#8221; Il est à craindre que la Russie ne puisse plus être la force motrice de la révolution internationale… Il y a des communistes en Russie qui sont fatigués d&#8217;attendre la révolution européenne et qui souhaitent tirer le meilleur parti possible de leur isolement national&#8230; Avec une Russie qui se désintéresserait de la révolution sociale des autres pays, les nations capitalistes feraient bon voisinage. Je suis loin de penser qu&#8217;un tel engorgement de la Russie révolutionnaire suffirait à arrêter le progrès de la révolution mondiale. Mais sa marche en avant en serait ralentie. &#8221; A la même époque, l&#8217;accentuation des crises internes en Russie devait amener la grande majorité des communistes à penser de même. En fait, bien avant déjà, en 1920, Lénine et Trotsky avaient fait de leur mieux pour endiguer les forces révolutionnaires d&#8217;Europe. La paix mondiale était indispensable à l&#8217;établissement d&#8217;un capitalisme d&#8217;État en Russie, sous les auspices des bolcheviks. Il n&#8217;était guère souhaitable que cette paix soit troublée par des guerres ou par de nouvelles révolutions, car dans chaque cas, un pays comme la Russie serait nécessairement impliqué. C&#8217;est ainsi que Lénine, par des scissions et des intrigues, décida d&#8217;imposer aux mouvements ouvriers d&#8217;Europe occidentale la voie néo-réformiste qui devait conduire à leur désintégration. Soutenu par Lénine, Trotsky devait ainsi s&#8217;adresser sévèrement aux insurgés du centre de l&#8217;Allemagne (1921) : &#8221; Nous dirons tout simplement aux ouvriers allemands que nous considérons cette tactique de l&#8217;offensive comme des plus dangereuses, et son application pratique comme le plus grand crime politique. &#8221; Toujours avec l&#8217;approbation de Lénine et à propos d&#8217;une autre situation révolutionnaire, Trotsky déclarait, en 1923, au correspondant du <i>Manchester Guardian</i> : &#8221; Nous nous intéressons bien entendu à la victoire des classes travailleuses, mais il ne serait pas du tout de notre intérêt de voir une révolution éclater dans une Europe exsangue et de voir le prolétariat ne recevoir que des ruines des mains de la bourgeoisie. Nous voulons pour l&#8217;instant maintenir la paix. &#8221; Dix ans plus tard, l&#8217;Internationale communiste n&#8217;opposa pas la moindre résistance à la prise du pouvoir par Hitler. Trotsky n&#8217;a pas seulement tort, mais il doit aussi avoir perdu la mémoire &#8211; sans doute parce qu&#8217;il a perdu son uniforme &#8211; lorsqu&#8217;il décrit le refus de Staline de soutenir les communistes allemands comme étant une trahison des principes du léninisme. Alors que ce genre de trahison a été constamment pratiquée aussi bien par Trotsky que par Lénine. Mais une des maximes de Trotsky n&#8217;était-elle pas que ce qui compte n&#8217;est pas ce que l&#8217;on fait, mais qui le fait? Dans son attitude envers le fascisme allemand, Staline s&#8217;est en fait illustré comme le meilleur disciple de Lénine. Les bolcheviks eux-mêmes n&#8217;auraient pas hésité à contracter des alliances avec la Turquie et à soutenir politiquement et économiquement les gouvernements de ce pays, même à une époque où les communistes y étaient sévèrement réprimés et parfois plus sauvagement que ne le fit jamais Hitler.<br />
Si l&#8217;on considère que l&#8217;Internationale communiste, dans la mesure où elle continue d&#8217;exister, n&#8217;est rien d&#8217;autre que le bureau de tourisme russe, et si l&#8217;on considère l&#8217;échec de tous les mouvements communistes dirigés depuis Moscou, il est bien évident que la légende de Lénine, ce révolutionnaire international, est à ce point affaiblie que l&#8217;on peut espérer qu&#8217;elle n&#8217;aura plus cours dans un proche avenir. Déjà aujourd&#8217;hui les nostalgiques de l&#8217;Internationale communiste ne se servent plus du concept de révolution mondiale, mais parlent plutôt de &#8221; Patrie des travailleurs &#8220;, formule dont ils tirent leur enthousiasme aussi longtemps qu&#8217;ils n&#8217;ont pas à y vivre en tant qu&#8217;ouvriers. Ceux qui persistent à faire de Lénine un révolutionnaire international ne cherchent en fait qu&#8217;à réveiller les vieux rêves léninistes de domination du monde, rêves que la lumière du jour a réduit en poussière.<br />
Aucun personnage de l&#8217;histoire moderne n&#8217;a été aussi mal interprété et autant défiguré que ne l&#8217;a été Lénine. Nous avons montré que l&#8217;on ne peut lui attribuer le succès de la révolution russe, et que sa théorie et sa pratique n&#8217;avaient pas la portée internationale que l&#8217;on a voulu trop souvent leur donner. De même qu&#8217;il n&#8217;a pas, en dépit de toutes les affirmations contraires, élargi ni enrichi le marxisme. Dans l&#8217;ouvrage de Thomas B. Brameld, <i>A Philosophical Approach to Communism</i> récemment publié par l&#8217;université de Chicago, le communisme est encore défini comme &#8221; une synthèse des doctrines de Marx, d&#8217;Engels et de Lénine &#8220;. Et ce n&#8217;est pas uniquement dans ce livre, mais aussi dans toute la littérature du parti communiste, que Lénine est ainsi situé. Staline a décrit le léninisme comme &#8221; le marxisme de la période impérialiste &#8220;. Mais un tel jugement ne se justifie que par une surestimation sans fondement de Lénine. Car Lénine n&#8217;a pas ajouté au marxisme le moindre élément qui puisse être qualifié de nouveau et d&#8217;original. Sa position philosophique n&#8217;est autre que le matérialisme dialectique tel qu&#8217;il a été développé par Marx, Engels et Plékhanov. Et c&#8217;est à lui qu&#8217;il se réfère pour tout problème important &#8211; qu&#8217;il brandit comme critère universel, comme arme de la dernière heure. Dans son principal ouvrage philosophique, <i><a href="http://marxists.anu.edu.au/francais/lenin/works/1908/09/index.htm">Marxisme et empirio-criticisme</a>,</i> il s&#8217;est borné à répéter Engels en opposant les différentes conceptions philosophiques et en terminant par l&#8217;opposition entre matérialisme et idéalisme. Le matérialisme affirmant la primauté de la nature sur l&#8217;esprit, l&#8217;idéalisme partant de la démarche inverse. Lénine a repris à son compte cette définition en l&#8217;étayant d&#8217;éléments empruntés à diverses sources ; il n&#8217;a apporté aucun enrichissement majeur à la dialectique marxienne et il est impossible, dans le domaine philosophique, de parler d&#8217;une école léniniste.<br />
Pour ce qui est de l&#8217;économie, l&#8217;œuvre de Lénine reste bien en deçà de ce que l&#8217;on a voulu y voir. Certes, ses écrits économiques sont davantage marxistes que ceux de ses contemporains, mais ils ne sont que l&#8217;application brillante de doctrines existantes basées sur le marxisme. Du reste, Lénine n&#8217;avait aucunement l&#8217;intention de s&#8217;ériger en théoricien économique original, puisqu&#8217;il estimait que Marx avait déjà tout dit en ce domaine. Convaincu qu&#8217;il était impossible de dépasser Marx, il devait se borner à prouver que les postulats marxistes concordaient avec la situation existante. Son principal ouvrage d&#8217;économie, <a href="http://www.marx.org/francais/lenin/works/1899/dcr/"><i>Le Développement du capitalisme eu Russie</i></a> en dit long sur ce point. Lénine n&#8217;a jamais voulu être autre chose que le disciple de Marx et seule la légende peut parler d&#8217;une théorie du &#8221; léninisme &#8220;.<br />
Lénine se voulait avant tout un politicien pratique. Ses ouvrages théoriques sont presque exclusivement de nature polémique. Il s&#8217;y attaque aux ennemis théoriques et autres du marxisme, avec lequel il s&#8217;identifie. Pour le marxisme, la pratique décide de la justesse d&#8217;une théorie. En tant que praticien au service de la pensée de Marx, Lénine a peut être rendu un immense service au marxisme. Toutefois, chaque pratique est, pour le marxisme, une pratique sociale que les individus ne peuvent modifier ou influencer que dans une faible mesure, et sur laquelle ils ne peuvent jamais avoir d&#8217;action décisive. On ne peut nier que l&#8217;union de la théorie et de la pratique, du but final envisagé et des problèmes concrets qui se posent dans l&#8217;instant &#8211; préoccupations constantes de Lénine &#8211; ne soit une grande réussite. Mais cette réussite ne peut se mesurer que par le succès qui l&#8217;accompagne, et ce succès, nous l&#8217;avons déjà dit, fut refusé à Lénine. Non seulement son oeuvre s&#8217;est avérée incapable de faire avancer le mouvement révolutionnaire mondial, mais elle n&#8217;a pas su établir les conditions préalables à la construction d&#8217;une véritable société socialiste eu Russie. Les succès qu&#8217;il a pu remporter, loin de le rapprocher de son but, l&#8217;en ont éloigné.<br />
La situation qui existe aujourd&#8217;hui en Russie et la condition des travailleurs à travers le monde devraient suffire à prouver à tout observateur communiste que la politique &#8221; léniniste &#8221; actuelle est l&#8217;exact opposé de la phraséologie qu&#8217;elle emploie. Cette contradiction finira bien par détruire la légende artificielle de Lénine et l&#8217;histoire pourra enfin remettre Lénine à sa véritable place.<br />
</span></p>
<p style="text-align:right;"><a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/mattick-1904-1981/"><span class="postbody">Paul Mattick</span></a></p>
<p style="text-align:left;"><span class="postbody"> <i>Notes</i></span></p>
<p style="text-align:left;"><span class="postbody">[1] La bourgeoisie.<br />
[2] <a href="http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er00t.htm"><i>L&#8217;État et la révolution</i></a>, Ed. de Moscou p. 66.</span></p>
<p style="text-align:left;"><span class="postbody">Lire ce texte en d&#8217;autres langues: </span><i><a href="http://www.kurasje.org/arkiv/10700f.htm">The Lenin Legend</a></i> <img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2007/08/uk.gif?w=15&#038;h=9" alt="" width="15" height="9"> &#8211; <i><a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/paginas-em-portugues/1935-12-lenine-e-a-sua-lenda-mattick/">Lenine e a sua lenda</a></i> <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/paginas-em-portugues/1935-12-lenine-e-a-sua-lenda-mattick/"><img src="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2008/03/brasil.jpg" alt="" width="15" height="9"></a> &#8211; <a href="http://www.ieetalc.com.ve/Mattick16.doc"><i>La leyenda de Lenin</i></a> <img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2007/08/espana1.gif?w=15&#038;h=10#38;h=10" alt="" width="15" height="10"></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[J'ai recommencé à écrire en français]]></title>
<link>http://blogideologic.wordpress.com/2008/11/30/jai-recommence-a-ecrire-en-francais/</link>
<pubDate>Sun, 30 Nov 2008 13:19:45 +0000</pubDate>
<dc:creator>blogideologic</dc:creator>
<guid>http://blogideologic.wordpress.com/2008/11/30/jai-recommence-a-ecrire-en-francais/</guid>
<description><![CDATA[C’est un commentaire sur l’article de M. Luca Niculescu http://www.liberation.fr/monde/0101269725-la]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p class="MsoNormal" style="margin:0 0 10pt;"><span style="font-size:12pt;line-height:115%;font-family:&#34;">C’est un commentaire sur l’article de M. Luca Niculescu <a href="http://www.liberation.fr/monde/0101269725-la-corruption-oubliee-du-scrutin-roumain"><span style="color:#800080;">http://www.liberation.fr/monde/0101269725-la-corruption-oubliee-du-scrutin-roumain</span></a> , “La corruption oubliée du scrutin roumain”.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0 0 10pt;"><em><span style="font-size:12pt;line-height:115%;font-family:&#34;">“l’étrange héritage d’un million d’euros d’une tante décédée dans la pauvreté”,</span></em><span style="font-size:12pt;line-height:115%;font-family:&#34;"> écrit M. Luca Niculescu. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0 0 10pt;"><span style="font-size:12pt;line-height:115%;font-family:&#34;">Mon commentaire:</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0 0 10pt;"><span style="font-size:12pt;line-height:115%;font-family:&#34;"><span> </span><em>La “tante décédée” apartenait à l’aristocratie russe de Basarabia. Après la Révolution russe, la province roumaine de Basarabia revient dans l’état de Roumanie. La petite aristocratie russe de Basarabia a pu garder dans sa propriété jusqu’à 100 ha de terrain, intégralement leurs maisons et leur bijoux. La tante russe décédée avait ses bijoux “d’un million d’euros”.</em></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0 0 10pt;"><span style="font-size:12pt;line-height:115%;font-family:&#34;">Voir <a href="http://www.liberation.fr/monde/0102269725-reaction-sur-la-corruption-oubliee-du-scrutin-roumain"><span style="color:#800080;">http://www.liberation.fr/monde/0102269725-reaction-sur-la-corruption-oubliee-du-scrutin-roumain</span></a> . </span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0 0 10pt;"><span style="font-size:12pt;line-height:115%;font-family:&#34;">Titus Filipas</span></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Comment le capitalisme d’État est arrivé en Russie (1978)]]></title>
<link>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/10/18/comment-le-capitalisme-d%e2%80%99etat-est-arrive-en-russie-1978/</link>
<pubDate>Sat, 18 Oct 2008 09:22:24 +0000</pubDate>
<dc:creator>lucien</dc:creator>
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<description><![CDATA[Numéro spécial de Socialisme mondial, revue trimestrielle publiée par le Parti socialiste du Canada.]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><blockquote><p>Numéro spécial de <em>Socialisme mondial</em>, revue trimestrielle publiée par le Parti socialiste du Canada.</p></blockquote>
<p><a href="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/10/smspecial250pix.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5205" title="smspecial250pix" src="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2008/10/smspecial250pix.jpg" alt="" width="250" height="323" /></a><strong>Préface</strong></p>
<p>SOIXANTE ANS APRÈS il n&#8217;est pas difficile de voir que la société russe n&#8217;est rien de plus qu&#8217;une forme de capitalisme d&#8217;État. Lorsqu&#8217;en 1917 on salua, à peu près partout, ce que l&#8217;on croyait être l&#8217;avènement du socialisme, la confusion était telle qu&#8217;il n&#8217;était pas si facile de distinguer le chemin que les bolcheviks allaient prendre.<br />
Malgré tout ce qui s&#8217;est passé, pour les utopistes et les réformistes c&#8217;est toujours une motivation quasi religieuse qui mène à l&#8217;action politique. Maintenant que le régime russe pratique ouvertement une politique impérialiste, ils se tournent toujours avec la même ferveur vers d&#8217;autres coins du monde. En Chine et dans bon nombre de pays du Tiers Monde les nouvelles classes dirigeants ont instaurés des dictatures à parti unique sous le nom de &#8220;socialisme&#8221; ou de &#8220;communisme&#8221; afin d&#8217; obtenir l&#8217;adhésion idéologique de leurs paysans et de leurs travailleurs au développement du capitalisme dans ces pays-là. Ceux qui, dans les pays capitalistes avancés, idolâtrent ces régimes semblent le faire plutôt pour des raisons émotionnelles que parce qu&#8217;ils ont été convaincus après enquête rationnelle. C&#8217;est regrettable car c&#8217;est une compréhension réelle des mécanismes du capitalisme qui seule permettra à la majorité des travailleurs de se libérer des effets dégradants d&#8217;une société universelle basée sur le profit.<br />
Ce que fit la révolution bolchevique fut d&#8217;introduire le capitalisme en Russie et c&#8217;est à l&#8217;honneur du Parti Socialiste de Grande Bretagne d&#8217;avoir su prévoir ce qui devait suivre les événements de 1917. L&#8217;ancien Parti Socialiste du Canada n&#8217;avait pas interprété ces événements aussi clairement. Malgré une bonne connaissance de la conception matérialiste de l&#8217;histoire de Marx qu&#8217;il appliquait à l&#8217;Amérique du Nord et à l&#8217;Europe, l&#8217;ancien PSC <span style="color:#808080;">[Parti socialiste du Canada]</span> s&#8217;abstint d&#8217;appliquer l&#8217;analyse marxiste à la Russie et accepta qu&#8217;une révolution socialiste avait eu lieu chez un peuple composé de paysans illettrés, d&#8217;aristocratie terrienne et d&#8217;une classe capitaliste encore naissante.<br />
Il semble étrange que l&#8217;ancien PSC, tout en soulignant l&#8217;importance d&#8217;une intelligence marxiste chez les travailleurs des nations industrielles du monde occidental, ait pu croire que le socialisme était en train d&#8217;être instauré dans un pays où il y avait relativement peu d&#8217;industrie et pratiquement pas de travailleurs, et donc encore bien moins de travailleurs socialistes, pour l&#8217;instaurer.</p>
<p>La position officielle, et erronée, du Parti au sujet de la Russie ne recevait pas l&#8217;appui de tous les collaborateurs du <em>Western Clarion</em>. Certains étaient prudents et disaient qu&#8217;une révolution avait eu lieu en Russie mais ne la définissaient pas et faisaient remarquer en même temps que le nouveau gouvernement ne représentait qu&#8217;une minorité. Ils soulignaient pourtant que ce qui semblait fonctionner en Russie ne conviendrait pas au Canada et que l&#8217;émancipation des travailleurs dans ce pays-ci ne viendrait qu&#8217;avec une bonne compréhension du capitalisme et du socialisme de la part de la majorité. Pour d&#8217;autres, semble-t-il, la dictature minoritaire russe n&#8217;avait absolument rien d&#8217;un premier pas en direction du socialisme ou du communisme.<br />
Un des collaborateurs écrivait: &#8220;Pour ce qui est de &#8216;<em>la production basée sur les besoins des gens</em>&#8216; la Russie ne se fonde pas sur ce principe, et ne l&#8217;a jamais fait, et ne risque pas de le faire d&#8217;ici très très longtemps.&#8221; (<em>Western Clarion</em>. 16 juin 1923). Il se rendait compte que la Russie ne pouvait pas arriver à une production basée sur les besoins des gens par elle-même car son économie serait forcément bientôt intégrée à l&#8217;économie du reste du monde capitaliste.<br />
Un autre collaborateur disait: &#8220;Nous le savons que le bolchevisme n&#8217;est pas le socialisme, et nous le savions déjà en 1917. Les informations que nous avions sur les conditions en Russie, bien que maigres, suffisaient à nous faire savoir que ce pays n&#8217;était pas encore prêt pour le socialisme. Le développement social et économique n&#8217;était pas encore arrivé au stade où la propriété collective des moyens de production était possible.&#8221; (J.A. McD., <em>Western Clarion</em>. 16 novembre 1920). Mais il espérait que la minorité bolchevique atteindrait son but malgré l&#8217;obstacle du sous-développement économique.<br />
Un autre article appliquait à la situation une analyse marxiste; &#8220;Il est évident que si on investit du capital en Russie pour en tirer un bénéfice, la Russie est conditionnée dans cette mesure par le style de l&#8217;exploitation capitaliste&#8221;. Et: &#8220;La révolution russe gagna nos cœurs et nous perdîmes la tête. Nous étions tombés amoureux et devenus aveugles (&#8230;) Nous quittâmes le droit chemin du matérialisme historique pour aller nous perdre dans les méandres de l&#8217;idéalisme et du sentimentalisme (..) et de nombreux camarades, dont les connaissances étaient un peu superficielles, tombèrent sous le charme de ce genre de psychologie&#8221;. (C. Lestor, <em>Western Clarion</em>, 16 septembre 1924).</p>
<p>Un autre collaborateur du journal, par contre, blâmait Marx d&#8217;avoir cru que les sociétés paysannes n&#8217;étaient pas en mesure de devancer politiquement les nations industrialisées. Il soutenait que la Russie rurale n&#8217;avait rien à apprendre du développement des autres pays et qu&#8217;elle avait bien pris le chemin qui aboutirait à une société sans classes.<br />
Ce qui contribua à tromper l&#8217;ancien PSC, c&#8217;est que le capitalisme ne suivit pas les jalons traditionnels pour arriver en Russie. L&#8217;industrie capitaliste fut en effet introduite au sommet par les chefs féodaux qui étaient munis de capitaux importés, et non pas à la base par une bourgeoisie libérale. La Russie ne possédait qu&#8217;une toute petite bourgeoisie impuissante et c&#8217;est pourquoi la révolution capitaliste ne pouvait être menée que par l&#8217;intelligentsia russe qui utilisait le socialisme comme mot d&#8217;ordre.</p>
<p style="text-align:left;">Le Parti Socialiste du Canada actuel, qui adopta à ses débuts en 1931 la Déclaration  de Principes du Parti Socialiste  de Grande Bretagne, a toujours adhéré à une analyse marxiste de la Russie. Il donne une idée générale de sa position dans un article du deuxième numéro de sa revue <em>The Western Socialist</em>. novembre 1933. En 1948 le PSC produisit une brochure,<em> The Russian Revolution; its Origin and Outcome</em> (La révolution russe, son origine et ses suites), qui analysait plus en profondeur le phénomène russe jusqu&#8217;à. cette époque.<br />
Aujourd&#8217;hui des théories erronées au sujet des pays sous-développés font toujours obstacle au progrès du socialisme. En 1978 il est toujours nécessaire d&#8217;appliquer l&#8217;analyse marxiste pour comprendre le capitalisme mondial —et la Russie en fait partie. C&#8217;est à cette condition seulement que les travailleurs du monde entier arriveront à se libérer de l&#8217;esclavage du salariat.</p>
<p style="text-align:right;">Comité   Exécutif  Général, <a href="http://www.worldsocialism.org/canada/">Parti Socialiste du Canada</a>,<br />
Victoria. septembre 1978</p>
<p><strong>Introduction</strong></p>
<p>Le système social connu sous le nom de socialisme ne peut être réalisable qu&#8217;à un certain moment dans la marche de l&#8217;humanité. Son achèvement dépend d&#8217;abord du développement des moyens de production, de transport et de communication, grâce auxquels, données une organisation appropriée et une planification sociale, la satisfaction des nécessités et agréments d&#8217;une vie complète pourrait être assuré pour toute la population. Depuis assez longtemps, le capitalisme a déjà résolu ce problème technique avec le développement des grandes usines et des machines, et avec le franchissement des barrières naturelles qui isolaient alors les habitants dans les diverses parties du monde.<br />
L&#8217;achèvement de ce système dépend, deuxièmement, du développement de l&#8217;organisation de la classe travailleuse à l&#8217;échelle mondiale, basée sur la compréhension des idées socialistes, et sur une acceptation des moyens d&#8217;action politiques et démocratiques nécessaires pour remplacer le capitalisme par le socialisme.<br />
Ces deux conditions ont une action réciproque; la seconde de celles—ci ne pourrait précéder la première, et comme l&#8217;expérience l&#8217;a montré le développement de la compréhension du socialisme et de l&#8217;organisation socialiste ont en fait du retard sur les moyens de production.<br />
Vu qu&#8217;un pays peut acquérir des connaissances avec l&#8217;aide d&#8217;un autre et que les pays les plus avancés au point de vue industriel peuvent assister les moins avancés, il  n&#8217;est pas  nécessaire  pour  ces derniers de traverser toutes les phases historiques du capitalisme. D&#8217;autre part, il n&#8217;est pas possible, dans un monde principalement capitaliste et hostile, qu&#8217;un seul pays saute isolément dans le socialisme. Par conséquent il n&#8217;était pas possible pour la Russie de 1917 d&#8217;achever le socialisme. Il manquait à la Russie à la fois les moyens de production nécessaires et l&#8217;acceptation nécessaire par la population des idées socialistes; et de plus, le mouvement socialiste dans les autres pays n&#8217;était pas en mesure à cause de sa faiblesse d&#8217;aider en renversant le capitalisme. Dans une telle situation, rien ne pouvait empêcher la Russie de se développer suivant des lignes capitalistes.</p>
<p><strong>La Russie avant 1917</strong></p>
<p>Le parti qui a pris le pouvoir en octobre 1917 était le Parti Communiste russe — connu sous l&#8217;appellation de &#8220;bolcheviks&#8221;, dérivée d&#8217;un mot signifiant la majorité, parce que leur aile du Parti ouvrier social-démocrate de Russie avait reçu, lors d&#8217;un congrès à Londres en 1903 le soutien de la majorité des délégués.<br />
Le POSDR avait été formé en 1898 et avait hérité des traditions de divers mouvements du début du XIXe siècle, opposés à l&#8217;autocratie tsariste. La Russie d&#8217;alors était un pays essentiellement agricole, libéré du servage seulement en 1861 et avec une masse paysanne terriblement opprimée et démunie. Le capitalisme s&#8217;y développait mais en était encore à ses débuts et la classe capitaliste était politiquement si faible qu&#8217;on acceptait communément l&#8217;idée que le plein développement du capitalisme ne pourrait résulter que d&#8217;une union des classes paysanne et ouvrière se soulevant pour renverser le tsarisme. Des groupes cependant croyaient qu&#8217;il était possible de passer au socialisme sans passer par le capitalisme et pour la plupart, y compris beaucoup de soi-disant marxistes, écartèrent l&#8217;idée que les travailleurs ordinaires puissent saisir la signification du socialisme. Faute d&#8217;institutions parlementaires et de suffrage universel, et de la possibilité légale de constituer des organisations politiques et syndicales, des groupes en vinrent en désespoir de cause à l&#8217;assassinat politique.</p>
<p>En 1917, à côté des bolcheviks, les principaux partis politiques étaient l&#8217;autre aile de la social-démocratie russe, les menchéviks (dérivé d&#8217;un mot signifiant la minorité) qui croyaient que la Russie devait passer par les étapes normales du développement capitaliste et d&#8217;un parlement   démocratiquement  élu,  d&#8217;une part et, d&#8217;autre part, les sociaux—révolutionnaires, un parti largement rural qui à l&#8217;origine prônait l&#8217;abolition de la propriété privée de la terre et qui usa de l&#8217;assassinat politique comme  arme de combat.<br />
Les principes d&#8217;organisation bolcheviques furent élaborés par leur leader, Lénine, dans <em><a href="http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1902/02/19020200.htm">Que Faire?</a> </em>paru en 1902. Il y plaida que les idées socialistes devaient parvenir à la classe ouvrière de l&#8217;extérieur par &#8220;les intellectuels révolutionnaires socialistes&#8221;. D&#8217;après Lénine, &#8220;livrée à ses seules forces, la classe ouvrière ne peut arriver qu&#8217;à la conscience trade-unioniste&#8221;. Conformément à cette conception, l&#8217;organisation politique menant les travailleurs serait formée &#8220;avant tout et principalement d&#8217;hommes dont la profession est l&#8217;action révolutionnaire&#8221;. Et parce que l&#8217;on tenait comme incompatibles le &#8220;contrôle démocratique&#8221; et le besoin d&#8217;agir en secret on en venait à conclure que c&#8217;est à partir du centre que le parti devait être contrôlé.<br />
Le but immédiat des bolcheviks n&#8217;était pas d&#8217;introduire le socialisme mais était de &#8220;renverser l&#8217;autocratie tsariste pour y substituer une république fondée sur une constitution démocratique&#8221;. C&#8217;est dans ce but qu&#8217;ils ont recherché le soutien de tout groupe mécontent, espérant que de cette façon la minorité des révolutionnaires professionnels mèneraient la classe ouvrière et du même coup entraînerait avec eux les paysans. Ils déclaraient en même temps que le but final d&#8217; une révolution sociale exigerait une &#8220;dictature du prolétariat&#8221;.<br />
En 1905 après la défaite des forces russes lors de la guerre contre le Japon, des manifestations et des désordres éclatèrent dans tout le pays; mais elles n&#8217; eurent pas de but unifié. Les libéraux réclamaient un corps législatif élu démocratiquement; dans les usines les ouvriers réclamaient une hausse de salaires et une diminution des heures de travail; les paysans réclamaient de la terre, et les marins de meilleurs conditions tandis que les révolutionnaires professionnels réclamaient une révolution sociale. Aux moments les plus critiques, il y eut des grèves, des soulèvements, des occupations de terres, des mutineries dans la marine mais dès que les autorités tsaristes promirent l&#8217;élection d&#8217;une Douma ayant des pouvoirs législatifs, ces mouvements perdirent de leur force. Le gouvernement d&#8217;alors usa de contre-mesures et au bout de deux ans les députés sociaux-démocrates de la Douma furent arrêtés et de nouveau l&#8217;autocratie régnait avec plein pouvoir.<br />
Plus tard Lénine a décrit les événements de 1905 comme la &#8220;répétition générale de 1917&#8243;.</p>
<p><strong>Les Évènements de 1917</strong></p>
<p>La Russie n&#8217;était pas capable, à cause du retard de son développement industriel, de résister à la puissance de l&#8217;Allemagne, un pays beaucoup plus industrialisé . Ce sont les dures conditions de vie imposées à la population civile et aux troupes qui ont provoqué la révolte; celles-ci étaient dues à l&#8217;insuffisance des moyens de transport, à l&#8217;état défectueux de l&#8217;équipement, à des pénuries alimentaires et à la cherté de la vie, et en plus de cela dues à l&#8217;incapacité et la corruption de la classe dirigeante. C&#8217;est fréquemment qu&#8217;il y avait des grèves, réclamant des salaires plus élevés et la cessation de la guerre, et qu&#8217;il y avait des mutineries au front. Les soldats envoyés contre les travailleurs, au contraire se joignaient à eux. Les ministres du Tsar étaient assaillis chez eux par la foule. A cause de cette situation le gouvernement ordonna la dissolution de la Douma en mars 1917 (en février d&#8217;après l&#8217;ancien calendrier russe). Ce corps rejeta l&#8217;ordre de dissolution et décida de poursuivre ses fonctions, bien qu&#8217;il ne fût élu que par un suffrage restreint dont avaient été exclus la plupart des travailleurs et paysans. A ce moment le Tsar abdiqua.<br />
Pendant la période de trouble qui suivit l&#8217;abdication il y eut d&#8217;abord un gouvernement provisoire formé par des libéraux et d&#8217;autres représentants capitalistes et propriétaires terriens de la Douma; ensuite, il y eut un gouvernement dirigé par Kerensky, proche du Parti social-révolutionnaire, dont l&#8217;autorité reposait en partie sur le comité de la Douma mais de plus en plus sur les comités de travailleurs et soldats (les soviets) qui s&#8217;étaient formés rapidement dans toute la Russie et dont l&#8217;influence croissait aux dépends de la Douma moins représentative.</p>
<p>Aussi longtemps que le gouvernement de Kerensky conservait le soutien des soviets, les bolcheviks ne pouvaient leur faire front; mais comme ses efforts pour continuer la guerre rendirent le gouvernement de Kerensky de plus en plus impopulaire, les bolcheviks furent élus en majorité tour à tour dans les soviets. Quand le congrès des soviets russes se réunit en novembre 1917 (en octobre d&#8217; après l&#8217;ancien calendrier) une nette majorité de 390 sur 676 fut formée par des délégués bolcheviques; il vota des résolutions de paix, la dépossession des propriétaires terriens et l&#8217;établissement d&#8217;un gouvernement &#8220;ouvrier et paysan&#8221; en attendant l&#8217;élection d&#8217;une Assemblée constituante qui devait décider de la prochaine constitution. Les bolcheviks consolidaient leur position par la réussite de soulèvements à Moscou et dans d&#8217;autres villes. Le nouveau  gouvernement  faisait la paix avec l&#8217;Allemagne et faisait face à une  longue  période de  guerre  civile provoquée par des groupes  réactionnaires soutenus par les gouvernements  anglais, français et américain entre autres.<br />
Une des premières mesures du gouvernement bolchevique (qui était un prélude à la dictature qui suivit) fut de dissoudre l&#8217;Assemblée constituante dès sa première session en janvier 1918 parce que la majorité de ses délégués représentaient des partis adverses du Parti bolchevique. Ils prétendirent que les électeurs avaient changé d&#8217;avis depuis les élections.<br />
Le slogan des bolcheviks avait été: &#8220;Paix, Pain, Terre&#8221;. Dès qu&#8217;ils commencèrent à gagner du pouvoir ils persuadèrent le deuxième congrès des soviets d&#8217;adopter un décret de paix rédigé par le leader bolchevique, Lénine, dans lequel les peuples et gouvernements engagés dans la guerre étaient invités à entrer en pourparlers immédiatement dans le but d&#8217;une paix &#8220;sans annexions ni indemnités&#8221;, et à conclure tout de suite un armistice. Ce décret demandait en particulier aux ouvriers de Grande Bretagne, de France et d&#8217;Allemagne d&#8217;aider les bolcheviks à arrêter la guerre et à assurer &#8220;la libération des masses exploités et laborieuses de toute forme d&#8217;esclavage et d&#8217;exploitation&#8221;.<br />
Dans une diversité de pays, des sections de la classe ouvrière répondirent à cet appel, qui fut cependant ignoré par les gouvernements avec qui la Russie avait été alliée. Sur ce, le gouvernement russe entama séparément des négociations avec l&#8217;Allemagne et ses alliés. Les conditions d&#8217;armistice qu&#8217;imposèrent les autorités allemandes étaient extrêmement dures, y compris l&#8217;occupation continue des vastes territoires qui avaient fait partie de la Russie tsariste. Beaucoup parmi les membres du Parti bolchevique voulurent rejeter ces conditions et préconisaient une &#8220;guerre révolutionnaire&#8221;. Lénine, qui savait que la Russie n&#8217;était pas capable de faire une telle guerre, déclarât &#8220;Ou bien nous acceptons les conditions maintenant, ou bien nous acceptons la mise à de mort du gouvernement soviétique dans les trois semaines&#8221;. Son point de vue l&#8217;emporta finalement sur le comité central du parti.</p>
<p>Les menchéviks et la majorité des sociaux révolutionnaires furent en opposition à la prise du pouvoir par les bolcheviks; une minorité de sociaux-révolutionnaires cependant supportèrent les bolcheviks et furent représentés dans le nouveau gouvernement; à la suite de leur désaccord à propos de l&#8217;acceptation des dures conditions imposées par le gouvernement allemand pour cesser la guerre et à propos de la politique gouvernementale de subordination des syndicats, ils démissionnèrent.<br />
Vers le milieu de l&#8217;année 1918, le gouvernement bolchevique avait déjà arrêté les leaders menchéviques et sociaux-révolutionnaires, renvoyé leurs délégués des soviets, anéanti tous les partis, tout en faisant du Parti bolchevique le seul parti légal en Russie.</p>
<p>C&#8217;est ainsi que commença le demi-siècle du gouvernement de la Russie par le Parti bolchevique dit &#8220;communiste&#8221;, qui devait mettre à l&#8217;épreuve la revendication des bolcheviks qui prétendaient avoir trouver la route qui mènerait rapidement à l&#8217;établissement du socialisme en Russie et dans le monde entier et que chaque pays devrait suivre,</p>
<p><strong>Les leaders bolcheviques se sont trompés dans leurs calculs</strong></p>
<p>La théorie du Parti Communiste russe selon laquelle il n&#8217;est pas nécessaire d&#8217; attendre que la classe travailleuse comprenne le socialisme pour que celui-ci soit achevé a été déjà évoquée. Interprétée jusqu&#8217;au bout, une telle théorie aurait été compatible avec une conviction que bientôt, l&#8217;instauration du socialisme en Russie seulement suivrait la prise du pouvoir des bolcheviks en novembre 1917. En tout cas de nombreux admirateurs en Europe occidentale et en Amérique, de même que des défenseurs effrayés du capitalisme, crurent uniformément que ceci était vrai.<br />
S&#8217;ils eurent de telles idées, les leaders du Parti Communiste russe furent vite détrompés . Mais une autre de leur croyance n&#8217;était pas moins fantastique: ils s&#8217; aperçurent bien vite que les paysans n&#8217; avaient pas l&#8217;intention de coopérer avec les plans du gouvernement qui s&#8217;opposaient à leur désir d&#8217;assurer la libre possession de tous les biens de la terre en divisant les grandes propriétés; confronté à des paysans hostiles, le gouvernement dut instituer la réquisition des nourritures par la force de manière à nourrir la population urbaine.<br />
Par solidarité avec les paysans qui refusaient la réquisition, les marins du port de guerre de Kronstadt votèrent une résolution demandant des aménagements; quand ceci leur fut refusé, ils se mutinèrent . Alors, le gouvernement de Lénine (que les marins de Kronstadt avaient activement aidé à conquérir le pouvoir) fit appel aux troupes et écrasa la révolte sous les coups de feu de l&#8217;artillerie.</p>
<p>L&#8217;apathie des travailleurs dans l&#8217;industrie et leur résistance à la politique gouvernementale rendaient encore plus difficile la reconstruction. Comme il lui manquait le soutien des travailleurs russes en faveur du socialisme, le gouvernement russe croyait encore pouvoir compter sur le soutien décisif des travailleurs de Grande Bretagne, de France et d&#8217;Allemagne. D&#8217;après lui, il ne tenait le pouvoir que pour une courte période provisoire jusqu&#8217;au moment où les travailleurs des pays de l&#8217;Ouest prendraient des mesures révolutionnaires et viendraient à l&#8217;aide de la Russie. Dans un discours publié dans l&#8217;<em>Isvestia</em> le 30 mai 1918, Lénine rejeta l&#8217;idée que la Russie puisse par ses propres moyens s&#8217;affronter au pouvoir de &#8220;l&#8217;impérialisme international&#8221; et il insista sur le fait que la lutte de la Russie devait, pour réussir, être conduite &#8220;de concert avec le prolétariat révolutionnaire d&#8217;Allemagne et d&#8217;Angleterre. Jusqu&#8217;à ce moment, bien que ceci soit triste et contraire peut-être aux traditions révolutionnaires, notre seule politique possible est d&#8217;attendre, de résister et reculer&#8221;.<br />
Trotsky, un autre leader du Parti bolchevique et collègue de Lénine, dans un <a href="http://marxists.anu.edu.au/francais/trotsky/oeuvres/1918/04/ldt19180414.htm">discours du 14 avril 1918</a> parla de leur but d&#8217;établir un &#8220;système économique commun et fraternel (&#8230;) pour que tous travaillent pour le bien commun, pour que tout le peuple puisse vivre comme une famille honnête et unie&#8221;, mais il ajoute que cela n&#8217;arriverait qu&#8217;avec l&#8217;aide de l&#8217;extérieur!</p>
<blockquote><p>&#8220;Tout cela, nous ne pourrons le réaliser et nous ne le réaliserons complètement que lorsque la classe ouvrière européenne nous soutiendra. Camarades, nous serions des misérables, des aveugles, des hommes de peu de foi, si, même pour un seul jour, nous perdions notre conviction que la classe ouvrière des autres pays viendra à notre aide et, suivant notre exemple, se dressera et mènera notre tâche à bonne fin.&#8221;</p></blockquote>
<p>Lorsque les russes publièrent leur appel pour un armistice général, c&#8217;est &#8220;aux travailleurs conscients de classe&#8221; des pays occidentaux qu&#8217;il fut  adressé. Mais la plupart de ces travailleurs n&#8217;avaient pas cette conscience de classe et les raisons données par Trotsky pour expliquer sa &#8220;foi&#8221; qu&#8217;ils se révolteraient reposaient sur bien des faits sauf sur le plus important, c&#8217;est-à-dire la compréhension du socialisme par les travailleurs. Il comptait surtout sur la lassitude des soldats et civils, sur le mécontentement dû aux prix élevés et au chômage. Cet appel était adressé aux travailleurs sans conscience politique des pays occidentaux afin qu&#8217;ils viennent en aide aux travailleurs et paysans russes, sans conscience politique non plus, dans le but d&#8217;établir le socialisme qui est un système à l&#8217;échelle mondiale &#8211; alors qu&#8217;il n&#8217;était désiré que par une minorité dans quelque pays que ce soit.</p>
<p>La propagation parmi les travailleurs d&#8217;Europe de la compréhension de ce qu&#8217;est le socialisme était une tâche inachevée. La grande majorité des travailleurs était au mieux indifférente aux principes socialistes, et au pire hostile à ceux-ci, comme devait le montrer neuf mois plus tard les élections générales en Grande-Bretagne, lors desquelles une coalition &#8220;victoire&#8221; Tory-Libéral-National Labour était élue par une majorité écrasante contre le Parti travailliste officiel et contre d&#8217;autres candidats d&#8217;opposition qui, bien qu&#8217;ils ne fussent pas socialistes, avaient envers le nouveau gouvernement russe une attitude plus ou moins sympathisante.</p>
<p>Le nouveau gouvernement britannique sous la direction de Lloyd George embarqua des troupes qui devaient intervenir en Russie et aida les réactionnaires à faire la guerre civile dans le but de renverser le gouvernement de Lénine.Il n&#8217;y eut guère de réaction de la part des travailleurs de Grande-Bretagne auxquels il était demandé de refuser de fabriquer ou d&#8217;expédier des armes utilisées contre le gouvernement russe.</p>
<p>Les travailleurs de France, d&#8217;Allemagne et d&#8217;ailleurs n&#8217;étaient pas davantage prêts pour établir le socialisme, aussi le gouvernement russe dut-il compter en grande partie sur ses propres ressources.</p>
<p><strong>Le socialisme et le communisme: leur signification<br />
</strong><br />
La confusion de sens dans l&#8217;attribution des mots socialisme et communisme est presque partout répandue, mais n&#8217;est-il donc pas possible d&#8217;empêcher que ces appellations  ne soient données à toutes idées, tous objectifs différents et incompatibles, cela allant du &#8220;socialisme&#8221; osé par  Hitler et Mussolini à la déclaration d&#8217;un homme politique britannique, un libéral, vers la fin du dix-neuvième siècle: &#8220;De nos jours, nous  sommes tous des socialistes&#8221;. Ce phénomène n&#8217;est pas un  développement  nouveau. En  effet Karl Marx et Friedrich Engels ont consacré, dans leur <em>Manifeste Communiste</em> publié en 1848, un chapitre à l&#8217;analyse des nombreuses formations soi-disant communistes ou socialistes; leur  intention étant  de montrer la différence entre leur buts  et théories  et ceux de ces  formations .<br />
Marx et Engels ont décidé d&#8217;appeler leur manifeste &#8220;communiste&#8221; parce qu&#8217; &#8220;en 1847, le socialisme signifiait un mouvement bourgeois, le communisme, un mouvement ouvrier&#8221;. Durant ce même siècle et quelques années plus tard, ils reprirent le terme socialisme.</p>
<p>C&#8217;est sur ces mêmes idées, peu importe qu&#8217;on les appelle communisme ou socialisme, que se fonde le Parti socialiste du Canada, qui répudie, comme Marx et Engels l&#8217;on fait, les nombreuses théories pseudo-marxistes qui depuis 1848 se sont déguisées en socialistes ou communistes.</p>
<p>Comme le montre clairement la description que donnent Marx et Engels de deux de ces formations, nombre de ces orviétans <span style="color:#808080;">[charlatans] </span>de 1848 sont encore utilisés:</p>
<blockquote><p>Dans cette catégorie, se rangent les économistes, les philanthropes, les humanitaires, les gens qui s&#8217;occupent d&#8217;améliorer le sort de la classe ouvrière, d&#8217;organiser la bienfaisance, de protéger les animaux, de fonder des sociétés de tempérance, bref, les réformateurs en chambre de tout acabit.</p></blockquote>
<blockquote><p>(&#8230;) Une autre forme de socialisme, moins systématique, mais plus pratique, essaya de dégoûter les ouvriers de tout mouvement révolutionnaire, en leur démontrant que ce n&#8217;était pas telle ou telle transformation politique, mais seulement une transformation des conditions de la vie matérielle, des rapports économiques, qui pouvait leur profiter. Notez que, par transformation des conditions de la vie matérielle, ce socialisme n&#8217;entend aucunement l&#8217;abolition du régime de production bourgeois, laquelle n&#8217;est possible que par la révolution, mais uniquement la réalisation de réformes administratives sur la base même de la production bourgeoise, réformes qui, par conséquent, ne changent rien aux rapports du Capital et du Salariat et ne font, tout au plus, que diminuer pour la bourgeoisie les frais de sa domination et alléger le budget de l&#8217;État.</p>
<p>(<em>Manifeste du Parti communiste</em>)</p></blockquote>
<p>Nous avons continuellement été entravés dans notre propagande par la nécessité d&#8217; expliquer que ces idéologies politiques et toutes celles qui cherchent à résoudre les problèmes dans le cadre du capitalisme n&#8217;ont rien en commun avec la cause socialiste qui cherche à remplacer le système de classe, le capitalisme, par un système social sans classe dans lequel la production en vue de vente, l&#8217;exploitation de la classe travailleuse par ceux qui reçoivent rentes, profits et intérêts, et le salariat n&#8217;existeront plus.<br />
Les hommes politiques de divers partis ont intérêt à perpétuer cette confusion. Ceux qui souhaitent aiguillonner un mouvement de résistance à quelque changement ou réforme préconisés par un autre groupe politique taxeront l&#8217;un ou l&#8217;autre de &#8220;socialiste&#8221; ou &#8220;communiste&#8221;dans l&#8217;espoir d&#8217;obtenir le support des sections réactionnaires de la population qui craignent des changements de tous genres; et les hommes politiques tels que Hitler et Mussolini par exemple, qui désiraient se faire passer pour les amis des travailleurs, trouvaient que d&#8217;appeler leur programme &#8220;socialiste&#8221; leur servait de miroir aux alouettes pour attirer des voix. Ceci s&#8217;applique au Parti Communiste russe qui quelquefois a donné le nom de socialisme à la nationalisation, c&#8217;est-à-dire au capitalisme d&#8217;État, alors que d&#8217;autres fois il en a donné une description exacte.<br />
L&#8217;emploi du terme <em>socialisme</em> en Russie, depuis la prise du pouvoir en 1917 par les bolcheviks, pour indiquer d&#8217;abord une chose, puis quelque chose d&#8217;autre, entièrement différent, a une curieuse et complexe histoire, à commencer par l&#8217;emploi des termes <em>socialisme</em> et <em>communisme</em> pour désigner la même chose, et pour finir l&#8217;emploi du mot socialisme pour désigner le capitalisme d&#8217;État.<br />
Même avant la prise du pouvoir par les bolcheviks, Lénine avait tendance à confondre le socialisme avec le capitalisme d&#8217;État. Dans <em>La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer</em> (septembre 1917), il écrivit:</p>
<blockquote><p>Dans un Etat véritablement démocratique et révolutionnaire, le capitalisme monopoliste d&#8217;Etat signifie inévitablement, infailliblement, un pas, ou des pas en avant vers le socialisme. (&#8230;) Car le socialisme n&#8217;est autre chose que l&#8217;étape immédiatement consécutive au monopole capitaliste d&#8217;Etat. Ou encore: le socialisme n&#8217;est autre chose que le monopole capitaliste d&#8217;Etat mis au service du peuple entier et qui, pour autant, a cessé d&#8217;être un monopole capitaliste.<br />
Le capitalisme  monopoliste  d&#8217;Etat est  la  préparation matérielle  la plus complète du socialisme, l&#8217;antichambre du socialisme, l&#8217;étape de l&#8217;histoire qu&#8217;aucune autre étape intermédiaire ne sépare du socialisme, (cité, Lénine,<em>Sur l&#8217;économie</em>, 10/18, 1978, pp. 338-97)</p></blockquote>
<p>Après la prise du pouvoir, il déclara lors d&#8217;une séance du comité exécutif du Parti bolchevique le 29 avril 1918:</p>
<blockquote><p>La réalité  dit que le  capitalisme d&#8217;État  serait pour nous  un pas  en avant. Si  nous  pouvions en Russie réaliser sous peu un  capitalisme d&#8217;État, ce serait une victoire.<br />
Qu&#8217;est-ce que le capitalisme d&#8217;État sous le pouvoir des Soviets? Etablir à présent le capitalisme d&#8217;Etat, c&#8217;est appliquer le recensement et le contrôle qu&#8217;appliquaient les classes capitalistes. L&#8217;Allemagne nous offre un modèle de capitalisme d&#8217;État. Nous savons qu&#8217;elle s&#8217;est révélée supérieure à nous. Mais si vous réfléchissez tant soit peu à ce que signifierait en Russie, dans la Russie des Soviets, la réalisation des bases de ce capitalisme d&#8217;État, quiconque a gardé son bon sens et ne s&#8217; est pas bourré le crâne de fragments de vérités livresques, devra dire que le capitalisme d&#8217;Etat serait pour nous le salut (Lénine, <em>Sur l&#8217; économie</em>, pp. 370-1).</p></blockquote>
<p>Trois ans plus tard, en avril 1921, après que les conditions matérielles aient obligé le gouvernement bolchevique à abandonner sa politique insensée de &#8220;l&#8217;édification socialiste immédiate&#8221; dans une Russie arriérée et isolée, Lénine préconisait encore le capitalisme d&#8217;État pour la Russie:</p>
<blockquote><p>Le capitalisme est un mal par rapport au socialisme. Le capitalisme est un bien par rapport au Moyen Age, par rapport à la petite production, par rapport à la bureaucratie qu&#8217;engendre l&#8217;éparpillement des petits producteurs. Puisque nous ne sommes pas encore en état de réaliser le passage immédiat de la petite production au socialisme, le  capitalisme est, dans une certaine mesure, inévitable, c&#8217;est un produit spontané de la petite production et des échanges; aussi devons-nous l&#8217;utiliser (surtout en l&#8217;orientant dans la voie du capitalisme d&#8217;Etat) comme maillon intermédiaire entre la petite production et le socialisme; comme moyen, comme voie, procédé, modalité assurant l&#8217;accroissement des forces productives (Lénine, <em>Sur l&#8217;économie</em>, p. 454).</p></blockquote>
<p>Expliquant la nouvelle politique économique (NEP) lors d&#8217;une conférence du Parti en octobre 1921, Lénine dût avouer que Marx avait raison quand il écrivit dans la préface à la première édition du <em>Capital</em> en 1867 que &#8220;lors même qu&#8217;une société est arrivée à découvrir la piste de la loi naturelle qui préside à son mouvement (&#8230;) elle ne peut ni dépasser d&#8217;un saut ni abolir par des décrets les phases de son développement naturel&#8221;:</p>
<blockquote><p>Le passage à la nouvelle politique économique consiste précisément en ceci: après l&#8217;expérience de l&#8217;édification socialiste immédiate, expérience faite au milieu de conditions incroyablement difficiles, au milieu de la guerre civile, au milieu de la lutte acharnée que la bourgeoisie nous avait imposée, nous nous rendimes clairement compte, au printemps 1921, qu&#8217;il fallait abandonner l&#8217;édification socialiste immédiate, qu&#8217;il fallait, dans nombre de sphères économiques, nous replier vers le capitalisme d&#8217;État, renoncer au système des assauts de front et commencer un siège long, désagréable, difficile et pénible, nécessitant une série de reculs (Lénine, <em>Sur l&#8217;économie</em>, p. 456).</p></blockquote>
<p>A bien des égards le capitalisme d&#8217;État ne s&#8217;est pas développé en Russie de la façon supposée par Lénine. Ce pays dépend encore largement pour ses produits agricoles de terres cultivées appartenant aux paysans, indépendamment de l&#8217;État et des fermes collectives; de plus &#8220;l&#8217;entreprise privée&#8221; s&#8217;est de plus en plus développée (le plus souvent illégalement, mais néanmoins effectivement). Les méthodes de publicité et l&#8217;étude des marchés utilisées dans les anciens pays capitalistes ont été copiées, et depuis peu on peut remarquer une utilisation plus grande par les entreprises d&#8217;État du &#8220;stimulant par le profit&#8221;. Depuis 1936 le terme socialisme a été officiellement adopté pour décrire la société russe, alors que le terme communisme est utilisé différemment et se réfère à une société à établir dans un lointain avenir.</p>
<p>On peut constater d&#8217;après <em>Un cours abrégé de science économique</em> d&#8217;A. Bogdanov à quel point l&#8217;utilisation du terme socialisme diffère de son utilisation au tout début par le Parti bolchévique. Le socialisme et la société socialiste y sont décrits comme étant le &#8220;plus haut degré concevable du développement de la société&#8221; dans laquelle des &#8220;institutions comme par exemple l&#8217;imposition et les profits n&#8217;existeront pas&#8221;, et dans laquelle &#8220;il n&#8217;y aura ni marché, ni vente, ni achat, mais distribution organisée d&#8217;une façon consciente et systématique de la production&#8221;. Cet ouvrage, publié pour la première fois en 1897, et minutieusement revu pour l&#8217;édition d&#8217;août 1919, fut utilisé comme manuel de référence dans les écoles et dans les groupes d&#8217;études du Parti communiste russe.</p>
<p>Contrairement aux partis &#8220;communistes&#8221; qui changent de définition selon leur convenance politique, nous avons toujours utilisé de façon constante le terme socialisme dans sa signification marxiste d&#8217;origine, et ne l&#8217;avons jamais utilisé à tort pour désigner le capitalisme d&#8217;État.</p>
<p><strong>Le capitalisme en Russie</strong></p>
<p>En exil, Trotsky soutenait que, bien que la Russie ne fût pas socialiste, comme le proclamait Staline, on ne pouvait pas pour autant la qualifier de capitaliste. D&#8217;après lui, la classe ouvrière russe s&#8217;était emparée du pouvoir en novembre 1917 et dès lors commençait une période de transition entre le capitalisme et le socialisme. Une &#8220;caste bureaucratique&#8221;, disait-il, avait depuis lors habilement usurpé le pouvoir en profitant de l&#8217;arriération et de l&#8217;isolement. Donc, selon Trotsky, la Russie se trouvait sur le chemin entre le capitalisme et le socialisme; et de deux choses l&#8217;une: ou elle allait de l&#8217;avant vers le socialisme, à condition que ce fût avec le reste du monde, ou bien elle retournait au capitalisme.</p>
<p>Trotsky conserva cette opinion jusu&#8217;en 1940, date de son assassinat par des agents de Staline. Quelques uns de ses partisans soutiennent encore ce point de vue; selon d&#8217;autres, &#8220;capitalisme d&#8217;Etat&#8221; est la seule qualification qui convienne à la Russie. Nous confirmons que c&#8217;en est la meilleure. Mais en revanche, ce n&#8217;est pas selon nous que la Russie ait pris le chemin du socialisme pour finalement aboutir au capitalisme, mais plutôt que la Russie n&#8217;a pas du tout instauré le socialisme en 1917, et que ça lui était impossible. Le capitalisme a toujours continué d&#8217;exister en Russie après la révolution, et la classe travailleuse russe n&#8217;a jamais eu le pouvoir politique entre ses mains.</p>
<p>La société établie en Russie peut être qualifiée de capitalisme car les principaux aspects du capitalisme y prédominent, notamment: le monopole de classe des moyens de production, la production de marchandises, le salariat, et l&#8217;accumulation du capital. Dans le cas de la Russie il est peut-être plus difficile de discerner le premier de ces aspects: <span style="text-decoration:underline;">le monopole de classe des moyens de production</span>.</p>
<p>Si un groupe ou un particulier peut, de fait, utiliser ou contrôler l&#8217;usage des richesses, c&#8217;est que celles-ci sont la propriété privée de ce groupe ou ce particulier. Ce qui caractérise une classe, c&#8217;est que les personnes qui la composent se trouvent dans la même position par rapport à la possession et à l&#8217;usage des moyens de production. Si une partie de la société n&#8217;accède à ceux-ci qu&#8217;aux conditions imposées par le groupe qui les dirige, c&#8217;est que ce groupe, en tant que classe, en a le monopole exclusif. Bien qu&#8217;en fait ce monopole soit généralement reconnu par la loi, comme par exemple dans les pays de l&#8217;Ouest où la minorité privilégiée, ou classe capitaliste, a des titres de propriété reconnus par la loi, cela ne s&#8217;impose pas.</p>
<p>En Russie, les privilèges des quelques dirigeants ne reçoivent pas un support formel de la loi, mais c&#8217;est en contrôlant l&#8217;appareil gouvernemental que que ceux-ci maintiennent leur monopole des moyens de production. Ils occupent les postes haut-placés du parti, du gouvernement, de l&#8217;insdustrie et des forces armées. Ce n&#8217;est pas individuellement, mais collectivement qu&#8217;ils possèdent les moyens de production en Russie: ils les possèdent en qualité de classe. Tout comme le montre l&#8217;église catholique à l&#8217;époque féodale, cela n&#8217;est pas nouveau historiquement. La classe des privilégiés russes reçoit le revenu de ses biens sous la forme de salaires excessifs, de primes, d&#8217;importants prix en espèces décernés par le gouvernement, et de la gratte <span style="color:#808080;">[<em>sic</em>] </span>pour les postes haut-placés.</p>
<p>Voici comment Karl Marx commence dans <em>Le Capital</em>: &#8220;La richesse des sociétés dans lesquelles le mode de production capitaliste règne, s&#8217;annonce comme une immense accumulation de marchandises&#8221;. Une marchandise est un objet produit par le travail humain pour être vendu. En Russie aussi la richesse se présente sous la forme d&#8217;une immense accumulation de marchandises. La révolution en Russie n&#8217;a pas aboli la production de marchandises, bien au contraire, le gouvernement s&#8217;est donné pour objectif de l&#8217;amplifier aussi largement et rapidement que possible.</p>
<p>Bien que l&#8217;existence de la production de marchandises démontre que le socialisme n&#8217;existe pas, elle ne prouve pas automatiquement que c&#8217;est le capitalisme qui existe. Le capitalisme est la forme la plus développée de production de marchandises, dans laquelle tout, y compris la force de travail humaine, est acheté et vendu. Pour que la force de travail ait les caractéristiques d&#8217;une marchandise il faut d&#8217;abord que les producteurs soient séparés des moyens de production et que ces moyens soient concentrés entre les mains d&#8217;une minorité. C&#8217;est ce qui s&#8217;est produit en Russie, notamment avec l&#8217;expropriation des paysans. Nous avons déjà montré que là, les moyens de production sont possédés par une classe de privilégiés. La majorité qui est expropriée et sans propriété constitue la classe travailleuse qui vit en vendant sa force de travail à l&#8217;Etat, Etat qui agit tout comme les entreprises commerciales et industrielles nationalisées de l&#8217;Ouest, c&#8217;est-à-dire comme l&#8217;agent de la minorité des privilégiés.</p>
<p>Sous le système capitaliste les marchandises et les services ne sont pas seulement produits pour être vendus, mais ils sont produits pour être vendus <span style="text-decoration:underline;">dans le but de faire un profit</span>, dont la source est le travail non-payé de la classe travailleuse. En Russie, comme partout ailleurs, la classe travailleuse passe une partie de son temps de travail à reproduire la valeur de son salaire et le reste à produire de la plue-value. Par conséquent, les moyens de production sont utilisés en Russie pour exploiter la force de travail et en tirer un profit, autrement dit ceux-ci fonctionnement comme capital.</p>
<p>Il n&#8217;y a pas en Russie un nouveau système de classe. La Russie n&#8217;est pas à cheval entre le capitalisme et le socialisme, mais elle est bien capitaliste.</p>
<p><img class="aligncenter" src="http://www.marxists.org/history/ussr/art/photography/workers/estonia/tallinn/women-radio-builders.jpg" alt="" width="453" height="198" /><br />
<font size="-2">
<p style="text-align:center;">Estonie, années 50 (photo MIA)</p>
<p></font></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Plate-forme de l'Opposition ouvrière (1921)]]></title>
<link>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/09/27/plate-forme-de-lopposition-ouvriere-1921/</link>
<pubDate>Sat, 27 Sep 2008 12:31:15 +0000</pubDate>
<dc:creator>lucien</dc:creator>
<guid>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/09/27/plate-forme-de-lopposition-ouvriere-1921/</guid>
<description><![CDATA[Texte traduit en 1974 par Pierre Pascal d&#8217;après le compte rendu sténographique du Xe congrès d]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><blockquote><p>Texte traduit en 1974 par Pierre Pascal d&#8217;après le compte rendu sténographique du Xe congrès du parti communiste russe, <em>Desiati siefzd PCR (b), Stenografitcheskii otchiot</em>, institut de marxisme-léninisme près le Comité central du parti communiste d&#8217;Union soviétique, édition d&#8217;État de littérature politique, Moscou, 1963.</p></blockquote>
<p style="text-align:center;">PLATE-FORME DE L&#8217;OPPOSITION OUVRIÈRE POUR LE Xe CONGRÈS DU PARTI</p>
<p><strong>Situation générale</strong></p>
<p>1. Les résolutions des congrès panrusses des syndicats ont clairement fixé le rôle et les tâches des syndicats à notre époque de transition. Le premier congrès panrusse des syndicats qui s&#8217;est tenu en janvier 1918 a ainsi défini leurs tâches :<br />
« Actuellement les syndicats doivent axer leur travail sur les problèmes de l&#8217;organisation économique. Les syndicats, en tant qu&#8217;organismes de classe du prolétariat établis sur le &#8220;principe de la production&#8221; doivent organiser la production et relever les forces détruites du pays. »<br />
Le deuxième congrès a affirmé en février 1919 que « les syndicats, lors de leur travail commun avec les soviets dans le domaine du renforcement et de l&#8217;organisation de l&#8217;économie, sont passés du stade du contrôle de la production à celui de son organisation et ont pris une part active aussi bien à la gestion d&#8217;entreprises particulières qu&#8217;à la direction de toute la vie économique du pays ».<br />
La fin de cette résolution conclut : « Par leur activité directe dans tous les domaines du travail soviétique, par le fait qu&#8217;ils peuvent donner naissance à des organismes d&#8217;État, les syndicats doivent éduquer aussi bien leurs propres organisations que les masses ouvrières ; ils doivent les préparer non seulement à la gestion de la production mais aussi à la direction de l&#8217;appareil d&#8217;État. »</p>
<p>Le troisième congrès qui a eu lieu en avril 1920 a formellement confirmé les principales décisions des deux congrès précédents; il a donné une série d&#8217;indications et de recommandations concrètes aux syndicats sur la façon dont ils doivent participer à l&#8217;organisation de l&#8217;économie et il a réduit le nombre des problèmes fixés par les résolutions des premier et deuxième congrès. Le programme du Parti communiste russe, accepté lors du VIIIe congrès du Parti en mars 1919, a défini de façon particulièrement nette les tâches concrètes des syndicats.<br />
La section « économie » du programme du PCR contient dans son point 5 les mots suivants :<br />
« L&#8217;appareil organisationnel de l&#8217;industrie spécialisée doit s&#8217;appuyer en premier lieu sur les syndicats&#8230; Ceux-ci, qui font déjà partie, conformément aux lois de la République soviétique et à la pratique qui s&#8217;est instaurée, de tous les organismes centraux et locaux de gestion de l&#8217;industrie, doivent parvenir à concentrer en leur pouvoir la gestion de l&#8217;économie dans son ensemble. »<br />
2.	Les problèmes de la construction économique ayant remplacé ceux de la guerre et les méthodes militaires de travail s&#8217;étant muées en procédés démocratiques, une crise est apparue dans les syndicats ; elle s&#8217;exprime par le fossé séparant le travail quotidien des syndicats des tâches fixées par les résolutions des congrès et confirmées par le programme du Parti.  Lors  des<br />
deux dernières années, la pratique des organismes du Parti et de ceux de l&#8217;État a été de diminuer systématiquement le travail des syndicats et de réduire pratiquement à zéro l&#8217;influence des syndicats ouvriers dans l&#8217;État soviétique. Le rôle des syndicats dans l&#8217;organisation et la gestion de la production a été ravalé à celui d&#8217;un bureau d&#8217;information, ou de placement des travailleurs aux postes administratifs; il n&#8217;existe aucune coordination entre les organismes d&#8217;État et les syndicats; les organisations du Parti sont débordées par les conflits. Un aperçu de la situation de la presse syndicale donne une bonne illustration de la position des syndicats eux-mêmes. Les syndicats ne possèdent encore ni papier ni presse à imprimer. Les revues des syndicats les plus puissants sortent avec plusieurs mois de retard. Les imprimeries d&#8217;État font toujours passer en dernier le travail des syndicats.</p>
<p>3.	Cet affaiblissement du rôle et de la signification des syndicats se produit au moment où l&#8217;expérience des trois dernières années de la révolution prolétarienne prouve qu&#8217;ils ont totalement suivi, et avec conséquence, une ligne communiste, qu&#8217;ils ont attiré de nombreux ouvriers sans parti, où il est clair pour tous que la réalisation du programme du PCR dans notre pays (dont la population est composée en majorité de petits producteurs) exige une organisation de masse, solide, pourvue d&#8217;autorité et accessible pour de larges couches du prolétariat. La réduction de la signification et du rôle concret des syndicats en Russie soviétique signifie l&#8217;apparition d&#8217;une haine de classe dirigée contre le prolétariat qui doit être immédiatement éliminée.</p>
<p><strong>Tâches immédiates et activité des syndicats</strong></p>
<p>4. Pour la première fois est donnée à la république des Travailleurs la possibilité réelle de connaître un moment de « répit », d&#8217;abandonner la sanglante lutte armée contre la contre-révolution interne et souterraine, contre l&#8217;impérialisme mondial, et de concentrer toutes les forces du pays afin de surmonter la ruine économique et de relever le potentiel producteur. L&#8217;expérience de quatre années de révolution et de trois années et demie de<br />
lutte et de construction soviétiques enseigne que la réalisation des tâches posées n&#8217;a été réussie que dans la mesure où de larges couches des masses ouvrières ont participé à leur mise en pratique. Nous devons prendre cette expérience en considération et nous devons agir de telle sorte que les masses ouvrières soient directement concernées par la gestion de l&#8217;économie.<br />
5. Une victoire sur la désorganisation économique — c&#8217;est-à-dire le relèvement des forces productives de notre pays — n&#8217;est possible que si un changement profond du système existant et des procédés d&#8217;organisation et de gestion de l&#8217;économie est effectué. Le système qui consiste à s&#8217;appuyer sur une machine bureaucratique encombrante pour rétablir l&#8217;économie empêche toute initiative créatrice de la part des producteurs organisés dans les syndicats. Une certaine dualité dans la gestion de l&#8217;économie a été introduite du fait que les fonctionnaires, les personnes nommées d&#8217;office, des spécialistes douteux mènent la politique économique de façon bureaucratique sans faire appel aux producteurs organisés;  des conflits constants sont ainsi engendrés entre les comités d&#8217;usine et leurs directions, entre les syndicats et les organisations économiques. Toutes les conditions créées par ce système freinent l&#8217;apparition d&#8217;enthousiasme pour la production chez les masses laborieuses et constituent un obstacle à leur participation active et systématique à la lutte contre la désorganisation économique. Il faut donc définitivement modifier cette situation.<br />
6.	Actuellement se fait jour en Union soviétique une tendance à ne pas mettre en pratique les résolutions du programme du Parti relatives au rôle et aux tâches des syndicats ; ceci témoigne du fait qu&#8217;il n&#8217;existe aucune confiance réelle dans les forces de la classe ouvrière. Les éléments de l&#8217;avant-garde consciente de la classe ouvrière, les communistes organisés, doivent énergiquement s&#8217;efforcer de surmonter ce manque de confiance et<br />
d&#8217;éliminer la routine bureaucratique dans le Parti.<br />
Les syndicats ont expliqué à la majorité des producteurs que la défense réelle de leurs intérêts de classe à notre époque réside dans la victoire sur la désorganisation économique et dans le redressement des forces productives de la république, ce qui impose la suppression du système actuel ; en fait l&#8217;existence même de la classe ouvrière de notre pays dépend du succès de la réalisation des tâches économiques. L&#8217;approche bureaucratique des problèmes de la reconstruction économique ne permet pas d&#8217;obtenir les résultats maximum dans la production, ce qui provoque discorde, manque de confiance et démoralisation dans les rangs des ouvriers.<br />
7.	La situation économique difficile de notre pays, caractérisée par la pénurie de métaux, de combustibles, l&#8217;insuffisance d&#8217;équipements de toutes sortes et de matières premières, exige que des mesures soient rapidement prises afin d&#8217;éloigner la catastrophe menaçante. Afin de relever la productivité, il paraît capital de mener dans les organisations ouvrières une politique économique fidèle à la ligne des syndicats et des unions de production,<br />
et de leur accorder une influence décisive dans les organismes économiques d&#8217;État chargés d&#8217;assurer le rassemblement et la répartition des moyens matériels du pays. La direction de l&#8217;économie apparaît être en même temps le gouvernement des masses ouvrières. L&#8217;organisation et la gestion de l&#8217;économie par les unions de production permettent d&#8217;établir une direction unique et de supprimer les antagonismes entre les masses ouvrières et les spécialistes ; théoriciens et praticiens disposent ainsi d&#8217;une grande liberté pour organiser et administrer leurs secteurs.</p>
<p>8.	Les unions professionnelles et les unions de production constituent le noyau d&#8217;une organisation  économique  collectiviste ; elles sont établies sur la base de la démocratie ouvrière, du principe de l&#8217;élection et de la responsabilité de tous les organes à tous les échelons. Lors de leur existence, les syndicats ont acquis suffisamment d&#8217;expérience et formé de nombreuses personnes douées de capacités et de talents administratifs et économiques. Des « ouvriers-managers » dirigent des branches entières de l&#8217;économie : industrie militaire, constructions mécaniques, métallurgie. Des organisations collégiales ou de simples « ouvriers-managers » s&#8217;occupent de plusieurs centaines d&#8217;entre¬prises industrielles complexes. Mais les dirigeants de ces entre¬prises, tout en étant les représentants des syndicats et des organismes économiques, ne sont responsables que devant ces derniers et non devant les organismes qui les ont nommés. Les syndicats ne peuvent même pas leur demander des comptes. Ce phénomène serait supprimé par l&#8217;union dans les syndicats de la direction et de la base.<br />
9. Il est absolument indispensable d&#8217;abandonner le système actuel de gestion bureaucratique coupée de l&#8217;initiative des masses laborieuses ; il faut commencer par renforcer les cellules de base des syndicats et des unions de production (comités ouvriers de fabrique et d&#8217;usine) en leur fixant comme but de se préparer à la gestion directe de l&#8217;économie : ainsi pourrait être réalisé avec succès le passage du stade actuel de la collaboration passive avec les organismes économiques à celui de la participation active, consciente et créatrice à la direction de toute la vie économique du pays. Pour accélérer ce passage, il est nécessaire de prendre les mesures suivantes :</p>
<ul>
<li> a)	procéder à une délimitation précise entre les  différents syndicats selon les types de production ;</li>
<li> b)	renforcer les moyens techniques, matériels et humains des syndicats afin de les rendre capables de remplir leurs nouvelles tâches ;</li>
<li> c)	choisir les ouvriers des syndicats et des comités ouvriers en fonction de leurs capacités à résoudre les problèmes concrets des syndicats. Il revient à la base, sous le contrôle des syndicats, d&#8217;effectuer ce choix;</li>
<li> d) personne ne doit être nommé à un poste de l&#8217;administration économique en dehors du syndicat ;</li>
<li>e) aucun des candidats proposés par le syndicat ne peut être écarté ; le Conseil supérieur de l&#8217;économie et ses organismes sont obligés de le retenir;</li>
<li>f) tous les ouvriers nommés ou proposés par les syndicats sont responsables devant eux et révocables à tout moment;</li>
<li>g) les syndicats, reconnus capables par le Conseil supérieur central des syndicats d&#8217;assurer directement la gestion de certaines branches industrielles, commencent immédiatement ce travail quel que soit le degré de préparation des autres syndicats.</li>
</ul>
<p>10. Les syndicats doivent accorder toute leur attention aux fabriques et aux usines, aux entreprises et aux établissements ; ils doivent développer l&#8217;activité et la conscience des ouvriers sur leurs lieux de travail. Les syndicats doivent donc être des écoles de communisme. Ils doivent organiser la production de façon telle que les ouvriers deviennent des édificateurs conscients du communisme en l&#8217;établissant sur la division rationnelle du travail alors qu&#8217;ils étaient auparavant les appendices d&#8217;une machine économique morte. La moindre vis du serreur de boulons, le moindre fil du tisserand, le moindre clou du forgeron, la moindre brique du maçon doivent servir de fondation et de ciment à l&#8217;établissement de nouvelles relations de production. L&#8217;éducation communiste doit être effectuée sur ces bases.</p>
<p><strong>La gestion de l&#8217;économie</strong></p>
<p>A.<em> Indications générales.</em></p>
<p>11. Les formes achevées de l&#8217;organisation de la gestion de l&#8217;économie et le système définitif des relations mutuelles entre les différents organismes économiques doivent conduire les syndicats et les unions de production actuels à concentrer entre leurs mains la gestion de l&#8217;économie dans son ensemble, en tant que tout indivisible.<br />
12. La concentration de la gestion de toute l&#8217;économie de la république ne sera possible que si tous les organes de gestion économique — centraux et locaux — sont élus par les représentants des ouvriers organisés. Ainsi pourraient être réalisées l&#8217;unité de commandement et de volonté nécessaire à l&#8217;organisation de l&#8217;économie et la possibilité réelle pour les masses<br />
ouvrières d&#8217;influencer par leurs initiatives le développement du pays.<br />
13. L&#8217;organisation de la gestion de l&#8217;économie dans son ensemble appartient au Congrès panrusse des producteurs, réunis dans les syndicats de production : ce Congrès élit l&#8217;organe central dirigeant l&#8217;économie de la république :</p>
<ul>
<li>a) les congrès panrusses des unions de production de branches et secteurs économiques donnés élisent leurs organismes directeurs ;</li>
<li> b) les congrès locaux des syndicats et des unions de production élisent les organismes directeurs au niveau des régions, des provinces, des districts et des rayons. Ainsi peuvent s&#8217;allier le centralisme de la production et l&#8217;initiative locale. Les sections des organes directeurs des régions, provinces, districts, rayons se réunissent en unions professionnelles.</li>
</ul>
<p>14.	Les entreprises, créées selon le principe de la production, doivent se grouper afin de mieux utiliser les moyens techniques et matériels (groupements, glavk [1]). Les entreprises de même nature qui se trouvent dans la même ville ou le même village reçoivent une direction unique créée par le syndicat ; celles qui sont dispersées géographiquement ont une direction nommée par les congrès de leurs comités ouvriers, convoqués par les syndicats.</p>
<p>B. <em>Organisation des comités ouvriers dirigeant les entreprises.</em></p>
<p>15.	Tous les ouvriers et employés occupés dans les entreprises et les institutions de la république, étant membres des syndicats et des unions de production, doivent participer activement à la gestion de l&#8217;économie  afin  d&#8217;assurer au plus  vite  des bases socialistes à l&#8217;organisation du travail et de la production.<br />
16.	Tous les ouvriers et les employés, sans distinction d&#8217;emploi ni de profession, travaillant dans des unités économiques distinctes (telles que fabriques, usines, puits de mines, entreprises de transport et de communications, entreprises agricoles) disposent directement des richesses se trouvant sous leur direction ; ils sont responsables de leur bonne conservation et de leur utilisation rationnelle devant tous les travailleurs de la république.<br />
17.	Participant à l&#8217;organisation de la gestion de leur entreprise, ouvriers et employés en élisent l&#8217;organe directeur : le comité ouvrier.<br />
18.	Le comité ouvrier constitue le maillon organisationnel primaire d&#8217;une union de production donnée ; il est formé sous le contrôle de cette union.<br />
19.	Les tâches du comité ouvrier, chargé de diriger une usine ou une branche économique, sont les suivantes :</p>
<ul>
<li>a)	direction de l&#8217;activité de production de tous les ouvriers et employés de l&#8217;unité économique donnée ;</li>
<li> b)	attention accordée à tous les besoins des producteurs.</li>
</ul>
<p>Selon les  dispositions  et les  instructions  du  syndicat,  les membres du comité doivent se répartir le travail de gestion de l&#8217;économie de façon à fixer la responsabilité personnelle de chacun parallèlement à la responsabilité collective reposant d&#8217;abord sur le président.</p>
<p>20. Les travailleurs d&#8217;une entreprise donnée, sous la responsabilité et la direction du comité ouvrier et du syndicat, élaborent et approuvent l&#8217;activité de l&#8217;entreprise, son programme de travail et son organisation interne dans les limites des dispositions législatives existantes et des tâches confiées.</p>
<p>C. <em>Organisation de la vie quotidienne des ouvriers.</em></p>
<p>21. En vue de relever notre économie, il est absolument nécessaire de verser une partie des salaires en nature : cela permettra d&#8217;élever la productivité du travail et d&#8217;améliorer la vie quotidienne des producteurs. Toutes les mesures énoncées ci-dessous doivent être liées par un système de barèmes et doivent s&#8217;intégrer aux salaires payés en nature :</p>
<ul>
<li> a)	suppression  du paiement  des  rations  et  des  objets  de consommation d&#8217;usage courant donnés aux travailleurs selon un système de tickets et de bons des magasins de distribution ;</li>
<li>b)	suppression du paiement des repas des ouvriers et de leurs familles, des bains, des tramways, du théâtre, des loyers, du chauffage et de l&#8217;éclairage ;</li>
<li>c)	concentration des institutions militaires et soviétiques afin de procurer des logements aux ouvriers là où le problème se pose avec acuité ;</li>
<li>d)	réparation des logements ouvriers et recours aux moyens des entreprises dans la mesure où cela ne les empêche pas de remplir les tâches fondamentales de la production ;</li>
<li>e)	reconnaissance de l&#8217;importance de la construction de cités ouvrières et de « communes » ; inscription dans le programme du Komgosor pour la période à venir de la construction de nombreux logements ouvriers ;</li>
<li>f) organisation de trains et de tramways spéciaux dont les horaires coïncident avec ceux des usines ;</li>
<li>g) mesures visant à ravitailler en priorité les ouvriers en produits de grande consommation ;</li>
<li>h) simplification et accélération de la réception des vêtements de travail, des primes, etc. ;</li>
<li> i) organisation auprès des entreprises de cordonneries et de teintureries afin d&#8217;aider les ouvriers ; les entreprises doivent soutenir ces ateliers aussi bien en ce qui concerne leur équipement que leurs possibilités d&#8217;approvisionnement en matières premières indispensables ;</li>
<li> j) assistance technique des entreprises à l&#8217;économie communale lorsqu&#8217;il existe une exploitation communale de potagers, etc. ;</li>
<li> k) réparation des machines agricoles par les entreprises dans les régions rurales.</li>
</ul>
<p>Toutes ces mesures doivent être prises en considération lors de l&#8217;établissement du budget des entreprises (budget monétaire et comptes exprimés en nature).<br />
22. Toutes les mesures qui ont été énoncées ci-dessus doivent être réalisées en premier lieu dans les entreprises nationalisées ; dans les entreprises privées et artisanales, elles le sont avec la permission du syndicat.<br />
Il est nécessaire d&#8217;introduire les mesures concernant l&#8217;ensemble d&#8217;une entreprise en fonction de ses résultats ; les mesures concernant les ouvriers doivent être considérées comme des récompenses et être attribuées en priorité aux meilleurs.</p>
<blockquote>
<p style="text-align:left;">Le président du CC du syndicat panrusse des métallurgistes : <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/chliapnikov-1887-1937/">Chliapnikov</a> ; le vice-président : M. Vladimirov ; le secrétaire : A. Skliznev ; membres : I. Koriakine, V. Plechkov, S. Medvedev. Direction centrale des usines d&#8217;artillerie : membre du CC et président : A. Tolokontsev ; membres : P. Borissov, G. Bruno, Ia. Koubychkine. Vice-président du soviet de l&#8217;industrie de guerre : K. Orlov. Directeur du glavk de l&#8217;aviation : Mikhailov. Directeur de l&#8217;usine d&#8217;État de constructions mécaniques (Gomza) : A. Vassiliev. Le président de la direction centrale de l&#8217;industrie lourde : I. Kotliakov. Le président de la direction centrale de l&#8217;Union des usines de constructions mécaniques moyennes : I. Barouline. Le président de la direction de l&#8217;usine Sormovski : Tchernov-Grechnev. Membre du Comité de la section moscovite du VSRM : N. Ivanov. Le directeur du Département de la propagande de production du VSRM : N. Kopylov. Le président du CC du syndicat panrusse des mineurs : A. Kisselev ; membres : M. Mikov, S. Lossev, V. Sivert, S. Aroutouniants, A. Gorbatchev, A. Storojenko. Membre du CC des mineurs et membre du collège du Conseil des mines et: du Conseil supérieur de l&#8217;économie : V. Strokine. Le président du Comité de rayon de Kizelov des mineurs : I. Ialounine ; membres : S. Rytchkov, A. Mironov, I. Lagounov, P. Fedourine, A. Zarboudaiev. Le président du CC du syndicat des ouvriers du textile : I. Koutouzov. Le président du CC du syndicat des travailleurs de la terre : N. Kouriak ; membre : Khitrov. Le président de la  commission provinciale de Koursk pour l&#8217;approvisionnement des ouvriers : Izvorine. Le membre de la commission de contrôle du Parti près le CC du PCR : Tchelychev.</p>
</blockquote>
<p style="text-align:right;">18 janvier 1921</p>
<blockquote>
<p style="text-align:left;">Imprimé en 1921 en brochure distincte pour les délégués du Congrès. Imprimé d&#8217;après le texte de la brochure.</p>
</blockquote>
<p><span style="text-decoration:underline;"><em>Note</em></span>:</p>
<p>[1] Les « glavk» correspondent à des directions de ministère.</p>
<p><span style="text-decoration:underline;"><em>Voir aussi</em></span>:</p>
<ul>
<li><a href="http://www.marxists.org/archive/shliapnikov/1920/theses.htm">On the relations between the Russian Communist Party, the soviets, and production unions</a>, [Chliapnikov &#38; Loutovinov, 1920] <img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2007/08/uk.gif" alt="" /></li>
<li><a href="../documents-historiques/1921-lopposition-ouvriere-kollontai/">L’Opposition Ouvrière</a> [Kollontaï, 1921] <a title="1921 Préface à l’Adresse inaugurale de l’A.I.T. [Dunois]" href="../documents-historiques/1921-preface-a-l%E2%80%99adresse-inaugurale-de-l%E2%80%99ait-dunois/"><img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/03/francais.jpg?w=15&#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /></a></li>
<li><a href="http://www.marxists.org/archive/shliapnikov/1921/workers-opposition.htm">Theses of the Workers Opposition</a> (1921) <a title="A Study of the Latest Phase of Capitalist Development" href="http://www.marxists.org/archive/hilferding/1910/finkap/index.htm"><img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2007/08/uk.gif?w=15&#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /></a></li>
<li><a title="1922-02 Appel de l’Opposition ouvrière à l’IC" href="../documents-historiques/1922-02-appel-de-lopposition-ouvriere-a-lic/"> Appel de l’Opposition ouvrière à l’IC</a> (1922) <a title="1922-02 Appel de l’Opposition ouvrière à l’IC" href="../documents-historiques/1922-02-appel-de-lopposition-ouvriere-a-lic/"><img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/03/francais.jpg?w=15&#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /></a></li>
<li><a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/09/25/controle-ouvrier-et-bureaucratie-en-russie-kollontai-et-trotsky-huhn-1952/">Contrôle ouvrier et bureaucratie en Russie: Kollontaï et Trotsky </a>[Huhn, 1952] <a title="1922-02 Appel de l’Opposition ouvrière à l’IC" href="../documents-historiques/1922-02-appel-de-lopposition-ouvriere-a-lic/"><img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/03/francais.jpg?w=15&#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /></a></li>
<li><a href="../2008/09/20/lopposition-syndicale-russe-en-1920/">L’opposition syndicale russe en 1920</a> [Shapiro, 1957] <img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/03/francais.jpg?w=15&#38;h=9&#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /></li>
<li class="page_item page-item-694"><a href="http://www.geocities.com/CapitolHill/lobby/2379/mias.htm">Bolshevik Opposition to Lenin: G. T. Miasnikov and the Workers’ Group</a> [Avrich, 1984]  <img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2007/08/uk.gif?w=15&#38;h=9&#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /></li>
</ul>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Contrôle ouvrier et bureaucratie en Russie: Kollontaï et Trotsky (Huhn, 1952)]]></title>
<link>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/09/25/controle-ouvrier-et-bureaucratie-en-russie-kollontai-et-trotsky-huhn-1952/</link>
<pubDate>Thu, 25 Sep 2008 17:08:38 +0000</pubDate>
<dc:creator>lucien</dc:creator>
<guid>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/09/25/controle-ouvrier-et-bureaucratie-en-russie-kollontai-et-trotsky-huhn-1952/</guid>
<description><![CDATA[Extrait (chapitre 5) de Trotsky et la révolution prolétarienne, texte de Willy Huhn daté de janvier ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><blockquote><p>Extrait (chapitre 5) de <em>Trotsky et la révolution prolétarienne</em>, texte de <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/huhn-1909-1970/">Willy Huhn</a> daté de janvier 1952 traduit dans <a href="http://atheles.org/spartacus/livres/trotskylestalinemanque/"><em>Trotsky le Staline manqué</em></a> (Spartacus, 1981). Texte d&#8217;origine en allemand <a href="http://www.marxists.org/deutsch/archiv/huhn/1973/trotzki/1-revolution.htm">ici</a>.</p></blockquote>
<p>Selon la constitution révolutionnaire, la Russie était définie comme une république des <strong><em>conseils</em></strong>. Dans le <em>Recueil des lois et ordonnances du gouvernement ouvrier et paysan</em>, n°1, article 9, on lit:</p>
<blockquote><p>&#8220;Tout le pouvoir [d'État] appartient désormais aux conseils. Les commissaires du gouvernement provisoire sont destitués. Les présidents des conseils sont en contact direct avec le gouvernement révolutionnaire.&#8221;(Publié par le <em>Journal du gouvernement provisoire ouvrier et paysan</em>, N°1, Moscou, 28 octobre 1917).</p></blockquote>
<p>Dans le n°2 de ce même recueil, on trouve un appel à la population (article 22), où l&#8217;on peut lire ces phrases:</p>
<blockquote><p>&#8220;Camarades! Travailleurs! Pensez-y! Maintenant c&#8217;est vous-mêmes qui gouvernez l&#8217;État. Personne ne vous aidera à vous unir vous-mêmes et à prendre en mains les affaires de l&#8217;État. Vos conseils sont désormais les organes du pouvoir d&#8217;État, les organes de décision souverains. Unissez-vous au sein de vos conseils. Renforcez-les. Prenez les choses en main à partir de la base sans attendre qui que ce soit&#8230; Établissez le plus strict contrôle de la production et de la distribution des produits&#8230; En tous lieux, remettez tout le pouvoir dans les mains de vos conseils&#8221; (<em>Id.</em>, n°6, 8 nov. 1917).</p></blockquote>
<p>Signalons encore que le n°5 du <em>Recueil</em> ordonnait l&#8217;élection des membres du commandement de l&#8217;armée et supprimait les différences de grade, &#8220;<em>seul </em>[devant] <em>être conservé le rang qui correspond à une charge réellement remplie</em>&#8221; (Id., n°2, 2 déc. 1917).</p>
<p>Citons pour terminer le premier paragraphe du premier article de la constitution de la République socialiste fédérative soviétique de Russie adopté à la session du 10 juillet 1918 du congrès panrusse des soviets: &#8220;<em>La Russie est déclarée République des conseils de députés ouvriers, soldats et paysans. Tout le pouvoir central et tout le pouvoir local sont transférés à ces soviets</em>.&#8221;</p>
<p>L&#8217;article 5 des &#8220;dispositions générales&#8221; de cette constitution indique explicitement que le devoir principal de la constitution de la R.S.F.S.R., établie pour la période de transition actuelle, est &#8220;d&#8217;installer la dictature du prolétariat&#8221;, ce qui veut dire &#8220;<em>étendre à l&#8217;ensemble de la Russie, le pouvoir complet des soviets</em>&#8220;.</p>
<p>Nous rappelons ces faits historiques de la République des conseils russes de 1917-18 et nous citons ces extraits de documents importants parce que ce n&#8217;est qu&#8217;à leur lumière que l&#8217;exposé qui suit prend tout son sens. En effet, lorsque <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/kollontai-1872-1952/">Alexandra Kollontaï</a>, au III° Congrès international du Komintern (juillet 1921), prophétisa que la bureaucratie finirait par éliminer physiquement non seulement les conseils mais aussi l&#8217;avant-garde prolétarienne (c&#8217;est-à-dire le parti bolchevique), sa déclaration fut accueillie par les rires de &#8230; Léon D. Trotsky qui était au faîte de sa puissance bonapartiste et qui venait d&#8217;écraser Cronstadt! Il vaut la peine d&#8217;écouter ce que Kollontaï avait à dire, pour pouvoir ensuite déterminer qui d&#8217;elle ou de Trotsky avait vu ce danger en toute clarté.</p>
<p>A cette époque, Alexandra Kollontaï appartenait à l&#8217;<a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1921-lopposition-ouvriere-kollontai/">Opposition ouvrière</a>. Un des leaders de cette Opposition ouvrière, <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/chliapnikov-1887-1937/">Chliapnikov</a>, avait exigé un changement fondamental de &#8220;tout le système de contrôle de l&#8217;économie&#8221; et, dans son rapport au VIII° Congrès panrusse des soviets, du 30 décembre 1920, il pose clairement et nettement la question fondamentale de la &#8220;dictature du prolétariat&#8221;: &#8220;<em>La base de la controverse tourne autour de la question: par quels moyens le Parti peut-il réaliser sa politique économique dans cette période de transformation? Par l&#8217;intermédiaire des ouvriers organisés dans leurs syndicats, ou par dessus leurs têtes, par des moyens bureaucratiques, par fonctionnaires canonisés de l&#8217;État?</em>&#8220;</p>
<p>Alexandra Kollontaï était alors en parfait accord avec cette façon de poser le problème. Elle voyait dans cette question le fond du différent. La tâche de la révolution prolétarienne consiste justement à &#8220;<em>chercher, découvrir et créer des formes nouvelles et plus parfaites d&#8217;économie; trouver de nouveaux stimulants de la productivité du travail</em>&#8220;. Selon la conception que Kollontaï devait défendre publiquement après le VIII° congrès des conseils, la construction de l&#8217;économie communiste ne peut être le fait que de cette classe qui est liée organiquement aux formes de production nouvelles, naissant dans les affres de l&#8217;enfantement d&#8217;un système économique plus productif et plus achevé. les agents de la socialisation doivent être les &#8220;<em>communautés de production des travailleurs</em>&#8220;. C&#8217;est pourquoi Kollontaï faisait siennes les revendications de l&#8217;Opposition ouvrière.</p>
<blockquote><p>&#8220;<em>L&#8217;organisation du contrôle de l&#8217;économie sociale est la prérogative du congrès pan-russe des producteurs unis dans leurs syndicats et élisant le corps central dirigeant toute la vie économique de la République</em>&#8220;. [<span style="color:#0000ff;">*</span>]</p></blockquote>
<p>Pratiquement, cette thèse de l&#8217;Opposition revenait à exiger que la conduite de l&#8217;économie communiste soit réellement entre les mains des syndicats. Mais, fondamentalement, il s&#8217;agissait d&#8217;une &#8220;anti-thèse&#8221; aux exigences formulées le 30 décembre 1920 par Trotsky de &#8220;<em>faire fusionner dans leur croissance</em>&#8221; le Conseil supérieur de l&#8217;économie (une autorité centrale bureaucratique depuis belle lurette!) et les syndicats, ces derniers devant finalement être &#8220;absorbés&#8221; par le premier. Selon Trotsky ce ne sont pas les travailleurs qui sont &#8220;<em>les véritables organisateurs de la production, groupés autour de leurs syndicats, mais les communistes à l&#8217;intérieur de ceux-ci</em>&#8221; (autrement dit: le parti bolchevique). Les thèses de l&#8217;Opposition ouvrière &#8211; dont les dirigeants (outre Chliapnikov, il convient de nommer Loutovinov) étaient deux anciens ouvriers métallurgistes depuis longtemps membres du parti &#8211; revenaient à rien moins que réclamer l&#8217;effacement du Parti et son remplacement par l&#8217;auto-gouvernement des travailleurs organisés dans leurs syndicats. Rosenberg est même d&#8217;avis que l&#8217;Opposition ouvrière voulait &#8220;<em>en somme le retour à la stricte démocratie soviétique de 1917</em>&#8220;. Quoi qu&#8217;il en soit, Lénine qualifia la doctrine de l&#8217;Opposition d&#8217;&#8221;<em>hérésie anarcho-syndicaliste</em>&#8220;. Alexandra Kollontaï répond à cet anathème: &#8220;Est-ce que cela est du syndicalisme? N&#8217;est-ce pas au contraire ce qui est écrit dans le programme de notre Parti? Et les principes proposés par les autres camarades ne dévient-ils pas de ce programme?&#8221;</p>
<p>Les autres camarades dont il est question sont Lénine et Zinoviev d&#8217;un côté, Trotsky et Boukharine de l&#8217;autre. En dépit de leurs divergences &#8211; on sait que Lénine et Trotsky s&#8217;opposèrent violemment sur la question de l&#8217;&#8221;étatisation des syndicats&#8221; dont Lénine ne voulait pas &#8211; ils étaient au moins d&#8217;accord sur un point, selon Kollontaï:</p>
<blockquote><p>&#8220;Ils sont tous d&#8217;accord sur le fait que, pour l&#8217;instant, la direction de la production doit se faire par-dessus la tête des ouvriers, par le moyen d&#8217;un système bureaucratique hérité du passé. Là-dessus l&#8217;accord est complet entre les leaders&#8230; Tous &#8211; Lénine, Trotsky, Zinoviev, Boukharine &#8211; pensent que la production est une affaire &#8217;si délicate&#8217; qu&#8217;elle est impossible sans l&#8217;assistance des &#8216;directeurs&#8217;. Il faut d&#8217;abord éduquer les ouvriers, leur &#8216;apprendre&#8217;&#8230;&#8221;</p></blockquote>
<p>Tout en reconnaissant la &#8220;<em>franchise</em>&#8221; de Trotsky, elle remarque qu&#8217;&#8221;<em>il ne croit pas les ouvriers prêts à créer le communisme, capables, à travers les peines et les souffrances, de chercher, de se tromper et pourtant de créer les nouvelles formes de production</em>&#8220;.</p>
<p style="margin-bottom:0;">Les peines, les souffrances, les erreurs, voilà bien ce qu’une bureaucratie ne saurait connaître ! Finalement Alexandra Kollontaï couronne son argumentation en posant la question de fond : « <em>Bureaucratie ou activité autonome des masses ?</em> » « <em>Durant la période création de la base économique pour le communisme, quel système d’administration dans une république ouvrière offre le plus de liberté à la puissance créatrice de la classe : un système de bureaucratie d’Etat ou un système reposant sur une large activité autonome pratique des masses ouvrières ?</em> » Et elle reproche aux dirigeants du parti, qu’elle vient de nommer, de « <em>prendre soudain le rôle de défenseurs et de chevaliers de la bureaucratie</em> », et remarque : « <em>Combien de camarades, suivant l’exemple de Trotsky, répètent que ‘si nous souffrons ce n’est pas pour avoir adopté le mauvais côté de la bureaucratie, mais pour ne pas en avoir appris les bons côtés</em> (Trotsky, <em>Pour un plan commun</em>) » Alexandra Kollontaï caractérise la bureaucratie correctement, comme une « <em>négation directe de l’activité autonome des masses</em>… [dont on] <em>ne peut chercher les bons et les mauvais côtés, … mais</em> [dont on] <em>doit résolument et ouvertement condamner</em> [le] <em>système, inutilisable pour une économie socialiste</em> ». Et, bien avant que Trotsky ait remarqué ce danger, elle affirme : « <em>La bureaucratie est une peste qui pénètre jusqu’à la moëlle de notre Parti et des institutions soviétiques</em>.» Avec le système bureaucratique se combinent « <em>la peur de la critique et de la liberté de pensée</em> ». Le mal que fait la bureaucratie réside surtout « <em>dans la manière dont on résoud les problèmes : non par un échange ouvert d’opinions, ou par les efforts de tous ceux qui sont concernés, mais par des décisions formelles prises dans les institutions centrales, par une seule personne ou très petit nombre de personnes, et transmises toutes faites vers le bas, tandis que les personnes directement intéressées sont souvent complètement exclues</em>. »</p>
<p style="margin-bottom:0;">Mais « <em>pour chasser la bureaucratie qui s’abrite dans les institutions soviétiques, il faut d’abord se débarrasser de la bureaucratie dans le Parti lui-même</em> ». Pour cela il faut procéder à « <em>l’expulsion du Parti de tous les éléments non prolétariens</em> ». « <em>Le Parti doit devenir un parti ouvrier.</em> » « <em>Les intérêts de l’Etat commencent à peser plus lourd que les intérêts des ouvriers</em> ». Elle exige le retour au « principe de l’éligibilité des responsables », « <em>à l’état de choses où toutes les questions importantes concernant l’activité du Parti et la politique soviétique sont soumises aux militants de base et ne sont supervisées par les leaders que par la suite</em> ». Alexandra Kollontaï s’élève aussi contre un autre phénomène apparu dans le Parti, qu’elle qualifie de « <em>fonctionnarisme pompeux</em> », et qui est responsable des relations formelles, officielles qui s’imposent partout. « <em>S’il y a encore de la camaraderie dans le Parti, elle n’existe qu’à la base</em> », ajoute-t-elle. La camaraderie et la fraternité ont disparu à cause de l’abandon du système de l’élection dans le Parti :</p>
<p style="margin-left:1.25cm;margin-bottom:0;">« <em>Les nominations ne doivent être tolérées qu&#8217;à titre d&#8217;exception; récemment elles ont commencé à devenir la règle. La nomination des responsables est une caractéristique de la bureaucratie; cependant, actuellement, cette pratique est générale, légale, quotidienne, reconnue&#8230; Le principe de la nomination diminue le sens du devoir et la responsabilité devant les masses. Ceux qui sont nommés ne sont pas responsables devant les masses, ce qui aggrave la division entre les dirigeants et les militants de base.&#8221; </em></p>
<p>Comme pas décisif sur la voie de l&#8217;élimination de la bureaucratie, Alexandra Kollontaï demande &#8220;<em>la large circulation de l&#8217;information, la publicité des débats, la liberté d&#8217;opinion et de discussion, le droit de critique à l&#8217;intérieur du Parti et parmi les membres des syndicats&#8230; et l&#8217;expulsion du Parti de tous ceux qui ont peur de la diffusion de l&#8217;information, de la responsabilité absolue devant la base, de la liberté de critique</em>&#8220;.</p>
<p>Ces quelques extraits de Kollontaï montrent que la critique de l&#8217;Opposition ouvrière allait beaucoup plus au fond des choses que tout ce que Trotsky a pu écrire par la suite sur la bureaucratie, c&#8217;est-à-dire seulement après qu&#8217;il fut <em>lui-même</em> tombé victime de ce système bureaucratique. Et d&#8217;ailleurs le meilleur de ce qu&#8217;il put en dire à ce moment n&#8217;arriva pas à dépasser cette critique de l&#8217;Opposition, et même la présuppose. Bien plus: Alexandra Kollontaï, en procédant à une analyse marxiste des phénomènes qu&#8217;elle critique, avait pu déterminer quelle couche sociale en était responsable. Et c&#8217;est justement ce point précis que Trotsky ne put jamais atteindre de toute sa vie, même dans sa discussion avec James Burnham.</p>
<p>En revanche, dès 1920, Alexandra Kollontaï affirmait avec force: dans le domaine de la gestion de l&#8217;économie, de l&#8217;industrie, dans celui du rétablissement du commerce avec l&#8217;Occident capitaliste, les &#8220;<em>représentants de la bourgeoisie riche</em>&#8221; ont pris les postes de responsabilité et de direction des organes soviétiques. Pourtant ce ne sont pas ces restes de la ci-devant bourgeoisie qui ont le plus contribué à la  crise du système soviétique dans ces années 1920-21, avant l&#8217;introduction de la N.E.P., mais plutôt l&#8217;interférence de tendances de trois groupes sociaux différentes: d&#8217;abord la classe ouvrière, ensuite la paysannerie et les classes moyennes, enfin la ci-devant bourgeoisie déjà nommée. Il est intéressant de noter qu&#8217;Alexandra Kollontaï range dans cette dernière les &#8220;<em>spécialistes, techniciens, ingénieurs, les anciens directeurs d&#8217;entreprises industrielles et financières</em>&#8220;. Tandis que la classe moyenne s&#8217;infiltrait dans les organes de direction soviétiques et l&#8217;intendance de l&#8217;Armée rouge, les &#8220;spécialistes&#8221; peuplaient les organes fondamentaux de l&#8217;économie. Par conséquent ce sont des &#8220;<em>représentants du ci-devant monde capitaliste</em>&#8221; qui, en proportion croissante, dirigent l&#8217;économie russe. Le Parti met sa confiance dans ces éléments complètement étrangers à la classe ouvrière. Mais ni l&#8217;Opposition ouvrière, ni Alexandra Kollontaï ne croyaient possible de &#8220;<em>construire une économie communiste en utilisant les moyens et les capacités créatrices des rejetons de l&#8217;autre classe, tout imprégnés de la routine du passé. Si nous pensons en marxistes, en hommes de science, nous répondrons catégoriquement et explicitement: Non! La racine de la controverse et la cause de la crise se trouvent dans la croyance que les &#8216;réalistes&#8217;, techniciens, spécialistes et organisateurs de la production capitaliste peuvent d&#8217;un seul coup se libérer de leurs conceptions traditionnelles sur la façon de gérer le travail, conceptions qui sont profondément imprimées dans leur chair pendant les années qu&#8217;ils ont passées au service du capital, et qu&#8217;ils peuvent devenir capables de créer de nouvelles formes de production, d&#8217;organisation du travail et de motivation des travailleurs&#8221;.</em></p>
<p>C&#8217;est pourquoi Alexandra Kollontaï reconnaît ce mérite à l&#8217;Opposition ouvrière d&#8217;avoir posé la question: qui doit construire les nouvelles formes économiques, les techniciens, les hommes d&#8217;affaires venus à l&#8217;époque tasariste avec leur psychologie complètement liée au passé, assistés ici ou là de quelques communistes honnêtes, fonctionnaires de soviets, ou &#8220;la collectivité de la classe ouvrière&#8221; qui, dans la lutte présente, s&#8217;incarne dans les syndicats? Et elle décrit déjà avec assez de précision la classe qui alors luttait pour le pouvoir et qui depuis l&#8217;a atteint et l&#8217;exerce par une dictature sans équivalent: ce sont ces &#8220;<em>réalistes</em>&#8220;, les ci-devant maîtres bourgeois du système capitaliste.</p>
<p>(&#8230;)</p>
<p>En 1929, Trotsky pensait encore que les &#8220;forces techniques et intellectuelles nombreuses du pays&#8221; constituaient une protection efficace du système des soviets, non pas qu&#8217;elles aient été gagnées &#8220;<em>par l&#8217;idée socialiste</em>&#8221; mais parce qu&#8217;elles adhéraient à un &#8220;<em>patriotisme qui s&#8217;était incorporé les enseignements élémentaires de l&#8217;histoire</em>&#8220;, voyaient dans le système soviétique un système de protection, de défense de l&#8217;indépendance de l&#8217;économie et du pays, face à l&#8217;exploitation impérialiste et coloniale. Mais contre l&#8217;Opposition ouvrière, il se présenta en 1920 avec un plan qui ne signifiait rien de moins qu&#8217;une aggravation de la &#8220;militarisation du travail&#8221;, l&#8217;étendant aux syndicats qu&#8217;il voulait intégrer à l&#8217;appareil d&#8217;Etat.[<span style="color:#0000ff;">**</span>] (Nous traiterons de ce bonapartisme d&#8217;économie de guerre à la Trotsky dans un autre chapitre). Et Lénine vint expliquer à l&#8217;Opposition ouvrière comment il concevait la dictature du prolétariat:</p>
<blockquote><p><em>&#8220;La dictature du prolétariat est inévitable lors du passage au socialisme mais elle ne s&#8217;exerce pas par l&#8217;intermédiaire de l&#8217;organisation groupant tous les ouvriers de l&#8217;industrie. Pourquoi? Nous pouvons lire à ce propos les thèses du II° Congrès de l&#8217;Internationale communiste sur le rôle du parti politique en général. Je ne m&#8217;arrêterai pas sur ce point. Les choses se passent ainsi: le Parti absorbe, en quelque sorte, l&#8217;avant-garde du prolétariat et c&#8217;est elle qui exerce la dictature du prolétariat</em>&#8220;.[<span style="color:#0000ff;">***</span>]</p></blockquote>
<p>Entre temps, Alexandra Kollontaï avait déjà caractérisé ce Parti:</p>
<blockquote><p>&#8220;La politique claire du Parti de s&#8217;identifier avec les institutions de l&#8217;Etat soviétique se transforme peu à peu en une politique de classe supérieure, ce qui n&#8217;est rien d&#8217;autre, dans son essence, qu&#8217;une adaptation de nos centres dirigeants aux intérêts divergents et inconciliables de cette population hétérogène.&#8221;</p></blockquote>
<p>Elle s&#8217;en prend avec fougue à la croissance de l&#8217;inégalité entre le prolétariat, ce &#8220;<em>fer de lance de la dictature</em>&#8220;, et les groupes &#8220;<em>privilégiés&#8221;</em> de la population de la <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/themes/lurss/">Russie soviétique</a>. Le travailleurs des grandes masses voit très bien comment vivent les &#8220;<em>réalistes</em>&#8221; et les fonctionnaires soviétiques, et comment il vit, lui, sur qui repose la dictature du prolétariat. Et Alexandra Kollontaï de demander finalement: &#8220;<em>Sommes-nous vraiment le fer de lance de la dictature de classe, ou bien simplement un troupeau obéissant qui sert de soutien à ceux qui, ayant coupé tout lien avec les masses, mènent leur propre politique et construisent l&#8217;industrie sans se soucier de nos opinions et de nos capacités créatrices, sous le couvert du nom du Parti?</em>&#8220;</p>
<p>Ainsi, tandis que s&#8217;exprimait cette critique fondamentale du prolétariat russe à l&#8217;égard de la dictature du parti bolchevique, Trotsky ne se trouvait pas du tout aux côtés des critiques, mais aux côtés des critiqués. Et il était déjà prêt à répondre à l&#8217;aide d&#8217;une Armée rouge, quelque peu défraîchie par ses aventures polonaises, à la critique pratique des ouvriers, soldats et paysans de Cronstadt, en mars 1921.</p>
<p><em>Notes</em>:<br />
<span><br />
[<span style="color:#0000ff;">*</span>] A. Kollontaï, <em>L&#8217;Opposition ouvrière</em> (Moscou, 1921).</span></p>
<p><span>Il existe à notre connaissance trois versions françaises de ce texte. la première, publiée en 1923 dans la<em> Revue anarchiste</em> de Sébastien faure; la <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1921-lopposition-ouvriere-kollontai/">seconde</a> due à Alain et Hélène Girard, parue dans le N° 35 de <em>Socialisme ou Barbarie</em> (Paris, janvier-mars 1964), faite vraisemblablement à partir d&#8217;une traduction anglaise; la troisième faite à partir d&#8217;une texte russe, due à Pierre Pascal (Le Seuiol, Paris). Nous avons préféré la <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1921-lopposition-ouvriere-kollontai/">version</a> de Socialisme ou Barbarie, plus proche du texte allemand, mais nous avons indiqué entre parenthèses les pages de la version de Pascal, sans doute plus facile à trouver aujourd&#8217;hui. Le lecteur qui comparera ces deux versions se rendra immédiatement compte que celle de Socialisme ou Barbarie a davantage de &#8220;punch&#8221;, comme si les deux versions ne provenaient pas d&#8217;un même original russe, celle du Seuil provenant d&#8217;un texte sinon édulcoré, du moins disons, policé (Note du traducteur Daniel Saint-James).</span></p>
<p><span>[<span style="color:#0000ff;">**</span>] L. Trotsky, &#8220;Ist die Umwandlung des Sowjets in eine parlamentarische Demokratie wahrscheinlich?&#8221; in <em>Die neue Bücherschau</em>, VII° année, 6° cahier, juin 1929, p. 297.</span></p>
<p><span>[<span style="color:#0000ff;">***</span>] V.I. Lénine, <a href="http://www.marxists.org/francais/lenin/oeuvres/vol_32.htm"><em>Les syndicats, la situation actuelle et les erreurs du camarade Trotsky </em></a>(Discours au VIII° Congrès commun des délégués des soviets, des membres du conseil central des syndicats de l&#8217;U.R.S.S. et du conseil des syndicats de Moscou appartenant au P.C.(b). R.), <a href="http://www.marxists.org/francais/lenin/oeuvres/vol_32.htm">O.C., XXXII</a>, p.12.</span></p>
<p><span></p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 485px"><img src="http://i216.photobucket.com/albums/cc91/spirani/scan0063.jpg" alt="Typographes de Moscou à une conférence des syndicats (1924)" width="475" height="327" /><p class="wp-caption-text">Typographes de Moscou à une conférence des syndicats (1924)</p></div>
<p></span></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[La Révolution russe]]></title>
<link>http://higeoc.wordpress.com/2008/09/22/la-revolution-russe/</link>
<pubDate>Mon, 22 Sep 2008 12:18:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>higeoc</dc:creator>
<guid>http://higeoc.wordpress.com/2008/09/22/la-revolution-russe/</guid>
<description><![CDATA[Difficile de trouver des véritables liens historiques accessibles sur les révolutions russes de 1917]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p>Difficile de trouver des véritables liens historiques accessibles sur les révolutions russes de 1917.</p>
<p align="justify">Dans la plupart des cas, il s&#8217;agit de références complexes à votre niveau, et la plupart du temps très partiales. Beaucoup de sites sont politiquement engagés, et ne présentent pas de vision objective des évènements.  Beaucoup de sites répertorient des textes, et on ne dispose que de très peu d&#8217;archives filmées de ces évènements.</p>
<p align="center"><a href="http://higeoc.wordpress.com/files/2008/09/41.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-715" title="41" src="http://higeoc.wordpress.com/files/2008/09/41.jpg" alt="41" width="250" height="374" /></a></p>
<p align="center"><em>Le Tsar Nicolas II</em></p>
<p align="justify">La révolution russe n&#8217;est pas étudiée en détail. Il faut bien sûr en connaître les causes (la situation de la Russie pendant la guerre, les difficultés de la vie quotidienne à Petrograd et dans tout le pays, la lassitude de la guerre&#8230; ) et les principales étapes.</p>
<p align="center"><a href="http://higeoc.wordpress.com/files/2008/09/42.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-716" title="42" src="http://higeoc.wordpress.com/files/2008/09/42.jpg" alt="42" width="380" height="518" /></a></p>
<p align="center"><em>Des soldats russes sur le front</em></p>
<p align="justify">Il faut être capable aussi de comprendre la différence entre les évènements de février (révolution populaire et spontanée, qui renverse le Tsar Nicolas II et aboutit à la création d&#8217;un gouvernement provisoire) et ceux d&#8217;octobre (coup d&#8217;état des bolcheviks qui remplacent le gouvernement provisoire de Kerenski).</p>
<p align="center"><a href="http://higeoc.wordpress.com/files/2008/09/43.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-717" title="43" src="http://higeoc.wordpress.com/files/2008/09/43.jpg" alt="43" width="500" height="340" /></a></p>
<p align="center"><em>La révolution de février 1917 à Petrograd</em></p>
<p align="justify">A partir du mois d&#8217;octobre 1917, le pays devient une dictature communiste et Lénine rédige les décrets d&#8217;octobre qui vont aboutir à l&#8217;arrêt de la guerre avec l&#8217;Allemagne (Armistice de Brest-Litovsk) et à la prise de contrôle de l&#8217;économie par l&#8217;état.</p>
<p align="center"><a href="http://higeoc.wordpress.com/files/2008/09/44.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-718" title="44" src="http://higeoc.wordpress.com/files/2008/09/44.jpg" alt="44" width="500" height="356" /></a></p>
<p align="center"><em>Lénine proclame le pouvoir des soviets et annonce les décrets d&#8217;octobre</em></p>
<p align="justify">Nous aurons l&#8217;occasion de reprendre l&#8217;histoire de la création de l&#8217;URSS dans un prochain chapitre.</p>
<p>Terminons par une courte vidéo présentant les évènements de 1917 :</p>
<p style="text-align:left;"><span style='text-align:center; display: block;'><object width='425' height='350'><param name='movie' value='http://www.youtube.com/v/IaEE5-_Nk3g&#038;rel=1&#038;fs=1&#038;showsearch=0&#038;hd=0' /><param name='allowfullscreen' value='true' /><param name='wmode' value='transparent' /><embed src='http://www.youtube.com/v/IaEE5-_Nk3g&#038;rel=1&#038;fs=1&#038;showsearch=0&#038;hd=0' type='application/x-shockwave-flash' allowfullscreen='true' width='425' height='350' wmode='transparent'></embed></object></span></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[L'opposition syndicale russe en 1920]]></title>
<link>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/09/20/lopposition-syndicale-russe-en-1920/</link>
<pubDate>Sat, 20 Sep 2008 16:04:17 +0000</pubDate>
<dc:creator>lucien</dc:creator>
<guid>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/09/20/lopposition-syndicale-russe-en-1920/</guid>
<description><![CDATA[Extrait, sans les notes, de Leonard Shapiro / Les origines de l’absolutisme communiste (Les bolchevi]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><blockquote><p>Extrait, sans les notes, de Leonard Shapiro / <a href="https://www.amazon.fr/dp/2913112331?tag=ensemble06-21&#38;camp=1414&#38;creative=6410&#38;linkCode=as1&#38;creativeASIN=2913112331&#38;adid=170AJT8FZHMX9TGG2H4C&#38;"><em>Les origines de l’absolutisme communiste (Les bolcheviks et l’opposition 1917-1922)</em></a> (traduction française: 1957). Nous avons précédemment publié un autre extrait de ce livre: <a href="../2008/09/17/lopposition-legale-des-mencheviks-en-russie-1918-1922/">L’opposition légale des mencheviks en Russie (1918-1922)</a>.</p></blockquote>
<p><img class="aligncenter" src="http://images.nypl.org/?id=1216160&#38;t=r" alt="" width="219" height="300" /></p>
<p style="text-align:justify;">En 1920, la situation devenait également critique dans les syndicats. (&#8230;) Parmi eux, les membres communistes ne constituaient qu&#8217;une fraction du total: environ 500 000 sur 7 millions de syndiqués selon les chiffres officiels de 1921. Cela ne les empêchait pas d&#8217;agir uniquement par le canal de conseils et de dirigeants communistes. A toutes les conférences, c&#8217;étaient les communistes qui avaient la majorité écrasante; si, comme on l&#8217;a vu souvent, même les élections manipulées ne produisaient pas une majorité communiste jugée assez forte, les autorités avaient recours à la force   pour obtenir le résultat souhaité: on dissolvait de force les comités centraux des syndicats non communistes, comme ce fut le cas pour les ouvriers typographes de Moscou.</p>
<p style="text-align:justify;">(&#8230;) A cette époque, les syndiqués communistes n&#8217;avaient guère tendance à approuver l&#8217;opposition non-communiste en matière de question syndicale. Ce furent surtout les Menchéviks et l&#8217;ancien communiste Lozovsky qui s&#8217;opposèrent publiquement en 1918 à la politique communiste consistant à supprimer toute indépendance syndicale. Même le programme, rédigé à la fin de 1918 par le Conseil suprême de l&#8217;Economie nationale et destiné à terminer l&#8217;intervention anarchique des comités ouvriers d&#8217;usines dans la gestion de l&#8217;industrie, n&#8217;a pas soulevé d&#8217;opposition immédiate de la part des syndiqués communistes.</p>
<p style="text-align:justify;">(&#8230;) Néanmoins les syndiqués communistes subissaient la même évolution que l&#8217;ensemble du Parti: un conflit se précisait entre les militants et les dirigeants des syndicats. La participation à l&#8217;appareil centralisé favorisait les communistes professionnels qui obtenaient les privilèges et la situation de hauts fonctionnaires du gouvernement. Elle ne donnait aucune satisfaction aux ouvriers ordinaires qui appartenaient au parti communiste et qui sentaient qu&#8217;on les soumettait aux ordres de personnalités du Parti. Il est bien compréhensible qu&#8217;ils se souvinssent avec nostalgie des premiers jours de la révolution, où les comités ouvriers faisaient la loi dans l&#8217;usine. Il y avait beaucoup de communistes syndiqués qu&#8217;on avait recrutés au sein de ces comités ouvriers d&#8217;usine, que les Bolchéviks avaient gagnés à leur cause moyennant la promesse du contrôle ouvrier et pour qui le communisme était l&#8217;image des pouvoirs que le contrôle ouvrier avait semblé représenter naguère. Dorénavant ils apprenaient ce que J.S. Mill voulait exprimer en disant: &#8220;Le<em> peuple</em> qui exerce le pouvoir n&#8217;est pas le même peuple sur lequel il est exercé.&#8221; Selon un historien soviétique officiel des syndicats: &#8220;Le transfert du centre de gravité de l&#8217;activité vers les sommets des syndicats entraîna toute une série de résultats anormaux et malsains: la désaffection des masses, la perception insuffisante de ce qui se passait parmi les membres des syndicats et l&#8217;attitude formaliste envers les membres&#8221; (Lozovsky)</p>
<p style="text-align:justify;">Les ouvriers communistes étaient mécontents également du fait que les postes dirigeants de l&#8217;industrie étaient occupés par des experts bourgeois ou spécialistes. Au début de 1919, ce mécontentement avait trouvé un porte-parole particulièrement ferme en la personne de <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/chliapnikov-1887-1937/">Chliapnikov</a>, qui était alors président du Syndicat des Ouvriers métallurgistes et membre du Coseil central des syndicats. Ses critiques vigoureuses, dont on a déjà parlé ci-dessus, étaient sans doute particulièrement gênantes pour les dirigeants communistes et il n&#8217;y a rien de surprenant qu&#8217;au cours de l&#8217;année on l&#8217;ait envoyé pour une mission prolongée en Norvège; enfin son remplacement par Goltsman au poste de président du Syndicat des Ouvriers métallurgistes aurait pu faire naître le soupçon qu&#8217;on l&#8217;avait éloigné à cause de son opposition. Lénine a vigoureusement nié cette accusation (&#8230;) Cependant, comme Trotsky dans l&#8217;armée, Lénine engageait le combat en faveur des éspécialistes&#8221;. Il ne s&#8217;agissait pas seulement d&#8217;imposer les spécialistes aux ouvriers communistes récalcitrants des usines. Il fallait aussi modérer le zèle de leurs collègues communistes et celui de la <em>Vétchéka</em> de peur que la persécution leur rende l&#8217;existence intolérable et qu&#8217;en conséquence leurs services en souffreent du point de vue de la production. Dans l&#8217;ensemble, les communistes ont réussi à persécuter la classe ou le parti auxquels appartenaient les spécialistes &#8211; il y avait parmi eux beaucoup de Menchéviks &#8211; tout en se servant d&#8217;eux jusqu&#8217;au moment où ils purent les remplacer par des spécialistes communistes bon teint.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce fut surtout à propos de la direction uninominale dans l&#8217;industrie que l&#8217;opposition syndicale s&#8217;est d&#8217;abord manifestée. Pour pallier l&#8217;opposition aux spécialistes, on avait mis au point un système initial de compromis pour gérer les branches et les entreprises industrielles. C&#8217;était un système de conseils ou <em>collèges</em> au sein duquel la responsabilité se répartissait sur un certain nombre de codirecteurs dont l&#8217;un était dans la plupart des cas un spécialiste non communiste et les autres des membres du parti communiste. Ce système apaisait les critiques, mais n&#8217;aboutissait pas à une gestion très satisfaisante. En 1919, Lénine avait pris position en faveur de la discipline. Il ne prétendait plus, comme il l&#8217;avait fait fréquemment avant la révolution et quelque temps après, qu&#8217;à partir du moment où les masses seraient libérées de l&#8217;oppression capitaliste leur talent d&#8217;organisateur pourrait arriver au socialisme par lui-même (&#8230;) La résolution adoptée en 1920 lors du IX° Congrès du parti communiste, pour appeler à la lutte contre &#8220;la démagogie grossière de ces&#8230; éléments démagogiques&#8230; qui pensent que la classe peut résoudre ses problèmes sans utiliser les spécialistes bourgeois dans les postes les plus responsables&#8221;, est peut-être due à la plume de Lénine; elle représente en tout cas avec précision ce qu&#8217;il avait recommandé depuis plus d&#8217;un an. Sa campagne inlassable en faveur de la direction uninominale devait amener des heurts fréquents et inévitables (&#8230;). Cette proposition provoquait le mécontentement d&#8217;un grand nombre de militants syndicaux importants et des membres des conseils locaux de l&#8217;économie nationale, qui y voyaient tous une menace à leurs intérêts acquis, des ouvriers communistes ordinaires et enfin des Centralistes démocratiques intellectuels qui désapprouvaient la direction uninominale en tant que système facilitant la centralisation et supprimant l&#8217;initiative locale.</p>
<p style="text-align:justify;">Il y eut une résistance vigoureuse et immédiate aux efforts de Lénine en vue de faire adopter sa politique au parti communiste. Il était mis en minorité le 12 janvier 1920 à la &#8220;fraction&#8221; communiste du Conseil central panrusse des Syndicats, et, à la fin de janvier, le III° Congrès panrusse des Conseils de l&#8217;Economie nationale adoptait une résolution en faveur de la direction collective. Les conférences du parti communiste dans les province de Moscou et de Kharkov rejetaient la direction uninominale. (&#8230;) Le 15 mars 1920, soit quinze jours avant le IX° Congrès du Parti, Lénine se heurtait à des objections au III° Congrès panrusse des travailleurs des transports fluviaux (&#8230;).</p>
<p style="text-align:justify;">Le plus grand obstacle que la politique de Lénine pouvait rencontrer était l&#8217;hostilité qu&#8217;elle soulevait chez la majorité des dirigeants syndicaux communistes. Comme les dix-huit mois suivants allaient le montrer, on pouvait neutraliser le mécontentement des militants sur le plan politique en réorganisant d&#8217;une manière suffisamment radicale la structure centrale du P.C., mais les gradés supérieurs de la hiérarchie syndicale représentaient une force avec laquelle il fallait compter, puisque c&#8217;est sur leur bonne volonté et leur talent d&#8217;organisateurs que reposait le seul espoir d&#8217;établir la mise au pas des syndicats récalcitrants. Toutefois, malgré leur opposition à Lénine sur cette question, des chefs comme <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/tomsky-1880-1936/">Tomsky</a>, Andréev, Schmidt et Roudzoutak s&#8217;étaient déjà montrés soumis à la politique du Parti sur d&#8217;autres points, même s&#8217;ils allaient à l&#8217;encontre des intérêts syndicaux. Adversaire autrefois acharné de la politique communiste  dans le domaine  syndical, Lozovsky capitula en décembre 1919, époque à laquelle le petit parti socialiste ouvrier des  Internationalistes, dont il était le  chef,  effectuait  sa fusion avec le P. C. Il y avait toutes les raisons d&#8217;espérer qu&#8217;en manipulant avec tact les dirigeants syndicaux la plupart d&#8217;entre eux se rangerait du côté de la politique officielle plutôt que des masses mécontentes.<br />
Ce fut seulement au IXe Congrès du Parti, en mars 1920, que Lénine réussit à l&#8217;emporter sur l&#8217;opposition et à mettre en place la direction uninominale de haut en bas, c&#8217;est-à-dire depuis les directoires à la tête des branches industrielles jusqu&#8217;aux usines. Il fallut un débat pour que le P. C. accepte ces mesures impopulaires, mais on évita même la menace d&#8217;une scission. Au Congrès, l&#8217;opposition est venue surtout des Centralistes démocratiques, qui exprimaient le point de vue des organes locaux récalcitrants du Parti et des Soviets, et de <a href="http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=783">Loutovinov</a>, qui parlait au nom d&#8217;un groupe  minoritaire  de  dirigeants  syndicaux.  Ce  dernier  exigeait une politique totalement incompatible avec celle de Lénine : une forme de syndicalisme dans laquelle en fin de compte le syndicat intéressé serait chargé d&#8217;administrer la branche industrielle correspondante et en porterait l&#8217;entière responsabilité. Cette tendance nouvelle, née  de l&#8217;hostilité  à la  direction des  spécialistes,  était apparue pour la première fois  dans les thèses  de  <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/chliapnikov-1887-1937/">Chliapnikov</a>, publiées vers le milieu de 1919. On n&#8217;en connaît pas le texte original, et l&#8217;auteur n&#8217;assistait pas au Congrès, mais le sens général en est exprimé   dans  le   discours   de   <a href="http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=783">Loutovinov</a>,  proche   collaborateur de   Chliapnikov.   Néanmoins,  toutes  les   formes   d&#8217;opposition  ne tardèrent pas à disparaître enfin, et Loutovinov déclara un peu avant la clôture du Congrès que, tout en demeurant convaincu d&#8217;avoir raison contre le Comité central, lui-même et les siens travailleraient docilement à partir de ce jour à appliquer la direction uninominale conformément aux décisions du Congrès, et ceci « non par crainte, mais en conscience ».<br />
On est particulièrement surpris de constater qu&#8217;il n&#8217;y ait pas eu d&#8217;opposition de la part de <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/tomsky-1880-1936/">Tomsky</a> et des dirigeants syndicaux qui étaient de son avis. Il s&#8217;est contenté de présenter une défense de son propres thèses  d&#8217;opposition et  de proposer un amendement do compromis à la résolution officielle ; le ton modéré de ces deux interventions permet de suspecter qu&#8217;elles ne constituaient guère plus que des tentatives de sauver les apparences et qu&#8217;on l&#8217;avait gagné à l&#8217;attitude officielle avant le Congrès. L&#8217;habileté dans le compromis a certainement joué son rôle dans la victoire de Lénine.</p>
<p style="text-align:justify;">La résolution finale comportait certaines concessions montrant que l&#8217;introduction de la direction uninominale n&#8217;affecterait pas trop gravement les intérêts acquis des chefs syndicaux. Ainsi, dans les diverses formes prévues de direction uninominale, des militants syndicaux pouvaient encore avoir leur place en qualité d&#8217;adjoints au directeur spécialiste ou de commissaires attachés à lui ; dans d&#8217;autres cas, la direction pouvait revenir à un délégué syndical avec un spécialiste en qualité d&#8217;adjoint. On maintenait en faveur des organismes centraux des syndicats le droit de consultation et d&#8217;avis au sujet des nominations. On pouvait maintenir en fonctions les conseils de gestion qui s&#8217;étaient montrés capables de fonctionner sans heurts. Il y a de bonnes raisons de croire que les solutions de Lénine au grave problème de la gestion ont donné satisfaction aux principaux militants syndicaux qui ne sympathisaient pas avec les ouvriers mécontents et qu&#8217;on n&#8217;éliminait pas définitivement de toutes leurs positions d&#8217;autorité dans l&#8217;industrie.<br />
L&#8217;aboutissement de cette politique après toutes les résistances du début constitue l&#8217;un des derniers triomphes personnels de Lénine en tant que chef de son parti. Mais cette solidarité communiste, qui se manifestait pour la dernière fois sous cette forme, devait en partie cette manifestation au fait que la guerre civile n&#8217;était pas encore gagnée. Et les rivalités personnelles, qui devaient déchirer quelques mois plus tard le Comité central, n&#8217;apparaissaient pas encore. Avant tout, le succès de mars 1920 était dû au fait que Lénine avait réussi une fois de plus, comme il l&#8217;avait fait si souvent dans le passé, à évaluer avec précision les forces qui s&#8217;opposaient à lui à l&#8217;époque. Il a profité également de l&#8217;occasion pour resserrer la mainmise du Parti sur les syndicats.<br />
Contrairement à la politique stipulée dans le programme du Parti en 1919, il était proclamé que, « sans diriger aucunement l&#8217;économie de la République soviétique, soit dans son ensemble, soit à l&#8217;exclusion des autres organismes », les syndicats participeraient dorénavant à l&#8217;organisation de la production, mais aucun groupement syndical ne devrait « intervenir directement dans la direction des entreprises » : il fallait que le comité d&#8217;usine se préoccupe de la discipline du travail, de la propagande et de l&#8217;instruction des ouvriers. Les « fractions » du Parti, obligatoires dans tous les syndicats, était rigoureusement soumises au Comité central du P.C. Les syndicats étaient chargés surtout des œuvres éducatives et pouvaient s&#8217;en acquitter le mieux en se comportant comme l&#8217;un des « composants de l&#8217;appareil soviétique d&#8217;État ». Toute mention des syndicats dans une fonction distincte de l&#8217;organisation économique de la classe ouvrière était traitée de déviation du marxisme. Enfin, le Parti décidait qu&#8217;il devait renforcer la « composition personnelle » des syndicats « en y versant les Communistes les plus solides et les plus actifs » que l&#8217;on choisirait autant que possible parmi ceux qui avaient un passé de civils. Il s&#8217;agissait de tenter dans les syndicats l&#8217;application de la méthode de Trotsky, qui avait réussi, comme on le verra plus loin, dans l&#8217;armée.</p>
<p style="text-align:justify;"><em>Voir aussi</em>:</p>
<ul>
<li><a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/03/29/le-leninisme-dans-la-revolution-russe/">Le léninisme dans la révolution russe </a>(DC-L, 03-2008)</li>
<li><a title="Permanent Link to Les travailleurs contre les bolcheviks" rel="bookmark" href="../2008/09/10/les-travailleurs-contre-les-bolcheviks/">Les travailleurs contre les bolcheviks</a> (<em>Socialist standard</em>, 07-2008)</li>
<li><a href="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/08/brinton-control.pdf">The Bolsheviks and Workers’ Control</a> (Brinton, 1970) <img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2007/08/uk.gif?w=15&#038;h=9#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /> <span style="color:#888888;">pdf</span></li>
<li><a href="../documents-historiques/1921-lopposition-ouvriere-kollontai/">L’Opposition Ouvrière</a> (A. Kollontaï, 1921)</li>
<li><a href="http://www.marxistsfr.org/archive/shliapnikov/1920/theses.htm">Theses on the relations between the Russian Communist Party, the soviets, and production unions</a> (Chliapnikov, 03-1920) <img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2007/08/uk.gif?w=15&#038;h=9#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /></li>
<li><a href="http://astore.amazon.fr/ensemble06-21/171-1838558-8857850?_encoding=UTF8&#38;node=16">Le rayon <em>Révolution russe</em> de notre librairie</a></li>
</ul>
<p><a href="https://www.amazon.fr/dp/2913112331?tag=ensemble06-21&#38;camp=1414&#38;creative=6410&#38;linkCode=as1&#38;creativeASIN=2913112331&#38;adid=170AJT8FZHMX9TGG2H4C&#38;"><img class="aligncenter" src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/09/shapiro.jpg?w=300&#038;h=300#38;h=300" alt="" width="300" height="300" /></a></p>
<p><em>N.B.</em>:</p>
<p>Le livre est disponible en anglais au format pdf sur Internet Archive: <a href="http://www.archive.org/download/originofthecommu012303mbp/originofthecommu012303mbp.pdf"><em>The Origin Of The Communist Autocracy Political Opposition In The Soviet State First Phase 1917 1922</em></a>.</p>
<p><a href="http://www.archive.org/download/originofthecommu012303mbp/originofthecommu012303mbp.pdf"><img class="aligncenter" src="http://ia331306.us.archive.org/0/items/originofthecommu012303mbp/originofthecommu012303mbp.gif" alt="" width="100" height="152" /></a></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[L'opposition légale des mencheviks en Russie (1918-1922)]]></title>
<link>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/09/17/lopposition-legale-des-mencheviks-en-russie-1918-1922/</link>
<pubDate>Wed, 17 Sep 2008 10:47:46 +0000</pubDate>
<dc:creator>lucien</dc:creator>
<guid>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/09/17/lopposition-legale-des-mencheviks-en-russie-1918-1922/</guid>
<description><![CDATA[Extrait de Leonard Shapiro / Les origines de l&#8217;absolutisme communiste (Les bolcheviks et l]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><blockquote><p>Extrait de Leonard Shapiro / <em>Les origines de l&#8217;absolutisme communiste (Les bolcheviks et l&#8217;opposition 1917-1922)</em> (traduction française: 1957)</p></blockquote>
<p style="text-align:justify;">De tous ceux qui s&#8217;opposaient aux Communistes, ce fut le seul parti qui résolut dès le début et continua pendant quatre ans à n&#8217;employer que des moyens constitutionnels pour chasser les Bolcheviks du pouvoir.<br />
(&#8230;) Après novembre 1917, les Menchéviks sont encore demeurés divisés pendant quelque temps. Une minorité voulait entamer immédiatement la lutte directe contre le bolchévisme. <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/dan-1871-1947/">Dan</a>, qui, quinze ans plus tôt, avait apporté en Russie, dans une valise à double fond, le premier exemplaire de la brochure de Lénine intitulée <em>Que faire ?</em> et qui aurait dû mieux connaître les Bolcheviks, pensait encore avec d&#8217;autres que le parti bolchevique aboutirait à une scission, que sa majorité était composée de gens raisonnables et que l&#8217;on formerait une coalition de tous les socialistes. A la fin de 1917, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Julius_Martov">Martov</a> et son groupe internationaliste avaient rétabli leurs liens avec le reste du Parti. Ces internationalistes avaient maintenu quelques contacts avec le nouveau gouvernement après qu&#8217;au IIe Congrès des Soviets le départ de la plupart des Menchéviks eut rendu la tâche plus facile à Trotsky ; mais ce n&#8217;était là qu&#8217;une représentation tronquée qui luttait bravement pour se faire entendre au Comité exécutif central, Martov dominait sans conteste son parti. A partir de la prise du pouvoir et de la conclusion du traité de paix par les Bolcheviks, qui avaient fait disparaître les principales causes des divergences dans les rangs menchéviques, il était normal que Martov en devînt le chef incontesté. Le Parti reprit son unité en mai 1918 lorsque le groupe de Martov décida, à l&#8217;unanimité moins une voix, de rejoindre le gros des militants.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 360px"><img src="http://www.hrono.ru/img/lica/martov_dan.jpg" alt="" width="350" height="223" /><p class="wp-caption-text">Martov et Dan</p></div>
<p style="text-align:justify;">La majorité, conduite désormais par <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/dan-1871-1947/">Dan</a> et lui, formula les grandes lignes de la politique menchévique qui demeura en vigueur aussi longtemps que le Parti devait survivre en Russie, à savoir l&#8217;opposition par tous les moyen légaux, à l&#8217;exclusion de la résistance armée, au régime bolchevique du parti unique et   le  refus  de   soutenir l&#8217;intervention étrangère. Une minorité, dont le chef était Lieber, se prononçait en faveur d&#8217;une certaine entente avec les   puissances alliées, mais cette divergence d&#8217;opinion n&#8217;a pas empêché, lors de la conférence menchévique réunie en mai 1918, l&#8217;établissement d&#8217;un accord plus solide que jamais sur la politique d&#8217;ensemble. La conférence adopta des résolutions dénonçant l&#8217;intervention et réclamant une nouvelle convocation de l&#8217;Assemblée constituante, ainsi que le rétablissement  de  l&#8217;indépendance  et  de  la liberté  d&#8217;élection  des Soviets (*). Au mois de décembre suivant, une nouvelle conférence apporta une modification importante  à cette politique en abandonnant le mot d&#8217;ordre de la convocation de l&#8217;Assemblée constituante,  que les forces contre-révolutionnaire  étaient  susceptible!» d&#8217;exploiter.<br />
En octobre 1917, l&#8217;influence des Menchéviks était devenue insignifiante dans le pays, et la plupart de leurs partisans s&#8217;étaient rangés du côté de Bolcheviks, mais, après la Révolution d&#8217;octobre, l&#8217;impopularité de la politique communiste commença à les faire revenir sut leur désaffection. Vers le milieu de 1918, les Menchéviks pouvaient prétendre raisonnablement qu&#8217;une grande partie de la classe ouvrière industrielle les soutenait et que, sans la manipulation et la dissolution systématique des Soviets et les arrestations massives à l&#8217;occasion des réunions et des congrès ouvriers, la politique d&#8217;opposition constitutionnelle aurait réellement remis les rênes du pouvoir à leur parti.<br />
Lors des élections aux Soviets, qui avaient lieu dans toute la Russie au printemps de 1918, il y eut des arrestations, des dissolutions d&#8217;organismes avec l&#8217;intervention de la force armée et même des exécutions sommaires partout où les Menchéviks parvenaient « s&#8217;assurer la majorité ou une minorité importante des sièges. La presse menchévique de cette époque est pleine d&#8217;exemples de coups de force de ce genre :</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« Beaucoup de nos camarades des provinces sont arrêtés, puis relâchés, puis arrêtés de nouveau&#8230; A Saratov, le journal intitulé <em>La Parole du Prolétaire</em> a été fermé pour le cas où on l&#8217;utiliserait pour (publier) des articles contre-révolutionnaires. A Toula, le journal menchévique change constamment de titre&#8230; A Tambov, on a proclamé la dissolution définitive du Soviet&#8230; A laroslavl, le Soviet est dissous&#8230; A Tambov, on a dispersé le congrès des Postes et Télé-graphes en disant aux délégués de quitter (la ville ) dans les quarante-huit heures » (<em>Novaïa Jizn</em>, 22-04-1918).</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">En mars 1918, Martov lui-même, dont aucun Communiste n&#8217;avait jamais osé mettre en doute la rectitude, n&#8217;est trouvé au banc des prévenus de l&#8217;un des tribunaux nouvellement créés pour la presse. Dans son journal <em>Vpéred</em>, il avait accusé Staline d&#8217;avoir eu recours, avant la révolution, à des attaques à main armée dans la ville de Bakou pour procurer des fonds aux Bolcheviks et d&#8217;avoir été exclu pour ce motif du parti social-démocrate. Le procès se termina d&#8217;une manière abrupte et indécise lorsque Martov parvint à obtenir la remise du jugement pour lui donner le temps d&#8217;apporter des preuves ; il s&#8217;en tira avec une simple réprimande. Le procureur fit appel contre cette ordonnance de non-lieu au Comité exécutif central qui lui donna raison pour le principe, mais n&#8217;ordonna aucune action.<br />
On a relaté, au chapitre IX, comment une mesure d&#8217;exclusion du Comité exécutif central était venue frapper à la fois les Menchéviks et les Sociaux-Révolutionnaires. Elle s&#8217;étendit à tous les Soviets du pays. Ce décret avait pour effet d&#8217;enlever toute existence légale à leur parti social-démocrate ouvrier, comme ils l&#8217;appelaient désormais, mais n&#8217;apportait guère de changement à leur vie politique quotidienne, dans laquelle les arrestations constantes étaient devenues courantes.<br />
Avant peu, l&#8217;interdiction générale allait frapper toute leur presse, qu&#8217;ils ne réussirent jamais à rétablir par la suite. Le Comité militaire révolutionnaire avait déjà fermé leur organe central, <em>Rabotchaïa Gazéta</em>, le 1er décembre 1917. Il reparut le lendemain sous le titre de <em>Novy Loutch</em> pour survivre jusqu&#8217;en mai 1918. En fait, jusque vers le milieu de l&#8217;année 1918, la presse menchévique demeura assez abondante et comprit notamment : <em>Vpéred</em> jusqu&#8217;en mai 1918, <em>Novaïa Zaria</em>, <em>Partiïnyia Izvestia</em>, <em>Rabotchy Internatsional</em>, <em>Professionalny Soïouz</em>, <em>Rabotchy Mir</em>, <em>Strakhovanié Rabotchikh</em> et <em>Prodovolstvennoé Délo</em>. Quelques périodiques parurent de temps en temps jusqu&#8217;au printemps de 1919, la plupart d&#8217;entre eux, mais pas tous, dans les territoires occupés par les Armées blanches, et le Syndicat des Typographes de Moscou, qui devait rester menchévique en majorité jusqu&#8217;à sa suppression par ordre des autorités, publia un périodique jusqu&#8217;en avril 1919. En dehors de ceux-ci, les Menchéviks (lovaient se contenter de bulletins clandestins qu&#8217;ils imprimaient à la main et qu&#8217;ils réussissaient avec beaucoup d&#8217;ingéniosité à diffuser largement dans le public.<br />
Le 14 juin 1918, la raison alléguée pour exclure les délégués menchéviques en même temps que les Sociaux-Révolutionnaires du Comité exécutif central était que les uns et les autres avaient contribué en commun à fomenter des révoltes sur le Don et en Sibérie. A partir de ce jour, cette accusation d&#8217;opposition armée devait servir de plus en plus souvent et les Communistes, Lénine en tête, confondaient avec insistance les deux partis en s&#8217;efforçant de démontrer que tous deux constituaient des protagonistes actifs de l&#8217;intervention et de la contre-révolution. C&#8217;était faux au sujet des Menchéviks, et les Communistes, mémo s&#8217;ils y croyaient, n&#8217;ont jamais réussi à l&#8217;établir. Quelques membres de ce parti ont participé à la révolte d&#8217;Iaroslavk organisée par Savinkov en juillet 1918, mais ils avaient agi à l&#8217;insu de leur parti et en furent exclus. Maïsky, membre du Comité central, démissionnaire en été 1918 parce que, selon lui, les Menchéviks n&#8217;agissaient pas avec assez de vigueur contre les Bolcheviks et membre du gouvernement antibolchévique de Samara, fut exclu du Parti en septembre 1918.<br />
Il y a quelques autres cas d&#8217;isolés ou de groupes qui rejetaient la politique officielle du Parti, bornant l&#8217;opposition aux moyens constitutionnels. A sa conférence de décembre 1918, le Parti a désavoué plusieurs de ses groupements locaux, dont les membres avaient préconisé soit la coopération avec les Cadets et les Sociaux-Révolutionnaires, soit l&#8217;appui de l&#8217;intervention alliée. Il y avait parmi eux le groupement local de Samara, dont certains membres approuvaient l&#8217;entrée de Maïsky au gouvernement de Samara. La conférence devait aussi donner des instructions au Comité central pour qu&#8217;il se serve de ses pouvoirs pour exclure les personnalités et les groupes qui se risquaient à dévier ainsi de la politique du Parti. L&#8217;exclusion de Maïsky, qui fut suivie du rejet d&#8217;un appel en sa faveur, montre bien que le Comité, sans être très porté à entreprendre des mesures disciplinaires, faisait usage de ses pouvoirs.<br />
A la campagne générale d&#8217;injures, les Communistes ont ajouté on 1920 deux procès antimenchéviques destinés à démontrer la complicité du Parti en matière d&#8217;action contre-révolutionnaire. En fait,, ce fut un échec, car il convient d&#8217;observer qu&#8217;à cette époque le gouvernement soviétique n&#8217;avait pas encore appris l&#8217;art des faux procès, assortis de confessions récitées par cœur. En 1920 et 1921 les règles élémentaires de procédure étaient souvent violées en ce sens que l&#8217;on refusait notamment aux accusés le droit de citer leurs témoin», mais c&#8217;étaient encore jusqu&#8217;à un certain point de vraies procédures judiciaires. Il en était ainsi en août 1920 au procès dit du « Centre tactique », intenté à de prétendus participants de droite à un complot antibolchévique. Une délégation de Travaillistes britanniques, qui visitait la Russie en juin 1920, était informée que ce procès établirait l&#8217;action  contre-révolutionnaire des Menchéviks,  sans   doute   pour justifier aux yeux des délégués le nombre des socialistes maintenus en prison. En fait, le procès allait démontrer tout au plus que quelques membres de l&#8217;aile droite du Parti avaient appartenu, à titre individuel, à un groupement anticommuniste.<br />
On peut garder le même scepticisme au sujet du procès intenté en avril 1921 aux membres du Comité social-démocrate menchévique de Rostov-sur-Don, arrêtés depuis mai 1920. Leur arrestation avait causé beaucoup d&#8217;inquiétude et de trouble chez les ouvriers de Rostov dont la majorité sympathisait avec les Menchéviks, et, pour les apaiser, les Bolcheviks avaient promis de les juger sur place pour collaboration avec Dénikine en Ukraine. Il n&#8217;y eut jamais de procès local, mais, selon la procédure en usage en 1920 à la suite de ces arrestations en série, les autorités de la police politique relâchèrent certains et en emprisonnèrent d&#8217;autres sans procès. Il a fallu attendre le mois d&#8217;avril 1920 pour qu&#8217;un procès public soit intenté, mais à Moscou et non à Rostov, à sept membres du Comité, dont certains étaient arrêtés de nouveau à cette occasion. Certains droits normaux de la défense leur furent refusés, notamment celui d&#8217;appeler des témoins à décharge, et ils furent tous condamnés à cinq ans de prison. Les conditions mêmes du procès montrent que les accusations étaient fausses et l&#8217;on n&#8217;a jamais publié ni les inculpations exactes, ni les preuves citées à l&#8217;appui. Les quelques lignes, parues à cette occasion dans la presse, se contentaient d&#8217;affirmer que « les accusés avaient cherché d&#8217;abord à nier l&#8217;accusation », mais que l&#8217;interrogatoire du procureur et « la suite du procès » avaient démontré leur « trahison envers la classe ouvrière et leur solidarité complète à l&#8217;égard de la bourgeoisie ».<br />
Si tant est qu&#8217;on les accusait d&#8217;avoir collaboré avec Dénikine durant l&#8217;occupation de l&#8217;Ukraine dans la seconde moitié de l&#8217;année 1919, c&#8217;était faux, car un compte rendu détaillé de cette période, publié plus tard par un auteur soviétique, ne laisse apparaître aucun indice de collaboration des syndicats dirigés par les Menchéviks et l&#8217;administration  de  Dénikine. Il montre néanmoins que ceux-ci n&#8217;hésitaient pas à critiquer les Bolcheviks dans la presse de leur parti.<br />
Il est vrai que les Menchéviks de Géorgie avaient demandé l&#8217;intervention des puissances alliées pour résister à celle des Bolcheviks, mais leur organisation était entièrement distincte des groupements sociaux-démocrates russes, avec lesquels elle avait perdu tout contact depuis la Révolution d&#8217;octobre. En décembre 1918, la conférence du parti menchévique à Moscou a décidé d&#8217;ailleurs que la conduite des Menchéviks géorgiens avait rendu « impensable » aucun contact organique entre eux et le parti de Russie .<br />
Malgré la répétition constante, il était manifestement faux de dresser contre les Menchéviks, en tant que parti, l&#8217;accusation selon laquelle ils appuyaient l&#8217;action armée contre les Communistes. On s&#8217;aperçoit en outre que ceux-ci le savaient par le fait qu&#8217;en pleine guerre soviéto-polonaise de 1920 &#8211; désapprouvée ouvertement par les Menchéviks parce qu&#8217;à leur avis c&#8217;était une tentative de répandre le communisme par la force des armes — il n&#8217;y avait pas moins vingt de leurs membres qui occupaient des postes officiels de premier plan dans les organismes militaires : ils n&#8217;auraient pas pu y rester à l&#8217;époque s&#8217;il avait été vrai que leur parti avait collaboré avec des ennemis du régime soviétique. C&#8217;est en vain que les responsables du Parti mettaient les Bolcheviks au défi soit de relever ces hommes de leurs fonctions, soit de démentir les accusations. Toutefois la meilleure preuve que le Parti n&#8217;était pas « contre-révolutionnaire » réside dans le fait que, pendant toute la durée de la guerre civile, il lui fut permis d&#8217;exercer certains droits politiques et que sa liquidation soit bien postérieure à la fin des hostilités. Il est certain que les circonstances auraient été tout à fait différentes s&#8217;il y eût eu même un semblant de véracité dans les accusations de coopération armée avec l&#8217;intervention alliée et la contre-révolution.<br />
L&#8217;existence officiellement illégale du parti menchévique ne devait pas durer longtemps après le décret du 14 juin 1918, car il était rapporté le 30 novembre de la même année par le Comité exécutif central ; mais cette mesure ne changeait pas grand-chose sur le plan pratique. Dans les Soviets locaux, la « majorité révolutionnaire » n&#8217;appliquait pas le décret et les autorités policières continuaient à arrêter   des   Menchéviks   sans   donner  aucune  justification. <em>Vsegda Vpéred</em>, un de leurs journaux, reparut pour être de nouveau interdit au bout d&#8217;un mois après quatorze numéros. Avec le maintien des arrestations en série et de quelques exécutions, la mesure de « légalisation » semble avoir étonné les partisans de Lénine, car il a pris soin de s&#8217;en expliquer au VIIIe Congrès du parti communiste de 1919. Selon lui, l&#8217;illogisme apparent de la politique communiste avait pour cause directe la politique illogique des partis socialistes eux-mêmes qui ne parvenaient pas à se décider à appuyer ou non l&#8217;action communiste.<br />
Il est exact que cette « légalisation » des Menchéviks à la date du 30 novembre 1918 pose un problème d&#8217;interprétation. La raison citée était la résolution qu&#8217;ils ont adoptée en octobre et qu&#8217;on connaît sous le titre de « Thèses d&#8217;octobre » : elles reconnaissaient que lu Révolution  d&#8217;octobre   « représente  une  nécessité  historique » et rejetaient « toute forme de coopération avec les classes qui sont hostiles à la démocratie » ; elles exigeaient en même temps l&#8217;abandon des méthodes communistes de terreur et promettaient d&#8217;aider activement l&#8217;Armée rouge dans ses opérations. En fait, il y avait peu de différence entre ces thèses et la politique à laquelle le Parti s&#8217;en tenait depuis le printemps de 1918, et il est peu probable que les Communistes aient décidé de le « légaliser » uniquement pour le récompenser d&#8217;avoir rédigé ce texte. Dans une mesure très limitée, la concession communiste était due probablement à quelques vestiges de la foi que certains milieux du parti communiste ont gardée pendant quelques années en la valeur de la liberté de discussion, Mais elle pouvait découler aussi de l&#8217;espoir que, dans les condition» de la guerre civile, le sentiment d&#8217;union nationale l&#8217;emporterait sur les divergences partisanes et qu&#8217;on pouvait persuader la majorité des Menchéviks à adhérer au parti communiste. Et, à la fin de l&#8217;année 1918, cet espoir n&#8217;avait rien d&#8217;insensé, car beaucoup d&#8217;ennemis des méthodes communistes allaient conclure la paix avec le régime à l&#8217;occasion de la guerre civile. Ainsi Gorky, dont le journal <em>Novaïa Jizn</em> avait été fermé pour avoir publié ses critiques brutales de la conduite du parti communiste, lançait le 3 décembre 1918 dans les colonnes de la <em>Pravda</em> l&#8217;appel suivant : « Suivez-nous dans la lutte contre l&#8217;ordre ancien&#8230; vers la liberté et la vie heureuse. »</p>
<p style="text-align:justify;">La tolérance des autorités centrales, telle qu&#8217;elle apparaissait  au moins sur le papier dans l&#8217;abrogation du décret du 14 juin 1918, devait être de courte durée. Dès le printemps de 1919, le Comité central communiste donnait l&#8217;ordre d&#8217;arrêter tous les Menchéviks importants dont on ne « savait pas individuellement » qu&#8217;ils étaient prêts à « participer activement » à la lutte contre Koltchak. Cet ordre, interprété comme une autorisation générale d&#8217;arrêter à volonté les Menchéviks, avait comme raison officielle qu&#8217;il y en avait trop en liberté à critiquer le régime soviétique et que l&#8217;on immobilisait ainsi beaucoup de fonctionnaires de la police politique, qui seraient plus utiles au front. Néanmoins ces arrestations, dont la plupart n&#8217;ont pas été maintenues, n&#8217;ont pas eu pour effet de paralyser l&#8217;appareil du Parti, bien que beaucoup de Menchéviks estimassent qu&#8217;il était inutile de poursuivre une lutte sans espoir ou qu&#8217;en état de guerre civile l&#8217;unité en face de l&#8217;ennemi commun primait toutes les divergences politiques et passaient dans les rangs communistes. Ce furent en réalité des considérations de ce genre qui décidèrent la majorité des membres du Bund social-démocrate juif à la fusion avec les Communistes. Mais les groupements menchéviques ont survécu dans l&#8217;ensemble aux persécutions de 1919 et 1920 en poursuivant leur lutte dans l&#8217;opposition constitutionnelle.<br />
Les autorités communistes s&#8217;inquiétaient toujours davantage de la popularité des Menchéviks auprès des ouvriers de plus en plus mécontents du régime. Ils réclamaient en effet la liberté en matière d&#8217;élections des Soviets, dans les groupements syndicaux et la liberté de parole et de la presse pour tous les partis ouvriers. Il était très gênant pour les Communistes de se trouver constamment en butte à des reproches justifiés au sujet de l&#8217;échec de toutes leurs tentatives d&#8217;observer les dispositions de la constitution. Pour répondre aux critiques de Martov au VIIe Congrès des Soviets, Lénine a déclaré : « Lorsque nous entendons des déclarations semblables, venant de gens qui prétendent sympathiser avec nous, nous disons : Oui, la terreur de la Tchéka est absolument nécessaire ».<br />
Au cours de l&#8217;été de 1919, les Menchéviks ont précisé leurs opinions dans un manifeste qui portait le titre assez surprenant, car il était repris de Lénine : « Que faire ? » Dans le domaine politique, il exigeait des droits électoraux qui s&#8217;appliqueraient aux Soviets et qui s&#8217;étendraient à tous les travailleurs, à savoir le scrutin libre et secret, assorti de la suppression des restrictions en matière de propagande électorale ; tous les fonctionnaires d&#8217;autorité devraient un soumettre au Comité exécutif central, qui serait rétabli dans sa fonction constitutionnelle de corps législatif suprême, ayant droit de regard sur tous les actes législatifs ; tous les partis politiques ouvriers devraient jouir de la liberté de parole et de presse ; la terreur serait abolie, tous les membres des tribunaux révolutionnaires seraient élus librement et deviendraient entièrement compétents pour connaître de toutes les plaintes portant, sur les actes de toutes les autorités ; il fallait enfin abolir la peine de mort et supprimer tous les organismes de police politique et de répression administrative tels que la Tchêka. Au moins dans l&#8217;avenir immédiat, la politique menchévique ne se préoccupait pas d&#8217;étendre le droit à la liberté de parole et les autres aux personnes qui ne se classaient pas dans la catégorie des ouvriers. Selon les vues exprimées, « la nouvelle démocratie ouvrière est la démocratie de ceux qui prennent part au travail public productif. En conséquence, la privation complète ou partielle des droits civiques en dehors de cette démocratie ouvrière (c&#8217;est-à-dire en dehors du travail public productif) n&#8217;enfreint pas le principe démocratique de la dictature de classe ».<br />
En matière de politique économique, les Menchéviks recommandaient une série de mesures qui se confondent presque avec celles de la N. E. P. à laquelle Lénine allait avoir recours d&#8217;urgence au printemps de 1921 pour éviter l&#8217;effondrement du régime communiste;. Le manifeste exigeait « le maintien au pouvoir du gouvernement des principales branches de l&#8217;industrie et des transports tout en permettant au capital privé d&#8217;y participer sous le contrôle de l&#8217;État ; la dénationalisation du commerce intérieur et des entreprises industrielles moyennes et petites ; la garantie (de la possession) des terres aux paysans ; l&#8217;instauration d&#8217;un système de ravitaillement alimentaire fondé sur l&#8217;entente entre les consommateurs et les producteurs avec la participation active de coopératives libres, et le maintien du monopole du commerce étranger en faveur de l&#8217;État ».<br />
Au début de 1919, les Menchéviks avaient publié une protestation contre l&#8217;intervention alliée et un appel « à toutes les classes socialistes et à tous les syndicats pour promouvoir un accord entre l&#8217;Entente et le Gouvernement de Lénine ». Pendant l&#8217;automne de la même année, ils entreprenaient une campagne de réunions publiques en faveur du recrutement de l&#8217;Armée rouge et de la participation active à la guerre civile ; ils cherchaient en outre à s&#8217;assurer l&#8217;appui des Communistes pour cette action, ce qui eut le don d&#8217;embarrasser considérablement ces derniers. Au centre, les autorités limitaient fort à encourager une campagne qui risquait d&#8217;être beaucoup plus gênante sur le plan politique qu&#8217;utile sur le plan militaire, Dans les provinces, les autorités soviétiques qui ne recevaient juin d&#8217;instructions fermes dans les directives émanant du centre, réagissaient d&#8217;une façon qui oscillait entre les arrestations habituelle et l&#8217;indifférence tolérante.<br />
Au cours de l&#8217;année 1920, les Menchéviks étendaient leurs critiques à la politique étrangère des Communistes ; ils accusaient la IIIe Internationale de se soumettre aux intérêts qui cherchaient à<br />
tout prix à maintenir le régime communiste en Russie et de négliger les buts révolutionnaires qui constituaient sa raison d&#8217;être. Martov était particulièrement violent dans ces critiques qu&#8217;il énonçait un Soviet de Moscou, dont il était membre, et ailleurs. Il soulignait le danger inhérent au fait que le parti communiste russe s&#8217;était ménagé une « position exceptionnelle » au sein de la IIIe Internationale, position qui consistait « à échapper au contrôle du socialisme international » en matière de politique étrangère. A l&#8217;automne de 1920, époque à laquelle il était déjà gravement malade, il se vit accorder sans difficulté l&#8217;autorisation de quitter la Russie pour assister à Halle au congrès du parti socialiste indépendant allemand, congrès qui allait consommer la scission de ce parti, dont la majorité décidait de donner son adhésion à la IIIe Internationale. Dans son discours, Martov chercha à dissuader la majorité favorable aux Communistes du parti socialiste allemand d&#8217;accepter les conditions d&#8217;admission à la IIIe Internationale et donna beaucoup d&#8217;informations non seulement sur les persécutions auxquelles les socialistes étaient en butte en Russie, mais aussi sur la politique étrangère des Soviets. Il attaquait notamment leur politique à l&#8217;égard des peuples d&#8217;Orient et affirmait que, pour chercher à consolider le régime soviétique et, en particulier, pour améliorer les relations des Soviets avec la Grande-Bretagne, les Communistes avaient trahi leur mission vis-à-vis de ces peuples en renonçant à les aider à se libérer du joug impérialiste. Il critiquait également le fait qu&#8217;au gouvernement de la République d&#8217;Extrême-Orient, formé après la chute de l&#8217;amiral Koltchak, des Communistes siégeaient dans une coalition côte à côte avec des socialistes et des libéraux de droite.<br />
C&#8217;était une attaque sévère, qui aurait pu sans doute éveiller des échos dans les rangs de l&#8217;opposition de gauche qui se précisait de plus en plus parmi les Communistes russes et à l&#8217;étranger, mais Martov ne revint pas en Russie et, parmi les dirigeants menchéviques restants, il n&#8217;y en avait guère qui possédaient ses qualités. Des années de sarcasmes n&#8217;avaient pas réussi à entamer sa réputation d&#8217;honnêteté. Ce fut pour la direction du Parti une perte cruelle, surtout du fait que Dan, qui lui succéda, n&#8217;était guère capable de le remplacer ; mais, en février 1921, Martov devait fonder à Berlin la revue <em>Sotsialistitchesky Vestnik </em>qui servit dorénavant d&#8217;organe central au parti social-démocrate russe et dont les contacts nombreux à l&#8217;intérieur de la Russie permettaient de donner une peinture fidèle du sort réservé au menchévisme dans le pays. Malgré quelques saisies occasionnelles, la revue pénétrait à peu près librement en Russie et contribuait à remplacer dans une certaine mesure la presse du Parti, qui avait été supprimée.<br />
Durant les années 1919 et 1920, l&#8217;influence menchévique s&#8217;étendait de plus en plus dans les syndicats. En 1920, ceux-ci comptaient plus de six millions de membres qui représentaient la grande masse de classe ouvrière de l&#8217;industrie russe ; les militants de base n&#8217;appartenaient pas au parti communiste et commençaient à détester cordialement ce dernier. Les sympathies passaient du parti communiste aux Menchéviks, qui réclamaient en faveur des syndicats la liberté de toute domination communiste, mais aussi des mesures socialistes de réforme. Il n&#8217;existe pas de statistiques permettant d&#8217;évaluer avec précision le nombre de leurs partisans dans le prolétariat industriel à la fin de la guerre civile. Tout ce qu&#8217;on peut affirmer avec certitude est que les Menchéviks, leurs partisans et les autres anticommunistes étaient ensemble beaucoup plus nombreux que les Communistes et leurs sympathisants. Avec sa tendance à exagérer, Zinoviev estimait qu&#8217;en 1921 il y avait 90 ou même 99 p. 100 d&#8217;anticommunistes parmi les ouvriers de l&#8217;industrie. Même Trotsky, qui traitait à l&#8217;époque cette affirmation d&#8217; « exagération monstrueuse », reconnaissait qu&#8217;ils étaient « très nombreux » et en était réduit à justifier la dictature du Parti en disant qu&#8217;elle « était plus importante qu&#8217;un quelconque principe formaliste de démocratie ouvrière » pour défendre les intérêts fondamentaux de la classe ouvrière « mémo au cours d&#8217;une période de flottement temporaire de ses tendances ».<br />
En dépit de tous les efforts communistes pour s&#8217;opposer à leur influence, les Menchéviks ont réussi à faire élire un nombre assez important de délégués au IIe Congrès panrusse des syndicats on janvier 1919. Au cours des séances, ils sont parvenus, avec le parti apparenté des Internationalistes dont le chef, Lozovsky, restait dissident, à rassembler 67 voix contre 430 pour leurs résolutions d&#8217;opposition, qui exigeaient l&#8217;indépendance syndicale aux dépens de la domination communiste. Les huées de l&#8217;assistance interrompirent le discours de Lozovsky qui critiquait ouvertement des cellules communistes cherchant à étouffer toute manifestation de liberté syndicale dans l&#8217;ensemble du pays. Au IIIe Congrès panrusse des Syndicats, réuni en avril 1920, les Menchéviks et leurs partisans n&#8217;étaient plus que 70 sur plus d&#8217;un millier de délégués au total. Il est certain que leur influence au sein des syndicats était bien plus forte que ces proportions ne peuvent le faire croire ; ils avaient notamment une majorité écrasante parmi les ouvriers typographe dont les syndicats étaient très puissants et, selon Ber, l&#8217;un des délégués, dans trois des autres fédérations nationales les plus importantes celle des métallurgistes, celle de l&#8217;industrie chimique et celle; des ouvriers du textile. Ce fut le dernier congrès syndical auquel les Menchéviks réussirent à envoyer une délégation notable, car ils n&#8217;étaient que neuf en tout au IVe Congrès de 1921.<br />
Cette diminution constante du nombre des délégués aux congrès ne reflétait en rien une chute correspondante de prestige au sein des syndicats, il était évident au début de 1921 que c&#8217;était tout le contraire. Du point de vue communiste, ce fait était particulièrement dangereux parce qu&#8217;il coïncidait avec l&#8217;existence au sein même du parti communiste d&#8217;un groupe assez nombreux déjà, dont l&#8217;opposition à la mainmise centralisée sur les syndicats posait un problème grave. En termes assez semblables à ceux des Menchéviks, ce groupe réclamait une participation plus active de la classe ouvrière à l&#8217;organisation et à la gestion de l&#8217;industrie au moyen de représentants syndicaux librement élus. Il fallait donc que la campagne communiste contre les Menchéviks se double d&#8217;une action qui tende à éliminer l&#8217;opposition au parti communiste. En 1921, les autorités ordonnaient la clôture forcée, l&#8217;un après l&#8217;autre, des congrès de syndicats où les Menchéviks et leurs partisans avaient réussi à obtenir la majorité, ainsi que la dissolution des groupements syndicaux correspondants qui étaient remplacés à mesure par d&#8217;autres, qui étaient sous la domination communiste.<br />
Un exemple suffira à décrire les méthodes adoptées. Le 26 mars 1921, le Syndicat de Moscou de l&#8217;industrie chimique avait élu Martov, dont on avait opposé la candidature à celle de Lénine au poste de président d&#8217;honneur. Le 27 avril 1921, le Comité central panrusse, entièrement communiste, de ce syndicat décidait de prendre « les mesures les plus décisives » pour « réorganiser » le syndicat de Moscou ; mais il n&#8217;y parvenait qu&#8217;au bout d&#8217;un certain temps. En automne 1921, le congrès du Syndicat de l&#8217;Industrie chimique de Moscou adoptait, à une majorité réduite, une résolution dont la rédaction n&#8217;avait pas un caractère visiblement menchévique, mais qui comportait une revendication en faveur de l&#8217;indépendance syndicale, correspondant à une doctrine énoncée dans la politique menchévique. La minorité communiste quittait la salle du congrès et s&#8217;emparait de force des locaux du syndicat. Elle convoquait bientôt un autre congrès, dont les délégués étaient triés sur le volet et qui s&#8217;empressait de condamner la politique du congrès précédent et d&#8217;adopter docilement une résolution rédigée en termes approuvés par les autorités. Ces persécutions des groupements syndicaux ont été suivies durant l&#8217;année 1921 d&#8217;arrestations massives d&#8217;ouvriers, qui répondirent par des manifestations et des grèves.<br />
Durant les mêmes années 1919-1921, les Menchéviks ont eu à combattre une tactique analogue lors des élections aux Soviets. L&#8217;une des complications auxquelles ils avaient souvent à faire face se traduisait par l&#8217;arrestation de tous leurs dirigeants locaux à la veille d&#8217;un scrutin. Il s&#8217;agissait tantôt de poursuites judiciaires et tantôt d&#8217;emprisonnements purement administratifs, mais en général la plupart des incarcérés étaient relâchés après la proclamation des résultats.<br />
(&#8230;) En juin 1920, une délégation du parti travailliste britannique a visité la Russie. Ses membres ont pu sans difficulté s&#8217;entretenir avec des représentants des partis d&#8217;opposition, et ils ont été témoins d&#8217;un cas d&#8217;application des méthodes communistes pour étouffer la démocratie au sein des syndicats. En juin 1920, il y avait encore à Moscou Un groupement menchévik distinct pour le Syndicat des typographes, avec son propre comité central, bien qu&#8217;en août 1919 un congrès exclusivement communiste — qui représentait d&#8217;ailleurs moins de lu moitié des syndiqués — ait nommé officiellement un nouveau comité central. Cette dualité s&#8217;est conservée pendant un certain temps à Moscou. Le comité communiste organisa à Moscou une réunion générale d&#8217;ouvriers syndiqués de l&#8217;imprimerie pour les visiteurs britanniques : les Menchéviks ont prétendu que ce fut la dernière réunion libre de ce genre. La séance devint particulièrement animée à la suite de la présence inattendue de Viktor Tchernov, dirigeant social-révolutionnaire qui se cachait, et par les subterfuges qu&#8217;il employa avec bonheur pour échapper à la Vétchéka qui cherchait à l&#8217;arrêter.<br />
(&#8230;) En fait, prenant la parole à Genève quelques mois plus tard, l&#8217;un [des membres de la délégation britannique], Shaw, disait : « Le prolétariat n&#8217;a aucun droit en Russie et n&#8217;a ni la liberté de réunion, ni lu liberté de presse. Il n&#8217;a pas le droit de choisir ses représentants. L&#8217;oppression du peuple russe est aussi grande que sous le tsarisme ». Et pourtant le compte rendu publié par la délégation à son retour se contente de mentionner que la liberté individuelle et la liberté de presse sont « sévèrement restreintes dans le cas de tous ceux dont les actions sont supposées menacer le régime soviétique», sans exposer que ceci s&#8217;applique à tous les socialistes. Parmi les nombreux documents que la délégation a rapportés, on trouvait un appel illégalement imprimé et signé par 40 Sociaux-Révolutionnaires de droite, 80 Sociaux-Révolutionnaires de gauche, 28 Maximalistes, 5 Menchéviks et 55 Anarchistes détenus à la prison de Moscou, qui s&#8217;adressaient aux Socialistes et aux Anarchistes de tous les pays pour les appeler à l&#8217;aide. Et cependant le délégation n&#8217;a pas jugé utile de publier ce document, dont deux exemplaires sont déposés au British Muséum.<br />
(&#8230;) La XIIe Conférence du parti communiste, réunie en août 1922, examina avec beaucoup d&#8217;attention la question relative aux Menchéviks et aux autres partis et tendances « antisoviétiques » ; elle l&#8217;inquiétait d&#8217;un nouveau « phénomène dangereux » : les partis antisoviétiques avaient « changé leur tactique » et s&#8217;efforçaient « d&#8217;exploiter les possibilités légales de la structure soviétique », toiles que les conférences publiques et les « prétendues organisations sociales ». Ils cherchaient systématiquement à « transformer les coopératives rurales en instruments contre-révolutionnaires des koulaks, les chaires d&#8217;université en plates-formes de propagande bourgeoise évidente et les firmes d&#8217;éditions juridiques en   moyens d&#8217;agitation (dirigée) contre le pouvoir ouvrier et paysan ». Il fallait que le Parti conjure ce nouveau danger en combinant les moyens de « répression », dirigés contre les partis d&#8217;opposition, à ceux de la propagande destinée à contrebalancer leur influence (45).<br />
Ainsi périrent les Menchéviks sans avoir tiré un coup de fusil. Par une ironie de l&#8217;histoire, leur foi en la liberté démocratique n&#8217;a pas peu contribué à leur défaite. En refusant le pouvoir eux-mêmes et en hésitant à appuyer la coalition des partis antibolchéviques entre mars et novembre 1917, ils ont contribué à donner le pouvoir à Lénine. Tout en disposant, après la Révolution d&#8217;octobre, du soutien d&#8217;une grande partie de la classe ouvrière, avantage dont n&#8217;a jamais bénéficié aucun autre parti d&#8217;opposition, ils ont refusé d&#8217;employer quelque procédé que ce soit en dehors des moyens rigoureusement constitutionnels pour le lui arracher.</p>
<p><a href="https://www.amazon.fr/dp/2913112331?tag=ensemble06-21&#38;camp=1414&#38;creative=6410&#38;linkCode=as1&#38;creativeASIN=2913112331&#38;adid=170AJT8FZHMX9TGG2H4C&#38;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-4582" title="shapiro" src="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2008/09/shapiro.jpg?w=300" alt="" width="300" height="300" /></a></p>
<p><em>Note</em>:</p>
<p style="text-align:justify;">[*] Pour la Conférence menchévique de décembre 1917, voir: Oldenbourg/ <em>Le coup d&#8217;Etat bolcheviste</em> (1929), pp. 390-395; pour celle de mai 1918, voir Bunyan/<em> Intervention, Civil War and Communism in Russia </em>(1936), pp. 187-188, et Vardine, pp. 83-87. En juin 1918, le Comité central menchévique se composait des suivants: Abramovitch, Astrov, Akhmatov, Broïdo, Gorev, Daline, Dan, Ermansky, Koutchine, Lieber, Maïsky, Martov, Martynov, Trifonov, Troïanovsky, Tchérévanine, Ehrlich, Iougov et Iakhontov.</p>
<p><em>Note de la BS</em>:</p>
<p><em> </em></p>
<p>Le livre est disponible en anglais au format pdf sur Internet Archive: <a href="http://www.archive.org/download/originofthecommu012303mbp/originofthecommu012303mbp.pdf"><em>The Origin Of The Communist Autocracy Political Opposition In The Soviet State First Phase 1917 1922</em></a>.</p>
<p><a href="http://www.archive.org/download/originofthecommu012303mbp/originofthecommu012303mbp.pdf"><img class="aligncenter" src="http://ia331306.us.archive.org/0/items/originofthecommu012303mbp/originofthecommu012303mbp.gif" alt="" width="100" height="152" /></a></p>
<p><span style="text-decoration:underline;"><em>Voir aussi</em></span>:</p>
<ul>
<li><a class="l" href="http://www.korolevperevody.co.uk/korolev/dan-deleg.html">Fedor Dan on the British Workers&#8217; Delegation to Russia, 1920</a><span class="l"> <img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2007/08/uk.gif?w=15&#038;h=9#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /> </span></li>
<li class="page_item page-item-694"><a title="martov_19230400.pdf" href="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/02/martov_19230400.pdf">Comment je suis devenu marxiste</a> [Martov, 1923]<span style="color:#999999;"> </span><img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/03/francais.jpg?w=15&#038;h=9#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /> <span style="color:#999999;">pdf</span></li>
<li class="page_item page-item-694"><a href="http://www.marxists.org/francais/martov/works/1923/00/martov_19230000a.htm">Le bolchévisme mondial</a> [Martov, 1923]<span style="color:#999999;"> </span><img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/03/francais.jpg?w=15&#038;h=9#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /></li>
<li class="page_item page-item-694"><a href="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/09/anweiler.pdf">Les soviets en Russie</a> [Anweiler, 1958] (extrait) <img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/03/francais.jpg?w=15&#038;h=9#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /> <span style="color:#999999;">pdf</span></li>
<li class="page_item page-item-694"><a href="http://www.persee.fr/articleAsPDF/cmr_0008-0160_1973_num_14_1_1169/article_cmr_0008-0160_1973_num_14_1_1169.pdf">Les mencheviks face à la révolution d&#8217;Octobre</a> [Haimson, 1973] <img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/03/francais.jpg?w=15&#038;h=9#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /> <span style="color:#888888;">pdf externe</span></li>
<li class="page_item page-item-694"><a href="http://blog.myspace.com/index.cfm?fuseaction=blog.view&#38;friendID=4018139&#38;blogID=173938050&#38;Mytoken=6C5E4066-2FB6-4692-9A960728B1B49BED2913394">The role of the soviets in Russia’s bourgeois revolution: the point of view of Julius Martov</a> [Buick, 1976] <a href="../english-pages/1887-the-secularization-yet-to-be-done-guesde/"><img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2007/08/uk.gif?w=15&#038;h=9#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /></a></li>
<li class="page_item page-item-694"><a href="http://books.google.fr/books?id=cP0xLtu1aZgC&#38;dq=The+Mensheviks+after+October:+Socialist+Opposition+and+the+Rise+of+the+Bolshevik+Dictatorship+by+Vladimir+N.+Brovkin&#38;pg=PP1&#38;ots=h4be7I9788&#38;sig=sLd4Sr3Em1li5dCdvygtutOaINI&#38;hl=fr&#38;sa=X&#38;oi=book_result&#38;resnum=1&#38;ct=result">The Mensheviks after October: Socialist Opposition and the Rise of the Bolshevik Dictatorship</a> [Brovkin, 1987] <a href="../english-pages/1887-the-secularization-yet-to-be-done-guesde/"><img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2007/08/uk.gif?w=15&#038;h=9#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /></a></li>
<li class="page_item page-item-694"><a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/09/10/les-travailleurs-contre-les-bolcheviks/">Les travailleurs contre les bolcheviks</a> [Buick, 2008]<span style="color:#999999;"> </span><img src="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/03/francais.jpg?w=15&#038;h=9#38;h=9" alt="" width="15" height="9" /></li>
<li class="page_item page-item-694">le site russe <a href="http://socialist.memo.ru">http://socialist.memo.ru</a> (Mémoire des socialistes et anarchistes résistants au régime bolchevique) <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2008/09/russe1.jpg"><img title="russe" src="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2008/09/russe1.jpg" alt="russe" width="15" height="10" /></a></li>
</ul>
<p><span class="std nobr"> </span></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Staline et la Géorgie]]></title>
<link>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/09/10/staline-et-la-georgie/</link>
<pubDate>Tue, 09 Sep 2008 22:10:53 +0000</pubDate>
<dc:creator>lucien</dc:creator>
<guid>http://bataillesocialiste.wordpress.com/2008/09/10/staline-et-la-georgie/</guid>
<description><![CDATA[Extrait du Staline de Boris Souvarine (1940) mencheviks géorgiens Parmi les contradictions du bolché]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><blockquote><p>Extrait du<em> <a href="https://www.amazon.fr/gp/offer-listing/2851840762?tag=ensemble06-21&#38;camp=1414&#38;creative=6410&#38;linkCode=am1&#38;creativeASIN=2851840762&#38;adid=0TQX6H7QW56QK1WEDTMV&#38;">Staline</a></em> de Boris Souvarine (1940)</p></blockquote>
<p style="text-align:center;"><img class="aligncenter" src="http://www.caucaz.com/img/upload/articles/imgarticle_20060521054226.jpg" alt="" width="238" height="168" /></p>
<p style="text-align:center;"><em>mencheviks géorgiens</em></p>
<p>Parmi les contradictions du bolchévisme, il n&#8217;en est pas de plus violente qu&#8217;entre la théorie et la pratique en matière de politique « nationale » et il appartenait à Staline de la souligner avec sa brutalité caractéristique.<br />
Au droit des peuples à disposer d&#8217;eux-mêmes, la cruelle nécessité avait substitué le droit des bolcheviks à disposer des petits peuples voisins acculés au dilemme : impérialisme ou révolution. Ce que l&#8217;Armée rouge ne put faire en Finlande et en Pologne, elle le fit en Ukraine, puis au Caucase, par des procédés analogues à ceux des États-Unis dans l&#8217;annexion du Texas. L&#8217;espoir des socialistes géorgiens de créer une Suisse nouvelle entre l&#8217;Europe et l&#8217;Asie n&#8217;était qu&#8217;un rêve, dans les circonstances données. Aux élections à la Constituante, en Géorgie, les menchéviks avaient obtenu 640 000 voix, les bolcheviks 24 000&#8230; Malgré cette imposante démonstration d&#8217;un sentiment populaire à peu près librement exprimé, l&#8217;Armée rouge eut le dernier mot trois ans plus tard en « aidant » les 24 000 à disposer des 640 000, par les armes. Tout le reste n&#8217;était que littérature.</p>
<p>Il serait même exagéré de dire que les bolcheviks de Russie aient « aidé » ceux de Géorgie car, de leur propre aveu, ils ont dû faire violence à la petite minorité communiste géorgienne comme à toute la population. Dans un document intitulé : <em>Matériaux du compte-rendu politique du Comité central du parti communiste géorgien</em>, destiné an troisième Congrès de ce parti, le secrétaire dudit Comité central écrit en toutes lettres : « Notre révolution géorgienne a commencé en 1921 par la conquête de la Géorgie au moyen des baïonnettes de l&#8217;Armée rouge&#8230; La soviétisation de la Géorgie s&#8217;est présentée sous les espèces d&#8217;une occupation par les troupes russes. Les menchéviks, pendant près de deux ans, ont puisé leur force principale dans le sentiment national humilié non seulement des possédants mais encore des larges masses laborieuses de Géorgie. » Le signataire de ce remarquable document, V. Lominadzé, constate ensuite que le parti menchéviste local, avec ses 80 000 membres, a longtemps conservé son influence intacte sous la domination bolchéviste russe, et il critique le parti communiste géorgien suspect de patriotisme : « En 1921, le Parti est resté presque passif pendant l&#8217;offensive de l&#8217;Armée rouge en Géorgie. Cela démontre que dans le passe aussi, les bolcheviks géorgiens ont fait montre des plus graves déviations à l&#8217;égard du bolchévisme éprouvé et vraiment léniniste. » Les derniers mots recèlent un irréductible conflit entre communistes de Moscou et de Tiflis.<br />
« La stabilité relative du régime menchéviste était due à l&#8217;impuissance politique des masses paysannes éparses », a écrit Trotski, mais cela s&#8217;appliquerait à plus forte raison au régime bolchéviste dans toutes les Russies. En 1920, une délégation socialiste européenne visitait la Géorgie et à son retour, E. Vandervelde évoquait les cortèges enthousiastes de paysans gagnés au socialisme : « Certain jour, à Gori, lorsque tout un village venait à notre rencontre, portant les bannières rouges de l&#8217;Internationale&#8230; » Gori, pays natal de Staline. Quelques mois plus tard, des délégués communistes étrangers assisteront dans le même cadre à des scènes semblables mais verront les drapeaux rouges honorer une Internationale nouvelle.<br />
Le cours des événements confirmait donc les prévisions de Rosa Luxembourg et dissipait le sophisme du droit abstrait d&#8217;auto-détermination. A l&#8217;épreuve des faits, les bolcheviks piétinaient leurs principes en envahissant la Géorgie, comme les menchéviks démentirent leur programme en la séparant de la République des Soviets, eux qui avaient conscience, suivant les paroles de Tseretelli de la « communauté d&#8217;intérêts qui liait tous ces peuples », au temps de l&#8217;autocratie. Les appréhensions de Lénine ne seront pas motivées seulement par le chauvinisme russe verbal  de Staline,  mais bientôt par les agissements de celui-ci, de plus en plus abusifs. Après la soviétisation militaire du Caucase, la bureaucratie et la police des vainqueurs marchaient sur les traces de l&#8217;armée. Et comme en Russie et en Ukraine, la « poigne de fer » s&#8217;abattit pesamment sur les communistes, sur les ouvriers et les paysans pauvres, après avoir frappé les opposants socialistes de toutes nuances. Staline s&#8217;était rendu sur les lieux en 1921 pour organiser l&#8217;administration à sa manière.<br />
Le <em>Sotsialistitcheski Vestnik</em> de Berlin rapportait sur ce voyage, en substance : Staline est arrivé à Tiflis, muni de larges pouvoirs, a révoqué Makharadzé pour insuffisance de fermeté, l&#8217;a remplacé par Boudou Mdivani, et de même Tsintsadzé, remplacé par Atabekov. (Le premier était président du Conseil des commissaires ; le second, président de la Tchéka.) Makharadzé aurait refusé d&#8217;emprisonner des socialistes estimés comme Djibladzé, et Staline l&#8217;a grossièrement traité. Tout cela au nom du Comité central communiste de Géorgie, à la vérité de sa propre initiative. Ayant convoqué une assemblée ouvrière, Staline y a prononcé un discours-programme, accueilli avec une froideur hostile, et la réunion a été suivie d&#8217;arrestations&#8230;</p>
<p>Les commissaires du peuple des petites « républiques-sœurs » sont déjà congédiés sans égards par le secrétaire général du Parti, mais cela ne fait que commencer. A ce moment, Lénine couvre tout, souvent sans savoir la vérité. C&#8217;est pourquoi Staline peut agir à  Tiflis  en  véritable  dictateur,   au   nom  du  Secrétariat,   donc  du Politbureau, donc du Comité central, donc du Parti&#8230; Moins d&#8217;un an plus tard, il entrera en conflit déclaré avec Mdivani, son camarade d&#8217;enfance, comme naguère avec Makharadzé, le plus marquant des bolcheviks géorgiens, avec Tsintsadzé, le fameux <em>boiévik</em>, compagnon d&#8217;embuscades et d&#8217;expropriations de Kamo. Il s&#8217;en prendra aussi à S. Kavtaradzé (commissaire aux Affaires étrangères), à B. Kirkvélia (commissaire à l&#8217;Intérieur), à A. Svanidzé (commissaire aux Finances), à L. Doumbadzé (président du soviet de Tiflis), à Todria, à Torochélidzé, à Okoudjava, à toute la « vieille garde » bolchéviste géorgienne qu&#8217;il accuse de déviation nationaliste, à tous les cadres du Parti qu&#8217;il entreprend de nettoyer par des sanctions, des révocations, des mesures d&#8217;exil à l&#8217;intérieur de la Russie. En fait, le Comité central communiste de Tiflis, quasi unanime, s&#8217;efforçait de sauvegarder l&#8217;indépendance nominale de la Géorgie soviétique, — désirant une union directe avec les autres Républiques, non une adhésion au second degré par l&#8217;intermédiaire de la Fédération de Transcaucasie que prévoyait Staline dans son projet constitutionnel entaché de nationalisme grand-russien. Mais aux communistes de Géorgie en butte à l&#8217;arbitraire de Staline, il reste une ressource, première et dernière, seule et unique : en appeler de Lénine mal informé à Lénine mieux informé&#8230; Cinq ans après la révolution d&#8217;Octobre, le droit des peuples de l&#8217;ancien Empire se réduit à un vague espoir dans l&#8217;intervention providentielle d&#8217;un homme. Encore ne s&#8217;agit-il que du droit des communistes, et des communistes de première classe.<br />
Mais il faut constater, à cette date, le progrès réalisé en un certain sens : les peuples soviétiques de Russie et d&#8217;Asie, d&#8217;Ukraine et du Caucase, étaient sur pied d&#8217;égalité dans une identique privation de libertés. Par un phénomène inverse de la Révolution française, le nombre de « citoyens passifs » avait augmenté incessamment jusqu&#8217;à limiter la catégorie des réels « citoyens actifs » à l&#8217;équivalent des<em> upper ten thousand</em>, mais à un niveau économique inférieur, la masse nivelée par en bas subissant la loi non écrite d&#8217;un nouveau genre de patriciat subdivisé en plusieurs rangs sous le Politbureau et son Secrétariat. Suprême correctif à tous les excès : la sagesse aléatoire de Lénine.</p>
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<title><![CDATA[Le Cuirassé Potemkine]]></title>
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<pubDate>Sat, 06 Sep 2008 14:44:21 +0000</pubDate>
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