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	<title>smyrne &amp;laquo; WordPress.com Tag Feed</title>
	<link>http://en.wordpress.com/tag/smyrne/</link>
	<description>Feed of posts on WordPress.com tagged "smyrne"</description>
	<pubDate>Wed, 10 Feb 2010 12:57:25 +0000</pubDate>

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<title><![CDATA[Hisse et ho!]]></title>
<link>http://akgonul.wordpress.com/2009/07/07/hisse-et-ho/</link>
<pubDate>Tue, 07 Jul 2009 15:39:02 +0000</pubDate>
<dc:creator>akgonul</dc:creator>
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<description><![CDATA[IZMIR &#8211; FOCA &#8211; MARSEILLE UN VOYAGE DANS L&#8217;HISTOIRE Dans les années 600 avant JC, S]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><h2 style="text-align:center;"><span style="color:#993300;">IZMIR &#8211; FOCA &#8211; MARSEILLE</span></h2>
<h2 style="text-align:center;"><span style="color:#993300;">UN VOYAGE DANS L&#8217;HISTOIRE</span></h2>
<h2 style="text-align:center;"><span style="color:#993300;"><a href="http://www.foca-marsilya.info/francais.htm"><img class="aligncenter size-full wp-image-2258" title="foça" src="http://akgonul.wordpress.com/files/2009/07/foca.jpg" alt="foça" width="422" height="365" /></a></span></h2>
<h2 style="text-align:center;"><span style="color:#993300;"></p>
<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" width="95%">
<tbody>
<tr>
<td colspan="2" align="left" valign="top">
<div style="text-align:justify;"><span><span>Dans les années 600 avant JC, Smyrna et Phokaia étaient les plus importantes des 12 cités ionniennes de l’Anatolie de l’ouest. Ces villes ont fondé de nombreuses colonies en Méditerranée et y ont diffusé leurs savoirs et leur culture. La plus importante de ces colonies fut Marseille. Le but de notre projet est de montrer, expliquer, l’importance de l’influence égéenne sur l’histoire de la méditerranée et sur les échanges qui s’y sont opérés de l’Antiquité jusqu’à nos jours. </span></span></div>
</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2" height="10" align="left" valign="top"> </td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p></span></h2>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Ma généalogie]]></title>
<link>http://fred1957.wordpress.com/2009/06/18/ma-genealogie/</link>
<pubDate>Thu, 18 Jun 2009 16:52:06 +0000</pubDate>
<dc:creator>fred1957</dc:creator>
<guid>http://fred1957.wordpress.com/2009/06/18/ma-genealogie/</guid>
<description><![CDATA[Je mettrai en place plusieurs fichiers concernant ma généalogie. Ces liens ou fichiers commenceront ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p>Je mettrai en place plusieurs fichiers concernant ma généalogie. Ces liens ou fichiers commenceront à partir de personnes de ma famille aujourd&#8217;hui décédées. Ceci étant je ne sais pas encore comment organiser le blog dans cet esprit.</p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Izmir, Izmir]]></title>
<link>http://akgonul.wordpress.com/2009/04/18/izmir-izmir/</link>
<pubDate>Sat, 18 Apr 2009 05:32:11 +0000</pubDate>
<dc:creator>akgonul</dc:creator>
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<description><![CDATA[]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p><a href="http://www.birzamanlaryayincilik.com/"><img class="aligncenter size-full wp-image-1605" title="birzamanlar" src="http://akgonul.wordpress.com/files/2009/04/birzamanlar.png" alt="birzamanlar" width="455" height="642" /></a></p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Smyrne, jusqu'aux cendres]]></title>
<link>http://gmanonymes.wordpress.com/2009/02/02/smyrne-jusquaux-cendres/</link>
<pubDate>Mon, 02 Feb 2009 20:52:38 +0000</pubDate>
<dc:creator>Vincent Sremed</dc:creator>
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<description><![CDATA[Rembetiko, Kostas Ferris, 1983.]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p><span style='text-align:center; display: block;'><object width='425' height='350'><param name='movie' value='http://www.youtube.com/v/8f0HPwGqMKU&#038;rel=1&#038;fs=1&#038;showsearch=0&#038;hd=0' /><param name='allowfullscreen' value='true' /><param name='wmode' value='transparent' /><embed src='http://www.youtube.com/v/8f0HPwGqMKU&#038;rel=1&#038;fs=1&#038;showsearch=0&#038;hd=0' type='application/x-shockwave-flash' allowfullscreen='true' width='425' height='350' wmode='transparent'></embed></object></span></p>
<p><em>Rembetiko</em>, Kostas Ferris, 1983.</p>
</div>]]></content:encoded>
</item>
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<title><![CDATA[Izmir, candidate à l’Expo 2015; Smyrne, deux mille sept cents ans d’une histoire tourmentée]]></title>
<link>http://acturca.wordpress.com/2008/03/19/izmir-candidate-a-l%e2%80%99expo-2015-smyrne-deux-mille-sept-cents-ans-d%e2%80%99une-histoire-tourmentee/</link>
<pubDate>Wed, 19 Mar 2008 00:31:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>acturca</dc:creator>
<guid>http://acturca.wordpress.com/2008/03/19/izmir-candidate-a-l%e2%80%99expo-2015-smyrne-deux-mille-sept-cents-ans-d%e2%80%99une-histoire-tourmentee/</guid>
<description><![CDATA[Le Monde Diplomatique (France), 1 mars 2008 Philip Mansel * Rares sont les villes autant chargées d’]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p>Le Monde Diplomatique (France), 1 mars 2008</p>
<p>Philip Mansel *</p>
<p>Rares sont les villes autant chargées d’histoire qu’Izmir, l’ex-Smyrne. Histoire d’une cité, fondée par les Grecs, qui périclitera au fil des attaques et des pillages. Histoire, ensuite, d’un florissant commerce maritime<!--more--> largement aux mains des étrangers, l’Asie venant y acheter les marchandises européennes, et réciproquement. Histoire cosmopolite où, sous les Ottomans, musulmans, chrétiens et juifs coexistent souvent pacifiquement. Mais histoire, aussi, de massacres et de contre-massacres…</p>
<p>Asiatique et européenne, grecque et turque, chrétienne et musulmane, Izmir est une cité inclassable. Son nom a des origines mixtes. Tout comme Istanbul vient du grec <i>eis teen polis</i> – « vers la ville » –, Izmir signifie<i> eis teen Smyrna</i>, « vers Smyrne ».</p>
<p>Fondée selon la légende par des colons grecs au VIIe siècle av. J.-C., Smyrne est devenue l’une des cités grecques les plus illustres d’Anatolie, berceau des mathématiques et un des lieux de naissance présumés du poète Homère. Sous l’Empire romain, la plus grande et la plus romanisée des villes d’Asie mineure, dotée de nombreux temples et d’un vaste théâtre antique, était qualifiée de «<i> joie de l’Asie et joyau de l’Empire</i> ». Elle abritait également une des premières églises, fondée par saint Paul lui-même durant son voyage en Asie mineure en 53-56 ap. J.-C.</p>
<p>La ville connut ensuite une période de pillages et de déclin. Attaquée successivement par les Seldjoukides (1082), les Génois (1261), les chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem (1344), Timur Lang (Tamerlan) (1402), Venise (1472), elle devint, après le XVe siècle, une petite ville marchande de l’Empire ottoman, desservant toute la région voisine. En 1580, Izmir comptait environ deux mille habitants.</p>
<p>Elle doit sa renaissance à sa situation géographique, nichée au bout d’un long golfe, sur la côte ouest de l’Anatolie, à l’endroit où la Méditerranée fait une avancée dans l’extrémité occidentale de l’Asie. A Izmir s’unissent l’Asie et l’Europe. Le golfe dispose des meilleurs mouillages de la côte : il peut accueillir les plus gros navires. Après 1600, Izmir vécut un second âge d’or et devint la « perle du Levant » et l’« œil de l’Asie ».</p>
<p>Ce sont les marchands qui firent sa réputation. Le nouvel essor de la ville s’explique par leur désir d’échapper aux droits de douane et au contrôle des prix imposés par le gouvernement ottoman. Dès 1574, Istanbul souffrit même de pénuries dues au fait que les bateaux ottomans transportant d’Egypte les provisions destinées à la capitale déchargeaient leurs marchandises à Izmir, où ils bénéficiaient de prix plus avantageux que ceux pratiqués dans les postes de pesage officiels de l’Empire.</p>
<p><b>Le port le plus célébré de l’Empire par le nombre de bateaux</b></p>
<p>Comme aujourd’hui, les spécialités d’Izmir étaient principalement le coton et les figues – l’agro-industrie. Parvenues à maturité dans les vallées ensoleillées d’Anatolie, les figues étaient (et sont encore) séchées, empaquetées et exportées vers Istanbul et toute l’Europe. Dès le début, le commerce extérieur d’Izmir était aux mains des étrangers. En 1621, sur son chemin vers Jérusalem, Louis Deshayes de Courmenin affirmait que Turcs, Grecs et Juifs habitaient dans les terres, dans des quartiers séparés, tandis que les marchands étrangers avaient leur résidence sur le front de mer et « viv[ai]ent dans une grande liberté ».</p>
<p>L’arrivée de consuls étrangers confirma le statut international de la ville. Ainsi, dès 1630, elle comptait des consuls vénitien, hollandais, anglais et français. Protégé par une garde personnelle de janissaires, le consul français menait une vie de roi, ouvrant ses portes à tous les visiteurs venus de son pays. Il se chargeait également d’opérations complexes et lucratives, comme le rachat d’esclaves turcs capturés par les chevaliers de l’ordre de Malte.</p>
<p>Dans les années 1670, le grand écrivain ottoman Evliya Çelebi s’émut de la grande richesse des Francs (nom générique donné aux Européens) et de la puissance des consuls : « Les bateaux des Francs accostent si souvent que la moitié d’Izmir ressemble au Frengistan [Europe]. Si quelqu’un frappe un infidèle, tout le monde se précipite aussitôt autour de lui, et soit il est déféré devant un juge du consulat, soit il est exécuté par les infidèles. A partir de ce moment-là, les musulmans deviennent presque invisibles, de sorte que la ville ressemble à une sombre ville franque. »</p>
<p>Pour Çelebi, Izmir était le port le plus célébré de l’Empire à cause du grand nombre de bateaux qui y chargeaient et déchargeaient leurs marchandises. Quand des flottes étrangères arrivaient de Marseille, Amsterdam ou Londres, des milliers de petites embarcations se lançaient à leur assaut, avides de court-circuiter les intermédiaires. Elles échangeaient leurs marchandises (soie, poil de chameau, opium, gomme, raisins et figues) contre des produits manufacturés en Europe : vêtements, étain et accessoires domestiques tels que miroirs, assiettes, aiguilles et couteaux. La cité portuaire était le lieu où l’Asie venait acquérir des marchandises européennes et vice versa.</p>
<p>Elle servait en fait de plate-forme pour un vaste réseau de voies terrestres et maritimes. Chameaux et mules constituaient les principaux moyens de transport : certaines caravanes provenant d’Alep ou de Perse pouvaient compter jusqu’à mille cinq cents chameaux. Les rues y étaient si étroites que les passants devaient se mettre à l’écart pour les laisser passer ou s’agenouiller afin de décharger les marchandises. Même la rue principale du quartier franc – la rue Franque, qui serpentait le long de la côte – était « sale, étroite et mal pavée », avec un ruisseau infect au milieu. Il n’y avait ni grandes avenues ni grandes places.</p>
<p>Dès le début, Izmir fut une ville d’églises, de synagogues et de mosquées. A la différence de l’Europe, soumise à un conformisme religieux hystérique, il y régnait ce que les Européens, surpris, qualifiaient de « liberté de religion totale », comme dans beaucoup d’autres villes du Levant. En 1700, la ville comptait dix-neuf mosquées, trois églises catholiques latines, deux églises grecques orthodoxes, deux églises arméniennes et huit synagogues. Dans la rue Franque, on pouvait se croire dans une ville chrétienne. Certains marchands européens, qui n’avaient jamais appris le turc, opéraient leurs échanges en italien, exclusivement grâce à des intermédiaires juifs.</p>
<p>Izmir était une cité du plaisir autant que du profit. Ses tavernes étaient réputées, spécialement pendant le carnaval. On y dansait « à la française », « à la turque » ou « à la grecque » avec tant de frénésie que certains Turcs croyaient voir des fous. Mariant la grâce des Italiennes, la vivacité des femmes grecques, et la majestueuse tournure des Ottomanes, les femmes de la cité étaient connues pour exercer une fascination quasi irrésistible.</p>
<p><b>Tremblements de terre, épidémies de peste, incendies et massacres</b></p>
<p>La renommée sulfureuse d’Izmir qui inspira à l’écrivain Nicolas de Chamfort sa comédie Le Marchand de Smyrne (1770), portrait d’un riche marchand turc désireux de monter un opéra dans la ville en raison de son penchant pour les chanteurs plus que par attrait pour leur musique.</p>
<p>La population de la ville était passée de cinq mille habitants en 1600 à trente mille ou quarante mille en 1650, et environ cent mille en 1700. Elle était composée peut-être de sept Turcs pour deux Grecs, un Arménien et un Juif. Au XVIIIe siècle, la France dominait le commerce et les relations extérieurs de l’Empire ottoman. Entre 1748 et 1789, un bateau sur quatre quittant Marseille se dirigeait vers Izmir. C’était le port étranger le plus important pour le commerce français, le plus vaste et le plus riche de l’Empire. « Smyrne, quelle richesse ! », avait dit le tsar Alexandre Ier de Russie à Arnaud de Caulaincourt, l’ambassadeur de Napoléon Ier, le 12 mars 1808, alors qu’ils planifiaient le partage de l’Empire ottoman.</p>
<p>Les voyageurs considéraient la ville comme un paradis du commerce et du carnaval. Mais ce fut aussi la cité des tremblements de terre, des épidémies de peste, des incendies et des massacres, si fréquents que seules la capacité des habitants à rebondir et l’insuffisance des ports concurrents pouvaient expliquer que la population continuât à y gagner sa vie. Ainsi des épidémies de peste sévirent pendant tout le XVIIIe siècle. Celle de 1739-1742, par exemple, emporta un cinquième de la population, celle de 1759-1765 presque la moitié, celle de 1812-1815 quarante-cinq mille vies. Izmir fut également ravagée par des tremblements de terre en 1688 et en 1788 (le second fit peut-être quinze mille victimes). Et des incendies dévastèrent la ville en 1742, 1752 et 1763.</p>
<p>D’autres catastrophes furent l’œuvre de l’homme. Sous ses apparences joyeuses, la ville était un volcan prêt à exploser. Le grand orientaliste français Antoine Galland, qui s’y rendit en 1673, attribua la paix relative entre les communautés à la rigueur des lois ottomanes : au fond de leur cœur, pourtant, les chrétiens des différentes sectes, tout autant que les musulmans et les juifs, se vouaient une haine mortelle, d’autant plus virulente qu’ils prétendaient le contraire. En 1770, 1797 et 1821, la ville connut trois périodes de terreur de la part de groupes ou de soldats musulmans, répondant à des agressions perpétrées par des chrétiens – une victoire navale de la Russie en mer Egée, un meurtre et la guerre d’indépendance grecque. Ces troubles causèrent des milliers de morts dans la population chrétienne et soulignèrent la fragilité des cités levantines.</p>
<p>Cependant, grâce à sa géographie et à son commerce prospère, Izmir a toujours réussi à se réinventer. Au cours de son pèlerinage vers Jérusalem en 1806, François René de Chateaubriand compara la cité à un « autre Paris », « une espèce d’oasis civilisée, une Palmyre au milieu des déserts et de la barbarie ». Des hommes d’affaires appartenant aux familles Guys, Pagy et Giraud, dont les ancêtres s’installèrent à Izmir au XVIIIe siècle, vivent encore dans la ville, même si certains d’entre eux se considèrent comme « les derniers des Mohicans ».</p>
<p><b>« Les âmes les plus fâchées avec la vie finissaient par rire »</b></p>
<p>A la même époque, Izmir devint progressivement une grande ville grecque, reposant sur ce pilier que représentait le commerce dans l’Empire ottoman. Les marchands grecs de la ville s’enrichirent suffisamment pour y fonder des écoles modernes et des entreprises. Même après la proclamation de l’indépendance grecque, en 1830, des milliers de Grecs continuèrent à travailler à Izmir, préférant « grogner sous le joug turc » – et gagner des revenus décents – que vivre indépendants&#8230; et pauvres. En 1840 (ou, selon certains, en 1870), pour la première fois depuis le XIVe siècle, le nombre de résidents grecs d’Izmir dépassa celui des Turcs : cinquante-cinq mille Grecs pour quarante-cinq mille Turcs (et treize mille Juifs, douze mille francs et cinq mille Arméniens). Smyrne était bien gavur Izmir (« Izmir l’infidèle »), comme la nommaient les Turcs. Pour les Grecs, c’était la Smyrne aux parfums suaves.</p>
<p>Au XIXe siècle, quand la ville devint plus riche et s’étendit davantage, elle commença à se considérer comme le phare de l’Empire ottoman. Contre l’avis des Britanniques, un nouveau port et un grand quai furent construits par la compagnie française Dussaud Frères entre 1869 et 1875 : un projet d’une ampleur unique dans l’histoire de l’Empire ottoman. Bientôt, sur le Cordon, comme on l’appelait, s’élevèrent des entrepôts, des bureaux et des hôtels de luxe, des cafés et des théâtres, dont le Café de Paris, le Sporting Club, l’hôtel Kraemer et l’hôtel des Deux-Augustes. Le colonel Playfair écrivit en 1881 : « Les quais récemment construits en maçonnerie massive de soixante pieds de large et de quatre kilomètres de long sont la promenade favorite du soir et jusque tard dans la nuit. Les nombreux cafés, richement illuminés, attirent des foules bigarrées de promeneurs tandis que des accents de musiques orientales et européennes se font entendre de tous les côtés. » Les cafés d’Izmir proposaient des musiques turques, arabes, arméniennes et européennes pour satisfaire leurs diverses clientèles.</p>
<p>Pour l’auteur turc N. Gundem, le Cordon avait « un air magique qui faisait que les âmes les plus obscures et les plus fâchées avec la vie finissaient par rire ». On trouvait dans la cité le premier journal local de l’Empire ottoman, les premières écoles américaines, les premières courses de chevaux, la première ligne ferroviaire, la première équipe de football, la première voiture à moteur et le premier cinéma. Les vieilles cartes postales témoignent de l’activité frénétique du port. Les magasins de la rue Franque, le Bon Marché et le Petit Louvre, étaient si intéressants que les jeunes mariées stambouliotes venaient y acheter leurs trousseaux.</p>
<p>Les Turcs s’enrichissaient aussi grâce au commerce d’Izmir. Ainsi la famille Ushakizade, dont un membre, l’écrivain Halid Ziya, devint le secrétaire principal du sultan. Ou encore Muammar Bey, nommé maire en 1911, qui vécut dans une très élégante villa de style français du quartier de Geuz-Tope. Sa demeure est devenue un musée : sa fille Latife Hanım épousera Mustafa Kemal Atatürk. Dans nulle autre ville au monde, se rappela le consul américain George Horton, « l’Orient et l’Occident ne se mêlaient physiquement de manière aussi spectaculaire qu’à Smyrne ».</p>
<p>Cependant, à l’instar de nombreuses autres cités au XXe siècle, la ville portait en elle les germes de sa propre destruction. Son histoire illustre le caractère nocif du nationalisme et le potentiel sans limites de la sauvagerie humaine. Alors qu’ils prospéraient et se multipliaient, certains Grecs d’Izmir éprouvèrent le désir croissant de saper les fondements de l’Empire ottoman. En 1897, ils furent nombreux à s’enrôler dans l’armée grecque, qui livrait une guerre contre leur propre pays, l’Empire ottoman. Ils furent à l’origine de nombreuses émeutes antijuives, à la suite de rumeurs de « meurtre rituel » sur un enfant grec. En 1872, le gouverneur dut déployer un cordon de police autour du quartier juif pour le protéger des bandes grecques qui avaient déjà assassiné plusieurs habitants.</p>
<p>En règle générale, l’Empire dirigeait d’une main de velours. Parfois, lors des célébrations du 14 juillet, les consuls français se targuaient du fait qu’Izmir était une ville française : il est vrai qu’on y voyait tant de drapeaux tricolores et qu’on y entendait tant d’orchestres jouant La Marseillaise ou d’autres airs français&#8230; Parmi les grandes familles françaises protégées figuraient les Balladur, qui ne partirent qu’en 1935 : Edouard y est né en 1929.</p>
<p><b>Le 10 septembre 1922, Atatürk en personne fit son entrée à Izmir</b></p>
<p>Néanmoins, après la défaite turque dans les guerres des Balkans en 1912-1913 et l’installation de milliers de Turcs des Balkans en Anatolie, les tensions nationales se ravivèrent. Le déclin de gavur Izmir commença avec l’arrivée sous protection britannique, le 15 mai 1919, de bateaux transportant treize mille soldats grecs. Jouant avec les nations, David Lloyd George croyait à « un nouvel empire grec en Orient, favorable à la Grande-Bretagne ». Le premier ministre grec Elefthérios Venizélos, tout comme la majorité des Grecs, en était convaincu – il le déclara à Paris le 17 mai de la même année : « La Grèce ne peut avoir un avenir réel qu’à partir du moment où elle s’étend de part et d’autre de la mer Egée. »</p>
<p>Après l’arrivée des troupes grecques, les quais devinrent le théâtre de massacres et d’humiliations pour des centaines de soldats turcs. Chaque communauté pensait d’abord à ses propres intérêts nationaux, et non à l’avenir de la ville. L’occupation de la cité et l’avancée des forces grecques à l’intérieur de l’Anatolie fut le meilleur agent recruteur du grand héros national turc Atatürk. Ce dernier débarqua à Samsun le 19 mai, quatre jours après l’arrivée des Grecs à Izmir. Sans cela, déclara-t-il plus tard, les Turcs auraient continué à dormir.</p>
<p>En 1920, les Grecs ont officiellement pris en main l’administration de la cité et de la province avoisinante, bien que cette dernière fût en majorité turque. Une glorieuse période semblait commencer. Parmi les vingt-sept journaux publiés à Izmir en 1919, onze étaient en grec, sept en turc, cinq en hébreu ou en judéo-espagnol, cinq en arménien et cinq en français. Cette même année, sept mille bateaux transitèrent dans le port. La ville comptait dorénavant quinze cinémas, cinq cent treize cafés, deux cent vingt-six tavernes, quarante-trois bars à bière et huit salles de bal. Mais un rapport des services secrets britanniques, établi à la fin de l’année 1919, reconnaissait que « l’hostilité fondamentale entre les deux races (&#8230;) a été considérablement intensifiée par la simple présence des Grecs [comme occupants]  ».</p>
<p>En août 1922, l’armée grecque, arrivée à moins de cent kilomètres d’Ankara, fut battue par Atatürk. Divisés, démoralisés et avides de rentrer chez eux, les soldats grecs commirent des actes de brutalité et de bestialité. Des soldats incendièrent et pillèrent des villes et des villages turcs comme Manisa et Aydın, tuant de nombreux habitants. A Izmir, toutefois, la vie avait continué normalement. On débarquait la récolte de figues sur le quai. Au Sporting Club, une troupe italienne de passage jouait Rigoletto et La Traviata&#8230;</p>
<p>Les nouvelles de la défaite grecque remplirent d’effroi la ville. Les riches commencèrent à partir. Le 8 septembre, les autorités et l’armée grecques embarquèrent avec leurs archives, abandonnant le peuple qu’elles étaient venues « libérer ». Le 9 septembre, les forces d’Atatürk pénétrèrent dans la ville, parfaitement alignées, comme certaines photographies le montrent.</p>
<p>Le jour suivant, Atatürk en personne fit son entrée dans la cité. Il prit un verre au célèbre hôtel Kraemer, visita la préfecture de Konak pour s’entretenir avec Nurettin Pacha, qu’il avait nommé aux commandes de la ville, puis se retira dans une villa de Karsıyaka, de l’autre côté de la baie. Des Turcs se livrèrent à des pillages et à des tueries dans le quartier arménien, à proximité duquel un incendie se déclara le 13 septembre. Des soldats turcs, réguliers et irréguliers, l’avaient peut-être encouragé, voire déclenché. Les autorités en rendirent responsables les Arméniens ou les Grecs.</p>
<p>La brigade de pompiers essuya des tirs pendant qu’elle combattait les flammes. Un vent contraire souffla, et le feu continua à se propager dans la ville. Très rapidement, les entrepôts, les hôtels et les bureaux alignés le long du quai, dont le Sporting Club et l’hôtel Kraemer, s’embrasèrent, donnant naissance à une colonne de feu de vingt pieds de haut et de quatre kilomètres de long.</p>
<p>Comme lors des précédents massacres de 1797 et 1821, les chrétiens se précipitèrent sur le quai. Et ce fut un véritable massacre. La plupart des Arméniens et beaucoup de Grecs d’Izmir furent tués. Les hurlements des réfugiés et les tirs incessants de pistolets et de fusils ne réussirent toutefois pas à couvrir le grondement des flammes et l’effondrement des bâtiments. La Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la France et l’Italie avaient déjà évacué leurs ressortissants. Pour finir, contraints parfois par leur équipage horrifié, les bateaux de guerre étrangers amarrés dans le port accueillirent des réfugiés qui ne s’étaient pas noyés en tentant de les rejoindre.</p>
<p>Durant tout le mois de septembre, environ deux cent vingt et un mille réfugiés furent évacués du Cordon. En l’espace d’un mois, la ville changea de caractère. Inspectant la ville en flammes de la villa des Ushakizade à Geuz-Tope, où il faisait la cour à la jeune Latife Hanım, 24 ans, et célébrait sa victoire, Atatürk dit, selon son biographe Andrew Mango : « Laissez-la brûler. Laissez-la s’effondrer. » Gavur Izmir la cosmopolite avait vécu&#8230;</p>
<p>Le journaliste turc Falih Rifki Atay, venu interviewer Atatürk, affirma : « Bien que l’incendie de la ville fût une perte cruelle, Izmir la musulmane ne perdit rien de la joie de la victoire. » Les rues étaient pavoisées de drapeaux turcs. Il écrivit plus tard : « Pourquoi avons-nous brûlé Izmir ? Avions-nous peur de ne jamais être débarrassés des minorités, si ses résidences, ses hôtels et ses restaurants de bord de mer étaient restés en place ? (&#8230;) Cela ne découlait pas d’une simple pulsion de destruction. Il y avait aussi un sentiment d’infériorité. Il semblait que tous les endroits ressemblant à l’Europe étaient voués à rester chrétiens et étrangers et à nous être refusés. » Pourtant, avant 1919, le gouvernement ottoman et la population musulmane avaient largement profité d’Izmir l’infidèle tout en la protégeant.</p>
<p>Il y avait aussi la peur. L’armée grecque avait presque remporté la victoire. Il fallait éliminer pour toujours le problème des minorités. Après le 15 octobre 1919, les milliers de Grecs et d’Arméniens restés à Izmir furent contraints aux travaux forcés, théoriquement pour reconstruire les villages détruits par l’armée grecque : la plupart d’entre eux ne réapparurent jamais.</p>
<p>Les réfugiés grecs d’Izmir emportèrent avec eux à Nea Smyrni – la « nouvelle Smyrne », nom de la banlieue d’Athènes où ils s’installèrent – et ailleurs des opinions radicales qui permirent de renverser la monarchie et de fonder le Parti communiste grec ; et aussi l’obsédante musique de rembétiko anatolienne, d’inspiration soufie, leur savoir-faire de commerçants et de nombreux souvenirs d’un paradis perdu.</p>
<p>Pendant plusieurs années, le centre-ville resta un tas de ruines et de décombres. Cependant, seules quatorze mille maisons sur quarante-trois mille furent détruites. Le commerce revint progressivement à la normale grâce au soutien du gouvernement. En 1925, le président de la chambre de commerce d’Izmir indiqua que, depuis la libération, des hommes d’affaires turcs avaient créé cinquante-quatre boutiques. Une foire commerciale ouvrit ses portes en 1932, dans le parc de la culture installé sur l’ancien quartier grec d’Izmir.</p>
<p>On réaménagea le centre-ville de façon plus spacieuse, en partie grâce au grand urbaniste français Henri Prost, et les rues furent rebaptisées. Avec une population de plus de trois millions d’habitants, Izmir a retrouvé sa prospérité et sa modernité. Le célèbre Cordon et ses nombreux cafés ressemblent davantage à d’autres villes méditerranéennes, ou grecques, qu’à des cités turques de l’intérieur des terres. La ville est l’une des rares à avoir voté contre l’actuel gouvernement postislamiste et pour le Parti républicain du peuple (CHP), héritier du mouvement laïque et modernisateur d’Atatürk. Toute personne qui s’y rend aujourd’hui ne peut ignorer qu’Izmir est redevenue la grande cité turque et européenne qu’elle a été pendant quatre cents ans.</p>
<p class="auteur"><i>* Auteur, entre autres, de Constantinople. La ville que désirait le monde, 1453-1924, Seuil, Paris, 1997, et de Paris, capitale de l’Europe, 1814-1852, Perrin, Paris, 2003. il prépare actuellement une histoire des villes du Levant : </i><a href="http://www.philipmansel.com/" class="spip_url spip_out"><font color="#990000"><i>www.philipmansel.com</i></font></a></p>
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<title><![CDATA[En Turquie, sur les bords de la mer Égée, l'agora antique de Smyrne livre ses secrets ]]></title>
<link>http://acturca.wordpress.com/2008/01/21/en-turquie-sur-les-bords-de-la-mer-egee-lagora-antique-de-smyrne-livre-ses-secrets/</link>
<pubDate>Mon, 21 Jan 2008 19:15:43 +0000</pubDate>
<dc:creator>acturca</dc:creator>
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<description><![CDATA[Le Figaro (France), 19 janvier 2008, p. 14 Caroline De Malet, De notre envoyée spéciale à Izmir (Tur]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p>Le Figaro (France), 19 janvier 2008, p. 14</p>
<p><a target="_blank" href="http://acturca.wordpress.com/wp-admin/cdemalet@lefigaro.fr">Caroline De Malet</a>, De notre envoyée spéciale à Izmir (Turquie)</p>
<p>Des fouilles, reprises en 2003, ont permis de mettre au grand jour la vie d&#8217;une des cités les plus rayonnantes de l&#8217;Antiquité.<!--more--> </p>
<p>Sous le portique ouest, l&#8217;inscription «  La perle de l&#8217;Asie  » signale l&#8217;entrée. Une fois franchi ce seuil, le visiteur découvre un site antique exceptionnel, celui de l&#8217;agora de la Smyrne antique, celle qui a été, depuis, rebaptisée Izmir la Turque. Ce qui frappe de prime abord, c&#8217;est la dimension du site. Ce vaste ensemble de forme rectangulaire, de 160 × 120 mètres, bordé d&#8217;un vaste portique à l&#8217;ouest et d&#8217;une imposante basilique au nord &#8211; la plus grande de l&#8217;Empire romain, après celle de Trajan à Rome &#8211; correspond au centre commercial, politique, juridique et religieux d&#8217;une des cités antiques qui a compté parmi les plus influentes d&#8217;Asie mineure avec Troie.</p>
<p>« Ce sont des bâtiments romains, reconstruits en partie sur des bâtiments hellénistiques  », explique Markus Kohl, archéologue à l&#8217;Institut français d&#8217;études anatoliennes (IEFA) et responsable des fouilles françaises du site. Enfoui sous les constructions urbaines, 200 mètres en contrebas, se trouve le deuxième plus grand théâtre antique connu, après celui de Pompée à Rome, avec 150 mètres de diamètre. Au sommet de la colline qui surplombe l&#8217;agora, l&#8217;acropole embrasse le tout.</p>
<p>Dégagé par des fouilles entreprises dans les années 1930, ce site archéologique connaît une seconde vie avec des découvertes récentes. « Depuis quelques années, on redécouvre que Smyrne a été l&#8217;un des centres les plus brillants de l&#8217;Antiquité. Les historiens le savaient à travers les écrits, mais on n&#8217;en avait aucune preuve réelle », explique Didier Laroche, ancien responsable des fouilles du site, désormais professeur à Strasbourg.</p>
<p>Dans la partie souterraine de la basilique qui servait de salle polyvalente, une dizaine de milliers de graffitis antiques ont été découverts en 2003. Ils ont été dessinés au charbon. On y voit des bateaux, des oiseaux et d&#8217;autres animaux, des gladiateurs, des organes génitaux (invocations à la fertilité), des messages d&#8217;amour codés (le nom et le prénom étant remplacés par des chiffres, comme cela s&#8217;est déjà vu en Égypte)&#8230; Cette collection, dont on pense qu&#8217;elle date du II e ou III e  siècle après J.-C., est la deuxième au monde après Pompéi. Sachant qu&#8217;il faut deux à trois semaines de travail par panneau, le nettoyage des 96 panneaux va prendre des années.</p>
<p><strong>Fondée par les Amazones</strong></p>
<p>Les archéologues s&#8217;interrogent sur l&#8217;utilisation qui était faite de ce lieu, une salle composée de deux nefs : «  Était-ce une prison, une école de gladiateurs ? », lance Didier Laroche. La question n&#8217;est pas tranchée. Une autre interrogation concerne la période byzantine de la cité : les historiens pensent qu&#8217;entre le VI e et le XVII e  siècle, le site de l&#8217;agora était un cimetière.</p>
<p>Fondée en 3000 avant J.-C. par les Amazones, Smyrne, après avoir été envahie par le roi Alyatte de Lydie puis par les Perses au VI e  siècle avant J.-C., a en effet perdu de son importance au cours de la période classique (V e et IV e  siècle avant J.-C.). Alexandre Le Grand entreprendra de refonder la ville en 300 ans avant J.-C., à la suite d&#8217;une apparition de Némésis, la déesse tutélaire de Smyrne, raconte la légende. Détruite par un tremblement de terre en 178, elle sera ensuite reconstruite par l&#8217;empereur romain Marc-Aurèle, avant de péricliter.</p>
<p>Pour reconstituer l&#8217;histoire plus récente, Markus Kohl a procédé à une stratigraphie (coupe verticale) du sol, à l&#8217;est, sur quatre mètres de haut et 30 mètres de long. «  On a montré ainsi qu&#8217;on a déversé sur ce site des décombres de la ville résultant de destructions ou de tremblements de terre, ce qui confirme qu&#8217;il a été à l&#8217;abandon pendant dix siècles », juge Didier Laroche. «  Les détritus de la ville déversés ici montrent qu&#8217;elle a abrité de riches Smyrniotes &#8211; comme en témoignent des débris de porcelaine chinoise, des narguilés &#8211; des Grecs, et a connu de nombreux échanges commerciaux  », ajoute Markus Kohl.</p>
<p>À l&#8217;est et au sud, des constructions modernes recouvrent toujours le site. Le théâtre antique, lui, est toujours enfoui. D&#8217;où l&#8217;initiative de la ville de racheter peu à peu les terrains, pour en faire une zone archéologique et touristique. Il faudra donc encore patienter quelques années pour que la belle Smyrne livre tous ses secrets.</p>
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<title><![CDATA[Le grand réveil d'Izmir]]></title>
<link>http://acturca.wordpress.com/2006/06/06/le-grand-reveil-dizmir/</link>
<pubDate>Tue, 06 Jun 2006 23:20:26 +0000</pubDate>
<dc:creator>acturca</dc:creator>
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<description><![CDATA[Les Echos (France), no. 19679, vendredi 2 juin 2006, p. SWE14 Philippe Chevilley Séjour tout en cont]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><p>Les Echos (France), no. 19679, vendredi 2 juin 2006, p. SWE14</p>
<p>Philippe Chevilley</p>
<p>Séjour tout en contrastes dans l&#8217;ancienne Smyrne, le grand port turc. Sur les quais, les tables et les chaises des terrasses de café sont si près du bord qu&#8217;on les croit prêtes à plonger.<!--more--></p>
<p>Du haut de sa tour de verre, l&#8217;armateur Lucien Arkas contemple le port d&#8217;Izmir. Les conteneurs multicolores miroitent sous un soleil doré de fin d&#8217;après-midi ; quelques bateaux dessinent un trait d&#8217;écume dans l&#8217;eau saphir. Comme il paraît modeste, ce port, vu du ciel, somnolant dans le lit géant du golfe mythique, bordé par 3 millions d&#8217;habitants. Il ne faut pas s&#8217;y fier&#8230;</p>
<p>Pour cet homme affable, dont la famille est venu s&#8217;installer il y a trois siècles dans la cité répondant alors au nom de Smyrne, « Izmir a eu des hauts et des bas depuis l&#8217;Antiquité, mais c&#8217;est toujours le port qui lui a donné sa prospérité ». Lucien Arkas a un grand projet ; à la tête d&#8217;un pool de 140 industriels et commerçants de la ville, il compte racheter la concession de l&#8217;établissement bientôt privatisé. Au menu : dragage des eaux pour permettre aux grands bateaux d&#8217;accoster, prolongement des quais&#8230; Dans ses yeux brille le rêve de la métropole d&#8217;antan, premier port d&#8217;Asie mineure, gigantesque melting-pot industrieux et flamboyant. Oubliée par le voyageur, au profit de la malle aux trésors d&#8217;Istanbul, la troisième ville turque, située sur la côte égéenne, s&#8217;est lancée un défi héroïque : se montrer plus grande que son passé.</p>
<p><b>Une vue à couper le souffle</b></p>
<p>Soyons franc : Izmir, au premier coup d&#8217;oeil, ne rappelle en rien la Smyrne orientale des XVIIIe et XIXe siècles qui fascina tant les écrivains français. Il vaut mieux laisser rêves et classiques au fond de sa valise. La surprise n&#8217;en est que plus belle. Quelques minutes après avoir quitté l&#8217;aéroport, alors que le taxi dévale les collines qui dominent la cité, s&#8217;offre, derrière un bric-à-brac urbain d&#8217;immeubles lourdauds, une vue à couper le souffle. On ne le savait pas, on ne le savait plus : Izmir est une des plus belles baies du monde &#8211; à l&#8217;image de Rio, qui en matière de bâti n&#8217;est guère mieux lotie&#8230; En apesanteur, rendu léger par cette eau-forte à l&#8217;horizon infini, on atterrit sur le front de mer, où une grande avenue bordée d&#8217;une promenade de plusieurs kilomètres &#8211; un rêve de joggeur &#8211; nous fait longer la ville du sud au nord.</p>
<p>Les immeubles de sept étages semblent défier la mer, comme si un rideau de béton s&#8217;était abattu sur la ville, au temps où des promoteurs sans scrupules imposaient leur loi aux grandes cités du monde. Mais des loggias colorées confèrent à ces bâtiments collés les uns aux autres une décontraction toute méridionale. Vus d&#8217;ensemble, ils se fondent dans le paysage, comme aspirés par le ciel bleu-blanc.</p>
<p>Une fois passés les grands équipements publics &#8211; mairie, centre culturel &#8211; et la place Konak avec sa populaire tour de l&#8217;horloge, on accède au vrai centre de la ville, là où s&#8217;est écrite son histoire. On goûte la promenade entre le Konak Pier, centre commercial de luxe installé dans un bâtiment d&#8217;Eiffel du XIXe, et le Pasaport, l&#8217;ancienne douane, qui abrite un embarcadère pour la « navette » reliant différents points du golfe. Cette partie du quai, étroite, mordue par des vaguelettes émeraude, avec ses bâtiments tout proches de la mer, ses terrasses de café aux tables et chaises si près du bord qu&#8217;on les croit prêtes à plonger, rappellent sans doute le mieux la Smyrne d&#8217;antan, à fleur d&#8217;eau.</p>
<p>Passée la place de la République, où trône la statue d&#8217;Attatürk sur son cheval, vient le Kordon avec sa large promenade gazonnée, sa piste de jogging en bitume rouge et sa rue pavée &#8211; pour ralentir la circulation. Cet aménagement est tout un symbole : celui du sauvetage, sur le fil, d&#8217;Izmir. A l&#8217;aube du XXIe siècle, la ville court au désastre : son urbanisme perd tout contrôle, ses eaux polluées rougeâtres dégagent une odeur fétide ; le coup de grâce risque d&#8217;être porté par quelques technocrates fous de béton : une autoroute doit être construite au bord de l&#8217;eau. Dieu merci, une nouvelle équipe municipale menée par un maire volontaire et écolo, Ahmet Piristina (décédé depuis, en 2004), interrompt les travaux. La terre remblayant le front de mer est transformée en jardins et promenades, tandis que de grands travaux d&#8217;assainissement rendent à la baie ses eaux bleues, sa brise parfumée et ses poissons&#8230; Au bout du Kordon, juste avant le port, deux piles de pont témoignent encore de ce projet délirant, qui attend aujourd&#8217;hui les derniers recours pour être totalement enterré. On croise les doigts&#8230;</p>
<p>Flâner le long du Kordon où se concentrent les meilleurs restaurants et bars de la ville est un bonheur. Zigzaguer de cafés en boutiques ; se mêler le soir tombé aux groupes d&#8217;Izmiriotes élégants ; observer les hommes qui jouent au backgammon aux terrasses en buvant leur raki ; et, pour les amateurs, suivre les matchs de foot du Galatasaray (champion 2006) ou de Fenerbahçe&#8230; en marchant &#8211; un café sur deux installe une télé en plein air. Cette modernité tranquille évoque l&#8217;âme de Smyrne du temps de sa splendeur.</p>
<p>Car on n&#8217;efface pas d&#8217;une coulée de béton un passé aussi riche. Smyrne est une des villes les plus anciennes du monde, habitée dès le IIIe millénaire avant Jésus-Christ. Elle fait partie de la confédération des douze grandes cités ioniennes. Homère y serait né, dit la légende, au bord des rives du fleuve Mélès. Plus tard, elle s&#8217;affirme comme un des phares de l&#8217;Empire romain en Asie, puis comme la deuxième ville bizantine. Convoitée de tous, elle passe dans toutes les mains : les Seldjoukides, Tamerlan, les chevaliers de Rhodes, les Génois&#8230; avant de tomber dans l&#8217;escarcelle de l&#8217;Empire ottoman en 1425.</p>
<p>Elle devient alors la grande passerelle économique et commerciale entre Orient et Occident. Des caravanes arrivent de Perse et de Syrie et convergent vers Smyrne &#8211; Théophile Gautier évoque encore au XIXe siècle le pont des caravanes, avec son défilé de chameaux, qui relie les routes de l&#8217;arrière-pays au port. Le coton, les étoffes, les raisins, les figues remplissent les cales des bateaux.</p>
<p><b>Du bazar à la ville musulmane</b></p>
<p>La ville se peuple de marchands grecs, arméniens, juifs et européens. Les marchands non musulmans, majoritaires (qui lui vaudront le surnom de « Smyrne l&#8217;infidèle »), habitent dans l&#8217;actuel centre, tandis que les musulmans, petit peuple et fonctionnaires, vivent dans les collines. Les « hommes d&#8217;affaires » venus d&#8217;Europe, comme la famille Arkas, tiennent le haut du pavé &#8211; au XVIIIe, les Français dominent, au XIXe, ce sont plutôt les Anglais&#8230; les deux communautés participent à la modernisation de la ville (nouveaux quais, chemins de fer, tramway&#8230;). Au XXe siècle, les événements se précipitent, détruisant le subtil équilibre de ce modèle cosmopolite : la Première Guerre mondiale, qui voit les Ottomans se ranger du côté des perdants ; le réveil des nationalismes qui exacerbe l&#8217;antagonisme gréco-turc ; et la révolution nationale menée avec succès par Mustapha Kemal. Le futur Attatürk s&#8217;empare en 1922 de la cité, dont le coeur est détruit par les flammes. La plupart des non-musulmans s&#8217;enfuient. Rebaptisée Izmir, la ville renaît tant bien que mal de ses cendres, s&#8217;inspirant d&#8217;urbanistes français pour se reconstruire &#8211; les frères Danger (disciple d&#8217;Henri Prost, l&#8217;urbaniste de Casablanca).</p>
<p>En quittant le front de mer, il est possible de retrouver ces parfums de Smyrne, ces effluves de l&#8217;histoire, pour peu qu&#8217;on ait le nez un peu aventureux. Le bazar, qu&#8217;on rejoint en empruntant la passerelle courbe au pied de Konak Pier, est le lieu idéal pour brouiller la carte du temps. Il invite à se perdre dans un dédale de ruelles ombragées, couvertes d&#8217;un entrelacs de vignes vierges verdoyantes, de « han » (caravansérail) restaurés où l&#8217;on peut déguster le traditionnel café turc. Tableau de mille couleurs et matières ; passants pressés ; vendeurs ambulants poussant leur petit chariot de prunes vertes acides et croquantes&#8230;</p>
<p>Mais, pour vraiment remonter le temps, il faut prendre de la hauteur : Dans le quartier populaire de Basmane, qui avait été épargné par l&#8217;incendie de 1922, on retrouve la Smyrne musulmane du XIXe siècle avec ses rues en pentes et tortueuses, ses escaliers, ses petites maisons bleues ou jaunes décaties.</p>
<p>Certaines ont été rénovées, comme la délicieuse rue des Otels au pied de la colline, aux immeubles pastel. Ali Muzzafer Tunçag, le maire de Konak (quartier du centre-ville regroupant 1 million d&#8217;habitants), ne manque pas d&#8217;ambition : c&#8217;est tout le coeur de ville qu&#8217;il veut restaurer, pas à pas&#8230; De l&#8217;autre colline, dominée par les ruines antiques de la forteresse Kadifekale, s&#8217;offre un panorama superbe sur la ville et le golfe&#8230; mirages de vaisseaux fantômes, fendant l&#8217;eau avec lenteur, alourdis par leurs précieuses cargaisons.</p>
<p><b>Objectif 2015</b></p>
<p>L&#8217;Agora, située derrière le bazar, ne comblera pas votre désir d&#8217;« antique ». Il faudra être patient. Car il est prévu de dégager un amphithéâtre romain au coeur de la ville, qui &#8211; Didier Laroche, chercheur auprès de l&#8217;Isea (Institut français d&#8217;études anatoliennes) d&#8217;Istanbul nous le révèle &#8211; coiffe sur le poteau (ou sur la colonne) le grand théâtre d&#8217;Ephèse, avec un diamètre supérieur de quelques mètres (155 mètres exactement). La ville voit loin. Bien décidée à renouer avec sa période dorée, elle s&#8217;est déclarée candidate pour une exposition universelle en 2015, sur le thème de la santé. Aziz Cocaoglu, nouveau maire d&#8217;Izmir, évoque dans cette perspective de multiples projets culturels, touristiques et éducatifs.</p>
<p>Après la visite des collines, le retour au front de mer est déroutant : fini les rues étroites et silencieuses, les jeunes femmes voilées, l&#8217;appel à la prière&#8230; Les quais d&#8217;Izmir sont « laïcs ». A Izmir tout cohabite, le passé et le futur, le business et le farniente. A la fin du jour, on se perd dans les petites rues d&#8217;Alsançak (à la pointe, juste avant le port) mélange de Quartier latin et de Pigalle, prisé des étudiants et des bobos. Par les ruelles piétonnes traversières, l&#8217;oeil capte des bouts de ciel violet. Le crépuscule claque des doigts et les lumières s&#8217;allument. Une cargaison d&#8217;étoiles s&#8217;abat sur la ville, effaçant toute notion de temps et d&#8217;espace. Izmir tourne ses yeux vers la mer, aspire une goulée de vent, écoute battre le coeur des mondes lointains, comme chaque soir, depuis la nuit des temps.</p>
<p><b>Carnet pratique</b></p>
<p><b>Saisons idéales</b> : mars à juin, septembre à décembre.Change : 10 YTL (nouvelle livre turque) = 5 euros environ.</p>
<p><b>Transports </b>: Turkish Airlines (via Istanbul ou Ankara), Lufhansa (via Munich), etc.</p>
<p><b>Loger</b> : hôtels internationaux classiques, avec vue sublime pour ceux qui sont en bord de mer. L&#8217;hôtel Izmir Palas (00.90.(0).232. 421.55.83) offre une situation idéale sur le Kordon et un bon rapport qualité prix.</p>
<p><b>Restaurants, bars</b> : entre mezze et produits de la mer, on mange bien dans toute la ville. Sur le Kordon, Deniz (00.90.232.464.44.99) est considéré comme le meilleur restaurant de poissons. La dernière « sensation » est située à quelques kilomètres du centre-ville : le surréaliste Cumba (Istanbul cad., 54, Bornova, tél. : 232.388.37.73), restaurant de luxe, qui se cache derrière une station d&#8217;essence sur l&#8217;autoroute. Vue sur toute la ville, jardins en terrasses, cuisine raffinée.Point de ralliement : le Centre culturel français d&#8217;Izmir (Cumhuriyet bd, 152), dont le créatif et bouillonnant directeur, Jean-Luc Maeso, nous a servi de guide pour ce reportage.</p>
<p>Restauré de frais, avec ses murs d&#8217;un beau jaune d&#8217;or et son jardin créé par l&#8217;historienne-paysagiste Isabelle Lévêque, il offre un havre de paix en plein centre-ville (juste derrière le Kordon). Avec en saison des expositions, des concerts et spectacles de qualité. Sans oublier le restaurant attenant La Cigale, très agréable, couru par toute la jet-set d&#8217;Izmir.</p>
<p><b>Galeries d&#8217;art</b> : à la pointe d&#8217;Alsançak, dans la rue parallèle au Kordon. Mention spéciale à la galerie K2 (Cumhuriyet bd, 54) d&#8217;Aysegul Kurtel, qui soutient les jeunes artistes contemporains.</p>
<p><b>Dans les environs</b> : Ephèse, bien sûr.</p>
<p><b>Côté balnéaire</b> : la presqu&#8217;île de Cesme au sud ; la belle cité d&#8217;Ayvalik, au nord, en face l&#8217;île de Lesbos.</p>
<p>Et, dans l&#8217;intérieur, <b>notre coup de coeur</b> : Tiré (ou séjourna quelques mois Lamartine), pittoresque petite ville bâtie sur une colline, avec son vieux quartier en cours de restauration.</p>
<p><b>Lire </b>: <i>« Smyrne, la ville oubliée ? 1830-1930. Mémoires d&#8217;un grand port ottoman »,</i> indispensable livre collectif, dirigé par Marie-Carmen Smyrnellis (Editions Autrement)&#8230;</p>
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